‹ Notice biographique [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 14 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Fêtes du deuxième centenaire de l’érection du diocèse de Québec.—Mandement de Mgr Taschereau.—La messe à la basilique.—Discours de l'archevêque de

Québec.

Le 8 septembre 1874, Mgr Taschereau || écrivit ur mandement qui fera époque dans || les annales de l’église de Québec. C'était ||] pour annoncer au clergé et au peuple fidèle, !|| que cette église allait célébrer, au ler oc- || tobre suivant, le deux-centième anziver- !| saire de son établisseinent, et pour convier à cette glorieuse fête les cinquante-neuf évêques dont les diocèses faisaient autre-

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fois partie de l’immense territoire confié à la sollicitude de l’illustre Mgr de Laval.

“ Dans quelques semaines, disait l’archevêque, il y aura deux cents ans que le Souverain Pontife Clément X, d’heureuse mémoire, à érigé le diocèse de Québec, gouverné, depuis quinze ans déjà, par l'illustre François de Montmorency-Laval, en qualité de Vicaire Apostolique. Dans un pays nouveau comme le nôtre, où tout est, pour ainsi dire, d'hier, une pareille durée est un fait remarquable et digne d'être célébré. C’est pourquoi j'ai résolu d'en faire la mémoire au premier octobre prochain, qui est le propre jour où fut signée.

la bulle d’érection du diocèse de Québec.

‘“ Deux sentiments devront, en ce jour, se partager nos cœurs : la reconnaissance et la confiance.

“ Oui, N.T. C. F,, rendons grâces, en tout temips et pour toutes choses, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, à Dieu le Père. Gratias agentes senper pro omnibus,

an nomine Domini Nostri Jesu Christi, Deo et Patei (Éph. v. 20.).

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“ Rendons grâces au Dieu de toute miséricorde, qui a voulu que ce beau et vaste continent lui fût consacré, dès sa découverte, par des croix plantées çà et là le long de nos fleuves et de nos lacs, et que ce

signe du salut fût porté jusqu'à sés extré-

mités les plus reculées.

‘“ Ah! si le premier évêque de Québec, le pieux et zélé de Laval, revenait sur la terre, quel cri d’admiration et de reconnaissance il pousserait du fond de son cœur, en voyant les progrès qu'a faits l'Évangile dans ce continent! L'église de Québec, si petite, si humble, si faible dans ses cox:mencements, chargée néanmoins de porter la parole divine et la bonne nouvelle dans un territoire plus vaste que l’Europe entière, cette église n’a point failli à sa mission, elle n’a pas succombé sous le fardeau, et aujourd'hui elle compte avec orgueil les provinces, les diocèses et les vicariats apostoliques dont elle est la mère féconde.

“Ces merveilles, ce n’est pas une main d'homme qui les a opérées,; à Dieu seul en

doit revenir la gloire ; à Dieu seul donc reconnaissance sans borne! À exemple des Machabées, chantons des hymnes, bénissons Dieu hautement parce qu'il est bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles.

“ Afin que notre reconnaissance se mauifeste avec plus d'éclat et que nos prières soient plus efficaces, nous avons invité les cinquante-neuf évêques dont les diocèses ont autrefois fait partie de celui de Québec, à venir rendre grâces avec nous, et à unir leurs prières aux nôtres, dans cette circonstance solennelle. Bon nombre d’entre eux ont déjà promis de venir ou d'envoyer quelqu'un pour les représenter, et aïnsi s’accomplira, au milieu de notre cité, la consolante promesse du même prophète (li. 3.) :

La joie et l'allégresse y paraîtront de tous côtés ; on y entendra les actions de grâces et les cantiques. Gaudium et lœtitia invenielur in ed, gratiarum aclio et vox laudis.

“ Mais voici, N. T. C. F,, une autre voix

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bien plus autorisée qui daigne s'unir à nous, dans ce concert de reconnaissance et de prières,

“ Notre Saint-Père le Pape, à qui nous avons demandé, pour cette occasion, la faveur d’une indulgence plénière et la faculté de donner la bénédiction apostolique, nous a accordé volontiers ce double bienfait, Nous savons de bonne source qu’il a manifesté sa joie et son admiration à la vue de la bénédiction répandue sur notre église de Québec, devenue la mère féconde de tant d’autres églises dans l'Amérique du Nord.

Pour mieux exprimer les sentiments de son cœur paternel, il a voulu y ajouter deux autres faveurs, qui demeureront comme un monument éternel de la belle fête que nous allons célébrer.

“ L'église de Notre-Dame de Québec, d’abord humble chapelle où se réunissaient les rares familles qui composaient alors toute la papulation française et catholique de ces vastes régions, devint successivement paroissiale, cathédrale et métropole.

Le Saint-Père a voulu lui conférer le titre plus auguste de Basilique Mineure.

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“ Basilique signifie maison royale ; et de même que les palais des princes sont distingués des autres demeures, et participent au respect qu'inspire la majesté royale, ainsi les basiliques tiennent un rang à part dans la hiérarchie des édifices consacrés à Dieu.

“ Il y a dans la ville de Rome, cinq basiliques qu'on appelle majeures, à cause de leur antiquité, de leur splendeur, et des souvenirs qu'elles sont destinées à perpétuer. En dehors de là ville sainte, aucune église du monde ne porte le même titre.

Mais il y a des basiliques mineures en nombre assez restreint, décorées de ce titre par un bienfait tout spécial du Siège Apostolique.

“ Il est donc vrai de dire, N.T. C.F., que pour témoigner tout l'intérêt qu’il porte à la belle fête que nous allons célébrer, l’immortel Pie IX a daigné placer l’église de Notre-Dame de Québec au nombre de celles qui figurent au premier rang en dehors de la ville de Rome.

“ Salut donc, Ô vénérable basilique ! con-

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sacrée à la Vierge Immaculée, reine des anges et des hommes! vraie maison royale, où tant de pontifes ont reçu l’onction pontificale, qui les a établis pasteurs, non seulement pour l’église de Québec, mais aussi pour un grand nombre de diocèses qui lui doivent le jour! Maison royale, où depuis deux siècles, tant de lévites sont venus recevoir l'imposition des mains qui leur a conféré le sacerdoce royal (I. Pierre, üï.

9.). C’est de votre sanctuaire qu'ils sont ensuite partis, pour évangéliser, les uns, les côtes brumeuses de Terre-Neuve, les autres, les rivages lointains de l'océan Pacifique ; ceux-ci ont dirigé leurs pas vers les froides régions du Nord-Ouest, ceux-là ont suivi le cours du Mississipi, et ont porté jusque sur les bords du golfe du Mexique, la bonne nouvelle envoyée de Québec ! Réjouissezvous donc, Ô vénérable basilique, car il est écrit: Des enfants vous sont nés pour succéder à vos pères ; vous les établirez princes sur la terre. Ils se souviendront de votre nom de génération en génération. Et pour cela les peuples publieront vos louanges” (Ps. xliv., 17.)

Ces fêtes du deuxième centenaire furent célébrées avec une pompe extraordinaire.

Vingt-deux évêques et plus de quatre cents prêtres avaient répondu par leur présence à l'invitation de l'archevêque de Québec.

D'autres prélats se firent représenter, ou adressèrent à Mgr Taschereau des lettres dans lesquelles ils lui assuraïient qu'ils seraient présents de cœur et d'esprit. Voici en quels termes l'honorable M. Chauveau décrit les solennités du dernier jour du

triduum 1 :

“# La longue et imposante procession qui

se rendit, le niatin, de l’archevêché à la cathédrale, en faisant le tour de l’ancienne place d'armes, comprenait des délégations des sociétés religieuses ou nationales, et de tous les corps publics de la cité, et un nombreux clergé, dans les rangs duquel figuraient vingt-trois évêques et archevêques, avec toutes les marques de leur dignité. La vieille cathédrale, érigée en basilique par le Souverain Pontife, était ornée de riches et

1. Ze deuggème centenaire de l'érection du diocèse de Qu:bec.

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élégantes décorations qui ne lui ôtaient rien de sa majesté et lui donnaient un air de fête pour bien dire céleste. On pouvait se croire dans la ville éternelle, et témoin de quelqu’une de ces grandes solennités dont on rapporte un si touchant et si durable souvenir. Aussi, lorsqu'après les chants si imposants d’une partie de la messe, au milieu de la pompe épiscopale et sacerdotale la plus grande peut-être qui se soit vue en Amérique, l’évêque du nouveau diocèse de Sherbrooke monta dans cette chaire, où simple prêtre il avait déjà prononcé tant de sermons remarquables, il y eut dans l'auditoire une visible émotion que l'éloquent discours.... ne pouvait qu'accroitre.

“Le chœur de la vénérable église sous lequel reposent les cendres de Mgr de Laval et de tant d'autres saints évêques, suffisait à peine à contenir les prélats et leurs assistants ; la plus grande partie du clergé dut se placer dans les allées de la nef et ce détail étrange et touchant n était pas un de ceux qui contribuaient le moins à l'effet de l'ensemble.

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# Le chant du Te Deum fut quelque chosé de ravissant. Les voix émues de toute cette foule, les sons de l'orgue, ceux d’un puissant orchestre, et à travers le tout les accents harmonieux de ces bonnes vieilles cloches qui depuis tant d'années disent tant de choses aux habitants de la vieille cité, tout cela formait un sursum corda des plus irrésistibles. Les acclamations empruntées aux conciles et par ceux-ci à l'Église primitive achevèrent de donner à la cérémonie un cachet d’antiquité et de grandeur qu'il serait difiicile d'exprimer par des paroles. ”

Les cérémonies religieuses du matin terminées, nos seigneurs les évêques, tout le clergé, et les premiers citoyens de la ville étaient conviés à un splendide banquet.

Plusieurs discours y furent prononcés; le plus remarquable, suivant nous, fut celui de l'archevêque de Québec.

“ Chez tous les peuples du monde, dit-il, un repas pris en commun à été le gage de la paix, le signe de l'amitié et comme le sceau de l’hospitalité. Il semble qu'il s’éta-

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blit une plus parfaite union des cœurs entre ceux qui sont assis à la même table.

“ Ce que la nature enseigne, la grâce le fortifie, l'élève, et lui imprime le cachet d’une beauté surnaturelle.

“ Voilà pourquoi, dans cette réunion, je vois autre chose qu’un repas ordinaire, car le souvenir qui nous rassemble appartient à un autre ordre de choses où la grâce divine exerce son empire, et J'en conclus que cette grâce n’est pas tout à fait étrangère à cette hospitalité que nous voulons cultiver.”

Et après avoir éloquemment expliqué le sujet de cette solennité—les merveilles opérées dans l’église de Québec depuis deux siècles — le prélat termine en remerciant les personnages éminents qui l’entourent, d'avoir rehaussé l'éclat de cette fête par leur auguste présence.

“ Au nom de cette église de Québec, votre mère et la mienne, laissez-moi vous dire combien elle est sensible à la marque d’honneur ‘et d'affection que vous lui donnez en ce jour.

«“ Elle en conservera un souvenir ineffa-

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çable, car une tradition toujours vivante et vivace recevra et transmettra, à son tour, les sentiments de joie et de reconnaissance dont sont inondés les cœurs de tous les enfants de cette église.

“ De génération en génération, on se racontera la splendeur des illuminations, l’imposante solennité de la procession, les échos de lartillerie, les accords mélodieux de notre musique religieuse, le choix si heureux du sujet de nos concerts et l’exécution plus heureuse encore de ce chefd'œuvre 1, et les mille détails de ces arcs de triomphe élevés à la gloire des métropoles ou de nos missionnaires.”

Ce qui ne s’oubliera pas non plus; ce sont les réponses admirables que fit Mgr Taschereau, aux adresses qui lui furent présentées dans l'après-midi de ce même jour, et surtout son discours au clergé de Québec.

Nous n’en donnons que quelques extraits :

“ Vous connaissez votre histoire, messieurs du clergé de Québec. La première pensée de Mgr de Laval, en arrivant ici, fut pour

1 Christophe Colomb par Félicien David.

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vous. Il avait besoin de coopérateurs zélés, vigoureux, prêts à affronter tous les dangers. Jusque-là les enfants de S. François et de S. Ignace avaient suffi à peine aux besoins de la colonie ; mais il était évident que l’ancienne France ne pouvait pas toujours leur en fournir autant que l'exigerait le développement de la popul1tion catholique ; il songea donc à former lui-même un clergé canadien.

“ Dès ce moment fut fondé le séminaire, qui, depuis deux siècles, a fourni tant de pasteurs à des églises nées de celle de Québec, tant de fondateurs à des établissements du même genre, tant de coopérateurs fidèles aux évêques de ce siège...

“ Voilà votre histoire, messieurs, vous êtes les enfants de la promesse faite à notre premier évêque ; vous êtes aussi les enivnts de sa douleur, de sa persévérance indomptable, de son courage à toute épreuve; car vous savez que ces murailles vénérabjies qui forment aujourd'hui ce qu’on appelle le vieux séminaire, ont été deux fois visitées par l'incendie, pendant les dernières

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années de Mgr de Laval; mais, au milieu de ces cruelles épreuves, il a su retrouver toute l'énergie de sa jeunesse, pour reconstruire le berceau fumant de cet enfant de prédilection, qu'il appelait avee amour et orgueil : mon clergé !

“ À mesure que cet arbre, fécondé par les larmes, les prières, les sueurs et les sacrifices de Mgr de Laval, a poussé de nouveaux rejetons, chaque pasteur d’un diocèse naïssant a voulu imiter son exemple, et avoir le droit de dire comme lui : mon clergé ! Dieu seul connaît ce qu'il leur en a coûté, mais rien de grand ne se fait en dehors de la souffrance et de la croix, et ils recueillent ou recueilleront dans la joie ce aw’ils avaient semé dans la tristesse, Une phalange nombreuse de prêtres entoure chaque pasteur, et le seconde dans ses travaux apostoliques.

“ À vous, messieurs du clergé de Québec, à vous le poste d'honneur au milieu de cette phalange ; à vous de continuer la garde autour du premier sanctuaire du catholicisme au Canada ; à vous de chanter les louanges de Dieu dans la basilique de Notre-Dame

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de Québec; à vous de continuer les glorieuses traditions de votre passé; à vous de préparer pour les siècles futurs des fils aussi dévoués que vous-mêmes.... à vous enfin dans les bénédictions du Père céleste, la part du premier-né, pour porter dignement le drapeau confié à votre vaillance.

“C’est le vœu de tous ces vénérables prélats qui sont ici ; c'est lé mien, soyez-en sûrs ; et si je pouvais découvrir dans mon cœur quelque petit recoin qui ne fut pas déjà à vous, je vous le livrerais et le donnerais en bonne forme, en présence de cette nuée de témoins vénérables, venus de si loin pour prendre part à notre Joie et à notre reconnaissance. ”

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