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Dans son ouvrage sur l’Instruction du Peuple, M. Émile de Laveleye établit la moyenne de l’éducation comparée avec le chiffre de la population d’un certain nombre des principaux pays du globe. D’après le relevé qu’il en a fait, il n’y aurait en France qu’un élève sur neuf habitants, et une école par cinq cent trentesix. En comparant ces chiffres à ceux des tableaux ci-dessus, nous constaterons qu’à l'exception de la Colombie anglaise vt des territoires du Nord-Ouest, toutes les autres provinces du Canada offrent des moyennes beaucoup plus satisfaisantes.
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Par beaucoup de personnes, l’émigration est encore considérée comme une cause d’appauvrissement pour les peuples d’où elle provient, tandis qu’au contraire des statistiques certaines établissent qu’elle est le plus souvent aussi
profitable au pays qui la fournit qu’à celui qui
la reçoit.
L’excédant des populations qui, se trouvant trop à l'étroit dans certaines contrées de l’Europe, s'écoule vers les territoires peu habités de l'Amérique, prépare de l’autre côté de l'Atlantique les voies à un commerce d’exportation et d'importation qui atteint des propor-
tions plus ou moins considérables, selon que
le peuple d’où il sort a plus ou moins d’extension industrielle.
Pour l'Angleterre, l'émigration, tout en étant
une soupape de sûreté au moyen de laquelle le trop-plein de sa population trop compacte échappe tous les ans aux horreurs du paupérisme, est cause aussi, en grande partie, de la suprématie commerciale incontestableque cette puissance a acquise sur toutes les autres en Europe.
Comme l’émigration française, qui se dirigeait depuis longtemps déjà vers les États-Unis d'Amérique, paraît prendre maintenant le chemin du Canada, nous avons pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de donner quelques détails sur ce mouvement, qui tend à s’accentuer tous les jours davantage.
A l'encontre de certains agents recruteurs intéressés, nous dirons d’abord que le Canada est loin d’être un pays de cocagne où les ouvriers fainéants et incapables gagnent, en arrivant, des salaires considérables qui leur permettent, tout en ne faisant rien, d'amasser en peu d'années des fortunes prodigieuses. Loin de là. Cette colonie offre, il est vrai, de grandes ressources à l’émigration étrangère, et son gouvernement fait d'immenses sacrifices pour y attirer les cultivateurs et les ouvriers européens; mais ceux qui viendront s’y établir ne doivent s'attendre à y réussir qu’en tant que, travailleurs infatigables, ils sauront de
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plus se soumettre aux lois et aux coutumes en vigueur dans ce pays.
Il y a dans toutes les émigrations du monde deux classes bien distinctes: l’une respectable et utile, et l’autre préjudiciable aux pays vers lesquels elle se dirige. La première se recrute parmi les travailleurs honnêtes et laborieux qu’une louable ambition pousse et qui ne craignent pas de détendre les liens qui les attachent au sol natal, pour aller chercher en pays étranger l’aisance et quelquefois la fortune pour leur famille ; l’autre se compose de déclassés, ouvriers inaptes à quoi que ce soit, après s'être dit bons à toutes choses, beaux parleurs pour la plupart, qui partent avec l’idée fixe de faire des dupes et de vivre aux dépens des habitants des pays où ils émigrent, tout en heurtant leurs sentiments les plus chers et traitant même leurs convictions traditionnelles de préjugés ridicules.
Aux bons cultivateurs, aux honnêtes et habiles artisans qui se sentent l'énergie suffisante pour aller demander à un pays lointain une aisance relative qu’ils ne peuvent acquérir chez eux, nous pouvons assurer, sans crainte, qu'au
Canada ils trouveront pour les y recevoir une
population amie et bienveillante.
Mais à ceux que nous venons de qualifier de
déclassés, nous pouvons dire sans hésiter:
Restez chez vous, car au Canada vous végéteriez comme vous avez toujours végété dans votre pays, et, misérables, vous reprocheriez au peuple qui vous aurait recueillis cette misère que vous ne devriez qu’à votre propre incurie.
Ceci posé, abordons maintenant le côté statistique de la question.
Personne n’ignore que l’émigration européenne est le plus puissant des moteurs qui ont poussé les États-Unis à cette immense prospérité matérielle dont ils jouissent aujourd'hui. Les relevés officiels que nous avons consultés sur le chiffre des émigrants, venus de toutes les contrées d'Europe apporter à la grande république américaine le contingent de leur travail et de leur industrie, nous permettent d'avancer que le nombre en a été de neuf millions six cent soixante-cinqg mille neuf cent vingt, de 1820 à 1874.
Il est vrai de dire que l’émigration au Canada est loin d’avoir opéré encore sur des bases aussi larges ; mais il est juste de faire remarquer qu'avant 1870, rien ou peu de chose avait été tenté pour attirer en ce pays l'élément étranger auquel est dû l'accroissement rapide de la population des États voisins.
En jetant un coup d'œil sur les chiffres sui-
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vants, il est facile de constater que le courant humain qui se dirige vers le Canada a sensiblement grossi, chaque année, depuis 1870 jusqu’à 1873 inclusivement, où s'arrêtent les données officielles que nous avons sous la main.
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. 27,713 émigrants.
donnant un total de . . . . 114,401 émigrants.
Nous pensons cependant, qu’en raison de la crise qui s’est manifestée aux États-Unis, dont lc Canada a ressenti indirectement le contrecoup, ce mouvement progressif ne s'est pas soutenu depuis 1874; mais nous croyons pouvoir affirmer que, toutes proportions gardées, la diminutionestloin d’avoir été aussisensible qu'aux États-Unis, si on considère que le chiffre de leur émigration, qui, en 1873, s'élevait à 459,803 émigrants, n’est que de 260,814 en 1874.
On estime que le contingent fourni par chacun des différents peuples de l'Europe, respectivement, dans le montant annuel de l’émigration canadienne, peut être établi ainsi :
Angleterre , . , . . « . . + 49 0/0 Suède et Norwége. . . . . . 16 0/0 ÉGodses . « +: > + » » » «+ 12-09 PAUSE 6 6 6 pe à à 1e OÙ
Bee à 4 CU 4 6 ee 0 00 7 00 Allemagne . , . . . , . , . 3 0/0 Autres pays . . , . + « . «+ 1 0/0
Quoique l'émigration française au Canada n'existe de fait que depuis 1871, et que le chiftre total de ceux qui sont partis jusqu'ici ne dépasse guère 5,000, la différence qui se manifeste déjà dans les rapports commerciaux des deux pays est assez remarquable pour qu’elle mérite d’être mentionnée.
s 4e Les importations françaises au Canada, qui so montaient :
En 1874 à . . . . , . . 11,512,500 fr.
En 1872 n'étaient que de. 9,139,290
donnant un excédant de . . . . . 2,373,210fr.
D'un autre côté, nous voyons que le chiffre des importations canadiennes en France, qui s'élevait :
En 1874 à... . . . . . . 1,336,060 fr.
En 1872 n'était que de . . . 511,210
donnant une différence en plus de . 824,850 fr.
Il nous semble hors de doute qu’en raison des efforts que le gouvernement canadien fait pour attirer sur son territoire une émigration
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étrangère saine, le mouvement relativement encore peu accentué qui se produit vers le Canada prendra, d'ici à peu d'années, des proportions plus considérables. Nous sommes persuadé, en outre, que les peuples qui prendront part à ce mouvement dans des limites raisornables, trouveront toujours dans l’extension de leur commerce, provoquée par la résidence de leurs nationaux en ce pays, une compensation plus que suffisante pour un dépeuplement partiel et sans importance.
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