INTRODUCTION
Je réunis aujourd'hui en un volume les différentes notes que j'ai publiées, ainsi que les discours que j'ai prononcés au Sénat, sur le Prodiictivisme et le Comptabilisme.
On trouvera, non sans raison, que la publication de certaines des études renfermées dans ces pages a été faite prémahcrémeni .
Gela tient en grande partie à cette circonstance qu'ayant été amené à intervenir dans la politique active en acceptant de représenter le parti libéral au Parlement, j'ai cru, à cette époque, qu'il était de mon devoir absolu de profiter de l'occasion qui m'était offerte d'attirerimmédiatementl'attention des pouvoirs pu])lics sur les idées de perfectionnement social en lesquelles j'avais foi ; je le fis plutôt que de m'occuper des questions courantes et actuelles soumises habituellement aux délibérations du Sénat. Bien que déjà vieilles et arrêtées en mon esprit, ces idées eussent gagné à n'être publiées qu'après en avoir poursuivi l'étude et le développement dans le silence, de façon approfondie et méthodique, ainsi que j'eusse voulu le faire.
Je me trouvai, au contraire, obligé d'exposer, suivant les circonstances, sommairement et sous différents aspects, mes vues générales sur les moyens à mettre en œuvre pour réaliser dans le moindre temps et avec le moindre effort, le progrès social. C'est ainsi que je développai à diverses reprises les grandes lignes du Gomptabihsme ; il en fut de même pour le Productivisme.
Mes idées ont donc été livrées à la publicité un peu au hasard des circonstances et il va de soi que l'ensemble des notes réunies aujourd'hui se ressent du manque de maturité préalable dans l'élaboration.
J'aurais pu, et j'ai songé à le faire, remanier ces différents documents et les refondre de manière à présenter au public que je tiens à mettre à même de connaître mes idées, une œuvre d'ensemble de forme plus didactique, étabhe sur un plan plus méthodique et plus conforme à celui des pubUcations qui se font sur des matières analogues. J'y ai renoncé parce que le temps me faisait défaut; d'ailleurs, j'ai cru peut-être aussi bien faire en me bornant à reproduire simplement mes différentes notes dans leur forme intégrale et dans l'ordre même où elles ont été publiées dans les Annales de r Institut des Sciences sociales et dans les Annales parlementaires. Il me paraît, en effet, que telles qu'elles, si elles présentent des longueurs et des répétitions, elles ont le mérite d'exposer ma pensée de manière plus exacte et plus analytique, en serrant de plus près le travail de recherche ou d'invention et en faisant mieux ressortir les différents points de vue auxquels j'ai dû me placer successivement.
Je les reproduis donc sans y rien modifier, et je prie le lecteur de vouloir bien tenir compte dans son appréciation de la situation que je viens d'indiquer.
Je tiens à dire également que mon travail a été fait librement. Je veux dire par là que je l'ai poursuivi sans m'appuyer jamais sur aucune doctrine, ni sur aucun travail antérieurement publié. J'ai fait ainsi, d'une part, parce que je n'avais guère le loisir de remonter aux sources classiques et de m'initier à toute une science que je ne possède pas et
dont les théories ne m'apparaissent pas toujours avec un réel caractère de nécessité; d'autre part et surtout, parce que j'ai voulu garder mon entière indépendance d'esprit et d'investigation sans me laisser influencer en rien par les systèmes élaborés antérieurement. Les considérations d'ensemble et les faits seuls m'ont préoccupé.
A certains points de vue, je me suis donc trouvé mal préparé pour effectuer le travail que j'avais entrepris, et je ne me suis pas dissimulé un seul instant qu'il me manquait la plupart des qualités voulues pour traiter les questions qu'il comporte dans la forme courante.
Devais-je pour cela m'abstenir? I)evais-je renoncer à tenter de dévoiler l'horizon productiviste et comptabihste qui, selon moi, doit délimiter le véritable champ d'action sociale du moment?
Je n'ai pu hésiter, on le comprendra, à penser le contraire. Qu'est-ce que la forme en effet? Elle n'est que la représentation de la superficie des choses. Or, ce n'est pas aux esprits superficiels, c'est à ceux qui sont préoccupés du fond plutôt que de la forme des choses que j'avais à m'adresser. Et si ceux-ci sont touchés par les vues que j'ai formulées en toute sincérité, si peu qu'ils soient et si peu que ce soit, je considérerai comme atteint le but que je me suis assigné.
Je leur dédie ces pages.
Bruxelles, le l^"" décembre 1900.