CRYPTE CENTRALE
Position et La première partie de la Crypte , découverte en 1839, sous dimensions, j^g ^^^jg premières travées de l'ancien chœur , est la plus ancienne de toutes ces substructions. Elle a 1 4 mètres de longueur et 9 mètres 65 centimètres de largeur. Chacun de ses murs latéraux est décoré de quatre colonnes avec base et chapiteaux
Colonnes, antiques. Le diamètre des colonnes est de 50 centimètres ; la hauteur de leur fût n'est que d'un mètre 55 centimètres. Quatre pien^es carrées, ayant évidemment servi de bases à d'autres colonnes, occupaient symétriquement le centre de cette chapelle. Les colonnes qu'on y voit maintenant ont été rétablies sur le modèle de celles qui restaient.
(1) Nous l'appelons ainsi parce qu*ellc est la plus profonde de toutes, ayant presque 5 mètres de hauteur sous voûte.
(2) Ainsi nommée parce qu'elle est destinée à recevoir pour décoration rhistoire des dix-neuf siècles de Péglise. C'est aussi dans celle partie que se trouvent les plus curieux débris d'arcbltcclurc.
Les chapiteaux , dont les uns ont été retrouvés sur place , et Chapiteaux. les autres, empruntés aux colonnes des aîles (sud et nord) de Tancienne cathédrale , lesquelles n'avaient pas été complètement démolies, appartiennent au style romano-byzantin (1). Les volutes sans ornements , les feuillages entrelacés , les animaux fantastiques, avec tête unique et double corps (2), ainsi que divers dessins , trop frustes pour être décrits, indiquent le XI® ou le xiP siècle. On sait Timmense variété de bases qui se Bases, produisit dans le style de cette période architecturale , et la difficulté qu'elles offrent à un classement régulier. Les nôtres sont très-simples et n'accusent pas aussi franchement que les chapiteaux l'époque à laquelle elles remontent.
Quant aux peintures , les murs de cette partie n'en portaient peimurcs que de faibles traces. Les deux colonnes du fond présentaient seules un dessin bien conservé (3) ; c'est ce dessin qui a servi de modèle pour la décoration de toutes les autres. Il est regrettable qu'on ait retouché ces deux colonnes primitives (4). Nous constatons V antiquité du dessin ; c'est tout ce que nous pou-
(1) Pour compléter le nombre des chapiteaux, on a dû en copier quelques uns. L*œil exercé des archéologues les reconnaîtra facilcmcat.
(2) Un chapiteau tout semblable, quoique de moindre proportion, se trouve au portail de Téglise prieurale de saint Michel du Wast, à trois lieues de notre ville. Cette église a été construite vers 1095, par la bienheureuse Ide de Lorraine, comtesse de Boulogne.
(H) Ces peintures consistent en chevrons alternés, de gueules et de sinople, dont les pointes s'arrondissent et descendent en pommettes. Une ligne blanche sépare chaque rangée de chevrons. «Les églises romano-byzantines, dit M. » fiatissier, (Éléments d'archéologie nationale, p. 494 et sv.) étaient couvertes • de peintures. Let fûts deft colonne» en étaient aussi ornées, » Les cryptes durent Tôtrc comme le reste, et nous ne voyons pas la raison qui les aurait soustraites à cette règle générale d*ornementation, importée chez nous à la suite des croisades.
Cf. Les divers cours d'archéologie, et surtout les Instructions du comité historique des arts et monumentSt p. 87 et sv.
(4) Des huits colonnes qui sont aux murs latéraux, les deux qui se correspondent, au fond oriental de la crypte, étaient chevronnées de gueules et do sinople, comme nous venons de le dire ; mais, chacune des quatre suivantes avaient été peinte uniformément en brun ou en rouge, de manière cependant à ce que les couleurs fussent alternées, pour offrir à Tœil de la variété. Les deux du fond occidental ne paraissaient pus avoir reçu cette décoration.
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vons faire; car, après tout, le malheUr est aussi irréparable que les récriminations seraient inutiles.
Porics. Les deux portes latérales communiquaient chacune à un
escalier qui correspondait avec Téglise supérieure (1). On y remarque encore des gonds de fer , et les entailles qui dans la pierre opposée devaient recevoir les verroux.
Pave ancien. Lors dos fouillcs qui Ont été faites dans cette partie , on a reconnu les traces d'un ancien pavement, « qui était formé de »> carreaux de terre cuite , dont plusieurs ont été retrouvés » intacts. Ils étaient peints en rouge et blanc^ et de dessins » variés. Les uns représentaient une grande fleur de lys , » placée de coin en coin , les autres étaient couverts d*un semis » de cette fleur; d'autres, enfin, offraient aux regards un » aigle déployé posé en bande. » Comme ces carreaux ne sont point parvenus jusqu'à nous , nous en empruntons la description aux Notes archéologiques et historiques , publiées par MM. P. Hédouin et Abot de Bazinghem, dans les additions à l'histoire de N.-D. de Boulogne, imprimée en 1839(2). Il nous serait difficile de nous prononcer sur l'antiquité de ces restes de pavement. Nous préférons nous abstenir d'en hasarder la date , bien qu'ils nous paraissent, à la rigueur , pouvoir remonter jusqu'au xii® siècle.
sur^' râgc *?ic ^^6tte Crypte a été l'objet d'appréciations fort différentes. Les celle Crypie. uus , placés SOUS l'empire de préoccupations historiques , ont voulu voir dans ce temple l'antique chapelle du vu® siècle, sur les fondements de laquelle la légende rapporte que la Vierge fit élever une église plus somptueuse (3). D'autres se refusent à cette idée ; et , se laissant guider par la seule inspection des caractères architectoniques , flottent entre le ix*^ et le xii° siècle , selon qu'ils tiennent plus ou moins compte des chapiteaux, des bases, des fûts ou des peintures.
il) Ces escaliers dont on n'a renconlré que quelques marches, se dirigeaient vers les transsepts, en dehors des deux premiers piliers du chœur.
(3) C'est Topinion des deux rédacteurs des Nolex archéologiques et historiqueSt déjà citées, (llisl. dcN.-D. de B. cdit. 1839, pp. 207 et svv.)
Pour nous , — sans vouloir pourtant regarder notre opinion comme de tout point inattaquable, — nous pensons que cette chapelle souterraine n*est autre que la Crypte de Tancienne église, et qu'elle a été bâtie avec elle, au commencement du xii« siècle.
Ceux qui ont cru y trouver une église primitive, n*ontpas assez considéré Texiguité du local, à peine suffisant pour contenir la population du plus petit de nos villages (1 ) ; ils n*ont pas assez expliqué la coïncidence de ses murs latéraux avec les fondations du chœur ; ils ont fait trop bon marché de Tobjection que soulevait contre leur système Texistence des deux escaliers ; ils se sont trop reposés sur la simplicité de Tarchitecture , qui dans les cryptes est généralement peu ornée; enfin, ne pouvant faire remonter les peintures , le pavé, les escaliers , plus haut que le xi« ou le xii® siècle , ils ont été forcés d'admettre que Téglise supérieure avait été élevée audessus de cette chapelle devenue crypte, et ils en ont rapporté la ruine à Tannée 1544, ou les Anglais, maîtres de notre ville, détruisirent une partie du chœur, et sur son emplacement élevèrent une sorte de boulevard (2).
La hauteur des murs et des colonnes de notre Crypte, — dont
(1) A quelques mètres de la crypte centrale dont nous nous occupons, ou a dôcouveit, (sous la nef et l'aile Sud), une construction, selon toute apparence, gallo-romaine et abandonnôc depuis longtemps. Elle nous fournit un nouvel argument on faveur de notre Ihôsc. Comment se pourrait-il faire, qu*en présence d*unédi6ce do 20 mètres do long sur 10 de large, dont le soi était plus élevé même que celui de la crypte, et dont les murs très-épais et très-solides, offrant encore 1 mètre 40 centimètres d'élévation, pouvaient être si facilement réparés, on fût allé bâtir un édicule, moindre de moitié, orné de colonnes ei de chapiteaux sculptés à grands frais, et à peine capable do contenir cent personnes. Les chrétiens de la Haute-Yillc étaient donc alors bien peu nombreux, et cependant bien riches?...
(2) Au témoignage de Luto (Description de la ville de Boulogne, ms., p. 8) Le chevet de l'église, jusqu'aux premières arcades du chœur, appartenait au
. style gothique, tandis que le reste, jusqu'au mur occidental était d'une architecture plus ancienne; or la crypte se trouvait justement sous les premières arcades, ou travées du chœur, ce n'est donc pas sur ses ruines que les anglais élevèrent leur boulevard. L'archidiacre Le Roy ne dit pas non plus (op. jam cit. p. 127) que les anglais aient renversé le chœur ^ il ne parle que de la chapelle de N.-D. L'emplacement de celte chapelle plus rapprochée du rempart, était effectivement plus convenable à leur dessein que le centre de Téglisc.
les chapiteaux touchaient presque au niveau des pavés de l'ancien chœur, a pu contribuer à fortifier l'opinion de ceux qui ont cru que cette construction n'avait pas toujours été souterraine. Mais cette raison ne suffit pas pour trancher toutes les difficultés que nous venons d'exposer. Les cryptes qui existent encore sous le chœur de quelques églises , ont nécessité une élévation , quelquefois extraordinaire , du sol de ce chœur, au-dessus de celui des nefs (1). Or, quand la crypte venait à être comblée , pour une cause quelconque , cette anomalie , n'ayant plus sa raison d'être , devait cesser. Du reste , les partisans de l'opinion que nous combattons , font coexister pendant un certain laps de temps, la chapelle -crypte et l'éghse supérieure du xii^ siècle (2).
A notre avis, il est impossible qu'il n'en ait pas été ainsi. Cette Crypte, quelle que soit l'origine qu'on veuille lui assigner , a existé en même temps que l'église du xii® siècle , et sous le chœur de cette même église ; sans quoi l'on ne pourrait s'expliquer la présence des peintures et du pavement qu'on y a trouvés, ni rendre compte des difficultés que nous avons précédemment soulevées.
Nous avons dit que nous ne pensons pas qu'elle ait été bâtie avant cette époque , et nous avons donné les raisons qui motivent notre opinion. Cependant, ne connaissant pas les dimensions de l'église qui précéda celle du xii^ siècle , et dont nous n'avons pas retrouvé les fondations ; n'ayant plus que quelques pierres de ce dernier édifice que la Révolution a dévoré , nous ne saurions dire s'il n'avait pas été greffé sur un autre plus ancien et de même étendue que lui ; et si, dans cette hypothèse, la Crypte n'a pas pu être conservée dans la nouvelle construction , pour y servir aux mêmes usages que dans la précédente, — ce qui donnerait Ubre carrière aux conjectures de ceux qui veulent la faire remonter plus haut.
Origine ei Disous uu mot de l'origine et de la destination des cryptes ,
usage des
Cryplcs. •
(t) Cf. D.iniel Ramée. Hist, gén. de VArchiteclurc chez tous les peuples, T. U. p. 317.
(2) JSotes archéologiques et historiques iléj. cit. p. 211.
sans entrer dans de longs détails sur ce sujet ; car ils seraient déplacés dans un travail comme le nôtre.
Dans les premiers siècles de l'Eglise , les chrétiens , poursuivis par les persécutions , s'assemblaient dans les lieux les plus retirés, dans des souterrains connus d'eux seuls et appelés cryptes, du mot grec kryptein, cacher. Plus tard, lorsqu'ils eurent converti la société tout entière . ce fut souvent au-dessus de ces cryptes qu'ils élevèrent leurs basiliques. Le sentiment religieux qui avait fait ériger alors les églises sur les cryptes primitives, porta, pendant les siècles suivants, les architectes à bâtir une église souterraine sous l'église extérieure , en commémoration des anciens jours. Cette crypte régnait sous le sanctuaire et parfois sous l'édifice entier (1).
Notre chapelle souterraine , décorée avec une certaine ma- a quoi servit gnifîcence , a dû servir , comme ailleurs , à renfermer les ^^^^^ Crypie. ossements des Saints , peut-être aussi à conserver les archives et les trésors de l'église (2). Des entailles sont restées aux bases des colonnes , comme si Tony avait établi des stalles. Cette Crypte aurait-elle donc eu un autel, et y aurait-on célébré les Saints Mystères ? Ou bien faut-il ne voir dans cette particularité que les traces du placement des châsses ou des armoires, destinées à contenir les saintes reliques? C'est ce qu'il est bien difficile de déterminer.
Dans aucune de nos cryptes il n'existe de voûtes anciennes : Voûtes, toutes ont été faites par M. l'abbé Haffreingue , avant que les terres et les décombres eussent été déblayés. La soUdité de l'édifice réclamait cette mesure. C'est là ce qui explique comment, dans cette chapelle , les voûtes n'ont pas été mises en harmonie avec la construction romano-byzantine. Les arabesques dont la voûte et les murs sont décorés, se rattachent
(1) Cf. Cours d*archéologic sacrée , par M. Pabbô Godard, p. 120 et svv. Cours d'autiquités monumentales, par M. de Gaumont, pp. 71, 123.
(2) Dans la vieille basilique de St. Berlin, à Sc.-Omcr, on a retrouvé dernièrement un caveau souterrain qui servait à renfermer les titres et les archives du monastère. Il y avait, dit-on, autrefois dans ce caveau trois grands coffres bardés de fer, remplis de chartes précieuses que la Révolution a dispersées.
Cf. Mém. de la Société des Antiquaires de laMoiinie, T, vu, p. 55 et 5G.
nouvelles.
au pian général d'ornemenlalion , adopté pour tout l'ensemble des cinq cryptes de la liaute église.
Peintures Les personnages représentés dans la Crypte centrale appartiennent à Thistoire de TEglise et de la France ; mais ils ne font point partie de Is. galerie historique proprement dite, qui se trouvera dans la viii® crypte^^e sont Clovis et Clotilde , fondateurs de la monarchie française au V* siècle ; Clotaire II, bienfaiteur de 1 église de Boulogne, d'après la légende de la Vierge miraculeuse ; Charlemagne , Godefroy de Bouillon et Saint Louis , héros chrétiens , protecteurs illustres et défenseurs zélés de 1 église catholique.
Tombeaux. Depuis que cette Crypte avait été comblée, elle avait servi, comme les autres parties de Tancienne église , à Tinhumation des hauts dignitaires du clergé , de la magistrature et de Tarmée (1j. Leurs ossements ont été recueillis et déposés dans une tombe commune avec ceux qui proviennent des deux cryptes latérales. Sur les tables de marbre noir qui recouvrent ces ossements , on lit les trois inscriptions suivantes :