LE PROBLEME DE L ECOLE PRIMAIRE 2'J
jourd'hui son modeste savoir. Un jour viendra où les parents de ses élèves en sauront presque autant que lui.
En regard de cette difficulté de défendre l'école contre les ingérences néfastes de la politique, les autres questions qu'on discute à son sujet perdent singulièrement de leur importance. L'obligation par exemple..., il est visible que partout, on incline vers l'enseignement primaire obligatoire. J'ai déjà indiqué qu'il y avait là une tendance habituelle à la démocratie. Mais d'autres causes agissent dans le même sens. De nos jours, la rencontre d'un homme tout à fait illettré offusque ; inconsciemment, cet homme-là nous paraît plus rapproché du singe. Depuis Darwin, savoir décliner un verbe ou faire une addition constitue une sorte de baptême humain dont nous estimons que personne ne saurait être dispensé. C'est là, si l'on veut, une considération d'ordre sentimental ; en voici une d'ordre pratique. Les connaissances élémentaires sont désormais indispensables à tout homme pour réussir, fût-ce dans un métier purement manuel. S'il ne les pos-
28 ^OTES SUR l'éducation PUBLIQUE
sède pas, il se trouve dans une situation d'infcriorité vis-à-vis de ses concurrents; sa vie active prend, pour ainsi dire, son point de départ dans le sous-sol au lieu de commencer de plain-pied avec celle de la majorité des autres hommes. Le mot de Danton est ainsi doublement justifié ; car Téducation devient nécessaire pour obtenir le pain ; c'est un second besoin sans lequel on risque de ne pouvoir satisfaire le premier. La société estime, a bon droit, criminels des parents qui, pouvant nourrir leurs enfants, les laissent souffrir de la faim et elle tend de plus en plus à assimiler a ce crime la privation d'instruction. Il y a vingt ans, Tidéc d'obligation passait encore pour une grave atteinte à la liberté individuelle ; les craintes que suscitait alors cette nouveauté s'apaisent graduellement et le nombre de ses adversaires décroît rapidement.
Les motifs invoqués en faveur de la gratuité sont loin d'avoir la même force ; aussi le courant ne se dessine pas d'une façon bien nette. A ceux qui prétendent établir une corrélation indispensable entre l'obligation et la gratuité, on peut répondre que, de tout temps, l'Etat a imposé des dépenses aux citoyens, en dehors du paiement régulier des impôts. Dans beau-