‹ Notes sur la peinture a la cire cauterisee; ou, Procede encaustique, d'apres les laborieuses recherches de Paillot de MontabertChapitre 9 sur 14 · MANIÈRE DE LES PRÉPARER · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE LES PRÉPARER

Il y a plusieurs manières de préparer ces panneaux pour qu'ils puissent recevoir une peinture à la cire cautérisée; la première consiste à leur donner une couche d'apprêt, composé de colle de peau faible et de blanc d'f spagne, dont on forme un liquide qui ait assez de corps pour l'appliquer facilement et à froid avec un pinceau ; lorsque cette couche est sèche, on en applique une seconde qu'on laisse encore bien sécher; il est nécessaire que ces couches soient apposées en tapotant avec lé pinceau tenu presque perpendiculairement à la surface du carton : l'apprêt acquiert plus d'adhérence. Quand le tout est bien sec (vingtquatre heures suffisent), on ponce avec une pierre dont on rendra un des côtés uni, et on adoucit les aspérités de l'apprêt; le mouvement de la pierre doit aller en directions circulaires les unes dans les autres, en variant dans un espace de quinze à vingt centimètres : continuer ainsi sur toute la surface ; pour faciliter celte opération, comme nous l'avons indiqué pour les toiles, on trempe la pierre dans de l'eau de temps en temps, et on arrive à avoir une surface unie. Quand on veut procéder à l'application de la cire, il faut s'assurer que la dessiccation est complète; la cire doit traverser l'apprêt et atteindre le carton ; on doit en mettre jusqu'à ce qu'elle ne pénètre plus, ce qui se reconnaît lorsqu'il ne se forme plus de place embue après le refroidissement; alors on enlève avec le grattoir l'excédant de la cire avant de déposer le calque.

C'est sur un panneau semblable que j'ai exécuté le portrait de M. de Montabert, en J 834-, trois mois avant qu'il fût frappé de cécité par la paralysie du nerf optique.

La seconde préparation que je conseille pour les panneaux de carton, et que je préfère, est l'apprêt indiqué pour les toiles, parce qu'il se laisse plus facilement traverser par la cire en fusion et qu'il acquiert aussi une grande solidité après avoir été cautérisé; sa composition, comme nous l'avons déjà indiqué, est du blanc d'Espagne associé à de la colle de pâte; il s'applique avec un pinceau comme pour les toiles; une seule couche peut suffire, étant bien nourrie ; on peut, pour détruire les traces de la brosse, se servir d'un morceau de papier de verre ; si, après cette opération, l'on trouvait que le carton n'est pas assez couvert, on en donnerait une deuxième couche, mais plus légère :

quand l'apprêt est sec, on peut procéder à l'irabibition de la cire.

Ajoutons que l'on peut, sur an carton qui a reçu une première couche d'apprêt, y coller avec de la colle de pâte une toile trèsfine, et sur laquelle un léger apprêt suffirait pour obtenir une surface unie.

Je crois utile d'entrer ici dans quelques détails relativement à la colle de pâte que je conseille pour l'apprêt des toiles et panneaux. Un vieux tableau, provenant aussi de la même église de Valence, dont j'ai parlé relativement à des gouttes de cire tombées dessus, ce tableau, d'une grande médiocrité sous le rapport de l'art, était peint sur panneau de bois dont l'apprêt était à colle; désireux de connaître sa composition, j'en enlevai quelques parties que je portai chez M. Chevalier, chimiste , pour qu'il voulût bien en faire l'analyse ; il les déposa dans un tube de verre qu'il remplit d'eau pour les faire macérer une huitaine de jours; au bout de ce temps, il en fit l'analyse devant moi, il trouva dans son opération deux substances, l'une végétale et l'autre animale; il m'en donna la preuve en les brûlant séparément; je reconnus dans l'une l'odeur de pain brûlé, et dans l'autre celle de colle de peau ; ainsi cet apprêt était composé de colle de pâte, de colle de peau et blanc d'Espagne. Ce mélange des deux colles me paraît très-bon, et je crois qu'il peut servir pour une peinture à l'huile et une peinture à la cire; mais, pour cette dernière, il est préférable de n'employer que la colle de pâte pour l'apprêt, par-ce qu'elle se laisse plus facilement traverser par la cire. Ajoutons encore que, dans son analyse, M. Chevalier découvrit la présence d'un mastic composé d'huile et de blanc d'Espagne mêlé à l'apprêt de colle; mais ce mélange, qu'il prit pour un mastic, n'était autre chose que l'huile des couleurs qui avait pénétré l'apprêt à colle.

Pour compléter la solidité des panneaux de carton, je conseille, s'ils sont d'une certaine grandeur, d'y ajuster derrière un châssis léger, composé de quatre morceaux de bois de chêne, -1 5 millimètres d'épaisseur sur 5 centimètres de largeur, assemblés à leurs bouts, formant un châssis de la grandeur du carton, et collés avec de la colle-forte; cette bordure, toute simple, permet de le manier plus facilement, et, en même temps, de le fixer sur le chevalet et dans son cadre (pl. V, fig. -1 et 2).

Comme il n'est pas possible de faire traverser le carton par la cire, il faut, par derrière, y appliquer une couche de vernis solide qui le garantisse contre l'humidité, ou, mieux, une couche de

cire jaune naturelle. On peut, afin de faciliter son application, Tamollir avec de l'essence d'aspic , et l'appliquer avec une brosse ou un chiffon ; mais un bon vernis au copal à l'essence est suffisant, ou du vernis hydrofuge, également à base d'essence.

Page 1