‹ Notice biographique et bibliographique sur Gabriel PeignotChapitre 1 sur 13 · J. TECHENER, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

J. TECHENER, LIBRAIRE-ÉDITEUR

52, KDR DE l'aHBRB-SBC.

La vogue qui s'est attachée aux nombreux ouvrages et opuscules de Gabriel Peignot a pris un accroissement singulier, depuis quelques années, «t, disons-le tout de suite une fois pour toutes, cette vogue n*est pas toujours suffisamment justifiée par Timportance des sujets, ni par la précision des documents : « Il » est à regretter, dit Tauteur du Marnai du libraire, » le juge le plus expert en pareille matière, que » M. Peignot n'ait pas été plus sévère dans le choix » de ses matériaux. Au reste, toujours modeste dans » ses écrits, toujours rempli d'indulgence pour ceux » des autres, cet estimable homme de lettres a dû » rencontrer plus d'amis que de censeurs, et d'ail- « leurs il est juste de le reconnaître, ses ouvrages ont 1» beaucoup servi a populariser la Bibliographie. »

Gomme tous les hommes laborieux et chercheurs^ M. Peignot lisait tout ce qui lui tombait sous la main : livres de science et d'histoire, facéties, pamphlets curieux, opuscules littéraires, manuscrits, tout, jusqu'aux brochures les plus futiles, devenait pour cet esprit patient et investigateur matière à recherches et à trouvailles. Du livre en apparence le plus insignifiant il trouvait le moyen d'extraire quelques notes, qu'il mettait à part, coordonnait et complétait un jour ou l'autre, à l'aide de documents nouveaux, avec une laborieuse patience, et cela finissait un beau matin par former un ou plusieurs volumes qu'il publiait et presque toujours à un nombre d'exemplaires restreint; ces tirages à petit nombre expliquent la rareté de ses ouvrages, comme l'intérêt de curiosité qui s'attache à presque tous explique, s'il ne justifie pas absolument, le prix croissant qu'ils atteignent dans nos ventes de livres.

Nous avons pensé qu'en pareilles circonstances un* catalogue aussi précis, aussi exact que possible des nombreuxouvrages de ce bibliographe, de ce moraliste, de ce philologue, de cet historien, serait le bienvenu et pourrait peut-être rendre quelques -services à ceux qui ne craignent pas d'acheter littéralement au poids de l'or ses opuscules les moins importants ;• nous avons cru devoir adopter pour ce catalogue la forme chronologique comme étant la plus simple et la plus commode à la fois. Qu'il nous soit permis de le faire

précéder d'une très courte notice sur la vie de cet homme estimable à tous égards, que les lettres ont eu le malheur de perdre il y a quelques années.

Etienne-Gabriel Peignot, dont le père était lieutenant au bailliage d'Arc-en-Barrois, naquit en cette ville le 13 mai 4765. Après avoir fait de fortes A substantielles études littéraires, il fut destiné par son père au barreau, et dut entrer chez un procureur; mais ses goûts, exclusivement portés vers la littérature, ne lui permettaient d'étudier cette science de convention qu'on appelle le Droit, qu'avec répugnance; néanmoins, il fut reçu avocat au parlement de Besançon eu 1786, et s'établit à Vesoul pour y exercer. La révolu^ tion de 89 l'arracha brusquement à cette paisible profession. Le duc de Penthièvre, prince aussi vertueux qu'éclairé, s'était chargé du soin de sa fortune; poussé par la reconnaissance et suivant le vœu de son cœur qui l'éloignait des idées révolutionnaires, il s'empressa d'entrer dans la garde royale, commandée alors par le duc de Brissac.

Le licenciement de cette garde, prononcé l'année suivante, rendit Gabriel Peignot à la vie paisible et studieuse pour laquelle il était fait : il revint à Yesoul, dont la municipalité le chargea d'organiser la bibliothèque; rien n'était plus facile à cette époque où la suppression des couvents et la conûscation des biens des émigrés aggloméraient dans toutes les villes une énorme quantité de livres et de manuscrits; le jeune

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bibliophile n'avait qu'à étendre la main pour trouver des trésors.

En 1803, il fut nommé principal du collège de Ye^ soûl, sans perdre son titre de bibliothécaire» et depuis lors il marcha constamment et avec distinction dans^cette double carrière des lettres et de l'université.

Promu en i8i8 aux fonctions d'inspecteur de la librairie et de Timprimerie à Dijon, il fut aussitôt nommé membre de l'académie de cette ville, dans la classe des belles-lettres, en 1825, proviseur du collège royal, et Tannée suivante, conservateur honoraire de la bibliothèque.

« Exclusivement appliqué aux études philologiques et bibliographiques, dit M. Guillemot dans une intéressante notice à laquelle nous empruntons ces détails^, annotateur infatigable, talent facile^ Gabriel Peignot prit une large part au mouvement intellectuel et littéraire de Dijon. Elu vice-président de l'académie en 1818, il eut Thonneurd'ètre porté au fauteuil de la présidence en 1832; enûn, en septembre 1838, après quarante-cinq ans de fonctions universitaires, il prit sa retraite à l'âge de 73 ans, avec le titre d'inspecteur honoraire de l'académie de Dijon. »

Quelques années plus tard, le 14 avril 1849, à

* Notice sur la vie et les ouvrages de Gabriel Peignot, par M. Paul Guillemot, lue à rAcadémie de Dijon en 1852. (Dijon, impr. de E. Tricault.)

rage de près de 84 ans, cet homme de bien, à Tâme droite et simple comme celle des sages des anciens jours, s'éteignait paisiblement dans les bras de ses proches et de ses amis, envisageant la mort avec la placide sérénité d'un philosophe chrétien.

Cette mort passa inaperçue à cette époque exceptionnelle où les esprits étaient si fortement préoccupés de la chose publique; et d'ailleurs M. Peignot ne s'était-il pas constamment et obstinément tenu à l'écart du brillant et bruyant tourbillon littéraire! Les bibliophiles et les véritables amis de la saine et vraie littérature seuls ressentirent cette perte, et le souvenir de cet homme excellent est toujours présent à leur cœur.

M. P. Guillemot ne porte qu'à 52 le nombre des livres imprimés de Gab. Peignot : ce chiffre, déjà si considérable, est bien au-dessous de la réalité, ainsi qye nous allons le faire voir. Les manuscrits qu'il a laissés à sa famille* formeraient environ quarante volumes, et nous nous associons de grand cœur au vœu exprimé par l'écrivain dijonnais que nous venons de citer : il réclame pour l'honneur de la province qu'a illustrée M. Peignot et à laquelle il a consacré tant de travaux, que ces précieux écrits soient publiés, ou tout au moins déposés dans la bibliothèque de Dijon,, où ils seront tenus à la disposition des hommes studieux qui pourront y puiser d'intéressants documents.

Au point de vue bibliographique , Gab. Peignot

était un de ces érudits modestes, simples et de commerce sûr, toujours disposés à relever le mérite des autres et à sWaqer; mais sa valeur personnelle, à laquelle on rend enfin un hommage absolu, était déjà sérieusement acceptée par les hommes les plus compétents; il était, en un mot, un des derniers descendants de cette grande famille de bibliographes des XVII'' et XVIII* siècles, qui pourrait bien, selon nous, remonter jusqu'à Tillustre J.-A. de Thou et compte parmi ses membres les plus renommés des hommes tels que Gabriel Naudé, le P. Ménétrier, Gabriel Martin, Jamet, l'abbé Bignon, la Monnoye, Mercier de Saint-Léger, Née de la Rochelle, Chardon de la Rochette, de Bure, Van Praêt, Charles Nodier et Brunet, le dernier survivant.

Aux derniers les bons !

Citons en terminant cettA notice lesquelqiies lignes d'appréciation, par lesquelles M. Guillemot clôt son intéressant panégyrique :

« Ne cherchez pas en lui^ dit'il, le novateur qui agrandit le domainefd^s idées^ les théories lumineuses qui ouvrent de nouveaux horizons à la science, la critique puissante et régulatrice, Téclat du style et l'énergique originalité du trait; esprit clair et méthodique, narrateur intéressant, habile compilateur^ homme de sens et d'érudition, écrivain facile et pur, il intéresse constamment son liecteur, l'amuse en l'instruisant par des détails piquants, par des citations

heureuses ou des singularités remarquables. Ses œuvres vivront longtemps après lui» recherchées par tous ceux qui, dans des récréations instructives, prisent le bon sens, la naïveté spirituelle et Taimable simplicité. »

Voilà qui est bien dit et qui peint Thomme.

CATALOGUE GHRONOLOGIQIJE

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