Le deuxième centenaire de VCrcction du diocèse de Qu.bec
élégantes décorations qui ne lui ôtaient rien de sa majesté et lui donnaient un air de fête pour bien dire céleste. On pouvait se croire dans la ville éternelle, et témoin de quelqu'une de ces grandes solennités dont on rapporte un si touchant et si durable souvenir. Aussi, lorsqu'après les chants si imposants d'une partie de la messe, au milieu de la pompe épiscopale et sacerdotale la plus grande peut-être qui se soit vue en Amérique, l'évêque du nouveau diocèse de Sherbrooke monta dans cette chaire, où simple prêtre il avait déjà prononcé tant de sermons remarquables, il y eut dans l'auditoire une visible émotion que l'éloquent discours .... ne pouvait qu'accroître.
" Le chœur de la vénérable église sous lequel reposent les cendres de Mgr de Laval et de tant dc'autres saints évêques, suffisait à peine à contenir les prélats et leurs assistants; la plus grande partie du clergé dut se placer dans les allées de la nef et ce détail étrange et touchant n'était pas un de ceux qui contribuaient le moins à l'effet de l'ensemble.
" Le chant du Te Deum fut quelque chose de ravissant. Les voix émues de toute cette foule, les sons de l'orgue, ceux d un puissant orchestre, et à travers le tout les accents harmonieux de ces bonnes vieilles cloches qui depuis tant d'années disent tant de choses aux habitants de la vieille cité, tout cela formait un sursum corda des plus irrésistibles. Les acclamations empruntées aux conciles et par ceux-ci à l'Eglise primitive achevèrent de donner à, la cérémonie un cachet d'antiquité et de grandeur qu'il serait difficile d'exprimer par des paroles. "
Les cérémonies religieuses du matin terminées, nos seigneurs les évêques, tout le clergé, et les premiers citoyens de la ville étaient conviés à un splendide banquet.
Plusieurs discours y furent prononcés ; le plus remarquable,, suivant nous, fut celui de l'archevêque de Québec.
" Chez tous les peuples du monde, dit-il, un repas pris en commun a été le gage de la paix, le signe de l'amitié et comme le sceau de l'hospitalité. Il semble qu'il s'éta-
blit une plus parfaite union des cœurs entre ceux qui sont assis à la même table.
" Ce que la nature enseigne, la grâce le fortifie, l'élève, et lui imprime le cachet d'une beauté surnaturelle.
" Voilà pourquoi, dans cette réunion, je vois autre chose qu'un repas ordinaire, car le souvenir qui nous rassemble appartient à un autre ordre de choses où la grâce divine exerce son empire, et j'en conclus que cette grâce n'est pas tout à fait étrangère à cette hospitalité que nous voulons cultiver."
Et après avoir éloquemment expliqué le sujet de cette solennité — les merveilles opérées dans l'église de Québec depuis deux siècles — le prélat termine en remerciant les personnages éminents qui l'entourent, d'avoir rehaussé l'éclat de cette fête par leur auguste présence.
" Au nom de cette église de Québec, votre mère et la m.ienne, laissez-moi vous dire combien elle est sensible à la marque d'honneur et d'afîectjon que vous lui donnez en ce jour.
" Elle en conservera un souvenir ineffa-
cable, car une tradition toujours vivante et vivace recevra et transmettra, à son tour, les sentiments de joie et de reconnaissance dont sont inondés les cœurs de tous les enfants de cette église.
" De génération en génération, on se racontera la splendeur des illuminations, l'imposante solennité de la procession, les échos de l'artillerie, les accords mélodieux de notre musique religieuse, le choix si heureux du sujet de nos concerts et l'exécution plus heureuse encore de ce chefd'œuvre 1, et les mille détails de ces arcs de triomphe élevés à la gloire des métropoles ou de nos missionnaires."
Ce qui ne s'oubliera pas non plus, ce sont les réponses admirables que lit Mgr Taschereau, aux adresses qui lui furent présentées dans l'après-midi de ce même jour, et surtout son discours au clergé de Québec, Nous n'en donnons que quelques extraits : " Vous connaissez votre histoire, messieurs du clergé de Québec, La première pensée de Mgr de Laval, en arrivant ici, fut pour
1 Christoplie Colomh par r^licieii David.
vous. Il avait besoin de coopérateurs zélés, vigoureux, prêts à affronter tous les dangers. Jusque-là les enfants de S. François et de S. Ignace avaient suffi à peine aux besoins de la colonie ; mais il était évident que l'ancienne France ne pouvait pas toujours leur en fournir autant que l'exigerait le développement de la population catholique; il songea donc à former lui-même un clergé canadien.
" Dès ce moment fut fondé le séminaire, qui, depuis deux siècles, a fourni tant de pasteurs à des églises nées de celle de Québec, tant de fondateurs à des établissements du même genre, tant de coopérateurs fidèles aux évêques de ce siège
" Voilà votre histoire, messieurs, vous êtes les enfants de la promesse faite à notre premier évêque ; vous êtes aussi les enfants de sa douleur, de sa persévérance indomptable, de son courage à toute épreuve ; car vous savez que ces murailles vénérables qui form-ent aujourd'hui ce qu'on appelle le vieux séminaire, ont été deux fois visitées par l'incendie, pendant les dernières
années de Mgr de Laval ; mais, au milieu de ces cruelles épreuves, il a su retrouver toute l'énergie de sa jeunesse, pour reconstruire le berceau fumant de cet enfant de prédilection, qu'il appelait avec amour et orgueil : mon clergé !
" A mesure que cet arbre, fécondé par les larmes, les prières, les sueurs et les sacrifices de Mgr de Laval, a poussé de nouveaux rejetons, chaque pasteur d'un diocèse naissant a voulu imiter son exemple, et avoir le droit de dire comme lui : onon clergé ! Dieu seul connaît ce qu'il leur en a coûté, mais rien de grand ne se fait en dehors de la souffrance et de la croix, et ils recueillent ou recueilleront dans la joie ce qu'ils avaient semé dans la tristesse. Une phalange nombreuse de prêtres entoure chaque pasteur, et le seconde dans ses travaux apostoliques.
" A vous, messieurs du clergé de Québec, à vous le poste d'honneur au milieu de cette phalange ; à vous de continuer la garde autour du premier sanctuaire du catholicisme au Canada ; à vous de chanter les louanges de Dieu dans la basilique de Xotre-Dame
de Québec ; à vous de continuer les glorieuses traditions de votre passé; à vous de préparer pour les siècles futurs des fils aussi dévoués que vous-mêmes .... à vous enfin dans les bénédictions du Père céleste, la part du premier-né, pour porter dignement le drapeau confié à votre vaillance.
"C'est le vœu de tous ces vénérables prélats qui sont ici ; c'est lé mien, soyez-en sûrs; et si je pouvais découvrir dans mon cœur quelque petit recoin qui ne fut pas déjà à vous, je vous le livrerais et le donnerais en bonne forme, en présence de cette nuée de témoins vénérables, venus de si loin pour prendre part à notre joie et à notre reconnaissance. "