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Commentateur. — Nous avons un témoignage contemporain que cette prétention a été émise et reçue, et il n’en est aucun pour établir qu’elle ait été niée. Au contraire, toute l’histoire accepte ces miracles comme des faits sur lesquels on a passé condamnation comme n'étant plus un sujet légitime de dispute.
Comme vous n'avez produit aucun historien qui nie les miracles du Christ, il faut admettre qu’il n’y en a pas. S’ily avait une simple ligne d’un juif ou d’un païen pour nier ces miracles, vous autres infidèles vous y frapperiez dessus avec autant de constance que le garçon de station, aux belles manières, frappe sur le gong chinois à la gare du chemin de fer, — vingt minutes pour rafraîchissements ! Ne pouvant trouver aucun témoignage de cette sorte que faites vous ? C’est ïincroyable, mais ce n’est pas moins vrai ; vous faites un appel aux chrétiens pour prouver qu'il n’y a jamais eu de semblable témoignage ! Vous dites : comment sait-on qu'on ne l’a jamais nié ?” Le démon lui-même, dans son plus grand essort de génie, n’a jamais surpassé cette pièce de superbe impertinence. Vous êtes un avocat, et comme tel vous êtes supposé savoir quelque chose sur la logique légale au moins. Or que diriez-vous du conseil de poursuite dans un cas criminel quel-
conque si, incapab'e de fournir aucune preuve de la culpabilité de l'accusé, il exigeait de vous que vous prouvassiez qu’il n’y à jamais eu de telle évidence ? Supposez que Merrick, votre habile adversaire dans les cas criminels, vint, après avoir été incapable de produire aucun témoignage de culpabilité, vous dire : ‘ Comment savez-vous que ce témoignage n'existe pas ? ” Que vous sentiriez vous porté à dire de lui? Que penserait la cour de lui? Tel est l'argument que vous mettez en avant lorsque vous demandez : comment savezvous que les miracles du Christ n’ont jamais été niés P
{ngersoll. — Est ce que les Juifs croyaient que le Christ était revêtu du pouvoir de faire des miracles ?
Commentateur. —— Certainement. Et ils croyaient que leurs prophètes étaient revêtus de pouvoirs miraculeux, même de celui de ressusciter les morts, et voilà pourquoi les miracles du Christ né les ont pas convaincus qu'il était Dieu ou le Messie.
Zngersoll. — N'est-il pas surprenant que Josèphe,le meilleur historien que les Juifs aient produit ne dise rien sur la vie et la mort du Christ ? ”
Commentateur. — Rien P Voici ce qu’il dit :
“ Or vivait à cette époque Jésus, homme sage,
s’il est permis de dire qu'il était homme : car ila accompli un grand nombre de merveilles. [lenseignaït les hommes qui recevaient la vérité avec plaisir. Il attira à lui un bon nombre de Juifs et aussi de Gentils. Cet homme était le Christ. Et lorsque Pilate, à l’instigation des principaux d’entre nous, l’eût condamné à la croix, ceux qui l’avaient aimé dès le commencement lui restèrent attachés. Car il leur apparut de nouveau vivant le troisième jour ; les divins prophètes ayant prédit ces merveilles et mille autres le concernant. Et la tribu des chrétiens, ainsi désignés par son nom, subsiste jusqu'à ce jour.” (Antiquités des Juifs, Livre XVIII, ch. 3.)
Voilà bien quelque chose sur la vie et la mort du Christ, n'est-ce pas P
{ngersoll. -— On admet que ce paragraphe de Josèphe est une interpolation
Commentateur. — Qui admet? Vous, Paine, Voltaire et d’autres rationalistes, tailleurs de la rue Tooley. Ce paragraphe est si probant et si direct que la fraternité infidèle ne peut le combattre qu’en niant son authenticité. Et voilà ce qu’ils font d’un commun accord. Après cette première dénégation, qui en elle-même n’est de nulle valeur, ils font le second pas dans la tactique des rationalistes et ils disent, ‘“ il est reçu.” Or,
Monsieur, il n’est nullement admis que ce paragraphe ait éte interpolé, Au contraire, on ie regarde comme authentique, et pour de bons motifs. On le trouve dans toutes les éditions des œuvres de Josèphe existant jusqu’à ce jour,imprimées ou manuscrites ; dans la traduction hébraïque conservée dans la bibliothèque Vaticane, et dans la version arabe conservée par les Maronites du mont Liban. Il est cité par Eusèbe, le plus ancien historien de l'Eglise, par St-Jérôme, par Rufin, Isidore de Pelusie, Sozomène, Cassiodore, Nicéphore, et plusieurs autres. Eusébe a été le premier à citer ce passage, et il est moralement impossible qu’il ait pu le forger sans être découvert. Les adversaires de la foi chrétienne, dans les premiers siècles de notre ‘re n’ont fait aucune objection sur ce passagc. Le paragraphe est donc authentique, selon toutes les règles de l'évidence et toutes les lois d’une critique saine.
Zngersoll, — N'est-il pas surprenant qu'aucun historien n'ait jamais fait mention de ces prodiges ?
Commentateur. — Les prodiges que vous rappelez sont: 1. le massacre des enfants par Hérode ; 2. l'étoile de Bethléem ; 3. les ténèbres qui sui vinrent au moment du crucifiement…
Macrobe rappelle le premier, et d’une manière
à ne laisser aucun doute sur la croyance universelle de ce fait.
Le second est mentionné par Chalcide, philosophe Platonicien, qui atteste le fait à peu près dans les mêmes termes que l'Evangile :
Ce Platonicien dit : Il y a une autre histoire bien digne de notre vénération religieuse, qui marque l'apparition d’une étoile destinée à annoncer aux hommes, non quelque fléau ou terrible maladie, mais l'avènement d’un Dieu qui descendait pour le salut et le bonheur de la race humaine.” Julien, empereur et apostat admettait la vérité du récit de l'étoile qui conduisit les sages, en disant qu'elle était l'étoile Asa, qui, d’après les observations des Egyptiens, fait son apparition tous les 400 ans.
Le troisième (l’obscurcissement) est rapporté par Phlégon de Trallium, un païen qui vivait au milieu du second siècle, vers l’an du Seigneur 150. Il dit: ‘ La quatrième année de la deux cent deuxième Olympiade, il y eut une éclipse de soleil, la plus grande qn'on ait jamais vue. Vers la sixième heure du jour la nuit devint si obscure que les étoiles apparurent visibles. Il survint un grand tremblement de terre, qui renversa plusieurs maisons dans la cité de Nicée en Bithynie.” Cette 202me olympiade, an 4, correspond avec
la 33e année de l’ère chrétienne, C'est l’année et le moment du crucifiement. Mais allons un peu plus loin. Vous dites : ‘“ Josephe est le meilleur historien que les Juifs aient produit.” Eh bien! je vous le demande, sur quel principe acceptezvous les œuvres de Josephe comme authentiques, tandis que vous rejetez celles de Matthieu, Marc, Luc et Jean? Ils étaient contemporains. Si l’évidence de l’authenticité et de la pureté des histoires attribuées aux Evangélistes n’est pas suffsante pour leur donner le cachet de véracité, quelle plus forte évidence avez vous donc pour l’authenticité et la véracité de Josephe ? Pourquoi rejetez-vous les œuvres des Evangélistes et admettez-vous celles de Josephe? Il est oïiseux de poser la question et d'attendre une réponse. La vraie réponse la voici : Vous vous imaginez que Josephe ne s'oppose pas à vos théories rationalistes, et les historiens évangélistes le font. Voilà ce qui explique votre inimitié pour les uns et votre admiration pour l’autre.