‹ Notes sur Prosper MériméeChapitre 68 sur 197 · I. Note, p · texte numérisé non relu

I. Note, p

Les derniers mois de Tannée 1837 furent employés par Mérimée à faire des rapports sur les subventions à accorder, sur les demandes de réparations.

Le 28 septembre 1837, il adressa un rapport sur Fcglise de Scnez, pour laquelle on demandait une subvention qui regardait plutôt le ministre des cultes; sur l'église de Saint-Nicolas du Port (Meurthe), sur St-Maximin (Var).

Mérimée était opposé aux déplacements d'objets d'art. Il le disait nettement dans un rapport du 19 décembre 1838, sur la restauration des vitraux de l'église de St-Qucntin confiée à M. Lemaslc, qui proposait l'acquisition d'une cuve en pierre de l'église de Vermand. « Je suis fort ennemi des déplacements qui ne sont pas absolument commandés par une nécessité de conservation. Cette cuve byzantine est bien placée dans une église de même style, elle en fait partie intégrante '. »

En 1838, le ministre de l'Instruction publique exprima le désir qu'un dépôt des antiquités du moyen âge découvertes à Paris ou dans la banlieue fût établi à Paris, soit à l'Hôtel de Ville, soit dans la maison de François I«% soit dans les Thermes de Julien, ou enfin dans le réfec-

X. Archives de la Comm. des Mon. histor., Uc» cil. Chambon. » P. Miritnèe, 8

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toire de Tancienne abbaye de St-Martin. Mérimée fut, le 25 avril, chargé de rédiger la réponse au nom du ministre de l'Intérieur. Il rejetait cette demande en faisant valoir que « les acquisitions seraient onéreuses à Paris, où tant de riches amateurs, propriétaires de collections particulières, entreraient en concurrence avec l'administration > ». A la même époque, il envoyait à Hippolyte Royer- CoUard de nombreuses notes pour ses cours d'hygiène. Exemple, la lettre suivante :

« Je vous prendrai demain au cercle vers 4 h. 1/2 pour aller avec vous commander le diner du mercredi chez Terré.

« Voici le passage de Plutarque :

« Plut. Reiske; Jul. Caesar § 41 in fine.

« Je vous fais l'injure de vous donner la traduction d'Amyot :

« Mais depuis qu'il (César) eut pris la ville de Gomphes en la Thessalie, non seulement il recouvra vivres à foison pour nourrir son armée, mais aussi la guarentit et délivra estrangement de maladie, parce que y ayans les soudards trouvé grande quantité de vins, ils chassèrent la contagion de pestilence à force de boire et de faire grande chère; car ils ne feirent autre chose que baller, monmer et jouer les bacchanales par tout le chemin, tant qu'ilz se guarirent de cette maladie par yvrongner et se feirent des corps tout neufs.

« Ainsi vous arrive et à moi idem.

« Lundi [15 mai 1838]. »

I. Minute aux Arch. de UG)mm. des Mon. histor., Icc. o7., fol. 87.

Les notes qui suivent, quoique sans date, sont de la même époque.

« Nourriture exclusive. Ath. 8. 402 c. d.

« — Les élèves du collège d'Eton mangeaient autrefois du mouton bouilli tous les jours. Ce règlement dure peut-être encore.

« Sel. — V. dans le banquet de Plutarque lib. V, quaest. 10 :cur salem Homerus divinum dixerit. Uiad. ix, 214. Plut, dit que les rats se multiplient considérablement dans un vaisseau chargé de sel. Il rapporte ce fait que les prêtres égyptiens s'abstenaient de sel, mais il ne parle pas de l'efifet qui en résultait pour leur santé.

« Il revient sur le même sujet dans les questions natu* relies, tome IX, p. 614, éd. Reiske, et recherche pourquoi on donne du sel aux moutons. Est-ce pour qu'ils mangent davantage et s'engraissent plus rapidement? ou bien est-ce au contraire pour combattre la maladie résultant de l'excès d'embonpoint ? 11 penche pour la 2* explication.

« Apollonius élève d'Hérophile défendait les mets doux et succulents aux personnes maigres. Il leur recommandait les mets salés parce que la propriété qu'a le sel de se diviser porte les aliments dans tous les conduits du corps.

« Plut, remarque qu'il est difficile d'écorcher les moutons gras, mais que la graisse se fond et se détache de la peau par l'acreté du sel, — que le sang devient plus léger par l'usage du sel...

« J'ai lu dans le voyage du commodore Byron ou du capM Wallis que les chevaux des patagons buvaient de

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l'eau de mer. Je ne sais si ce fait a été observé depuis. A cette latitude, Teau de mer doit être plus salée qu'entre les tropiques. Il n'y a rien sur le sel dans Aulu-Gelle, ni dans Athénée, ni dans Diodore. Rien de bon à citer dans Pline. Les seuls faits qui me paraissent intéressants pour un professeur d'hygiène sont les mêmes que cite Plutarque.

« Rien dans Pausanias ni dans Hérodote.

« Frictions d'huile.

« Polyb. m, 72. Remarque qu'à la bataille de La Trebbia qui a eu lieu en hiver par un froid rigoureux, les Romains avaient un grand désavantage parce qu'ils avaient passé la nuit sous les armes, tandis que les Carthaginois s'étaient préparés en se frottant d'huile devant le feu.

« Voici comment on remplaçait les bains dans les villages et probablement dans les expéditions militaires. Luc. Asin, 20. in fin,

« Avant de se livrer aux exercices du gymnase, on se frottait d'huile, afin de supporter mieux la fatigue. Luc. Anacharsis, 24.

« Je ne puis retrouver un passage de Xénophon, Anabasc, où il parle des graisses employées par les Grecs au lieu d'huile pour leurs frictions. Ils se servaient aussi je crois d'huile de palme. Les Hongrois et les Slaves se frottent de suif en hiver pour sentir moins le froid.

« — Régime de César.

« Ille tcrtiis satumalibus (U. C. 708) apud Philippum ad horam VII nec quemquam admisit. Rationes opinor cum Balbo. Inde ambulavit in litore. Post horam VIII in balneum; tumaudivitde Mamurra; vultum non mutavit;

unctus est; accubuit; ifisTixi^v agebat; itaque et edit et bibit âScôç et jucundc ; opipare sane et apparate : nec id solum, sed

bene coito

« Condito sermone bono, et, si quceris libenter.

o Cic. Eptst. Ad Att. 13, 52.

du même César qui faisait des enfants à Cléopâtre tris ressemblants 453 ans.

« Quumi inquit, vomere te postcœnam velle dixisses, în balneum te ducere coeperunt (Cic. Pro Rege, 7).

« Sueurs pendant le bain :

Magno gaudet sudare tumultu « Cum lassato gravi ceciderunt Bracchia massa. « Juv. Sat, VI, 421. »

Au reste, Mérimée, nous ne saurions trop le répéter, était l'amabilité même et Ferdinand de Lasteyrie devant aller i Metz, il écrivait !i de Snulcy * et au professeur Yung * pour le recommander :

« Mon cher Monsieur, « Permettez-moi de me rappeler à votre souvenir çtde réclamer votre obligeance accoutumée pour mon ami M. de Lasteyrie qui vous remettra cette lettre. Il est auteur d*une publication très intéressante sur la peinture sur verre au Moyen-Age et se propose de compléter ses recherches en étudiant les ouvrages des maîtres verriers

I. Lettre du 16 juin 18)8, dans H. Wallon, If, 244. a. Inédit.

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allemands. Je lui ai parlé des belles peintures des Lingks que vous avez à b bibliothèque, et je lui ai dit qu'il trouverait en vous le guide le plus compbisant et le plus instruit. Je vous serai très obligé de lui montrer votre magnifique mss. de Herradey Hortus itlidarum ; je crois qu'il pourra y trouver des renseignemens curieux sur les costumes et les arts au xn* siècle.

c J*espérais vous voir à Paris l'automne dernier, mais vous n'avez point tenu la promesse que vous aviez bien voulu me faire. Je me flatte que votre visite n'est qu'ajournée. Probablement je serai de retour d Paris vers le milieu de 7^", c'est je crois l'époque de vos vacances, et je serais bien heureux si vous preniez ce moment pour nous bire visite. Ma nouvelle adresse est rue des Beaux-Arts n^ 10.

« Veuillez Monsieur me rappeler à vos aimables convives du CrÔHcben^ et agréer la nouvelle expression de tous mes sentimens dévoués.

c Pr Mérimée < Inspecteur g^ des Monumens historiques.

< 16 juin 1838.

c Monsieur h Professeur Yung^ place S^ Thomas^ Strasbourg.»

Le 19 juillet 1838 il adressa, de Bordeaux à M. Vatout, conseiller d'Etat, directeur des bitiments civils, un long rapport de 5 pages in-4« sur l'église de Cunault (Maineet-Loire), S<'Savin (Vienne) le château de Thouars et Véj^Wtt dt Saintes. Il éuitallé voir le château de Thouars « sur b ibi des bmenUtions de M. de Caumont, qui disait

qu'on allait l'abattre pour faire une grande route ». « Voici la vérité. D'abord le château est une grande vilaine baraque duxviii« siècle, qui sert aujourd'hui de caserne... Devant le château est une grande terrasse sous laquelle se trouve l'orangerie. Deux escaliers en avance sur la terrasse conduisent au jardin, c'est-à-dire à ce qui fut un jardin. C'est un de ces escaliers qu'on sacrifie. C'est dommage, mais cela n'a rien de bien remarquable. C'est Versailles fort en petit, plus une vue qu'on ne détruira pas, et qui est telle que le département de Seine-et-Oise n'en produit pas. Comme j'ai eu les côtes défoncées en passant par la fondrière qu'on appelle la route actuelle, j'ai vu très philosophiquement les travaux commencés pour son amélioration... Ce n'était pas la peine de jeter les hauts cris... » Aux environs de Saintes, il signale une tour ancienne « qu'on dit romaine » et qu'il croit l'œuvre des Wisigoths. « Je me suis refoulé le poignet en grimpant à ma tour wisigothe, ajouie-t-il. A cela prés fort bien portant. »

L'année 1839 est signalée par une discussion i propos d'un projet de recueil d'inscriptions romaines entre Mérimée et M. Le Bas. Laissons Mérimée expliquer l'affaire K

« A M. le Directeur du Journal de F Instruction publique.

« Paris, le 11 avril 1839.

« Monsieur,

« La proposition que j'ai faite dans le comité des arts et monuments, dont j'ai l'honneur d'être membre, ten-

I. Pnbl. Jcumal gMral de Flnstmciion pnUique^ 37 aTril 1859, p. J42. — Cette lettre n*est pas Indiquée dans Tarticle de M. Maurice Tonroeui snr la Correspondant* do Mirimie,

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dant à ce qu'on y préparât un recueil des inscriptions romaines existant en France, a soulevé entre deux comités une question d'attributions que j'étais loin de prévoir. Le comité des chartes et chroniques réclame l'honneur . de publier ce recueil. (Voir le rapport de M. Lebas dans la séance du lo mars, numéro du 6 avril, Journal de rinsiruction publique,) Sans doute je suis très fier que ma proposition ait été accueillie par deux comités au lieu d'un seul, mais je ne voudrais pas que cette espèce de conflit retardât un travail que je crois utile. Pour ma part, je suis prêt â communiquer au comité des chartes, les inscriptions que j'ai recueillies dans mes tournées, s'il reste définitivement chargé de cette tâche; mais je dois à la section à laquelle j'appartiens de ne pas laisser sans réponse les observations contenues dans le rapport de notre savant collègue M. Lebas. Je le pnerni donc de remarquer que si les édifices, les tombeaux, les statues, les meubles antiques rentrent dans la compétence du comité des arts et monuments, il serait assez singulier qu'en les publiant ce comité ne pût faire connaître les inscriptions qui y sont tracées. J'ajoute qu'un grand nombre d'inscriptions, insignifiantes si on les sépare du monument où elles se trouvent, acquièrent de l'importance par leur place et par les objets d'art qu'elles expliquent. Combien de bas-reliefs du plus haut intérêt qui n'ont pour toute inscription qu'un nom inconnu dans l'histoire! S'il est vrai que le tout doive emporter la partie, dira-t-on que l'inscription du tombeau de S. Remy est plus importante que le tombeau lui-même, et que ceux qui publient le tombeau n'ont pas le droit de publier les huit mots gravés sur sa frise? Croit-on pouvoir détacher les inscriptions

qu'on lit sur les autels, les statuettes, les monuments funéraires, de la description de ces autels, de ces statuettes, de ces monuments ? Peut-être existe-t-il un vice dans l'organisation des comités, trop nombreux pour que leurs travaux ne se rencontrent pas quelquefois sur les mêmes terrains ; mais tant que subsistera cette organisation, je pense que le comité des arts et des monuments ne sortira pas de ses attributions en s'occupant des inscriptions antiques de la France.

c Permettez-moi, Monsieur, d'ajouter quelques mots sur le plan proposé par M. Le Bas. La collection comprendrait toutes les époques, depuis l'invasion des Gaules par les Romains jusqu'à la réunion de nos provinces sous l'unité monarchique. L'immensité de ce projet est la seule raison qui puisse empêcher de l'accueillir, car son utilité est incontestable. Il faut cependant examiner si nos ressources nous permettent de l'entreprendre. A partir du y ou VI* siècle, les inscriptions ne peuvent être publiées qu'en (ac-similc, car, les transcrire, ce serait leur ôter une grande partie de leur intérêt; dans nombre de cas, ce serait même rendre leur date incertaine. Or, quelle quantité de planches ne faudra-t-il pas pour reproduire les inscriptions de la France? que l'on calcule et le temps et les frais, puis qu'on se demande avant de commencer si l'utilité égale la dépense.

« En ce qui concerne les inscriptions romaines, saut quelques rares exceptions, nos caractères d'imprimerie peuvent les reproduire. Le nombre n'en est point considérable, et celui des personnes qui pourraient les recueillir et les transmettre est grand dans tous nos départements. J'ai supposé que dans l'espace d'une année on pourrait

réunir toutes les inscriptions de nos musées publics, et la plupart de celles que renferment les collections particulières. Je crois n'avoir avancé rien que de très possible et je dirai même que si les correspondants du ministère nous secondent, quelques mois suffiraient à cette tâche. Qpant aux dessins de monuments, qui seuls seraient coûteux, on pourrait les remplacer, dans presque tous les cas, par des descriptions suffisantes pour toute personne qui s'occupe d'archéologie.

« M. Lebas propose de donner une classification géographique â son recueil et adopte la division romaine de la Gaule en 17 provinces. Aujourd'hui, peut-on suivre cette classification pour les inscriptions romaines? J'en doute fort. M. Lebas reconnaît que la plupart se trouvent dans nos musées; or, elles y ont été apportées de fort loin, car malheureusement chez nous, les centres d'études ne sont pas rapprochés. A Toulouse, par exemple, il y a, à ma connaissance, des inscriptions provenant non seument de la i^* Narbonnaise, mais de la Novempopulanie et des 2 Aquitaines. Dans le musée d'Avignon, il y en a des 2 Narbonnaises, outre celles qui ont été recueillies en grand nombre sur les lieux, dans la Viennoise. Je me rappelle, à Limoges, le tombeau d'un certain Poctinus, décurion de la cité des Aulerques éburovices ; il appartient à la seconde Lyonnaise et le voilà transporté dans la première Aquitaine. Que si l'on essaie de rendre chaque monument à la province, ce travail, que l'absence de documents certains rendra souvent impossible, sera sans doute aussi long que celui d'une classification systématique, telles que celles de Gruter ou d'Orelli. Un recueil d'inscriptions n'est point comme un livre d'his-

toire qu'on peut lire en commençant par la première page c'est un dictionnaire que Ton consulte au besoin. Sans un ordre de matières, sans une table méthodique, M. Lebas en convient, la collection serait de peu d'utilité. La classification que je propose, qui n'est pas d'ailleurs de mon invention, serait, je crois la plus commode ' c'est la division par chapitres, adoptée par Orelli, modifiée seulement, ou plutôt restreinte, en raison de la spécialité d'un recueil beaucoup moins vaste que le sien. Si dans la circulaire adressée aux correspondants du comité, on les invite à transcrire les inscriptions par ordre de matières,' suivant une table de chapitres convenue à l'avance, ou seulement si on les engage i copier chaque inscription sur une feuille séparée^ le travail de classification devient le plus simple du monde. Il se borne en effet à donner un titre et un n* à chaque inscription, puis à la placer dans le dossier auquel elle se rapporte. La table générale des matières se compose eh même temps que le recueil. Je sais que quelques omissions sont inévitables; mais de quelque manière que l'on procède, je regarde comme impossible qu'il n'y ait pas à la fin du volume un chapitre d'analecta,

« Veuillez agréer. Monsieur, l'expression de ma considération la plus distinguée.

c P' Mérimée « Inspecteur g«i des Monuments historiques et membre du Comité des Arts et monuments. »

La brouille ne fut pas de longue durée : les deux archéologues se réconcilièrent à la table de Lenormant >.

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