SUR LES
DÜ MERCURE
CHAPITRE °%, — PROCÉDÉS D'ANALYSE CHIMIQUE POUR LA RECHERCHE DU MERCURE.
Les voies d'élimination des mercuriaux étant surtout les reins, le foie, les intestins, les glandes salivaires, et ; d’une manière plus douteuse la voie cutanée, c'est surtout dans l'urine, la salive, les matières vomies ou les selles, ou plus rarement dans la sueur, le lait, etc., que l’on'aura à rechercher la présence du mercure.lL’analyse des liquides normaux ou pathologiques équivaut, en fait, à la recherche du mercure {le plus souvent à l’état de bichlorure), dans une solution aqueuse chargée en même temps de matières organiques diverses. D'ailleurs, s’il fallait en certains cas d’empoisonnement faire porter l’analyse sur l'estomac, le foie, le pancréas, le sang, etc., l’on ramènerait d’abord le
Lun Déco
problème aux mêmes donnés, en préparant selon les règles des liqueurs avec ces divers organes. Le procédé Danger et Flandin pourrait être employéavec avantage. Il consiste à délayer les matières animales, à une basse température, dans l’acide sulfurique concentré, et à ajouter, au liquide noirâtre qui s’est produit, de l’hypochlorite de chaux en poudre et au besoin de l’eau distillée. Quand la liqueur est devenue claire ou à peu près incolore, on filtre, on ‘Jave le résidu avec de l'alcool, et l'on concentre convenablement le liquide.
Pour découvrir dans cette solution la présence du mercure, on utilisera les réactions appropriées. Nous devons mentionner seulement quelles sont, parmi ces réactions, celles qui possèdent le caractère le plus net et le plus commode pour les expertises médicales.
Les sulfures alcalins produisent, dans une dissolution de sublimé corrostif, un précipité noir; l’acide sulfhydrique mis par petites portions, produit un précipité jaune, qui devient de plus en plus noir à mesure que le réactif est en excès. Ce précipité noir (sulfure mercurique), obtenu par les sulfures ou par l’acidesulfhydrique, peut alors être chauffé dans un tube ad hoc, avec du carbonate de soude, ou de la chaux, ou de la limaille de fer, et donner du mercure métallique qui se volatilise sur les parois du tube ; ou bien ce même. précipité, traité par l’eau régale à chaud, se décomposera en donnant du bichlorure ; et l’on pourra utiliser une autre réaction très sensible de ces solutions de sublimé, qui consiste à les décomposer par une pile appropriée et à précipiter le mercure sur un des électrodes.
Reprenons maintenant le cas le plus ordinaire : l’analyse d’une liqueur contenant des matières organiques et
peut-être du mercure dans un état indéterminé (urine, salive, etc.).
Il faut d'abord détruire la matière organique, ou bien par le procédé de F, C. Schneider, en faisant réagir l’acide chlorhydrique sur le chiorate de potasse; ou mieux comme l'a conseillé M. Personne pour le lait, en faisant passer un courant de chlore. Lorsque le liquide est complètement décoloré, on filtre et on fait passer un courant d’acide sulfureux pour enlever l'excès de chlore. Dans le liquide filtré à nouveau et placé dans un flacon que l’on puisse boucher, on fait alors passer un excès d’acide sulfhydrique jusqu’à saturation. On bouche le flacon et on laisse reposer jusqu’à ce que le précipité de sulfure de mercure soit bien réuni au fond du vase. On décante, on jette sur un filtre et on dessèche ce précipité.
On prend alors un tube à analyse en verre vert, on y introduit du bicarbonate de soude desséché, de la chaux calcinée, le mélange du précipité avec de la chaux, puis encore de la chaux, le tout recouvert d’un tampon d'’amiante.
Cela fait on étire le tube à la lampe d'émailleur, de façon à lui donner une forme enbec de cygne. On chauffe le tube; on commence par la colonne de chaux, puis on chauffe l'endroit où se trouve le sulfure ; ce dernier est décomposé, et le mercure, revivifié, va se condenser dans la partie étirée et froide du tube, sous forme de globules brillants, facilement visibles à la loupe. Pour caractériser complètement le mercure on coupe à la lime le tube et on introduit le tout dans un vase contenant des cristaux d’iode ; il se forme au bout de peu de temps, des cristaux de bi-iodure de mercure, rouge à froid, jaune quand on le chauffe et
Combret. 2
—+ 10 — redevenant. encore rouge plus: rapidement quand on le touche avec un corps dur.
:Onpeut encore introduire dans une certaine. cfuanitité du Maud e, quidoit-être acidulé légèrement, un fil de cuivre bien décapé dont-la-partie supérieure est enroulée autour
d'une: lame de zinc, Le cuivre se recouvre bientôt de :mercure, et, si on le frotte alors avec du papier il paraît argenté. On peut aussi plonger dans le: liquide les électrodes (en lames d’or) d’un couple de Bunsen ou de Daniell. Enfin, on peut employer plus avântageusement encore «lapile de Smithson. :Pour cela,: on :confectionne un élé- “ment de pile en enroulant un fil:d'ér (ou une lame d’or) en spirale autour d’une lame épaisse: d’étain, mais de manière que l'étain ne soit pas totalement recouvert ; on peut constituer encore la pile de :Smithson ‘en-enroulant une petite lame d’or autour d’une baguette d’étain; ou une spirale d’étain autour d’un fil d’or assez gros. Dans tous ces cas le sublimé se trouvera décomposé, et le mercure se trouvera déposé sur l’or, qui paraîtra blanchi.
Il faut se souvenir, à ce moment, que ce phénomène n’est pas un indice absolument cértain de la présence du mercure, car, ainsi que l’a-démontré, Orfila, cette couleur blanche peut provenir, dans «certains cas, du transport d'une petite quantité d’étain sur la lame d'or. Pour constater que l’enduit:blanc provient bien du mercure, il ne
suffit pas qu'il deviennebrillant quand on le frotte ni qu’il disparaisse par la: chaleur. Mais. l’on peut employer divers moyens indiqués par. M. Roussin : lorsqu'on! retire des liqueurs la feuille d’or blanchie, il faut la laver immédiatement dans Pacide! chlorhydrique étendu ; on doit ainsi faire disparaître la tache, dans le cas -où -elle serait formée par l'étain. On lave ensuite à l’eau .pure si elle
persiste, et un dessèche complètement à 30 ou 40 degrés. On introduit alors la feuille d'or dans un petit tube fermé par un bout, et que l’on effile à l’autre extrémité en tube capillaire. Par l'action de la chaleur lé mercure quitte l'or et se condense sur les parties froides du tube ; si la proportion du métal volatilisé est assez considérable, il apparaît immédiatement sous forme de nombreuses gouttelettes et dessinant un anneau brillant, Quelquefois la quantité dé mercure est tellément faible qu’on n'observe guère à l’œil nu comme à la loupe qu’une poussière blanc grisâtre sans aspect métallique bien marqué. Dans ce cas onja recours à l’artifice suivant : à l’aide d’un petit tube effilé - ou d’un gros fil de platine, on pousse un cristal d’iode däns le voisinage du dépôt blanchâtre contenu dans le tube, et maintenant le tube fermé par une boulette de cire molle, on le place dans un milieu dont la température soit fixée entre 80 et 40 degrès: Sile dépôt formé par le tube ést constitué par du mercure très divisé, au bout de douze heures, au plus tard, il aura changé de teinte et pris une couleur rouge vif, due à la formation du biiodure de mercure. Après avoir enlevé du tube le cristal d'iode, on chauffe doucement et progressivement au-dessus d’une lampe à esprit de vin la portion devenue rouge ; si l'on a affaire à du biiodure de mercure, la couleur rouge -virera au jaune, qui persistera tant que le tube sera chaud; puis, il est possible de dissoudre l’iodure de mercure dans deux gouttes d’une solution au dixième d’iodure de potassium et d'obtenir avec cette dissolution le blanchiment d’une lame dercuivre, ou la précipitation par l'hydrogène sulfuré. M. Roussin à songé aussi à remplacer, däns la pile de Smithson, lalame d’élain par une. grosse aiguille de fer bie brillante, pour éviter que le fil d’or ne soit: blanchi
par une petite portion d’étain, ce qui arrive quand les solutions sont trop acides ; puis, pour forcer tout le liquide à passer successivement au contact des métaux (fer et or), il introduit sa pile dans la douille d’un entonnoir effilé à son extrémité, dans lequel il verse le liquide suspect.
On pourrait encore, si la quantité de mercure était très petite, se servir de l’appareil de MM. Flandin et Danger. L’urine, préalablement traitée par l’acide chlorhydrique et le chlorate de potasse, est placée dans un ballon renversé, d’où elle vient passer goutte à goutte sur une feuille d’or placée dans un tube d'écoulement, et mise en communication avec le pôle négatif d’une pile. De cette manière tout le mercure enfermé dans l’urine se dépose sur cette feuille.
MM. Bergeret et Magençon ont décrit dans le Journal de Robin au commencement de 1873, un procédé d'analyse assez différent des précédents. Les matières organiques étant détruites de la même manière, on acidule la solution et on y place un fil de platine et un fil d'aluminium unis ensemble.
Au bout de quelque temps on retire ce couple, on le lave, et on le met au-dessus d’un vase d’où il se dégage du chlore (chlorure de chaux et acide quelconque). Il se forme sur le fil de piatine un chlorure de métal qui était contenu dans la liqueur.
Puis on frotte le fil avec un papier imprégné d’iodure de potassium. Avec le mercure, on a une raie rouge d’iodure de mercure, comme avec le plomb on aurait une raie jaune d’iodure de plomb.
Mais il peut être fort avantageux en certains cas, de présenter le mercure en globules métalliques, comme pièces de conviction. C’est pour cela que les divers procédés basés sur l’emploi de la pile de Smithon nous semble-
raient préférables. Si la quantité de mercure ainsi obtenue était très faible, on pourrait cependant la rendre très visible, en employant un procédé indiqué encore par M. Roussin. Il prend un tube très capillaire, couvert d’émail blanc sur la moitié de sa surface, comme il! en existe pour la construction des thermomètres. Après avoir soufflé à la lampe, deux petits renflements distants l’un de l’autre de 10 centimètres environ, il façonne l’un deux en forme d’entonnoir et y introduit le petit globule mercur:el. En chauffant modérément l’autre boule fermée et refroidissant ensuite, il détermine l’entrée du mercure dans le tube capillaire, où il occupe ainsi une étendue appréciable, souvent longue de plusieurs centimètres. Le petit entonnoir est ensuite fermé à la lampe, et l’on a ainsi une colonne de mercure que l’on peut faire voyager dans toute la longueur du tube, en chauffant ou en refroidissant l’une des deux boules.
Un procédé allemand qui est celui employé, croyonsnous, par le D' S:huster à Aix-la-Chapelle, consiste à placer dans le vase qui contient l’urine à examiner, un petit balai de fils d’étain très-fins et recouverts d’une mince couche de cuivre;ces fils d’étain d’une finesse et d’une qualité particulières, sont de fabrication allemande, et il paraît qu’on n’a pas réussi à les obtenir en France de la même façon. Le cuivre et l’étain forment un petit couple faible, qui décompose le sel de mercure, et le réduit à l’état métallique. Il se forme un amalgame avec l'un ou l’autre des métaux du balai, Après douze heures, on retire ce balai du vase où il plongeaïit, on le fait pénétrer dans un tube à analyse organique, et on chauffe convenablement; le mercure se volatise et se condense dans les régions froides; on peut retirer le balai, quand on croit tout le mercure
en 4h. mm
cahtonné dans ün bout du tübe; en faisant alors pénétrer un atorne d’iode, et en chaufiant;:on forme de l'iodure de: mercure jaune, que l’on peut condenser sur-un morceau de porcelaine,à peu près comme dans l'appareil de Marsch, sauf qu’il d'y a pas de flamme. ]l:se formera des tâches rouges par lé refroidissement, où plusrvite si on les:frotte avec quélque corps dur: Un inconvénient de ce procédé; qui Jui ést commun d’ailleurs avec: la plupart des précédents, c'est qu’il existe un iodure d’eétain, qui est rouge et volatile, cé qui enlève la certitude absolue.
Mais l'objection capitale quele médecin praticien est en droit de produirecontre toutes :ces méthodes divérses,. c'est da elles ne deviennent très-sûres qu’en exigeant dés manipulations longues multipliées et délicates ; il reste toujours debout” le desideratum très-légitimés du xelinicien:,; par exemple; qui ne recherche pas l’ingéniosité ni ka complis cation des méthodes, ni même j’analyse quantitative lors qu'il s'agit du mercure ; maïs qui réclame un procédé sûr, rapide et très-simplifié, permettant seulement de dire, mais avec certitude : dans telle:urine, dans telliquide, il ya ou il n’y a pas de mercure. | |
Il nous semble que pour arriver à ce résultat fort précieux, pour formuler enfin un procédé d'analyse véritablement clinique, l’on n'a pas mis assez à contribution les réactions extrémement sensiblesqu'a faitconnaître M, Merget. Après une belle série de recherches, M. Merget a démontré : 1° que ia volatilisation du mercure est. un phénomène continu, qui n’est pas même interrompu par la sohdification du métal; 2° queles vapeurs émises possèdent un pouvoir diffusiftrès-considérable; 3° que lesvapeurs mercurielles déplacent avec une grande facilité deleurs. combinaïsons salines, d'autres métaux, téls que l’iridium, le
NE palladium, le platine, l'or et l'argent, si bien que ces métaux peuvent servir de réactifs infiniment, sensibles pour déceler la présence du mercure, ÆEntraçant, par exemple, quelques traits àla plume sur une feuille de papier ordinaire avec une dissolution de chlorure de platine ou.de palladium;les traits noircissent quand on. les expose aux vapeurs de mercure.
Notre excellent ami, M. Maurice Péligot, mettant: à profitses connaissances de ééeipies mamipulations délicates usitées au laboratoireide la Monmäie, s'occupe en ce moment même deformuler un procédé d'analyse qualitative ayant toutes ces) qualités si désirables de justesse et desimplicité. Il est regrettable que ses essais n'aient pu être encore complètement terminés au moment où doivens.paraître ces notes; mais nous pouvons faire connaitre dès maintenant la‘voie dans laquelle les récherchés sont engagées, il sera facile de comprendre quels seraient les avan- -tages de son procédé: | Un premier temps consisterait, comme dans la ‘pile .de Smithson, à décomposer par un faible courant électrique le sel mercuriel dans le liquide à analyser, de façon, à obtenir un dépôt de mercure sur l’un des électrodes. Mais on ‘renoncerait complètément à constituer la pile en utilisant deux métaux différents, plongeant eux-mêmes. dans les liquides, et ici les électrodes seraient tous deux-du même métal, en fil de platine par exemple. Il suffirait alors, pour déterminer le courant, d’une pile au bichromate du plus petit modèle, dont le zinc aurait 4 ou5 centimètres par exemple, ou bien l’on pourraitemployer avèc avantageune petite pile secondaire, exactement chargée à l'avance de faibles quantités électriques nécessaires, Ole!
Le]
Tlfaudrait fairepasser tout le liquide lentement surxes
PC électrodes convenablement disposés. Pour cela, M. Maurice Péligot propose d'adopter deux tubes l’un dans l’autre, l’un assez petit, l’autre assez gros, de sorte que les deux fils de platine formant pôles, enroulés, l’un autour et tout près du petit tube intérieur, l’autre contre la paroi interne du gros tube, ne puissent se toucher. Le liquide à éprouver doit tomber goutte à goutte dars l’intérieur du petit tube central, et s’en échapper à la base pour remonter dans l’espace annulaire où se trouventles deux fils de platine; il s'écoulera finalement par la partie supérieure du tube extérieur. Ce fonctionnement serait très simple, et relativement court. Il n’y aurait pas plus de difficulté daus la seconde partie de l'opération, le contrôle du mercure.
Lorsque tout le liquide est passé, s’il contenait du mercure, l’un des fils devient noir, l’autre reste blanc. Pour démontrer que le dépôt ainsi obtenu est bien du mercure métallique, il suffit de vider l’appareil en l’égouttant, et de placer dans l’espace annulaire par lequel le liquide a dû remonter, c’est-à-dire entre les deux spires, une bande de papier sensible. S’il y a réellement du mercure, le papier devient noir foncé, la réaction est extrêmement sensible, et il ne peut pas y avoir dans cette manifestation très simple, les causes d'erreur que l’on peut justement reprocher à d’autres procédés bien plus longs.
Ce papier sensible se prépare en faisant tremper du papier Berzélius blanc dans une solution spéciale d’azotate d'argent &mmoniacal ; cette solution elle-même, se prépare avec 10 grammes d’azotate d'argent dans un litre d’eau distillée, avec les précautions suivantes : on dissout les 10 grammes d’azotate d'argent dans 400 c. c. d'eau, on ajoute de l’ammoniaque ; il se forme un précipité ; on ajoute
A7 re encore de l’ammoniaque jusqu’à ce que le précipité soit redissous, et l’on complète alors un litre en eau distillée. Avec cette quantité de solution, on pourrait préparer une rame de papier sensible ; mais comme il en faut très peu à la fois, il vaut mieux ne le préparer qu’à mesure des besoins, car le voisinage même d’un baromètre suffit pour l’altérer. | E
Ce procédé a donné des résultats excellents avec des solutions très diluées de bichlorure. Il reste maintenant à l’expérimenter d'emblée sur des urines, par exemple, sans recourir à la destruction préalable des matières organiques, et il peut y avoir dans ce cas certaines formes d’albuminates de mercure, ou d’autres combinaisons peu connues des sels de mercure avec les matières organiques, qui viendraient compliquer les choses. Mais nous pensons en tous cas que des recherches dans le même sens : décomposition du mercure par un faible courant électrique, et révélation par les papiers sensibles, ne pourraient qu’aboutir à des résultats fort utiles et risqueraient de répondre enfin aux besoins réels de la clinique journalière.
Combret. 3