‹ Notes sur l'Histoire de l'ObésitéChapitre 29 sur 40 · Société de Psychiâtrie, 21 mars · texte numérisé non relu

Société de Psychiâtrie, 21 mars

12 ans et demi. Ces deux jeunes filles étaient élégantes, aimables, bien faites et d’une beauté si ravissante qu’elles faisaient l’orgueil des parents, et qu'elles étaient le charme de la clientèle. Toutes deux paraissaient avoir trois ou quatre ans de plus que leur âge réel.

Six mois à peine après l'installation de cette petite famille, l’aînée Louise, changea complètement d’aspect : d’élancée qu’elle était, elle devint épaisse et son visage si féminin jusqu'alors prit des traits extraordinairement masculins, et cela d’une façon d’autant plus frappante que la lèvre supérieure se recouvrit rapidement d’une moustache accentuée. Elle engraissait de jour en jour davantage, sa voix devenait masculine, les cartilages du pharynx proéminaient à la face antérieure du cou. L’embonpoint parti apparemment de la figure, envahit tout le corps jusqu'aux pieds. La pauvre enfant avait la joue boursouflée d’un érysipélateux Ses beaux yeux noirs disparaissaient dans le masque adipeux et ils n'étaient plus que deux points brillants se faisant à peine jour dans la fente palpébrale.

En même temps le caractère changeait d’une façon notable. Très douce et gracieuse auparavant, elle devenait autoritaire, énergique et brutale. Elle prenait à partie ses parents, les clients, et se mettait contre eux et sans motif, constamment en colère. Sa voix devenait de plus en plus masculine. Bref, l’ensemble de ces transformations faisait de la malade une véritable curiosité.

Le corps, sauf dans les régions de peau blanche, se recouvrait de poils noirs abondants; la barbe devenait encore plus touffue, le caractère était de plus en plus irritable et violent.

Quelques jours plus tard, elle commença à faire les actes les plus extravagants. Elle grimpait aux arbres,

En

elle passait des heures perchée au haut d'un platane en lançant des pierres aux passants. Son agilité alors contrastait singulièrement avec le volume des jambes qui étaient dévenués énormes. En même temps elle parlait aveé une grânde volubilité; ses associations d'idées évoluaient surtout dans l’ordre des souvenirs de son enfance; elle apostrophait de quolibets spirituels les personnes de son entourage, allait, venait, chantait et se mettait constamment dans des colères furieuses,

Au cours de ses colères, elle frappait sa sœur, ses parents et les clients, quand par hasard elle s’échappait dans le magasin. Ses règles étaient suspendues.

Les membres inférieurs et le ventre étaient énormes; la paroi abdominale était tellement épaissie et infiltrée de graisse que la palpation profonde ne permettait pas de sentir les organes.

Cependant la patiente qui, pendant les douze premiers mois de son affection s’était montrée remarquablement robuste, se mit à s’amaigrir et à s’affaiblir. L’asthénie apparut et la malade passa ses jour nées étendue sur ün canapé en tenant des propos délirants. Les poils étaient toujours drus et serrés.

Très rapidement l’évolution tourna court, La petite malade $e mit à tousser et à suffoquer. Elle avait les deux poumons remblis, des sommets aux bases, de râles gros et humides avec œdème des bases sura: jouté. Ces phénomènes s’accompagnaient alors d’æœdème malléolairé et d’ascite sans albumine dans les urines. La malade, après plusieurs mois d’agitation, mourut alors en quelques jours, au milieu de phénomènes asphyxiqués et délirants. L'évolution clinique avait eu environ dix-huit à vingt mois de durée. »

Cette observation est très intéressante, elle peut être schématisée en deux stades : un stade d’obésité,

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