‹ Notes sur l'IndeChapitre 111 sur 142 · SE · texte numérisé non relu

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L'ENSEIGNEMENT DANS L'INDE FRANÇAISE 973 RMS re I A PA 20 nion, On a fixé pour l’enseignement primaire un minimum de dépenses ; il est contradicloire, à mon avis, qu'un régime républicain Loujours prompt à mettre en avant les grands mots d'égalité et de fraternité laisse des masses croupir dans l'ignorance. Je tiens à répéter que dans notre colonie hindoue la moitié des garçons el les 4/5 des filles d’âge scolaire ne reçoivent aucune espèce d'instruction. L’enscignement primaire se divise en primaire supérieur el primaire élémentaire : le primaire supérieur est de plus en plus délaissé pour l'enseignement secondaire. Le primaire élémentaire réunissait en 1903 : 2,911 garçons . et 958 filles ; il est divisé en trois degrés : le préparatoire, l'élémentaire et le moyen ; chacun de ces degrés comporte deux ans d’études : une centaine d'élèves se présentent chaque année au cerlificat d'études primaires qui est le but de cet enseignement : en moyenne, ils sont reçus el éliminés par moitié.

Il faut enfin signaler à côté de tous ces enseignements, L'ENSEIGNEMENT INDUSTRIEL qui, après de multiples tentatives, a fini par être organisé pour la première fois d’une facon

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sérieuse en 1900. Le but de cet enseignement est de « former des apprentis instruits et habiles pour les arts mécaniques el la construction, capables soit d’être admis dans les divers services techniques de la colonie, les industries privées et les chemins de fer, soit de diriger ou créer eux-mêmes des ateliers industriels »

Les élèves habiles reçoivent un diplôme.

L'enseignement esl théorique et pratique : au point de vue théorique, 11 comprend de l'arithmétique et de la géométrie appliquées, des notions de mécanique, de l'anglais et du francais; au point de vue pratique, il comprend les travaux d’ajustage, de forge, de tour et de menuiserie. Cet enseignement dure trois ans:

il est donné par un Européen chef des travaux pratiques assisté de deux contremaîtres indigènes et d’un instituteur (pour le français el l'anglais).

Afin d'intéresser les élèves, on leur confie les commandes du public dès qu'ils sont capables de les exécuter el le bénéfice est partagé entre eux au prorala de leur assi-

duité aux cours et aux ateliers. En 1900, cet

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enseignement réunissait 30 élèves ; en 1901, 18 élèves et en 1902, 14 élèves ; un comité de patronage de la section industrielle, effrayé de ce rapide déclin, émit en novembre 1903 le vœu, d’une part, que l'Inde s’entende avec l’Indo-Chine pour que des situations soient

réservées aux élèves “pee de Ia section.

industrielle de Pondichéry et, d’autre part, que les travaux publics de Cie prennent seulement comme agents d'anciens élèves diplômés. Sur le premier point, aucune entente ne fut possible, l'Indo-Chine ayant, elle aussi, créé un enseignement industriel et ayant par conséquent ses propres élèves à placer; sur le deuxième point, 1l advint qu’en 1904, à la séance d'ouverture du conseil général, le sœouverneur prit l'engagement que les employés des travaux publics seraient recrutés désormais parmi les diplômés de la section industrielle ; aussitôt, cette section vit Île nombre de ses élèves atteindre 25. Et voilà comment, ayant fait luire le fonctionnarisme aux yeux de l’Hindou, nous avons attiré des élèves dans la section industrielle et donné à cette section les apparences de Ja prospérité ;

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en réalité, celte section est une erreur et c'est une faute que de réserver les places des travaux publics aux diplômés. I] faut considérer, en effet, que les populations hindoues ayant été divisées en castes depuis les temps les plus reculés, il s’est développé dans chaque castle des qualités spéciales qui se transmettent héréditairement en s'accentuant et qui fournissent à chaque génération des Lypes de plus en plus spécialisés ; il semble que celle spécialisation héréditaire, qui donne à la société des individus bons pour el ou tel travail, soit très avantageuse ; tous ces individus profitent en quelque sorte d'un apprentissage ancestral et il suffit d'une culture minime pour les meltre en état de produire vite et bien ; cette culture est donnée par la famille même, du fait que l'enfant naît et grandit dans l'atelier.

Le menuisier, par exemple, qui est menuisier parce que tous ses ancêtres étaient menuisiers et que les coutumes religieuses et sociales le rivent à la profession des ascendants, le menuisier a un fils : cet enfant oran-

dit aux côtés de son père; il le voit travailler :

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dès que sa main est capable de lenir un oulil, on lui donne des travaux faciles ; 1l équarrit des morecaux de bois, il taille des chevilles ; plus tard on complique sa tâche ; il scie, 1 rabote, il mesure; ultéricurement, il apprend à faire un plan, puis à l'exécuter ; dès l'âge de 15 à 16 ans. le fils est presque aussi habile que son père; il gagne sa vie largement; il s'établit, fonde une famille et transmet son métier à ses enfants.

L'orfèvre, le carrossier, le forgeron, le maçon et tous les ouvriers, à quelque corps de métier qu'ils appartiennent, sont soumis aux mêmes lois sociales, aux mêmes lois héréditaires.

Donc, par le seul jeu des forces héréditaires et sociales, rapidité, abondance, excellence de la production ; l'administration n'avait pas à intervenir.

Notre effort aurait dû consister uniquement A conserver ces traditions, à encourager au besoin le fils à continuer le métier de son père et à enseigner le moins possible à ces ouvriers, qui sont souvent plus habiles que les nôtres, plus compétents que les maitres que nous prétendons leur donner. Nous avons voulu

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EE RS RS A RS EE PIB ME R SR EN agir el nous avons fait une école industrielle or les métiers manuels sont mal vus dans

l'Inde :

emploient ; les élèves que nous avons recrutés

ce sont les castes inférieures qui s’y

sont donc de castes inférieures (dont ils ont la superstition et l'ignorance) mais ne sont pas des castes ouvrières, parce que celles-ci n'ont pas besoin de notre enseignement industriel el nous en remontreraient à l’occasion. Pour que la section industrielle ne fonctionne pas à vide, nous avons été obligés d’instituer un diplôme et de promettre que tous les employés des travaux publics seraient pris parmi les diplômés ; nous. nous condamnons donc à n avoir que des ouvriers de moindre qualité el nous instiluons une concurrence aux formalions héréditaires au lieu de les favoriser ; ce n est pas d'une colonisation habile.

Notre plus puissant effort devrait être de dégager l'Hindou des superslitions qui le dominent, qui entravent son essor intellec-

tuel, encombrent sa vie quotidiénne d'usages

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malsains et par contre-coup compromettent la santé publique. Nous devrions nous poser comme un peuple de science, ami des pratiques rationnelles, et faire comprendre comment cela est une supériorité. Mais nous avons laissé faire les missions congréganistes qui ont construit des églises à côté des pagodes, qui ont clamé que la trinité hindoue esl une stupidité et que la trinité chrétienne est admirable. Et, quelques Hindous coquets ayant cru saisir que, pour aticindre au faite de la civilisation, il suffit d’être à la dernière mode, tant par l'esprit que par le costume, ont quitté leur religion et leur chomin national pour embrasser la nôtre et mettre nos complets vestons.

À ces nalifs élégants, je me suis efforcé de montrer, à plusieurs reprises, linanité profonde de toutes les religions et combien la foi, en elle-même, indépendamment des dogmes auxquels elle s'applique, est préjudiciable à la saine évolution de la pensée; mes déclaralions irréligieuses ont, dans la colonie, mécontenté beaucoup de bons esprits du cru et de la métropole qui, contre tous les faits,

PT RER TM ET EPA RTL A RER ER OR SRE Re pensent que la force des peuples est proporlionnelle à leur piété; je n'ai pas fait ces déclarations pour le ‘plaisir de mécontenter, mais parce qu'elles me paraissaient éclairer la situation: nous n'arriverons pas à améhorer l'esprit hindou tant que nous ne l'aurons pas débarrassé de la ganoue relio1euse qui empêche notre enselgnement de mordre sur Jui, Notre tactique de substitution ne servira Jamais à rien : à la religion hindoue nous prétendons substituer la nôtre : au code hindou nous prétendons substituer le nôtre :

aux formations héréditaires nous prétendons

substituer des formations pédagogiques.

€ Allez visiter, dit Gustave Lebon, les trois ou quatre petits villages, derniers vestiges de notre grand empire des Indes : vous y trouverez une centaine de fonctionnaires français dont le seul rôle possible est de bouleverser de fond en comble les antiques institutions des Hindous. » Et nous avons la naïveté de croire que des fonctionnaires armés de décisions, d'arrêtés et de décrets, vont annuler les effets d'évolutions séculaires; en réalité, nous

oblenons au point de vue moral un état de

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déséquilibre, un espèce de croisement aussi déplorable que le croisement physique qui donne les Eurasiens (Européens et Asiatiques); le seul résultat à peu près constant chez l’Hindou élevé à la française est la haine de l’Européen et le retour passionné et rapide aux errements ancestraux.

La situation intellectuelle de l'Inde française caractérisée par l'ignorance profonde des masses et la toute-puissance des superslitions religieuses ne nous autorise pas à consacrer de fortes sommes à l'instruction secondaire de quelques privilégiés; que ceux qui se révéleront exceptionnellement doués soient envoyés dans nos établissements métropolitains et que plus d'argent soit employé à répandre parmi le peuple le minimum d’instruction sans lequel il n’y a pas d’affranchissement intellectuel possible. Il faut noter, d'ulleurs, que l'instruction populaire n'ira pas sans difficullé et qu'il nous faudra lutter contre les castes dominantes parce qu’elles s efforceront toujours d'empêcher la diffusion de l'instruction; ces castes, en effet, s’effraient de ce que l'instruction relève les

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humbles, leur donne des appétits et, de serviles et obscurs travailleurs, fait de redoutables concurrents. La caste haute, la caste brahme, a toujours cherché à conserver le privilège de l'instruction que lui confèrent les textes sacrés, el les autres castes, qui sont des castes de travail ou de guerre, ont l’habitude d’obéir aux brahmes. À chaque calamilé publique, ceux-ci, au lieu de s’apitoyer, s'écrient : « Voyez, castes inférieures, comme les dieux vous maltraitent ; c'est parce que vous ne vous soumettez pas suffisamment à notre domination: travaillez et ne cherchez pas à vous instruire ; le travail est pour vous: l'instruction est pour nous; ainsi le veulent les dieux. » Les plus cultivés eux-mêmes ne comprennent pas ou feignent de ne pas comprendre l'utilité de l'instruction des masses ; c'est ainsi qu'un des conseillers généraux les plus influents disait au Conseil général de 1903 : « Je ne me rends pas compte de la connexité qu’on prétend établir entre le suffrage et le vote des crédits relatifs à l'instruction publique. » [l conviendrait cependant que

tous les électeurs, même humbles, eussent

L'ENSEIGNEMENT DANS L'INDE FRANÇAISE 283 ER TE ne A LL OM © VRP ARS NE une compréhension relative du vote et de la représentation nationale ; or, le peuple sait si peu ce qu'il fait en mettant un bulletin dans l'urne que le décret du 8 avril 1898 a permis la présence aux bureaux de vote d’interprètes chargés d'expliquer aux votants en quoi consiste leur mission d’électeurs.. .

En résumé, je crois qu'il serait avantageux à nos possessions de l’Inde que l’enseignement secondaire tout entier (section française et section anglaise) et que l’enseignement industriel fussent supprimés et qu'avec les crédits rendus disponibles, la plus large extension fût donnée à l'instruction primaire: au besoin, que le décret du 24 mai 1898, qui rend l’enseignement primaire obligatoire, fût promulgué dans la colonie; en tous cas qu’un minimum de dépenses fût définitivement fixé pour cet enseignement. En outre, que des encouragements soient donnés aux écoles privées; 1l y a eu dans ce sens quelques tentatives : le 28 décembre 1885, un arrêté fixait des subventions aux écoles privées; cet arrêté ne fut pas mis en vigueur faute de ressources ; de 1889 à 1897, l'administration institua des

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