PROVINCE DE QUÉBEC
Dans un excellent ouvrage que l'honorable M.
Chauveau, qui a été pendant dix-huit ans à la tête du département de l’Instruction publique du Bas-Canada et de la province de Québec, publiait, il y a quelques années, sous le titre de Précis historigrue et statistique sur l'instruction publique au Canada, nous trouvons Ge précieux renseignements sur les développements de l'éducation dans toutes les provinces de la Confédération, en généal, et dans la province de Québec, en particulier.
M. Chauveau fait remonter à l'année 1616 les premiers essais d'instruction tentés dans la Nouvelle-France. Les premiers, les Récollets essayèrent d’inculquer les éléments de l'instruction aux populations indigènes. A cette époque, le frère Pacifique Duplessis faisait l’école aux enfants sau-
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vages des Trois-Rivières, leur enseignant la lecture et l'écriture, en même temps que le catéchisme. Les relations du temps mentionnent aussi que vers 1632 les pères jésuites Lejeune et Lallemant faisaient l’éeole : le premier, aux sauvages ct le second, aux enfants des premiers colons francais qui fondèrent la colonie.
Dès 1637, un collège se construisait à Québec. Deux ans après, Mme de la Peltrie et la mère de l’Incarnation fondaient dans la même ville le couvent des Ursulines, qui ouvrit la première école de filles en la Nouvelle-France. D'un autre côté, M. de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, faisait venir, en 1653, la sœur Marguerite Bourgeois, fondatrice, dans le Nouveau-Monde, de la Congrégation de Notre-Dame. Les religieuses de cet ordre, qui firent, pour la première fois, l’école dans un hangar, en 1657, comptaient déjà, en 1747, douze maisons d'éducation de plus ou moins d’importance, établies dans les principales paroisses de la colonie. Puis, er 1663, Mgr de Laval, évêque de Québec, établissait, dans sa ville métropolitaine, un grand séminaire auquel il adjoignait, cinq ans plus tard, le petit séminaire qui existe encore aujourd'hui. Dès avant 1740, les prêtres de St- Sulpice, établis depuis près d’un siècle (1647) à Montréal, y entretenaient des écoles de garçons,
et fondaient plus tard, en 1773, le-collège qui-existe encore aujourd’hui.
Pendant assez longtemps, les progrès de l’instruction, ceux de l'instruction élémentaire surtout, furent lents dans le Bas-Canada. En raison des difficultés qu'éprouvaient les promoteurs de l’œuvre à obtenir les subsides suffisants pour la soutenir, à cause surtout de la mauvaise organisation du systeme lui-même, le elergé catholique avait dû 5’emparer de linitiative et marchait, la plupart du temps, avec ses propres ressources,
Cependant, lorsqu’en 1787 lord Dorchester chargea un comité du conseil exécutif de faire une enquête dans le but de porter remède à l'insuffisance de linstruction publique dans le pays, il y avait déjà de 24 à 30 personnes par paroisse qui savaient lire et écrire, et la plupart des villages quelque peu populeux, entre autres, ceux de l’Assomption, Boucherville, Laprairie, Terrebonne, avaient des instituteurs.
în 1801 le Parlement votait une loi intitulée “ Acte pour établir des écoles gratuites et pour le progrès de l'instruction,” autorisant le gouvernement à établir une corporation sous le nom de “ Institution Royale.”
L'Institution Royale fit faire peu de progrès à l'instruction publique, tant qu’elle en eut le con-
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INSTRUCTION PUBLIQUE (QUÉBEC) 155 trôle, c’est-à-dire, jusqu'à ce qu'elle fût dissoute par l’Acte d'Éducation de 1841.
Comme les parents catholiques étaient généralement peu disposés à envoyer leurs enfants à des écoles sous le contrêle d’une institution dont l’évêque anglican était président, et à laquelle l'évêque et le clergé catholiques n'avaient jamais voulu donner leur coopération, le parlement vota la loi dite “ des écoles de Fabrique ” qui autorisait le curé et les marguilliers à affecter un quart des revenus de leur corporation paroissiale au soutien d'écoles placées sous leur direction exclusive,
Une loi intitulée ‘“ Acte pour l’encouragement de l'éducation élémentaire,” votée par la Lévislature, en 1829, Ctablissait, entre autres choses, les syndicats d'écoles, et créait un fonds pour la construction des écoles. Quoique très incomplète encore, cette loi paraît avoir été le premier essai sérieux de législation fait pour l’organisation d’un système scolaire régulier.
Cependant, en 1836, le nombre des écoles primaires en activité n’était encore que de 1,321, et celui des élèves des deux sexes qui les fréquentaient de 36,000 environ. Néanmoins, M. Garneau, dans son histoire du Canada, porte à 57,000 le nombre total des élèves des maisons d'éducation de tout genre, à cette époque, ajoutant aux élèves
des écoles primaires ceux des écoles indépendantes, des collèges et des couvents.
Dans cet entre-temps, plusieurs collèges, devenus, depuis, de grandes maisons d'éducation supérieure, furent érigés, grâce aux efforts et au zèle des membres du clergé et d’un certain nombre de laïques qui s'étaient dévoués au succès üe cette noble cause. Parmi ceux-ci, et en première ligne, se trouvait M. Joseph F. Perrault, * protonotaire de Québec, ancien député à l’Assemblée Lég'slative, ‘qui consacra ses loisirs et une partie de sa fortune à cette œuvre éminemment patriotique. Ce philanthrope, qui mourut en 1844, à l’âge de-quatrevingt onze ans, est l’auteur d’un grand nombre d'ouvrages sur l’histoire du Canada, l'éducation et l'agriculture.
Pendant la session de 1835-36, on s’occupa quelque peu de régulariser le système d'éducation très défectueux qui existait alors. Le Parlement vota même, pour être appliquée à ces fins, une allocation de sept mille six cent vingt livres sterling (environ 190,000 fr.) Il décrita aussi l’établissement d'écoles normales à Montréal et à Québec, mais cette dernière loi n’eut pas d'effets immédiats,
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* La vie de M. J. F. Perrault a été publiée dernièrement par son petit-fils, M. le Dr P. Bender, de Québec.
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ques réformes faites dans l'administration de l'instruction publique eurent l’effet de donner un nouvel essor à l'éducation dans la province française ; airsi, tandis que le nombre des écoles primaires tait, en 1847, de 1,613, ayant 63,281 élèves, un rapport fixe à 1,817 le nombre des écoles, et à 68,994 celui des élèves, en 1849, Les années suivantes, grâce aux lois que firent passer les gouvernements Lafontaine-Baldwin, en 1850, et Hinks-Morin, en 1852, l'augmentation qui se manifestait devint encore plus sensible, car en 1854, le nombre des institutions scolaires était déjà de 2,795, et celui des élèves de 119,737. Y
M. le docteur Meilleur, nommé en 1842 surintendant de l’Instruction publique, doit être considéré comme le créateur du système d'Education actuel. Il eut longtemps à combattre le mauvais vouloir de la majorité de la population d'alors, dont son énergique persévérance finit par triompher.
L'honorable M. Chauveau, qui lui succéda, et fut de 1855 à 1873 à la tête du département de l'Instruction publique, travailla tidemment à parachever l’œuvre de son prédécesseur.
C’est sous son administration qu’en 1857 trois écoles normales furent eréées: deux catholiques et une protestante ; qu'un journal de l’Instruction publique, publié dans les langues française et an.
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glaise, fut fondé et qu’une bibliothèque qui contint quinze à seize mille volumes, avant qu'une grande partie fut transférée au Parlement, fut installée dans les bureaux de l’'Tnstruction publique.
De son côté, l'honorable M. Ouimet, tant comme ministre de l'Instruction publique que comme surintendant, charge qu’il occupe depuis février 1876, * a su, par une administration intelligente et vigoureusc-affermir notre système scolaire auquel il à fait subir plusieurs réformes utiles.
Dans son premier rapport comme ministre de l'instruction publique (1874), l'honorable M. Ouïmet exprimait l'intention de fonder une école des Sciences appliquées aux Arts, cet de créer des bibliothèques publiques. A la session suivante, la Chambre votait le crédit nécessaire pour mettre ces
* ** Les secrétaires du Département de l'Éducation—dit alors l'hororable M. Chanveau, dans son ouvrage sur l'Instruction publique an Canada”—le Dr Giard et le Dr Miles ont été confirmés dans leur charge, A. le Dr Giard exerce la sienno depuis vingt-huit ans, ayant été nommé sous l'administration du Dr Meilleur en 1848. Lorsqu'on connait les difficultés et les labeurs d'un poste semblable, on doit se faire une idée du mérite de celui qui a pu l'occuper si longtemps. Le Dr Miles. ancien professeur de l'Université de Lennoxville, est avantageusement connu par plusieurs ouvrages scientifiques ét une série d'histoires du Canada, en langue anglaise à l'usage des écoles.’
C'est en 1876 que M. le Dr Giard recevait ces éloges bien mérités de celui qui fut pendant dix-huit ans son chef, ce qui porte à près de
34 ans ses états de services.
Ces deux messieurs ont, depuis, pris leurretraite. Le Dr. Milnes, le 23 mars 1681, et le Dr. Giard, le 1er juillet 1882 ; le premier a été remplacé par M. Elison, J. Rexford et le second par M. Oscar Dunn.
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deux projets à exécution. Depuis-qu’il-est surintendant, il s’est particuliérement occupé de la refonte des lois scolaires, dont un projet a été soumis par lui, pour premier examen, aux membres de la Législature à la session de 1880,
Système d’enseignement.—Dans un discours qu'il prononcait, le 26 juin 1880, devant le Congrès eatholique, réuni à l’occasion de notre grande fête nationale, l’hono: able Surintendant trace à grands traits les lignes principales de notre système d'instruction publique :
“ Notre enseignement-se-divise-en-trois-classes : dit-il :
1° L'enseignement supérieur.
2° L'enseignement secondaire.
3° L'enseignement élémentaire.
“ Il est admis que nous avons un nombre relativement considérable de maisons affectées à l’éducation supérieure, et j'ai le plaisir de constater ici que toutes ont su se rendre recommandables et dignes d’être encouragées.
“ Nous possédons trois universités qui ont le pouvoir par des chartes royales de conférer des degrés pour les Sciences et les Lettres.
“ En premier lieu, je citerai l’Université Laval qui, comme chacun s'accorde à le reconnaître,est une des maisons:de haute éducation les plus complètes
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qu’il y ait sur le continent américain ; puis, les excellentes universités protestantes anglaises McGill, à Montréal, et Bishop’s College à Lennoxville.
“ Viennent ensuite un assez grand nombre de collèges dont les cours classiques sont aussi complets qu’en aucun pays d« monde.
“ Dans la seconde catégorie nous trouvons l'Ecole polytechnique de Montréal, où l’on enseigne les différentes branches des arts et des sciences, qui à donné jusqu'ici des résultats exceptionnellement satisfaisants et fourni un certain nombre de sujets remarquables. Plusieurs anciens élèves de cette école occupent de bonnes positions comme architectes ou ingénieurs drns les différentes provinces du Dominion et aille les écoles normales Laval, à Québec, Jacques-Cartier et McGill, à Montréal, d’où sont sortis la plupart des instituteurs distingués qui constituent le noyau principal de notre corps enseignant ; les highschools de Québec et de Montréal ; un grand nombre d’académies catholiques et protestantes et les excellentes écoles dirigées par les frères des Ecoles chrétiennes.
“Toutes ces institutions, à l'exception de l'Université Laval des séminaires de Québec ct de Montréal, recoivent une subvention de l'Etat sur les sommes accordées, comme aide, à l'instruction publique.
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“ Mais pour nous tous, ce qui doit présenter le plus d'intérêt, c'est le développement qu'a acquis, comme je le faisais remarquer il y a un instant notre instruction éléméntaire, c’est-à-dire, la seule, le plus souvent À la portée des classes peu aisées de nos campagnes, qui, dans tous les rangs de la société, sert de base à une instruction plus complète et dont dépend souvent l'avenir des enfants qui la reçoivent.
“ Je dirai en peu de mots sur quoi repose notre système scolaire primaire, qui a été considéré comme un des plus parfaits qui existent par les hommes spéciaux chargés, pendant la dernière grande exposition de Paris, d'examiner les résultats obtenus par les systèmes en vigueur chez les différents peuples, et qui a valu à la province de Québec quatre diplômes, quatre médailles de bronze et quatre distinctions honorifiques de premier ordre.
“ Pour l'application de ce système d'éducation, la province est divisée en municipalités scolaires régies par cinq commissaires d'écoles. Mais, quand dans une localité il existe un certain nombre de familles qui ne partagent pas les croyances religieuses de la majorité des habitants, celles-ci ont le droit d’avoir pour leurs enfants des écoles séparées qui sont contrôlées par trois syndics. Chacune de ces écoles recoit alors du BONE Acment une
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subvention proportionnée au nombre d'enfants d'âge à y assister. Le montant que le gouvernement débourse ainsi chaque année, s'élève au chiffre assez rond de $165,000.
“ Commissaires et syndics d'écoles.
“ Ce dualisme est le corollaire du dualisme des religions et des nationalités qui se partagent le pays. L'Etat protège également le Francais et l'Anglais, et partant, les deux croyances religieuses. De fait, l'Etat s’unitaux deux cultes, et, en matière d'éducation, il w’autorise pas une école à être athée; mais, s’il lui demande d’être chrétienne pour lui accorder ses secours, 1l w’exige pas qu’elle appartienne à une église plutôt qu’à une autre. Liberté pleine et entière sous ce rapport; et de là, harmonie parfaite dans la population.
“ Ces deux corps de commissaires et de syndics représentent le peuple. Ils administrent suivant la loi, chacun pour ceux dont ils sont les mandataires ; donc, pas de conflit de religicn, ni de nationalité.
“ Nous n'avons pas de conseils, encore moins de leçons à donner à l'étranger; mais il nous est permis de nous féliciter d’avoir su appliquer si avantageusement pour nous le grand principe de la liberté de l’enseignement.
“ Des inspecteurs d'écoles, au nombre de-trente-
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six, sont tenus de faire, deux fois par année, la visite de chaque école et de fournir au Départe- @nt de l’Instruction publique un écat détaillé de leurs opérations.
“ Enfin, pour aider le Surintendant dans ses travaux d'administration, on lui donne un conseil composé d'hommes hautement recommandables et offrant par leur honorabilité et leurs capacités reconnues toutes les garanties désirables, qui.sont nommés par le gouvernement et choisis dans les différentes parties de la province. Qu'il me suffise de dire que dars ce conseil formé de dix-sept catholiques et de huit protestants, entrent, de droit, les huit évêques de la province, chacun d'eux représentant son diocèse, quise trouve être pour lui une division scolaire, dont il surveille la direction morale et intellectuelle. (Ce conseil général se divise en comités catholique et protestant, le premier composé de dix-sept membres, et le second de huit, ces derniers étant autorisés par la loi à s’adjoindre cinq membres supplémentaires.
“ Le conseil général de l'instruction publique est présidé par le Surintendant dont la mission est de faire fonctionner tous les rouages de notre système scolaire.” :
Division de l’enseignement. — L'instruction
publique comprend cinq grandes divisions dont
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142 INSTRUCTION PUBLIQU': (QUÉBEC)
quelques-unes se subdivisent en plusieurs sections, savoir :
1° Les écoles supérieures ou universités,
2° Les écoles secondaires.
3° Les écoles normales.
4° Les écoles spéciales.
5° Les écoles primaires.
Universités. — Comme nous le voyons dans l'extrait du discours du Surintendant, plus haut cité, lu province de Québec possède trois maisons d'éducation supérieure qui sont les universités “ Laval,” à Québec, “ McGi'l,” à Montréal, et le “ Bishop’s College,” à Lenne\ville.
L'Université Laval, qui est sans contredit une des maisons d'éducation supérieure les plus importantes de l'Amérique, a recu sa charte impériale en 1852.
Cette institution fait partie du grand et du petit Séminaire de Québec, et est, comme ces maisons, complètement indépendante du gouvernement, de qui elle ne recoit aucune subvention. Elle est administrée par un visiteur qui, en vertu de la charte, doit toujours être l’Archevêque de Québec, un recteur qui ne peut être que le Supérieur du Séminaire de Québec et un conseil composé de douze membres choisis parmi les professeurs de l'établissement, dont six sont ecclésiastiques et six laïques.
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L'université comprend les facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts ; cette dernière se subdivisant en deux sections: les seiences et les lettres. Les cours sont de quatre ans pour la théologie et la médecine, et de trois pour le droit ; il n’y a pas de cours réguliers pour la faculté des arts. Elle délivre pour chacune de ces facultés des degrés de bachelier, de licencié ou maître et de docteur.
Conformément à une-décision de la Propagande, du ler février 1876, l’Université Laval a établi une succursale à Montréal soumise aux mêmes règlements et jouissant de tous les privilèges de la maison-mère,.
Le tableau suivant donne le nombre des élèves et des professeurs de l’Université Laval, ainsi que la quantité et le rang des degrés qu’elle a délivrés en 1880-81.
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