‹ Notice bibliographique des ouvrages de M. de La MennaisChapitre 24 sur 61 · CXX. Réponse de M. de La Mennais à M. de Potier · texte numérisé non relu

CXX. Réponse de M. de La Mennais à M. de Potier

La Lettre de M. de Potter à M. de La Mennais est de Paris, le 4 septembre 1852. La Réponse, qui a été imprimée sans date, a dû être écrite dans le môme mois. Comme nous n'avons trouvé celte Réponse imprimée dans aucun des recueils de son auteur, mais seulement dans la Ceusure de cinquante-six propositions extraites des divers écrits de M. de La Mennais », 1833, pages 160 et 1G7 , nous croyons devoir la reproduire ici pour constater que, chez M. l'abbé de La Mennais, les idées subversives de tout ordre sont plus anciennes qu'on ne le croit généralement.

« Je partage votre avis sur la marche des affaires de votre pays. On a tout perdu en se mettant à la suite de la conférence; et aujourd'hui, je ne vois pas de moyen de réparer tant de fautes, et des fautes si graves. La Belgique a, comme nous, son gouvernement de juste-milieu, et s'il présente à quelques égards un caractère différent du nôtre, cela ne tient pas au fond du système, mais a la diversité des dispositions et de l'esprit qui domine chez les deux peuples. Du reste, les conséquences seront les mêmes, c'est-à-dire qu'après avoir beaucoup souffert, il faudra en venir, à Bruxelles comme à Paris, à reprendre par ses fondements l'œuvre d'une vraie régénération. Ce qui se passe en France prépare les voies aux nouveaux changements que la folie et les passions des hommes ont rendus nécessaires. Les trois partis qui foruient le plus grand obstacle au renouvellement social, les légitimistes, les terroristes et le juste-milieu dégénéré en despotisme militaire, se détruisent maintenant l'un par l'autre, et ma seule crainte est que la dernière catastrophe n'arrive avant qu'une opinion saine et organisée ne soit en état d'en tirer parti au profit de l'ordre. Car la force qui renverse n'est qu'une calamité de plus, quand elle n'a pas derrière elle une pensée qui puisse édifier. Je conçois absolument de la même manière que vous, l'action à exercer sur le monde. C'est au peuple , au vrai peuple qu'il faut s'identifier; c'est lui seul qu'on doit voir ; c'est lui qu'il faut amener à défendre sa propre cause, à vouloir, à agir. Tout mouvement moins profond sera stérile pour le bien ; parce qu'il sera vicié dans son principe. Plus convaincu de cela que jamais, je me sens aussi plus que jamais plein d'ardeur pour retourner au grand combat auquel j'ai consacré ma vie... Mais, dans aucun cas, je ne resterai muet, et vous pouvez compter que ma parole sera nette. Le temps est venu de dire tout ».

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