VIII
Par beaucoup de personnes l’émigration est considérée comme une cause d'appauvrissement pour les peuples de qui elle vient, tandis qu’au contraire des statistiques certaines établissent qu'elle est le plus souvent aussi profitable au paysqui la fournit qu’à celui qui la reçoit.
L'excédant des populations qui, se trouvant trop à l’étroit dans certaines contrées de l’'Europe, s'écoule vers les territoires peu habités de l'Amérique, y prépare les voies à un commerce d'exportation et d'importation qui atteint des pro-
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portions plus ou moins considérables, selon que le pays d’où il sort a plus ou moins d'extension industrielle.
Pour la Grande-Bretagne l’émigration, tout en étant une soupape de sûreté au moyen de laquelle Le trop plein d’une population trop compacte échappe tous les ans aux horreurs du paupérisme, est cause aussi, en grande partie, de la suprématie commerciale incontestable que cette puissance a acquise sur toutes les autres en Europe.
À l'encontre de certains agents recruteurs intéressés, nous dirons d’abord que le Canada est loin d'être un pays de Cocagne où les ouvriers fainéants et incapables gagnent, en arrivant, des salaires considérables qui leur permettent, tout en ne faisant rien, d'amasser en peu d'années des fortunes prodigieuses. Loin de là. Notre pays offre, il est vrai, de grandes ressources à l’émigration étrangère, et le gouvernement fait d’immenses sacrifices pour y attirer les cultivateurs et les ouvriers européens; mais ceux qui viendront s’y établir ne doivent s'attendre à y réussir qu’en tant que, travailleurs infatigables, ils sauront de plus se soumettre aux lois et aux coutumes qui y sont en vigueur.
Il y a dans toutes les émigrations du monde deux classes bien distinctes : l’une respectable et utile, et l’autre préjudiciable aux pays vers lesquels elle se dirige. La première se recruie
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parmi les travailleurs honnêtes et laborieux qu'une louable ambition pousse et qui ne craignent pas de détendre les liens qui les attachent au sol natal pour aller chercher en pays étranger l’aisance et quelquefois la fortune pour leur famille ; l’autre se compose de déclassés, ouvriers inaptes à quoi que ce soit, après s'être dits bons à toutes choses, beaux parleurs pour la plupart, qui partent avec l’idée fixe de faire des dupes et de vivre aux dépens des habitants des pays où ils émigrent, tout en heurtant leurs sentiments les plus chers et traitant même leurs convictions traditionnelles de préjugés ridicules.
Aux bons cultivateurs, aux honnêtes ct habiles artisans qui se sentent l'énergie suffisante pour aller demander à un pays lointain une aisance relative qu’ils ne peuvent acquérir chez eux, nous pouvons assurer sans crainte qu'au Canada ils trouveront, pour les y recevoir, une population bienveillante et amie.
Mais à ceux que nous venons de qualifier de déclassés nous pouvons dire sans hésiter : restez chez vous, car au Canada vous végéteriez comme vous avez toujours végété das votre pays, et, dans votre misère, vous reprocheriez au peuple qui vous aurait acueillis cette pauvreté, conséquence naturelle de votre propre incurie.
Ceci posé, abordohs maintenant le côté statistique de la question.
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est le plus puissant des moteurs qui ont poussé les Etats-Unis à cette immense prospérité matérielle dont ils jouissent aujourd’hui. Les relevés officiels que nous avons consultés sur le chiffre des émigrants venus de toutes les contrées d’Europe apporter à la grande république américaine le contingent de leur travail et de leur industrie, nous permettent d'avancer que le nombre en a. été de plus de dix mullions cing cent mille, de 1820 à 1880.
Il'est vrai de dire que l’émigration au Canada est loin d’avoir opéré encore sur des bases aussi larges; mais il est juste de faire remarquer qu'avant 1870 rien ou peu de chose avait été tenté pour attirer vers notre pays l'élément étranger auquel est dû l'accroissement rapide de la population des états voisins.
En jetant un coup d'œil sur les chiffres suivants, on se formera une idée de l’émigration étrangère au Canada pendant les cinq dernières années. Il n’y est question que des émigrants qui s’y sont fixés.
En raison de la crise commerciale qui a sévi sur le Canada pendant ces dernières années, le mouvement d'émigration qui lui donnait 50,050 habitants nouveaux en 1873, s’est considérable ment ralenti. Cependant nous voyons qu’il tend à se relever depuis 1878.
Éinigrants.
D'après Les relevés qui ont été faits, on estime que le contingent fourni par chacun des diffé. rents peuples de l’Europe, respectivement, dans le montant annuel de l’émigration au Canada, peut se chiffrer ainsi :
Angleterre . . . +. . « « . « + 49 00 Suède etNorvège . . . . + . « 16 070 HIGOSAÉ à + à à 0 à + 6 + « «à 12 010 Irlande . , . . . . + . « « + 12 070 FRANOG es «à à 6 0 se à so à 7 010 Allemagne , . . . . + . + . . 3 0/0 Autres pays « «+ « + + + + + 1 0,0
Il semble hors de doute qu’en raison des relations commerciales que le Canada noue depuis quelque temps avec les autres pays, une émigration étrangère saine, qui prendra, d'ici à peu d'années des proportions plus considérables, ne tardera pas à s’y porter. Noussommes persuadé, en outre,que les peuples qui prendront part à cc mouvement dans des limites raisonnables, trouveront toujours dans l'extension de leur commerce, provoquée par la résidence de lenrs nationaux chez nous, une compensation plus que suffisante peur un dépeuplement partiel et sans importance.
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