Notice archéologique, historique et descriptive sur la crypte de l'église Notre-Dame de Boulogne
,Boulogne-sur-mer, nommée autrefois Gésoriaque ( 1 ) , puis Boulogne , Bononia oceanensis{%], est une ville dont Timportance, malgré vitieancienûc. la renommée de ses Comtes , n'a été que secondaire jusqu'au XIX® siècle (3). Aussi ne compte-t-eile gucrcs de monuments des siècles passés. Les ruines romaines ont été balayées du sol ; et les constructions plus récentes ont disparu successivement, en laissant peu de traces de leur passage.
L'Église de Notre-Dame était au moyen-âge la plus grande gloire de la cité; c'est encore aujourd'hui l'édifice le plus apparent de la ville moderne. Il importe de redire en quelques mots les principaux faits de son histoire ; car l'église actuelle, élevée sur les fondements de l'ancienne , est héritière de tous les souvenirs de son aînée.
L'histoire de l'établissement. -ilù Christianisme dans nos contrées n'est pas appuyée,- du hVolns pour les premiers siècles, sur des autorités bien nombreuseTs ni peut-être bien sûres. C'est pourquoi nous n'en tirerons aucune induction, qui tende à établir
(1) Gesoriacum , nom gaulois que port? notre ville jusqu'au IV* siècle , et qui se trouve dans les auteurs latins , tels que Pline (Lib. IV, 26), Pomponius Mêla ( Lib. III. 2 ), Florus (Lib. 1. 11)» et plusieurs autres.
(2) La dénomination de Bononia oceanensis se trouve au revers d'une médaille de Constant. Les auteurs du IV' siècle emploient indifféremment le nom de Gesoriacum ou de Bononia « pour désigner notre ville.
(3) Sa grandeur et son développement principal datent des premiers temps de Tempire Napoléonien. L'expédition que ce héros des temps modernes projetait contre TÂnglctcrre , les armements qu'il fit dans nos parages , le camp de la grande armée , qui fut assis sur nos c6tes , donnèrent à la ville de Boulogne une impulsion de prospérité qui ne s'est jamais ralentit.
l'existence d'une église à Boulogne , avant le commencement iiir^°ép?scrpt^ ^" VIP siècle (1). A celte époque, d'après le témoignage du au wv siècle. Vénérable Bède , le corps du bienheureux Pierre (d'Ambleteuse), un des compagnons de Saint-Augustin de Cantorbéry, fut déposé à Boulogne , dans l'église , in Bononia civitate , in ecclesia (2). Dans le même siècle, le grand apôtre de notre pays , celui qui parvint, non sans peine , à y implanter la foi chrétienne, saint Omer, portait le titre d'Évêque de Boulogne et de Térouanne, Bononiœ et Tervanensis oppidi (3). C'est aussi vers ce temps que la vieille et poétique Légende boulonnaise place l'arrivée du bateau mystérieux qui apporta dans notre ville l'image miraculeuse de la Vierge Marie (4).
Plus tard encore Boulogne continua de partager avec Térouanne le titre épiscopal et d'être avec elle le siège des Pontifes Morins. Witfried, qui mourut en 959, est appelé, comme le premier titulaire de son siège , Evêque de Boulogne , Bononiensis civitatis Episcopus (5). Bien qu'on puisse être certain qu'il existait alors une église assez vaste dans la cité, c'est-àdire dans la haute-ville de Boulogne , nous n'avons retrouvé jusqu'ici aucune trace d'architecture appartenant au 5^y/e latin, qui régna pendant toute cette période.
Consïruction D'après Tautorité d'un ancien légendaire boulonnais, dont
(l'une Abbati- un fragment nous a été conservé par le chanoine Le Roy, (6)
siècle!" l'église de Boulogne aurait été rebâtie par la bienheureuse
Comtesse Ide de Lorraine , mère de Godefroy de Bouillon , au
(1) Le christianisme a été prêché dans le Boulonnais pendant plusieurs siècles par de saints Evéques ; cependant, au VII* siècle, saint Eloi devait encore au milieu de beaucoup de fatigues et de dangers convertir à la religion les peuples de la Flandre et des contrées voisines , jusqu*à Gessoriacum:
• EIrgius'Flandros, vicinos que populos usque ad Gessoriacum, eversis idolis,
• ad Christianani religionem, non sine multis laboribus et perlcnlis convertit.» AudoôD. in vit. S. Eligii, Ap. Luto. Histoire de Boulogne, ms. p. 183.
(2) iSist. Ecclesiasu Gent. Angl. Lib. I. 33. *r fine,
(3) Vit. S. Eustasii. Ap. Dom Bouquet, Script. Rer. Gailic. T. III. p. 500.
(4) ChroD. rosstes. ap. Le Roy, bist. de N.-D. de Boulogne, édit. 1681. p. 14 et suiv.
(5) Vit. S. Bertulphi, et Hist. Translat. ejusdcm, ap, Luto. p. 273.
(6) Ap. Le Roy, op. cit. p. 259.
commenceraent du XII« siècle. Ecclesia Beatm MariœBolon : à SanctdlitSiySeuliSL, matreGodefridiBullonii, comitis boloni* ensis constructa/wera^. Cette phrase d'un légendaire perdu ne saurait peut-être entraîner Tassentiment du critique, si les caractères de Tarchitecture ne lui prêtaient leur appui. Mais cette science des pierres , créée par l'investigation moderne , apporte au vieux chroniqueur le soutien dont il a besoin ; et tout ce qu'on a conservé des débris de notre antique église est là pour témoigner de l'exactitude de son récit.
Enrichie par la munificence des comtes de Boulogne , desservie par des chanoines réguliers qui s'affilièrent à la congrégation d'Arrouaise , ordre de Saint-Augustin , elle vit siéger dans ses murs (vers 1130) un abbé mitre, qui tenait la seconde place du côté droit, dans les assemblées générales de la Congrégation mère (1). En 1211 , au rapport de Jean d'Ypres, en Pèlerinage sa chronique de Saint-Bertin (2J , l'église de Notre-Dame fut *^*'**»''*''- « illustrée par de nombreux miracles , opérés à la gloire de » Dieu et de la très-glorieuse Vierge Marie (3) » Depuis lors, le concours non interrompu des milliers de pèlerins qui visitaient Notre-Dame de Boulogne , acquit à notre église une réputation presque Européenne. Un seul fait donne la mesure de l'importance attachée alors à ce pèlerinage ; c'est la fondation de l église de Boulogne-sur-Seine, et l'établissement de la confrérie qu'on y institua, en faveur des «habitants de Paris, qui tournent . » leur dévotion vers Téglise de la très-glorieuse Vierge Marie (4) » de Boulogne sur la mer, soit pour pèlerinage, soit autre- » ment. » Ceci se faisait en 1319.
Malgré le pillage et la dévastation que ce sanctuaire vénérable Eiie devient
^Xiisc cathé- ..««.««.«...«____.__,^.««»__^«^.___.«___..____..«..__ draleen 456G.
(1) Cf. Le Roy, op cit. pp. 29, 30 ; Luto, item cit. p. 378 et passim.
(2) Cbronic. Sithiense S. Bertinî, ap. Martène, Thcs. no?. Anecdot. T. III. p. 693.
(3) Voici le texte de Jean dTpres ; Eodem anno (1214) ad laudem et gloriam Jbsu Christi et suac gloriosissioiae Matns in Bolonia supra mare plurima fiunt miracula, magnusque populi confluxus ex omni parte regni, et iode ortum habuit peregrinatio ad beatam Mariam in Bolonia, qusadbucesl.
(4; ércbives de rôglise de Boulogne-S.-Seine. Le Roy, déjà cit. chap. V. p. 45 et suiv. Lettres patentes de Philippe V. Ibid. p. 161. etc.
eut à subir, à la prise de Boulogne par les Anglais, en 1544 (1), et durant la tyrannie qu'y exercèrent les Huguenots en 1567 (2) , de nouvelles splendeurs Tattendaient. Le 3 mars 1566 , le Pape saint Pie V avait institué à Boulogne un évêché suffragantdeReiras (3). Sur ce siège Morino-Boulonnais s'assirent successivement depuis 1570 jusqu'au concordat de 1802, douze évêques, parmi lesquels nous remarquons, au XVP siècle Claude-André Dormy (4) , qui prit part à la Sainte- Ligue, formée contre le protestantisme; au XV [P siècle, Victor Le BouTHiLLiER (5) , qui brilla sur le siège archiépiscopal de Tours; Francoû* rfe Perrochel (6), dont la mémoire a été en bénédiction; au XVIIP, Pierre de Langle (7), homme de talent, qui eut le tortde servir la mauvaise cause du Jansénisme; François- Joseph'Gaston de Partz de Pressy, (8), qu'il suffit dénommer; et Jeaw-/?e?i<?' Asseline (9) qui, après s'être exilé pour la foi , mourut en Angleterre , auprès de Louis XVIÏI. Ce rapide exposé historique nous a paru nécessaire pour rappeler en peu de mots les fastes de notre église. Ceux qui désireront plus de détails pourront consulter Vllistoire de Notre-Dame de Boulogne par le chanoine Le Roy (10). Elle est dé- La Révolution française a détruit ce témoin du passé , ce vo"mion'*^^^" monument autour duquel a grandi la ville de Boulogne. Mais , de ses pierres dispersées , un nouveau temple s'élève , poussé activement par une main persévérante.
M. l'abbé Haffreingue, à qui Dieu a inspiré le dessein et.
J) Le Roy, jam cil. Liv. 11. chap. I, p. 117 et suiv.
(2) Ibid. chap. V. p. 150 et suiv.
(3) Gall. Christ. T. X. col. 1572 et scqq.
(10) Imprimée à Paris chez Jean Cousturier en 1681. Un abrégé, imprimé à Paris à la même époque, a été plusieurs fois modifié et réimprimé à Boulogne pendant le XYIII* siècle. La dernière édition de cet abrégé, sortie des presses de M. Le Roy-Mabille, est de 1839, in b".
donné la force de mener à terme une œuvre aussi gmndiose , travaille depuis vingt-cini| ans à l'érection de cet édilice.
Il recueille les dons , il appelle Tobole :
Laiméme il en traça les plans et les devis, De la base au sommet, de Taulel an parvis ; Et, marchant vers son but, assise par assise» Monte encore. .. et bientôt couvrira son église, (l)
Il commença en 1827; et, ne trouvant pas à cette époque NouvoIIo un ouvrier qui sût tailler une ogive, ni découper un clocheton, ^^^^^*^^^ *^^"',", il dut renoncer à adopter le style national des âges chrétiens. 1827. Ce fut à la Renaissance italienne qu'il demandases inspirations. Mais, imitateur plus que copiste, il voulut donner a son travail un caractère spécial qui fût. plus en harmonie avec Tidée chrétienne d'une église. Il conserva la distribution deTancienne cathédrale, sur les fondements de laquelle sont posés les murs de la nouvelle. Toutefois, le dôme, œuvre à part , — sur laquelle vient s'appuyer la tête de la croix latine formée par l'église, — réduit à deux travées seulement les proportions de l'ancien chœur. Ce dôme, avec ses sept chapelles, dont la Dôme principale est celle de N.-D., est le seul de l'univers qui soit consacré à la Reine des Anges. Il doit porter au-dessus de la ville et du monde la statue de celle qui en est la gloire et la suzeraine: Il r bis et Orbis honos {^). Il est le point le plus apparent , le monument le plus élevé qui , avec la Colonne de l'Empereur, signale à l'Angleterre et au monde les deux
(1) Fume de la Fresnoye.
(2) Cette antique devise était écrite au-dessus de In porte de notre ville, où les Mnycur et Ecbevins firent placer en 1659 Timage de N.-D. 9 exprimée » en relier, tenant un cœur dans la main droite et posée dans un bateau o\\ plusieurs Anges servent de Pilotes. » (Le Roy, sup. cit. p. 193). Quant au titre de Suzeraine, on sait générnieroent qu'il fut décerné à notre Vierge par Louis XI, qui lui fit liomma<;e du Comté de Boulogne en 1478. La plupart do de ses successeurs imitèrent son exemple. Ils payaient à notre église « lex reliefs^ tiers de chambtUage et autres droits seigneuriaux pour ce deubs a vmauce de vassal ; ■ et devaient • offrir et présenter devant ladite Dame un Cœur en espace et figure de métail d'or, de la pesanteur de treize marcs d'or, (Lclt. de Louis XI, données à Hcsdin, au mois d'avril 1478, ap. Le Roy, p. 102 et suiv.
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plus grandes préoccupations de la France : la Religion , la Patrie.
énôrai"*^**de Dominé par la pensée chrétienne du principe vertical dans cette ôgiite. Tarchitecture, M. l'abbé Haffreingue n'a pas adopté les proportions réduites de Tart antique. On sait, du reste, que les anciens étaient loin d'apporter dans leurs constructions cette régularité que les modernes ont créée , en prenant la moyenne des différences remarquées dans les monuments de la Grèce et de Rome. Sur les colonnes , M. l'abbé Haffreingue n'a pas fait passer le niveau écrasant des corniches grecques ; il y a dressé l'arc plein-cintre. Déplus, afin d'élancer encore son édifice , il a imité les galeries de l'époque gothique, et superposé l'une à l'autre deux voûtes , dont l'une , percée à jour , laissera voir les peintures qui couvriront Vintrados de Tautre. Cette disposition toute nouvelle lui permettra de représenter , dans un mystérieux et symbolique éloignement , le séjour immatériel des bienheureux.
Sous l'empire de ces idées , dont nous ne faisons qu'esquisser les principales , M. l'abbé Haffreingue a voulu , en relevant l'église de Boulogne, y figurer les trois églises qui vivent dans le temps, pour s'absorber en une seule dans l'éternité: V Eglise proprement dite , ou la société des fidèles , militant sur la terre , pour acquérir le bonheur de régner avec le Christ dans les âges sans fin ; V Eglise des saints , qui déjà triomphe avec l'Agneau dans les splendeurs du ciel ; et , plus bas , sous les pieds des fidèles, dans la Crypte, V Eglise s ouf frante , les âmes détenues dans les prisons du Purgatoire , loin du séjour de la lumière et de la paix. Dans cette Crypte , il a en outre retracé les exemples des saints qui nous ont précédés, et l'histoire des dix-neuf siècles de la Cité chrétienne sur la terre. C'est aussi comme un musée d'antiquités , qui abrite les restes de notre ancienne église ; et c'est là particulièrement ce qui nous a engagé à lui consacrer cette notice.