‹ Notes sur Prosper MériméeChapitre 27 sur 197 · Lri/rcf à Pani^i, I, i [du 3 décembre x8$o · texte numérisé non relu

Lri/rcf à Pani^i, I, i [du 3 décembre x8$o

4. Comment a vieu Stendhal, p. )o. Cf. lettre à Lenormant du 24 novembre [x8$o?]

$. iMtrei à une inconnue^ I, $7 [du 14 mai 1842].

source pendant son exil à Civita-Vecchia ■ », et dont il fut, du reste, un des héritiers.

Mais Mérimée ne s'en tint pas lA, et il consacra en 1850 à son ami une notice qui fit du bruit en son temps ; la célèbre brochure H. B.

N'ayant pas le bonheur de posséder l'édition originale, j'en emprunte la description à mon ami M. Maurice Tourneux, le bibliographe impeccable : « La brochure originale a vingt pages in-8<> en tout, dont un feuillet blanc, pas de titre, mais un faux titre portant au recto en caractères anglais, les initiales H. B. et au verso : Offert par lesédileursà M... ; le titre de départ reproduit ces initiales. Au bas de la page i6, on lit : Paris typographie de Firmin Didot, rue Jacob, 56. La véritable bizarrerie de ce tirage, c'est l'absence totale de noms propres, qui, sauf ceux de Beyle et de Jacquemont, ne sont même pas représentés par une majuscule. Mérimée prit la peine de remplir les blancs dans chacun des exemplaires dont il faisait présent aux intimes' ». De cette plaquette tirée i 25 exemplaires, 17 furent distribués à des amis intimes de Beyle ', le reste fut brûlé par Mérimée. Son exemplaire personnel prêté à quelqu'un fut irrémédiablement perdu par la maladresse d'un copiste 4.

Pendant plusieurs années, il circula sous le manteau des copies de cette brochure qui excitèrent les critiques malveillantes de littérateurs comme A. de Pontmartin et

I. Ltttra à unt imoimiUf II, aai, iti [des ao mai et la juin i8>|].

a. M. Toarnegx, Protper MirimU^ ses ptnrtrails, *te.^ p. 7a.

|. Lettre de Mérimée à M. Bonafoas, bibliothécaire de Guéret, da ta février i8$7, citée par M.Tournenx, o^. eiL, p. 7).

4. Ed. Grenier, Souvenirs liitirêires. Paris, Lemerre, 1894, in- 18, p. ij$.8.

32 HOTB scm rmasstM «ra-afr

Maume du Camp <, pois, k lo 2v>tr::1xc 1S56 *. Poulet Malassis b composa lui-c>c:!=K dios le format io-ié carré et en tira 36 exemplaires. Le titre portait an-dessous des initiales H. B. celles de P. M. La mention : De f imprimerie des amis Je Julien TApc^iUî^ etc., y 6gure même pour b première fois. Il y eut une nouvelle édition de H. B. en Belgique, en 1864, par Poulet Malassis encore, petit in-i£ de 64 pages, â laquelle fîit ajouté un frontispice « stupéfiant » de Félicien Rops. — On y trouve une épigraphe (imprimée en rouge) empruntée à Beyle, sur le ciuU ' et une note sur le bon ton au temp de Gresset 4. Cette dernière édition a été souvent contrefaite s. On reconnaît les contrefaçons i deui fautes : b première à b 3« ligne de b i^^* page : Lt scepire d'Elpénor, au lieu de : spectre \ b seconde, i b page 9 (ligne 7) : orgeuil au lieu iLorgudL Ces particularités ne sont pas signalées dans l'article deb Bibliographie du c'^d'l... <.

I. Cf. anssi Eugène Pelletan, Le mmodU Bttkfhm» 5* édition. Paris. Pagnerre, 186), in-ia, 388 p., p. 179^$.

a. M. Toarncaa, 0^. a'/., p. 77.

). f Le siècle est trop collet-monté; il but se rappeler ce grand mot que l'ai oui répéter bien des fois à lord B/ron : Tbis agi 9f atui. Cette hypocrisie si ennuyeuse et qui ne trompe personne, a l'immense avantage de donner quelque chose à dire aux sots : ils se scandalisent de ce qu'on a osé dire telle chose, de ce qu'on a osé rire de telle autre, etc. » (H. Beyle, Les Cencl),

4. f Nodier fait remarquer à propos de cette acception consacrée par la chaste muse de Gresset, que la licence des anciens comiques n'est iamais allée si loin que le bon ton. » (H. B., p. 38, à la note). Les éditeurs des œuvres de Mérimée avec le peu de soin qui caractérise toutes leurs éditions, ont gravement inséré cette phrase dans les éditions des Portraits littéraires^ comme si elle éuit de Mérimée I

$. Elle a été publiée par Gay dans le t. H du Fantaisiste,

6. Biklhfraphie des omrages relatifs à Famour, aux femmes et au mariage.., par le c**d'L.. [Jules Gay?]. 4* Edition par J. Lemonnycr. Lille, Bècour, gr. in-8* à a col. t. Il, col., 449 U^]-

« Cet ouvrage, dit fort justement M. Filon, si précieux pour l'intelligence du véritable Beyle et du véritable Mérimée, a été plusieurs fois réimprimé, mais toujours en secret. Personne ne Ta lu, mais tout le monde le connaît, car, il n'y a pas une seule ligne de cette singulière oraison funèbre qui n'ait été vingt fois citée par les critiques et les historiens de la littérature. On se décidera sans doute à la donner au public qui en a vu bien d'autres depuis quelques années et qui ne comprendra guère la pruderie des générations précédentes >. »

Mérimée l'écrivit fit memoriam^ pour partager avec quelques-uns de ses amis ses impressions et ses souvenirs. Beyle, d'après lui, était, tout en affichant des idées libérales « un aristocrate achevé ». Il ne pouvait souffrir les sots, mais il était léger et étourdi quoique prétendant qn' « il faut en tout se guider par la l(hgique. « Il était athée, et Mérimée insiste sur ce point. Il insiste de même sur l'opinion que Beyle « frondeur comme G)urier et servile comme Las Gises » avait de Napoléon « parvenu ébloui par les oripeaux », ce qui ne l'empêchait d'ailleurs pas de faire des excès de zèle à Brunswick pour obtenir un éloge de l'empereur, et de se conduire brillamment pendant la retraite de Russie.

« Sur l'amour Beyle était encore plus éloquent que sur la guerre », et son ami nous met au courant de ses deux amaurS'passiûns. « Je n'ai connu personne qui tût plus

I. M. Detpob, dans tes études snr U UiUrëinr* mu U sêumd Em^in^ a consacré quelques pages k Mérimée (Réviu BUtu do ao décembre 1^71* P* $^^^)' On y trooTe (p. $84-6) une analyse de H. B. — Cf. aossi c*" d*HansBonTiUe, Pmptr hùrimk, Htifh ElUoi (Paris, x8 P- Jï-ï8-

Chambon. — P. Mirimk, |

34 MÛTES sot FtOSPEft UÈUUtE

galant homme i recevoir les critiques sur ses ouvrages... jamais ses critiques n'altérèrent ses relations avec ses amis. 9 Et Mirimée passe en revue les opinions de Stendhal sur les arts et sur la littérature. Voici la conclusion de cette plaquette ; « Je m'imagine que quelque critique du xx* siècle découvrira les livres de Beyle dans le fatras de la littérature du xix* et qu'il leur rendra la justice qu'ils n'ont pas trouvée auprès des contemporains. Cest ainsi que la réputation de Diderot a grandi au XIX* siècle, c'est ainsi que Shakespeare, oublié du temps de Saint-Evremont, a été découvert par Garrick. Il serait bien à désirer que les lettres de Beyle fussent publiées un jour; elles feraient connaître et aimer un homme dont l'esprit et les excellentes qualités ne vivent plus que dans la mémoire d'un petit nombre d'amis. »

Cette oraison funèbre, ces quelques souvenirs émus sur l'ami perdu, Mérimée n'eut pas, lui, la consolation de les avoir et ce n'est que depuis quelques années à peine que l'auteur de H. B, a obtenu les regrets qui lui ont manqué sur sa tombe.

Vers la un de 1832, Mérimée se décida i aller passer quelques mois en Angleterre, mais, en homme pratique, il demanda au comte d' Argent une lettre de recommandation pour Tallcyrand. Le comte d'Argout, « Apollinaire » pour Mérimée et Stendhal, était un homme d'esprit, et la lettre inédite suivante < qu'il adressa i Mérimée en même temps que la lettre de recommandation (qui, elle, ne nous est pas parvenue), en est une nouvelle preuve :

€ Pardon, mon cher Mérimée, de vous avoir fait attendre ma lettre pour le prince de Talleyrand. Ce qui tranquillise ma conscience sur ce retard, c'est la conviction que cette lettre est chose bien superflue. L'auteur de Clara Gaïul et de V Année ijy2 n'a certes pas besoin d'introduction et de recommandation auprès de qui que ce soit. Sa mémoire vivra plus longtemps que celle d'un pauvre diable de ministre qui s'échine à faire un peu de bien à son pays et qui ne peut expliquer ses actes qu'en prose administrative. J'espère que votre voyage vous procurera l'agrément que vous en espérez. Vous savez que je serai heureux de votre retour, mais je vous aime

t. Copie i U Bibl. Coatiii.

MfaMMI»

tn)p pofDT ne p«s lOQS CDpsss i k pr:îbin£eT m peu, si TOUS j uwaicK xvxechb^ ^inasmznnn e p';t, 7vr ie coiio-

shé. VoDs STPCz tDc2e rcscÎ3fee çfoe ît ircgs pacte cl toot ratrarhrfnatt qac }e ^noos s ^loae.

c Aiien dooc, idoq cber Mùriskâc Ma îeniDe me charge de ses cpeip'Tnfna jccr vaa*: îe toc» sosihiite dÎTcxiissaiicai, bocDC saciie ei prc«pcr.tê. ViZa pis toutefois TOQS apprcçrâr ^^kîcscshk^s ^ ces ar^racnts hpôdaixes ^pe ks éjecsesn «:vyn: ç-^><::xf ces aox cmdiijts doot îk vesikat decocngcr FeîffctkMi.

cToct à TOUS,

« d*AlgUlll

cCe liinnnfhf- >

Mérlm^ annît bien Toula eaaaierser iinec Ici son ami H:ppcl}-te Royer-CoîLirJ; cdai-d, M. Guuoc étani malade, ne voulut pas le déranger pour lui demander un congé. Mérimée chargea Cousin de s'ocoipcr de cette dcmarche, en prenant pour intermédiaire M. de Vaines «. Cette tentative — si elle fut taite — échoua, mais Mérimée ne se tint pas pour battu, et en faisant ses adieux à son ami par le billet suivant, insistait pour qu'il les rejoigr/it en Angleterre :

CaBivrr do iokistie du commeics

ET DES TIAVAITZ PUBUCS.

Paris, le 3 décembre 1832.

« Si vous éprouvez parfois quelque chose de semblable à des remords, venez nous retrouver à Londres

f , Ultra màUitt de Frm^ Mtérimh, 1900. p. i. Lettre à Omsu 4a i^ àéctmUt. [U lettre • été datée ptf cnear de 18}}.]

VOYAGE BN ANGLETERRE 37

aussitôt que vous serez libre, et amenez Chegarray. Je vous procurerai un logement i l'avance si vous oi'écrivez i cette adresse :

« P' Mérimée Esq'* « case of Sutton Sharpe Esq'* « 2 old Square. — Lincoln's Im - London

« Nous dinons ce soir au café anglais vers 5 h. i/a. Vous feriez une bonne action en venant nous souhaiter un bon voyage et boire avec nous le coup de l'étrier.

« Tout à vous.

Aussitôt arrivé en Angleterre, Mérimée racontait ses occupations journalières, les élections, et l'accueil charmant que lui avait fait le prince de Talleyrand.

« Londres, 17 décembre au soir.

« Mon cher ami, nous nous écrions tous les jours : Ahl si Hippolyte était ici. Tahtôt c'est une soirée délicieuse, tantôt une jolie fille, tantôt une absurdité britannique qui cause cette exclamation. Je vous assure que depuis notre arrivée nous n'avons pas eu un seul moment d'ennui. Je vous vois dans une chambre de cent vingt pieds de long, magnifiquement décorée, parfaitement chnufréc et éclairée par le gaz. C'est le salon du club où vous seriez admis ainsi que moi en qualité d'étranger de distinction si ce diable de Guizot vous avait laissé avec nous. Dans ce même club nous avons tous les journaux anglais, quelques journaux français, une bibliothèque, et

ce qui vaut le mieux un restaurant inappréciable. Le club > dont le revenu est bon an, mal an de 500.000 fr. perd environ un tiers sur le prix des diners. Le vin est excellent et ne coûte pas la moitié de ce qu'il vaudrait chez un restaurateur. Il manque pourtant une chambre où Ton puisse fiimer. Mais à deux pas on trouve un cigar-divan; c'est une chambre de 50 pieds de haut magnifiquement meublée avec des canapés élastiques ' recouverts de damas, des bergères à oreilles, etc., une tasse de café et un cigarre coûtant un shilling. Il n'y manque que M}^ Marguerite pour en faire un endroit délicieux. Les élections m'ont désappointé. Tout se passe très paisiblement. Le Ministère a une majorité écrasante. J'ai vu quelques élections mais cela ne valait pas la peine de faire le voyage. Ce qui vaut mieux, c'est la vie que nous menons, flânant du matin au soir, nous couchant à quatre heures, nous levant à midi, mangeant de la venaison et des grouses, racrochant de superbes femmes et leur apprenant les manières françaises. J'ai trouvé le Prince charmant. On me dit qu'il me fait des coquetteries. Je ne sais si cela est vrai, mais je suis tout séduit. M*»® de D. m'a paru noire comme le cul du diable, et puis elle a une mauvaise santé, des maux de nerfs, et je hais les femmes souffrantes. Les anglais ici sont i plat

z. Dans nne lettre du ai mai 183) à M. Allart(4 pages in-4*), Mérimée faisait une description de TAthcnœum Qub. t Les femmes sont enragées contre les clubs. Les maris y sont sûrs de trouver  qui parler, et laissent leurs moitiés se morfondre au coin de leur feu en tête 4 tête avec leur bouilloire. » Il parlait .lussi politique, et voyait des « symptômes non équivoques d'une crise violente qui transmettra le pouvoir entre les mains des classes moyennes >. (Caulogue l^verdet, 20 avril 1855» n* 103)).

VOYAGE EN ANGLBTBRRB 39

ventre devant T. Il régne en despote, et ce me semble abuse de son pouvoir en les persiflant outrageusement. Les secrétaires sont de très bons garçons fort modérés d'ailleurs. M. de Montrond est ici et me donne beaucoup de renseignements précieux sur les personnes et les choses. »

« 20 décembre. Adieu. Je vous reverrai sous peu de jours. »

Il ne devait rentrer en France que quelques mois après.

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