‹ Notice bibliographique des ouvrages de M. de La MennaisChapitre 52 sur 61 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

El quintus angélus tuba ceeinil, et vidl stellam de cœlo cecldisse in terram, et data est ei elavis pulei abyssi. — Et aperuit puleuni abyssi, et ascendit fumus putei sicut fumus fornacis magnae et obscuralus est sol et aer de fumo putei.

(Apocalypse, ch. 9, v. 1 et 2.)

Quid fecit libi hic populus ut induceres super euni peccatum maximum ?

(Exode, ch. 32, v. 21.)

Desine ab ira et derelinqtie furorem; noli a?mulari ut maligneris.

(Psn 36, v. 8.

Prêtre d'un Dieu de paix et de miséricorde,

0 toi que ses puissantes mains Avaient mis sur la terre en exemple aux humains, Pour maintenir entre eux l'amour et la concorde,

Comment as-tu rempli la sainte mission?

Qu'as lu fait, et pourquoi de ta bouche sacrée, Comme une hymne de mort par l'enfer inspirée, Sort-il des cris de haine et de division?

Toi qui sais, maniant la harpe des archanges ,

En tirer des sons purs, des modulations

Douces comme un écho du doux concert des anges (1),

(1) Telles, par exemple, que le chapitre xn du « Livre du Peuple », et les

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As-tu pu ramasser, au milieu de nos fanges, Le" clairon discordant des révolutions?

Tremble qu'en y touchant ta main ne soit rougie Du sang mal essuyé dont il est encor teint, Et cesse d'affubler du bonnet de Phrygie Un front marqué du sceau du Rédempteur divin.

Que veux-tu donc? Quel est le but que se propose La virulente ardeur de ton esprit morose ? Pourquoi l'enfer, par toi, parlant au nom du Ciel, Et ces discours trempés au plus amer du fiel ?

« C'est que, dis-tu, le peuple est là que l'on opprime, « Et que ton cœur, au mal qu'endure la victime « Sous le joug d'un pouvoir qui l'écrase du pié, « Se remplit d'amertume et se fend de piété !

« C'est qu'il te vient a l'âme une rage cruelle

« De voir qu'on mange au peuple et la chair et la moelle,

« Qu'on boit son sang, et que, comme au chien mort les vers,

«< Le pouvoir va paissant à ses flancs entrouverts !

« C'est que son corps n'est plus rien qu'une immense plaie. « Qu'un cadavre écorché que traînent sur la claie, « Après l'avoir rongé, les goules du pouvoir; « Un objet misérable, indicible et difforme, «• Une ombre qui n'a plus de couleur ni de forme, « Et qui fait peur à voir.

« C'est que, sous le fardeau de tant de tyrannie, « Chez un peuple réduit à tant d'ignominie, « Il ne faut plus parler de lois, de liberté, « Ni de société,

« Et qu'un amas confus d'humaines créatures « Dont la plupart n'ont pas, pour dormir, un fenil, « Ne forme plus, en proie à ses mille tortures, « Une société, mais à peine un chenil (1) ! »

chapitres xvn, xxv et xu des « Paroles d'un croyant », qui tou9, tant sous le rapport du but moral que pour le charme du style, peuvent être mis au rang de ce qui a été écrit de plus suave dans notre langue. (1) Ce vers et ceux qui précèdent, depuis et y compris celui-ci :

« C'est que, dis-tu, le peuple est là que l'on opprime, »

sont imités de M. La Mennais lui-même.

• Et tout cela, dit-il à la page 5ft de son pamphlet Intitulé : « Le Peuple et !e

LA MINWIs 121

Assez, o prêtre, assez! voilà ce) te une page Bi ùlanle plus que l'eau (lui sort de l'écbaudoii , DM phrases a jeter au cœur le désespoir; Mais d'un prêtre chrétien est-ce là le langage?

Était-ce là, dis-moi, les tableaux, les discom s Que lu devais au peuple? Est-ce là le secours, Le baume bienfaisant, le généreux diciame Qu'attendent ses douleurs, qu'il faudrait à son aim-. Contre le poids des maux que tu lui peins si lourds?

Le pèlerin, s'il trouve un mourant sur sa voie, Au lieu de le remettre aux bras du médecin, Le va-t-il retournant sans cesse pour qu'on voie ht qu'on puisse compter les coups de l'assassin ? Lui va-t-il, — sans piété des douleurs qu'il endure, faire en style effrayant une horrible peinture Des blessures, des coups dont il le voit souffrir, Et du danger qu'il court de n'en jamais guél il '

Non ; — mais la charité, qui guide sa parole, Lui fait trouver des mots dont la douceur console Et rend, malgré le mal dont leur charme est vainqueur, le BOUrire a la lèvre et l'espérance au cuur.

Celui-là plus que lui se montre charitable, Plus que le tien surtout son zèle est véritable; Aider et consoler ceux qui souffrent, voilà La mission du prêtre et la tienne ; C'esj 11

Pourquoi le Créateur, de trésors d'éloquence

T'avait rempli le sein, Et Don pour exciter le peuple à la vengeance Par le glas incessant d'un infernal tocsin.

Gouvernement » *, et tout cela pourquoi ? pour se jeter à son lour sur la proie que l'on convoite, pour, à son tour, dévorer le pays, s'engraisser de sa chair et de sa moelle ».

« Et nous, dit-il à la page 92, nous vous disons que votre société n'est pas une société, qu'elle n'en est pas même l'ombre, mais un assemblage d'êtres, qu'on ne sait comment nommer ».

• Chez un peuple qui en est là, dit-il à la page 80, on ne doit plus parler ni de liberté ni de société, et ce n'est pas une société qu'un amas de créatures humaines réduites à celte extrémité, c'est à peine un chenil ».

" L'auteur s'est trompé sur le litre : l'ouvrage auquel il repond esl intitulé : le « Pays et le Gouvernement ». Voilà ce qui nous a conduit à plarer sa critique parmi celles du « Livre du peuple ».

Le peuple! ou! que lui sert l'anathème farouche Qu'en son nom ta voix lance à la Société? Quel bien lui fait le fiel qui, sorti de ta bouche, Tombe à si larges flots sur son cœur irrité?

S'il est vrai que, courbé sous des lois homicides,

Le pauvre est là qui meurt de faim, Pour apaiser le cri de ses entrailles vides, De grands mots galoppant sur des coursiers sans brides Ne valent pas un peu de pain.

Et du pain, ce n'est pas des phrases factieuses,

Des déclamations furibondes et creuses,

Effets tirés sur lui par la mauvaise foi.

Tes pamphlets qu'il achète à l'étal de Pagnerre (1),

Sont un dernier impôt levé sur sa misère ,

Et ne font quelque bien qu'à Pagnerre et qu'à toi.

Puis, l'image des maux dont ton ardeur s'effraie N'est-elle pas vingt fois plus terrible que vraie? El ces maux que sans cesse à ses tristes regards

Tes pinceaux apocalyptiques Se plaisent à charger de couleurs sataniques, N'en as-tu pas, dis-moi, rêvé plus des trois quarts?

Quoi donc ! ce beau pays de France,

Où j'étais si fier d'être né, Est-il vrai? ne serait plus rien qu'un parc immens», Où quelques oppresseurs, sous un chef couronné, Couchés dans la mollesse et la fainéantise,

Tiendraient un peuple emprisonné,

Vil bétail par eux destiné

A repaître leur convoitise !

Quoi! pour comble d'impiété,

Serait-il vrai que la justice, Cette émanation de la divinité,

De tant d'horreurs se fit complice, Et que, vendue à l'or d'un pouvoir détesté, Elle jetàt.en proie aux atroces sentences

(i) Pagnerre est, comme on sait, l'éditeur des pamphlets politiques de M. l'abbé de La Mennais, du ci-devant vicomte de Cormenin, de MM. Cabet, Altaroche et autres personnages dont la spécialité consiste à aimer le peuple en paroles.

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De ses hommes-potences (1), L'innocence livrée à leur iniquité ?

Grâce au ciel ! tout cela n'est point la vérité, Et, n'en déplaise aux fous que ta voix persuade, N'existe nulle part qu'en ton esprit malade, Qui prend à son réveil, pour la réalité, Les rêves dont la nuit tu lus épouvanté ;

Et le peuple, — non pas cette oisive canaille, Peuple des mauvais lieux et des estaminets, Vagabonds, culotteurs de pipes, valetaille Heurtant la Marseillaise, en cuvant tes pamphlets , Mais le seul peuple vrai, le peuple qui travaille, Qui nourrit sa famille et, par la probité, L'ordre, l'économie, à la propriété Arrive honnêtement, — s'il ouvrait, pour les lire, Les écrits où tu peins son prétendu martyre,

Serait fort étonné De voir jusqu'à quel point il est infortuné. Fais-nous donc, si tu peux, des contes plus croyable».

Que parles-tu de cruauté,

De potences, d'iniquité

El déjuges impitoyables?

La justice jamais, avec plus d'équité.

Ne se montra moins formidable.

En quels lieux, en quels temps a-t-elle présenté

A l'innocent plus de sécurité Et plus d'humanité, même pour le coupable?

En quels lieux à l'autorité Vit-on plus de douceur, de longanimité?

Quand aura-t-on trouvé la clémence royale Envers ses assassins même plus libérale?

En quels jours, sur le front du crime repentant, La grâce, le pardon, bienfaisante rosée Que l'on pourrait croire épuisée, Tombèrent-ils du trône à flot plus abondant?

De monomanie indulgente Dis donc plutôt que les cœurs sont imbus, Et qu'il s'en fait chez nous un si grossier abus, Qu'eût-on coupé, je crois, père et mère, oncle et tante,

(1) C'est sous cette qualification que M. l'abbé de La Menuais désigne les magistrats d'aujourd'hui, magistrats qu'il a bien le courage d'assimiler aux

Uk LA MENNilS

En vingt morceaux, — pourvu qu'on n'en ait rien inange

On est certain d'être jugé Coupable, — mais avec l'accessoire obligé :

La circonstance atténuante.

Ta parles d'ignorance où tu dis qu'on maintient

Le peuple ; — mais les faits démentent tes paroles,

Et le pouvoir, partout érigeant des écoles,

Y donne, — car le mal est toujours près du bien , —

Au peuple, — en lui montrant à lire, — le moyen

De se fausser l'esprit aux étranges folies

Qu'à son grand détriment chaque jour tu publies.

Cependant je t'admire en toute humilité,

Quand, posant ton surplis d'urbanité française,

Tu le vas écriant que la Société

De nos jours, n'est plus rien qu'un chenil; — si la thèse

Est peu noble, — elle exprime au moins la vérité;

Car, jamais chiens harnieux n'ont pu mieux à leur aise, Pour peu qu'à ces Messieurs sa conduite déplaise, Aux jambes du pouvoir sautant de tout côté, Japper, hurler et mordre avec impunité.

Hélas! comme partout, sans doute il est en France

Plus d'un homme du peuple en proie à la souffrance ;

Mais leurs maux , bien moins grands que ceux que tu combats,

Ou de près ou de loin, dans l'essence des choses,

Dans la nature humaine, ont presque tous leurs causes :

Maux qu'on peut déplacer parfois, mais qu'ici-bas,

A moins de changer l'homme, on ne détruira pas.

Oui, — sans doute aussi qu'au bien-être Les mortels en ce monde ont tous des droits égaux, Et qu'il faut à chacun sa part, — cela doit être

Juges du tribunal de Fouquier-Tainville et aux membres des commissions militaire» de l'Empire et des cours prévotales de la Restauration. Voici ses propres expressions :

« On a des juges dont le métier est d'expédier les accusés comme les bourreaux les condamnés, purs instruments de torture et de mort , hommes-potences!! » (Page 73.)

A la page q3 il dit de la Société que c'est un parc, un troupeau de bétail humain destiné par le pouvoir à assouvir ses convoitises.

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Et sera, — dès que Dieu nous permettra de nailre Tous, au même degré, grands, riches, forts et beaux ;

Quand il nous donnera pour demeure, une terre Qui livre sans travail ses trésors et son fruit, Et que, par un divin mystère, L'art qui fabrique et celui qui produit Pourront se reposer et le jour et la nuit,

Jusqu'à cet heureux temps, qu'aucune prophétie Ne montre encor prochain à ton anxiété, Le travail, cette loi de notre humanité,

Maintiendra la suprématie Qui s'attache ici-bas à la propriété ; Privilège sacré, sainte aristocratie , Éternel fondement de la Société!

Grand principe, d'où naît aussi la conséquence De l'inégalité dans les conditions :

Le repos, les plaisirs, le luxe à l'opulence, Au pauvre, le travail et les privations ,

Hélas! telle est la loi commune!

Et le riche, tout fier de son tort d'aujourd'hui

Si demain il perd sa fortune, Devient l'égal du pauvre et souffre plus que lui.

D'autre part, — que quelqu'un de la démocratie, Qu'un fils du peuple, un vrai prolétaire, — à son tour. Par l'esprit, le travail, par l'industrie, — un jour Grandisse ; — il va voir, comme au devant d'un Messie

La moderne aristocratie S'ouvrir — en s'inclinanl môme devant ses pas, Si les mains de la gloire ont posé sur sa tête Le laurier du héros ou celui du poète; Car tu sais aussi bien que moi qu'elle n'est pas

Une île inabordable et de rocs entourée, Tu sais qu'elle n'est pas circonscrite et murée

Comme celles des anciens temps :

Châteaux crénelés, citadelles

Inexorables et cruelles

Qui, n'ayant d'autres habitants

Que ceux qu'y plaçait la naissance, Défendaient, par des murs, en hauteur insultants,

D'approcher, — même à l'espérance.

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C'esl un port magnifique, immense Dont les clefs ne sont plus aux sentes mains du soit;

Où, de tous les points de la France, On entre librement et d'où parfois l'on sort; C'est un palais k mille portes , Dont aux hommes de toutes sortes Il n'est rien qui ferme l'abord ; C'est l'échelle brillante à Jacob apparue.

Et par laquelle, sous ses yeux, Montait et descendait la cohorte accourue Des anges radieux.

Que viens-tu donc, traitant le riche de pirate, Crier du haut des toits en style démocrate : A l'aristocratie ! — Abbé, le sens commun Te dira qu'à ce compte, et, pour qui n'en a qu'un, Quiconque a deux gros sous est un aristocrate, Et qu'on peut t'accuser toi-même aussi, — tribun, Qu'on voit, au nez du gueux rongé par la vermine, Endosser l'habit neuf sur la chemise fine.

Ame promise au Christ, reviens à lui, crois-moi ; Reviens et montre-nous ce que c'est qu'un bon prêtre (1 ) Ce que c'est qu'un mauvais, tu nous l'as fait connaître Quand tu jetas aux vents les trésors de ta foi.

Laisse, oh! laisse à jamais la fantasmagorie Qui depuis si longtemps sème, au monde l'effroi,

Et, dans l'éternelle patrie,

Fait pleurer les anges sur loi !

Écoute la raison qui, par ma voix, te crie D'abandonner enfin les rêves de Babeuf A ces tribuns ardents, dont la haine et l'envie

Vont corrodant la vie ; A ces ambitieux qui, pour se cuire un œuf, Mettraient, poussés qu'ils sont d'un égoïsme immonde , Le feu, s'il le fallait, aux quatre coins du monde;

(1) On se rappelle le mot fameux de M. de La Meunals lors du procès qu'il eut à subir à l'occasion de son écrit intitule : « De la Religion dans ses rapdorts avec l'ordre civil et politique » : Vous saurez ce que c'est qu'un prêtre ! »

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A ces déclamateurs, dont la teinte pitié Du peuple qu'elle abuse en ses mains prend la cause, Pour s'en servir ainsi qu'on t'ait d'un marche-pié Sur lequel, quand on veut se grandir, on se pose.

Malheur à l'imprudent qui joue avec le feu

De la passion populaire !

Nous avons vu combien c'est un terrible jeu. Malheur à toi surtout, qui viens, homme de Dieu , Souffler sur ce brasier le vent de la colère ! Crois-tu que l'incendie, à ta voix allumé, Au signal de ta voix s'éteindrait comprimé? Non, non ! Quand une fois cette flamme terrible Des lieux où, sous la cendre, elle dormait paisible , Ardente s'est levée au souffle furieux Qui la pousse ; elle marche, et, le front dans les cieux, Quand elle va, semant partout sur son passage, La désolation, la mort et le ravage ; Nul obstacle assez fort qui la puisse arrêter, Rien qui puisse contre elle un seul moment lutter ; Ce qu'on fait pour calmer sa fureur, la ranime ; Elle marche, entassant victime sur victime, Jusqu'à ce qu'à la fin le vorace élément S'affaisse sur lui-même à défaut d'aliment.

Et quel spectacle alors la terre ravagée Offre-t-elle en tous lieux à la vue affligée î Partout, partout la mort, la dévastation, Partout pleurs et soupirs et désolation ;

Du travail les sources taries , Le commerce détruit, plus d'arts, plus d'industries : Partant surcroît de mal au peuple ; car toujours Il restera quelqu'un qui soit peuple. — En leur cours, Les révolutions qui passent sur le monde Peuvent bien y briser de leur main furibonde, Et balayer du pied les trônes et les rois , Mais n'en sauraient changer les éternelles lois.

Il se peut qu'au milieu des tempêtes humaines, Quant tout esquif sur l'onde est battu par le vent ; Quelques soldats heureux deviennent capitaines ; Mais l'air tombe ; en leur lit les eaux rentrent sereines ; Et le surplus, qu'est-il ? — Ce qu'il était avant :

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Dans la nef, matelot ; dans l'Etat, prolétaire, Et peuple et gouvernés et ne gouvernant pas , Car, malgré tes écarts de style populaire, Si tu ne te fais Dieu, jamais tu n'obtiendras Que la Société marche la tête en bas (1).

Eh! mon ami, calme ta bile!

Si les maîtres te sont un objet importun ;

En monarchie on n'en a qu'un,

En république on en a mille; Et puis, à te parler franchement , mon tribun :

Ce que la France a fait, l'ira-t-elle défaire

Chaque matin, pour satisfaire Le premier intrigant qui le lui vient prêcher. Cherche ailleurs qui consente à cela pour te plaire ; Nous n'irons pas troubler l'océan populaire Pour que les factieux y puissent mieux pécher. Songe aux maux où pourrait expirer la patrie, S'il lui fallait subir d'autres commotions ; Assez longtemps la haine et les dissensions

L'ont ensanglantée et meurtrie.

Songe, songe surtout aux viles passions

Dont la rage, par toi nourrie,

Peut se traduire en actions

D'une sauvage barbarie.

Songe quel repentir te viendrait prendre au cœur.

Et combien, de ton éloquence Tu devrais regretter le prestige vainqueur Et maudire en pleurant l'infernale puissance,

S'il te fallait jamais apprendre qu'un feuillet Des écrits que ta plume au peuple de juillet Prodigue, et que la haine avec ardeur savoure, Au mousquet régicide a pu servir de bourre?

Si ce penser te fait horreur Laisse en toi la raison triompher de l'erreur ;

Et quand ta brillante parole ,

Des cœurs sait si bien le chemin, D'une torche flambante au lieu d'armer sa main.

Soutiens le pauvre et le console (2).

()) C'est pourtant le projet d'un autre fanatique démagogue, nui stfge près de M. de La Mennais sur les plus hauts bancs de la Montagne, (s) Ceci est icrii en 18A0. Huit ans plus tard , un terrible ouragan révolu-

Ranime en lui, par tes discours,

Le courage et la patience ;

Montre-lui que la violence Ne peut être a ses maux qu'un stérile secours ; Dis-lui que le travail , ce père de l'aisance, L'ordre et l'économie, à présent et toujours, Peuvent seuls à son sort apporter allégeance ;

Au lieu d'exalter ses douleurs

Par le tableau de ses malheurs , Que ta voix, en son nom, prêche la bienfaisance. Et sur lui, sur les siens, fasse de l'opulence Descendre en même temps les trésors et les pleurs.

Apprends-lui que ton divin Maître, Que le Dieu tout amour, de qui tu te dis prêtre, Même au sein des tourments et de l'affliction. Prêchait la patience et la soumission.

Enfin, dis-lui qu'un jour, jour terrible et suprême,

La mort, qui pour nous tous, riche et pauvre, est la même,

Otant à qui les eut les habits précieux,

Nous mènera tout nuds ensemble dans les cieux,

tionnaire s'est levé sur nos têtes; il a menacé d'anéantir toute l'ancienne Société. M. de La Mennais ne peut nier, que, par ses prédications insensées depuis ses • Paroles d'un croyant » jusqu'à son journal le « Peuple constituant » y compris, il n'ait beaucoup contribué à faire déployer l'étendard de la plus affreuse révolte. Les journées de juin sont arrivées, mais ces fatales journées n'ont point fait que le repentir soit venu au cœur du prêtre apostat. Loin de là, il a persisté à tenir son rang parmi les démagogues les plus effrénés , ceux qui s'appellent Montagnards.

Et pourtant, avant de siéger aux plus hauts bancs de la Montagne de 18Û8, M. de La Mennais pensait et écrivait ceci des Montagnards de 1793 :

« Ils ne pardonnèrent ni à la naissance parce qu'ils étaient sortis de la

boue, ni aux richesses parce qu'ils les avaient longtemps enviées, ni aux lalents parce que la nature les leur avait refusés, ni à la science parce qu'ils étaient ignorant1;, ni à la vertu parce qu'ils étalent couverts de crimes, ni an crime lui-même lorsqu'il annonçait quelque supériorité. . Pour peindre la révolution française, cette scène épouvantable de forfaits, de dissolution et de carnage, ces proscriptions, ces fêtes impures, ces cris de blasphème, ce bruit sourd du marteau qui démolit, de la hache qui frappe les victimes, ces détonations terribles et ces rugissements de joie lugubre, annonce d'un vaste massacre ; ces cités veuves, ces rivières encombrées de cadavres, ces temples et ces villes en cendre, et le meurtre et la volupté, et les pleurs et le sang; pour peindre, dis-je, toutes ces horreurs, il faudrait emprunter à l'Enfer sa langue, comme quelques monstres lui empruntèrent ses fureurs ».

1|}0 1 \ MI.YYMs

Chercher aux bras divins de notre commun père La grande égalité qui n'est pas sur la lej

C'est ainsi que, rentré dans ton rôle pieux. Astre tombé d'un ciel où manque ta lumière, Tu reprendras ta place et la splendeur premier» De ton cours glorieux.

Grand Dieu! si tu voulais, toi, brebis égarée, Toi, brebis si longtemps regrettée et pleuré*5 Par les anges divins que conduit Gabriel Si tu voulais rentrer au bercail éternel, Oh ! qu'il éclaterait de joie à ta rentrée! Oh ! comme, ce jour-là, ce serait fête au cid '

Ta plume, aux factions livrée,

Chaque jour se voit décorée D'un laurier éclatant, mais, hélas ! criminel , La gloire de l'impie est de peu de durée.

Et c'est l'auréole sacrée Qu'il faut rendre à ton nom pour qu'il soit immortel

Cesse donc de donner le scandale à la terre D'un époux de l'Église en commerce adultéra

Avec les factions Vieus te puriiier à la sainte piscine.

El, rougissant d'avoir aux sales potion- Que Degouve et Pagnerre ont dans leur oflicine.

Pu mêler ton brillant venin.

Quand tu rencontreras r/»io/i-DE-Cormcniii. Ou tes autres anciens confrères en délire, Avec moi, — mieux que moi, — qu'on t'entende leur dire

« Du pauvre, et par malheur nous le savons assez, t Ici comme partout la destinée est dure ;

• Mais quel est votre but, lorsque vous lui tracez , « Des douleurs et des maux sur sa tête ain

« Une hyperbolique peinture?

• Pourquoi ces vains discours gros de haiueeld'injure,

• Corrosif infernal dont vous vous efforcez

« D'irriter le mal qu'il endure?

« Arrière, arrière donc, flatteurs intéressés « De ce prince aux habits percés !

• Si vous n'avez pour lui rien de meilleur, — laissez,

• Laissez -le en paix dans sa masure.

■ Car si c'est là le pain dont vous le nourrissez,

« Tout votre amour n'est rien que mensonge, impo&ture ,

LA MENNA1S 131

« 0 raédicastres insensés, « Vers son lit de douleur, quand vous vous empressez,

« Vous ne portez que la torture ; « C'est de l'huile et du miel qu'il faut à sa blessure,

« C'est du fiel que vous y versez ! »

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