‹ Notice biographique du Vicomte Emmanuel de RougeChapitre 36 sur 50 · H. Brugsch, Histoire d'Egypte, p · texte numérisé non relu

H. Brugsch, Histoire d'Egypte, p

nasties ne lui fournissent guère encore que des noms, — il était réservé à une génération postérieure d'en retrouver les monuments, — mais du moins ces noms sont rangés dans l'ordre de succession des règnes et c'est au plus si la place de deux ou trois souverains demeure indécise. Avec l'avènement de la IV« dynastie, tout change, et ce ne sont plus les seuls Pharaons, c'est leur famille, leur cour, leur administration, leur peuple entier qui sortent des tombeaux; Snefrou d'abord, puis Chéops, Chéphren, Mycérinus défilent devant nous et les rois pacifiques de la V® dynastie, et les conquérants de la VP. Où nous ne possédions la veille qu'un pêle-mêle de cartouches et quelques traditions romanesques recueillies tardivement par les écrivains classiques, nous avons maintenant une série de personnages réels et de faits bien enchaînés, quelquefois même des pages entières de mémoires contemporains, tels que la biographie d'un certain Ouni, né sous Ounas ou sous Téti au plus tard, et qui servit glorieusement Papi P' et Métésouphis. L'Académie s'étonna d'apprendre que cette Egypte qui, de loin, lui était apparue jusqu'alors calme et pacifique, était secouée par des révolutions de palais et s'adonnait déjà à la guerre; elle avait des flottes, elle levait des armées nombreuses, et, tandis qu'elle réprimait d'un côté les pillages des tribus nubiennes, de l'autre elle dirigeait des razzias contre les pays qui furent plus tard la Palestine. La discussion des textes et le récit s'arrêtaient à l'avènement de la VII® dynastie, et Rougé s'excusait, en terminant, de n'avoir pas épuisé entièrement son sujet : « Ce serait, disait-il, mal apprécier nos richesses que d'en )) faire seulement un usage sommaire. La vie civile et poli- » tique, l'art et la religion, en un mot toutes les manifes- 9 tations de la vie chez une grande nation, ont laissé sur ces » monuments des traces éclatantes; elles méritent à leur » tour d'occuper ces heures bénies que remplit et féconde » l'ardente recherche du vrai. Je diffère néanmoins cette

» publication plus attrayante; je voudrais, dans un second » mémoire, amener les séries pharaoniques jusqu'à la cou- B pure profonde que marque dans l'histoire l'invasion des » Pasteurs. Il sera temps alors de nous recueillir et de cher- » cher à axer les principaux traits de la physionomie du » peuple égyptien, avant qu'elle ait pu s'altérer, soit par le » mélange qu'amenèrent les invasions, soit par la voie plus » séduisante des guerres extérieures et des conquêtes long- » temps conservées*. »

Il ne lui fut pas donné d'aller jusque-là et la diflSculté de se procurer les fonds nécessaires à la publication des textes réduisit à néant presque tous ses projets. La lenteur des impressions académiques retarda jusqu'en 1866 l'apparition de ses Recherches; Y Album photographique de sa mission ne put paraître, en 1865, que grâce à la bonne volonté de M. de Banville, encore le prix élevé auquel il fallut le vendre l'em pécha- t-il de devenir aussi populaire qu'il aurait mérité de Têtre*. M. de Banville avait dû imprimer de son argent, et tout ce qu'il avait pu obtenir du Ministère de l'Instruction publique, c'était une souscription à un petit nombre d'exemplaires suflSsante à peine pour couvrir les plus gros frais*. Rougé, en présentant l'ouvrage à l'Académie, indiqua la situation en quelques mots, et, après avoir loué le dévouement de son jeune collaborateur, il insista sur les diflScullés techniques que celui-ci avait rencontrées pendant son voyage*. Ajoutons pour terminer que sa reconnaissance ne se borna pas tout entière aux belles paroles. De retour

1. £. de Rougé, Recherches sur les Monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties de Manèthon, p. 165.

2. Album photographique de la Mission remplie en Egypte par M. le vicomte de Rougé, de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, accompagné de A/, le eicomte de Banoille et de M. Jacques de Rougé, attachés à sa mission, Paris, 1865, in-f , 66 pi., avec un texte de Rougé.

3. Lettre du vicomte Jacques de Rougé en date du 2 septembre 1U07.

4. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, nouvelle série, 1866, t. II, p. 144-145, séance du 11 mai.

d'Egypte, le ministre avait mis une croix de chevalier de la Légion d'honneur à la disposition de la mission, et sans doute comptait-ii que le chef l'attribuerait à son fils Jacques dont l'activité n'avait pas faibli un instant pendant ces longs mois de fatigue. Rougé trompa cette attente; il proposa de la céder à M. de Banville, pour le récompenser de son talent d'abord, puis de son désintéressement, et son fils trouva la chose naturelle. Le ministre fut surpris, mais il ne put qu'acquiescer au sacrifice.

Du moment qu'on n'avait plus la ressource d'une publication d'ensemble, on devait chercher à y suppléer dans la mesure du possible par beaucoup de publications de détail. Jacques de Rougé commença, dans la Revue archéologique, la série de ses études géographiques sur les nomes de l'Egypte, où il analysait et imprimait les plus importants des textes copiés à Edfou* : dès la fin de 1865, Rougé put présenter à l'Académie une première livraison que d'autres suivirent promptement*. D autre part, la Zeitschrift fur jEgypti8che Sprache und Alterthumskunde, que Brugsch avait fondée à Berlin en 1863 et dont Lepsius venait d'assumer la direction, lui offrit un débouché nouveau pour ses travaux de pure égyptologie auxquels le public plus large de la Heoue archéologique et du Journal asiatique ne se serait pas intéressé. Il y avait débuté en 1864 par deux lettres adressées à Brugsch, et dont Tune apportait une preuve nouvelle de la lecture proposée par ce savant pour l'idéogramme du chiffre 3', tandis que l'autre lui enseignait des preuves nouvelles de la justesse de sa répartition nouvelle des trois termes qui servent en égyptien

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