LA FLÈCHE, FROSINE
La Flèche. — L'aventure est tout à fait drôle. Il faut bien qu'il ait quelque part un ample magasin de hardes ; car nous n:avons rien reconnu au mémoire que nous avons.
Frosine. — Hé ! c'est toi, mon pauvre la Flèche ! D'où vient cette rencontre?
La Flèche. — Ah ! ah ! c'est toi. Frosine. Que viens-tu faire ici?
Frosine. — Ce que je fais partout ailleurs : m'entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens, et profiter du mieux qu'il m'est possible des petits talents que je puis avoir. Tu sais que dans ce monde il faut vivre d'adresse, et qu'aux personnes comme moi le Ciel n'a donné d'autres rentes que l'intrigue et que l'industrie.
La Flèche. — As-tu quelque négoce avec le patron du logis?
Frosine. — Oui. je traite pour lui quelque petite affaire, dont j'espère une récompense.
La Flèche. — De lui? Ah, ma foi ! tu seras bien fine si tu en tires quelque chose ; et je te donne avis que l'argent céans est fort cher.
Frosine. — D y a de certains services qui touchent merveilleusement.
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LA MISE EN SCÈNE DE . L'AVARE
à l'escalier et si La Flèche n'entrait pas tout de" suite. Au bout de quelques instants, le valet traverse la scène en biais, le mémoire à la main, en disant son aparté. Au cri de surprise de Frosine, il se retourne et l'entretien s'engage, Frosine assise et La Flèche debout, appuyé au mur ou à la table. Les deux couplets de La Flèche, véritables portraits, très écrits, et dans une langue exquise, tentent l'acteur qui en fait généralement des morceaux à effet, en soignant la diction ; cette pratique est contraire aux principes généraux exposés ici. Cependant, tout en gardant au dialogue son air de vie, un certain convenu est tolé-
La Flèche. — Je suis votre valet, et tu ne connois pas encore le Seigneur Harpagon. Le Seigneur Harpagon est de tous les humains l'humain le moins humain, le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. Il n'est point de service qui pousse sa reconnoissance jusqu'à lui faire ouvrir les mains. De la louange, de l'estime, de la bienveillance en paroles, et de l'amitié tant qu'il vous plaira ; mais de l'argent, point d'affaires. Il n'est rien de plus sec et de plus aride que ses bonnes grâces et ses caresses : et donner est un mot pour qui il a tant d'aversion, qu'il ne dit jamais : Je vous donne, mais : Je vous prêle le bon jour.
Frosine. — Mon Dieu ! je sais l'art de traire les hommes; j'ai le secret de m'ouvrir leur tendresse, de chatouiller leurs cœurs, de trouver les endroits par où ils sont sensibles.
La Flèche. — Bagatelles ici Je te défie d'attendrir, du côté de l'argent, l'homme dont il est question. U est Turc là-dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde; et l'on pourroit crever, qu'il n'en branleroit pas. En un mot. il aime l'argent, plus que réputation, qu'honneur et que vertu ; et la vue d'un demandeur lui donne des convulsions. C'e«t
rable en ces passages pour conserver à ces pages, où l'on croit entendre La Bruyère, toute leur unité et leur force d'évocation.
Scène v. — L'Arioste a été mis à contribution (I Supposai, acte Ier, scène n, scène entre Cléandre et Pasifile) pour le fragment relatif à la chiromancie. On constate en effet des ressemblances entre les deux textes, encore que la prose de Molière, vive, coupée, naturelle, surprenne fort agréablement après les vers assez ordinaires du poète italien. Chez celui-ci, rien ne transparaît sous le comique, pas plus d'ailleurs que dans la Mère Coquette de Quinault (acte Ier, scène iv, scène entre Crémante et le Marquis), tandis que, chez
le frapper par son endroit mortel, c'est lui percer le cœur, c'est lui arracher les entrailles ; et si... Mais il revient j je me retire.