HARPAGON, FROSINE, MARIANE
Harpagon. — Ne vous olTensez pas, ma belle, si je viens à vous avec des lunettes. Je sais que vos appas frappent assez les yeux, sont assez visibles d"eux-mêmes; et qu'il n'est pas besoin de lunettes pour les apercevoir ; mais enfin c est avec des lunettes qu'on observe les astres, et je maintiens et garantis que vous êtes un astre, mais un astre le plus bel astre qui soit dans le pays des astres. Frosine, elle ne répond
LA MISE EN SCÈNE DE t L'AVARE » 331
sorte de sénile appétit pour une femme fraîche, jeune, plus jeune que ses propres enfants. Situation originale, qui blesse un peu, comme les traits d'humanité trop vrais et rudes, qui déconcerte deux fois, par la brutalité de ce répugnant désir physique, et par l'antipathie naturelle qu'on ressent déjà, à cause de son avarice, pour celui qui veut l'assouvir. Sans aller certes jusqu'à la crudité, qui est inutile, l'interprétation doit traduire ici, dans une absolue sincérité, ce ,que l'auteur a génialement indiqué. Une simple intention chez l'acteur peut, d'ailleurs, y suffire, sans recherche d'effets particuliers.
Scène vi. — Mariane manifeste à trois reprises, et très franchement, son dégoût ; et la comédie que joue Frosine pour le dissimuler doit s'accom-
mot. et ne témoigne, ce me semble, aucune joie de me voir.
Frosine. — C'est qu'elle est encore toute surprise ; et puis les filles ont toujours honte à témoigner d'abord ce qu'elles ont dans l'âme.
Harpagon. — Tu as raison. Voilà, belle mignonne, ma fille qui vient vous saluer.