Cf. Notes, p
d'H. Royer-Collard, qui l'avait probablement gardé par m^rde >.
« Lyon» le 3 septembre 1834.
« Monsieur le Ministre,
« Dans une lettre que j'ai adressée il y a quinze jours à M. H. Royer-G)llardy je lui ai fait connaître l'état des archives et des bibliothèques que j'avais vues. Depuis, je me suis rendu à Autun, Tournus, M&con, Cluny et Lyon.
« La bibliothèque d'Autun n'a pas un seul manuscrit. Elle possède quelques livres antérieurs au xvi« siècle, entre autres une assez belle Bible. La bibliothèque de l'Archevêché est plus riche. J'y ai vu plusieurs manuscrits précieux, entre autres le livres des Sacrements de S< Grégoire que Millin fait remonter au viii« siècle. Le ms. d'Horace dont il parle, ne se trouve plus dans cette collection. Il est à Paris, m'a-t-on dit, mais j'ai lieu de croire qu'il a été dérobé.
« L'Évèché conserve encore plusieurs chartes curieuses. On m'en a montré une de Carloman, par laquelle il rend à l'évèché d*Autun des livres qui lui avaient été enlevés par Charles Martel. Le texte porte : Botta a pravis ANTECESSORiBUS NOSTRis sublûta. Cette charte dit-on n'a pas été publiée.
« La Bibliothèque de Tournus est dans le plus grand désordre. Autrefois, elle avait un assez grand nombre de livres rares ; la plupart ont été perdus. On ne tient point
i. Il porte un timbre o^«le : Instruction publique /lia, la uptimhn 18 j4, et U mention : Enregistrk,
note des livres prêtés et depuis quelques années plusieurs volumes précieux ont disparu. J'y ai trouvé un manuscrit remarquable que je crois du x« ou xi« siècle. C'est la vie de S< Valérien. La reliure qui était en velours rouge avec des figures de saints en argent repoussé est fort endommagée. Les ornements d'argent ont été volés. A en juger par l'empreinte qui se voit encore sur le volume ils devaient être d'un travail curieux. Il serait i désirer que ce ms. que personne à Tournus ne peut lire fût envoyé à Paris. S'il doit rester dans cette bibliothèque on peut le considérer comme perdu. Il y a aussi plusieurs recueils d'estampes rares, entre autre les batailles d'Alexandre grand format, que l'on devrait soustraire à l'humidité et aux rats. J'ai demandé à voir le fameux éventail, mais personne ne savait de quoi je voulais parler. Je l'ai retrouvé à Lyon, chez un M. Brun marchand de curiosités. J'ignore par quel moyen il s'en trouve possesseur. « La Bibliothèque de Mâcon s'est formée depuis dix ou douze ans. Elle n'a que des livres modernes. Ses archives ne remontent qu'au milieu du xvi* siècle. Mats celles de la préfecture sont plus curieuses. On m'a fait voir une assez grande quantité de parchemins dont quelques-uns ont encore leurs sceaux. Je n'en ai pu faire qu'un examen très superficiel, pourtant j'ai trouvé plusieurs diplômes du xii« et un plus grand nombre du xiti<^ siècle. J'ai fait mettre à part les plus anciens, entre autres une charte de Robert duc de Bourgogne, fils de Robert roi de France. Elle est donc du commencement du xi« siècle. D'ailleurs elle n'a ni sceaux, ni monogramme, ni signature. C'est peut-être une copie, mais le caractère de l'écriture me fait penser qu'elle est contemporaine de l'acte original. Le
6o NOTES SUR PROSPER MÉRIMÉE
dépôt de la préfecture possède quatre manuscrits, i» Le livre des batailles de Bonnet; 2<» un traité ascétique; 3<> une espèce d'histoire universelle commençant à la création du monde et finissant par les batailles de César et de Pompée translatées du latin en français selon Sutoine^ et Lucain et Soluste, Ces trois manuscrits me paraissent être du xv« siècle. Le 4« beaucoup plus moderne est intitulé : Mémoires historiques sur les États du Mfkconnais.
« Dernièrement dans une vente qui a eu lieu à M:\con un M. Barjot a acheté cinq fort beaux mss. in-folio, au prix de 300 fr. Il a déclaré qu'il en faisait l'acquisition pour la ville; mais il parait qu'il n'avait pas commission pour cet achat. Il m'a dit qu'il désirait les échanger pour des livres plus utiles à ses compatriotes, qu'il leur léguerait à sa mort. Ces manuscrits sont : i^ un volume dépareillé de la Légende Dorée avec d'admirables vignettes. Les costumes sont du temps de Charles VI. 2® La Cité de Dieu traduction française, 2 vol. ; 3® Histoire de l'ordre de la Toison d'Or, 2 vol. Tous proviennent de la bibliothèque des moines de Guiche. J'ai engagé M. le Maire de Mâcon à rembourser à M. Barjot le prix de l'acquisition de ces mss, et A les échanger ensuite avec la bibliothèque royale de Paris. Je n'ai rien trouvé à Cluny. Deux amateurs de cette ville venaient d'envoyer plusieurs mss. à la bibliothèque royale de Paris. Si j'en crois les rapports confidentiels qui m'ont été faits ces messieurs n'ont envoyé que ce qu'ils avaient de moins curieux, par forme d'essai, et pour voir s'ils en obtiendraient des échanges avantageux.
« Il y a deux bibliothèques à Lyon. Celle de la ville compte plus de 70.000 volumes et 1.200 mss., quelques-
VOYAGE DANS LE MIDI DE LA FRANCE 6l
uns très anciens. Entre autres les Evangiles du x« siècle,
un (sic) du vu (?), un Pline du xiv, qui n'a jamais ètè
coUationné avec les autres mss existant, enfin un poème d'environ }.ooo vers en Roman contenant la chanson de Geste de Roncevaux ou de Roland. Plusieurs manuscrits orientaux se trouvent encore dans cette collection. J'en ai remarqué un composé d'une trentaine de feuilles de palmier recouvert de deux plaques d'ivoire très bien travaillé. Je le crois écrit dans la langue du pays d'Ava.
« Les manuscrits et les livres de cette bibliothèque sont en fort bon ordre. Le catalogue est fait par division de matières; on s'occupe à en faire un autre par ordre alphabétique des noms d'auteurs. Ce travail est fort avancé.
« L'autre bibliothèque de Lyon dépend du Musée. Elle se compose en grande partie d'ouvrages d'art. Elle renferme en outre une centaine de manuscrits. Les plus curieux sont : L'imngc dcl Monde en roman, un nouveau testament roman à l'usage des Vaudois. — Un Virgile de 13J0, magnifique ms, I^ code de Justinien (traduction) du XIII (?).
« Les archives de la ville sont assez bien classées. Elle a des chartes qui remontent jusqu'au x« siècle. Malheureusement la plupart des sceaux ont été détruits.
« Les archives de la Préfecture sont encore plus considérables. Elles se composent de registres capitulnircs de plusieurs abbayes du département, des registres terriers de commanderies du Temple et de S< Jean qui existaient en grand nombre aux environs de Lyon. La ville vient de voter une somme de 3.300 francs pour que cette coUec-
tion soit convenablement classée. M. le Préfet se propose de vous demander qu'un élève de l'école des Chartes soit chargé de ce travail, qui, je crois, pourrait avoir des résultats avantageux. En se rendant à Lyon, il pourrait passer quelques jours à Mâcon et mettre en ordre les archives de la Préfecture.
« Je suis avec un profond respect
« Monsieur le Ministre, « Votre très humble et très obéissant serviteur
« P' Mérimée « Inspecteur g*> des Monuments historiques. »
Et il écrivait en même temps à H. Royer-CoUard :
« Lyon, 3 sept.
« Je viens de décocher à M. Guizot une tartine fort longue et fort exacte qui lui prouvera ma bonne volonté. Je crois indispensable d'ôter à toutes les petites villes de province leurs mss dont elles n'ont que faire et qui n'y restent que jusqu'à ce qu'un amateur passe et les vole. Je voudrais bien qu'on pût tirer de Màcon les 3 mss. dont je parle à M. G. Ils viennent de mon oncle, et on a vendu sa bibliothèque sans m'en prévenir. Les 5 volumes se sont vendus pour 300 fr. Ils en valent bien 3.000; avec la différence, nous aurions pu faire un dîner à, la Tour de Nesle. Je voudrais bien que le propriétaire actuel ne spéculât pas sur lesdits mss. J'ai écrit au maire de Màcon pour qu'il les lui rachetât. Vous pourrez ensuite donner à la bibliothèque de la ville une Flore de quelque part ou quelque autre drogue, moyennant quoi vous ferez un échange auquel vous ne perdrez pas.
Adieu. — La vie de province est horrible et les soirées terriblement longues. Les femmes grasseyent et sont sales. Je dine aujourd'hui avec le baron de Geramb (?) général de la Trappe. Il ne serait pas impossible dans la disposition d'esprit où je me trouve, que je ne le priasse de me recevoir comme novice.
« Il y a pourtant la diable de croyance en Dieu qui me répugne toujours.
« Ne dépensez pas votre argent et sachez borner votre générosité. Vous n'oubliez pas que nous devons aller voir Londres cet hiver.
« Voici la liste des souscriptions en retard pour la bibl. de Lyon. »
(La liste manque.)
En quittant Lyon, Mérimée passa par Vienne ' et S<* Colombe. C'est là qu'il trouva chez M»* Michoud la fameuse Vénus de Vienne ', qui le séduisit par son réalisme ) ; il partit pour Avignon 4 le 9 septembre, et y nota une inscription s. Il écrivit i\ Roycr-Collard :
c Je viens de confectionner un volume in-4<' de prose pour M. le Ministre de l'Intérieur et vous me demandez de