CHAPITRÉ IV
Fêtes du détiziètne centenaire de Térection du diocèse de Qnébec. — Mandement de Mgr TascliereaUt— -I^^ messe à la basilique. — Discours de l'archevêque de Québec.
Le 8 septembre 1874, Mgr Taschereau écrivit un mandement qui fera époque dans les annales de 1 église de Québec. C'était pour annoncer au clergé et au peuple fidèle, que cette église allait célébrer, au 1er octobre suivant, le deux-centième anniversaire de son établissement, et pour convier à cette glorieuse fête les cinquante-neuf évêques dont les diocèses faisaient autre-
fois partie de l'immense territoire confié à la sollicitude de l'illustre Mgr de Laval.
" Dans quelques semaines, disait l'archevêque, il y aura deux cents ans que le Souverain Pontife Clément X, d'heureuse mémoire, a érigé le diocèse de Québec, gouverné, depuis quinze ans déjà, par l'illustre François de Montmorency- Laval, en qualité de Vicaire Apostolique. Dans un pays nouveau comme le nôtre, où tout est, pour ainsi dire, d'hier, une pareille durée esb un fait remarquable et digne d'être célébré. C'est pourquoi j'ai résolu d'en I faire la mémoire au premier octobre prochain, qui est le propre jour où fut signée la bulle d'érection du diocèse de Québea
"Deux sentiments devront, en ce jour, se partager nos cœurs : la reconnaissance et la confiance.
" Oui, N. T. C. F., rendons grâces^ en tout temps et pour toutes choses, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, à Dieu le Père, Gratias agentes semper pro omnibus, in now^ine Domini Nostri Jesu Chriéti, Deo et Patri (Éph. v. 20.).
" Rendons grâces au Dieu de toute miséricorde, qui a voulu que ce beau et vaste continent lui fût consacré, dès sa découverte, par des croix plantées çà et là le long de nos fleuves et de nos lacs, et que ce signe du salut fût porté jusqu'à ses extrémités les plus reculées.
" Ah 1 si le premier évêque de Québec, le pieux et zélé de Laval, revenait sur la terre, quel cri d admiration et de reconnaissance il pousserait du fond de son cœur, en voyant les progrès qu'a faits TÉvangîle dans ce continent I L'église de Québec, si petite, si humble, si faible dans ses commencements, chargée néanmoins de porter la parole divine et la bonne nouvelle dans un territoire plus vaste que l'Europe entière, cette église n'a point failli à sa mission, elle n'a pas succombé sous le fardeau, et aujourd'hui elle compte avec orgueil les provinces, les diocèses et les vicariats apostoliques dont elle est la mère féconde.
" Ces merveilles, ce n'est pas une main d'homme qui les a opérées ; à Dieu seul en
doit revenir là gloire ; à Dieu seul donc re* connaissance sans borne ! A rexémple dès Mâchabéès, chantonè dès hymnes, hénissons Dieu hautement parce qu'il est bon et que èd miséricorde s'étend dan^ tous lés siècles.
" Afin que notre reconnaissance se manifeste avec plus d'éclat et que nos prîiSres soient plus efficaces, nous avons invité les cinquante-neuf évêques dont les diocèses ont autrefois fait partie de celui de Québec, à venir rendre grâces avec nous, et à unir leurs prières aux nôtres, dans cette circonstance solennelle. Bon nombre d'entre eux ont déjà promis de venir ou d'envoyer quelqu'un pour les représenter, et ainsi s'accomplira, au milieu de notre cité, la consolante promesse du même prophète (li. 3.) :
La joie et V allégresse y paraîtront de tous côtés ; on y entendra les actions de grâces et les cantiques, Gaudium et lœtitià invenistiir in eâ, gratiàriim, ùctid et vosè laudis.
* Mais voici, N. T. 6. F.; une âutif é vôîk
bien pjas autorisée qui daigne s'unir à nous, dans ce concert de reconnaissance et de prières.
" Notre Saint-Père le Pape, à qui nous avons demandé,, pour cette occasion, la faveur d'une indulgence plénière et la faculté de donner la bénédiction apostolique, nouç a accordé volontiers ce double bienfait.
Nous savons de bonne source qu'il a manifesté sa joie et son admiration à la vue de la bénédiction répandue sur notre église de Québec, devenue la mère féconde de tant d'autres églises dans rAmérique du Nord.
Pour mieux exprimer les sentiments de son ç(çiir paternel, il a voulu y ajouter deux autres faveurs, qui demeureront comme un monument étemel de la belle fête que nous allons célébrer.
"L'église de Notre-Dame de Québec, d'abord humble chapelle où se réunissaient les rares familles qui composaient alors toute la papulation française et catholique âe ces vastes régions, devint successivement paroissiale, cathédrale et métropole.
Le Saint-Père a voulu lui conférer le titre plus sugpuste oie Basilique Mineure.
" Baailiqtue signifie maison royale ; et de même que les palais des princes sont distingués des autres demeures, et participent au respect qu'inspire la majesté royale, ainsi les basiliques tiennent un rang à part dans la hiérarchie des édifices consacras à Dieu.
" Il y a dans la ville de Rome, cinq basiliques qu'on appelle majeures, à cause de leur antiquité, de leur splendeur, et des souvenirs qu'elles sont destinées à perpétuer. En dehors de la ville sainte, aucune église du monde ne porte le même titre.
Mais il y a des basiliques mineures en nombre assez restreint, décorées de ce titre par un bienfait tout spécial du Siège Apostolique.
" Il est donc vrai de dire, N. T. C. F., que pour témoigner tout l'intérêt qu'il porte à la belle fête que nous allons célébrer, l'immortel Pie IX a daigné placer l'église de Notre-Dame de Québec au nombre de celles qui figurent au premier rang en dehors de la ville de Rome.
" Salut donc, ô vénérable basilique 1 con-
sacrée à la Vierge Immaculée, reine des anges et des hommes ! vraie maison royale, où tant de pontifes ont reçu Tonction pontificale, qui les a établis pasteurs, non seulement pour l'église de Québec, mais aussi pour un grand nombre de diocèses qui lui doivent le jour ! Maison royale, où depuis deux siècles, tant de lévites sont venus recevoir rimposition des mains qui leur a conféré le sacerdoce royal (I. Pierre, ii.
9.). C'est de votre sanctuaire qu'ils sont ensuite partis, pour évangéliser, les uns, les côtes brumeuses de Terre-Neuve, les autres, les rivages lointains de l'océan Pacifique ; ceux-ci ont dirigé leurs pas vers les froides régions du Nord-Ouest, ceux-là ont suivi le cours du Missîssipi, et ont porté jusque sur les bords du golfe du Mexique, la bonne nouvelle envoyée de Québec ! Réjouissezvous donc, ô vénérable basilique, car il est écrit : Des enfants vous sont nés pour succéder à vos pères ; vous les établirez princes sur la terre. Ils se souviendront de votre nom de génération ery, génération, M pour cela les peuples publieront vos louanges" (Ps. xliv., 17.),
Ces fêtes du deuxième centenaire furent célébrées avec une pompe extraordinaire.
Vingt-deux évêques et plus de quatre cents prêtres avaient répondu par leur présence à rinvîtatîon de l'archevêque de Québec.
ÏD'autres prélats se firent représenter, ou adressèrent à Mgr Taschereau des lettres dans lesquelles ils lui assuraient qu'ils seraient présents de cœur et d'esprit. Voici en quels termes l'honorable M. Chauveau décrit les solennités du dernier jour dû iriduum * :
î' lia longue et imposante procession qui se rendit, le matin, de l'archevêché à la cathédrale, en faisant le tour de l'ancienne place d'armes, comprenait des délégations des sociétés religieuses ou nationales, et de tous les corps publics de la cité, et un nombreux clergé, dans les rangs duquel figuraient vingt-trois évêques et archevêques, avec toutes les marques de leur dignité. La vieille cathédrale, érigée en basilique par le Souverain Pontife, était ornée de riches et
1. Lé devaième tent9h,airé de Vérectiùn du diocèse de Qiithee.
élégantes décorations qui ne lui ôtaîent rien de sa majesté et lui donnaient un air de fête pour bien dire céleste. On pouvait se croire dans la ville éternelle, et témoin de quelqu'une de ces grandes solennités dont on rapporte un si touchant et si durable souvenir. Aussi, lorsqu'après les chants si imposants d'une partie de là messe, au milieu de la pompe épiscopale et sacerdotale la plus grande peut-être qui se soit vue en Amérique, l'évêque du nouveau diocèse de Sherbrooke monta dans cette chaire, où simple prêtre il avait déjà prononcé tant de sermons remarquables, il y .
eut dans l'auditoire une visible émotion que l'éloquent discours ne pouvait qu'accroître.
" Le chœur de la vénérable église sôus lequel reposent les cendres de Mgr de Laval et de tant d'autres saints évêques, suffisait à peine à contenir les prélats et leurs assistants; la plus grande partie du clergé dut se placer dans les allées de là nef et ce détail étrange et touchant n'était pas un de ceux qui contribuaient le moins à l'éifet d»
l'ensemble.
" Le chant du Te Deiiin fut quelque chose de ravissant. Les voix émues de toute cette foule, les sons de l'orgue, ceux d un puissant orchestre, et à travers le tout les accents harmonieux de ces bonnes vieilles cloches qui depuis tant d'années disent tant de choses aux habitants de la vieille cité, tout cela formait un sursuni corda des plus irrésistibles. Les acclamations empruntées aux conciles et par ceux-ci à l'Église primitive achevèrent de donner à la cérémonie un cachet d'antiquité et de grandeur qu'il serait difficile d'exprimer par des paroles. "
Les cérémonies religieuses du matin terminées, nos seigneurs les évêques, tout le clergé, et les premiers citoyens de la ville étaient conviés à un splendide banquet.
Plusieurs discours y furent prononcés ; le plus remarquable, suivant nous, fut celui de l'archevêque de Québec.
" Chez tous les peuples du monde, dit-il, un repas pris en commun a été le gage de la paix, le signe de l'amitié et comme le sceau de l'hospitalité. D semble qu'il s'éta-
bKt une plus parfaite union des cœurs entre ceux qui sont assis à la même table.
" Ce que la nature ensei^e, la grâce le fortifie, rélève, et lui imprime le cachet d'une beauté surnaturelle.
" Voilà pourquoi, dans cette réunion, je vois autre chose qu'un repas ordinaire, car le souvenir qui nous rassemble appartient à un autre ordre de choses où la grâce divine exerce son empire, et j'en conclus que cette grâce n'est pas tout à fait étrangère à cette hospitalité que nous voulons cultiver."
Et après avoir éloquemment expliqué le sujet de cette solennité — les merveilles opérées dans l'église de Québec depuisdeux siècles — le prélat termine en remerciant les personnages éminents qui l'entourent, d avoir rehaussé l'éclat de cette fête par leur auguste présence.
" Au nom de cette église de Québec, votre mère et la mienne, laissez-moi vous dire combien elle est sensible à la marque d'honneur et d'affection que vous lui donnez en ce jour.
" Elle en conservera un souvenir ineffa-
cable, car une tradition toujours vivante et vivace recevra et transmettra, à son tour, les sentiments de joie et de reconnaissance dont sont inondés les cœurs de tous léé^ enfants de cette église»
" De génération en génération, oh se racontera la splendeur des illuminations, Tiûlposante solennité de la procession, les éehoé de Tartillerie, les accords mélodieux de notre musique religieuse, le choix si heureux du sujet de nos concerts et l'exécution plus heureuse encore de ce chefd'œuvre ^, et les mille détails de ces arcs de triomphe élevés à la gloire des métropoles ou de nos missionnaires."
Ce qui ne s'oubliera pas non plus, ce sont l«s réponses admirables que fit Mgr Taàchereau, aux adresses qui lui furent ptésentées dans l'après-midi de ce même jourj et surtout son discours au clergé de Québec.
Nous n'en donnons que quelques extraits :
" Vous connaissez votre histoire, messîeu):^ du clergé de Québec. La première pensée de Mgr de Laval, en arrivant ici, fut pour
vous. Il avait besoin de coopérateurs zélés, vigoureux, prêts à affronter tous lès Sàngers. Jusque-là les enfants de S. François et de S. Ignace avaient suffi à peine aux besoins de la colonie ; mais il était évident que Tancienne France ne pouvait pas toujours leur en fournir autant que l!«xigerait le développement de la population catholique; il songea donc à former lui-jnême un clergé canadien.
"Dès ce moment fut fondé le séminaire, qui, depuis deux siècles, a fourni tant de pasteurs à des églises nées de celle de Québec, tant de fondateurs à des établissements du même genre, tant de coopérateurs fidèles aux évêques de ce siège
"Voilà votre histoire, messieurs, vous êtes les enfants de la promesse faite à notre preiriier évêque ; vous êtes aussi les enfants de sa douleur, de sa persévérance indomptable, de son courage à toute épreuve ; car vèus savez que ces murailles vénérables qui forment aujourd'hui ce qu'on appelle te vieux séminaire, ont été deux fois visitées par l'incendie, pendant les dernières
années de Mgr de Laval ; mais, au milieu de ces cruelles épreuves, il a su retrouver toute Ténergie de sa jeunesse, pour reconstruire le berceau fumant de cet enfant de prédilection, qu'il appelait avec amour et orgueil : mon clergé !
" A mesure que cet arbre, fécondé par les larmes, les prières, les sueurs et les sacrifices de Mgr de Laval, a poussé de nouveaux rejetons, chaque pasteur d'un diocèse naissant a voulu imiter son exemple, et avoir le droit de dire comme lui : mon clergé ! Dieu seul connaît ce qu'il leur en a coûté, mais rien de grand ne se fait en dehors de la souffrance et de la croix, et ils recueillent ou recueilleront dans la joie ce qu'ils avaient semé dans la tristesse. Une phalange nombreuse de prêtres entoure chaque pasteur, et le seconde dans ses travaux apostoliques.
" A vous, messieurs du clergé de Québec, à vous le poste d'honneur au milieu de cette phalange ; à vous de continuer la garde autour du premier sanctuaire du catholicisme au Canada ; à vous de chanter les louanges de Dieu dans la basilique de Notre-Dame
de Québec ; à vous de continuer les glorieuses traditions de votre passé; à vous de préparer pour les siècles futurs des fila aussi dévoués que vous-mêmes .... à vous enfin dans les bénédictions du Père céleste, la part du premier-né, pour porter dignement le drapeau confié à votre vaillance.
"C'est le vœu de tous ces vénérables prélats qui sont ici ; c'est lé mien, soyez-en sûrs ; et si je pouvais découvrir dans mon cœur quelque petit recoin qui ne fut pas déjà à vous, je vous le livrerais et le donnerais en bonne forme, en présence de cette nuée de témoins vénérables, venus de si' loin pour prendre part à notre joie et à notre reconnaissance. "
CHA?ITEEy
Tncnsiàtiôii dès restes de Mgr de Laval. — Mande ment de Mgr Taschereau. — Procès préliminarre 4e canonisation.— Mgr de Laval déclaré véné* ralïlç* —
La fête da deuxième centenaire était, pour ainsi dire, la fête du fondateur de réglîse de Québec. Aussi le nom de Laval fut-il répété, loué, et exalté par tous ceux qui prirent part à ces solennelles réjouissances. Le souvenir de ses vertus, de ses mérites, de ses œuvres grandes et durables, fût rappelé à tous, et l'on se demanda si Ton avait assez fait pour la mémoire de
celui qui fut le père delà Nouvelle-France.
L'occasion se présenta bientôt de répondre à cet examen de conscience : ce fut lorsqu'on découvrit, le 20 septembre 1877, le cercueil renfermant les ossements de ce grand serviteur de Dieu.
Cet heureux événement produisit de suite les plus vifs sentiments de joie religieuse, et tout d'abord au séminaire de Québec, qui sollicita et obtint l'honneur insigne de recevoir dans sa chapelle les restes vénérés de son illustre fondateur. Mais écoutons le digne successeur de Laval nous dire luimême le bonheur qu'il éprouve, et l'espérance qui remplit son âme, à la pensée qu'un jour l'Église s'occupera de la canonisation du premier évêque de Québec.
"Nous n'oublierons jamais. Nos Très Chers Frères, l'émotion qui s'empara de notre âme, lorsqu'au mois de septembre dernier, nous nous sommes trouvé en présence des restes mortels de Monseigneur de Laval, le glorieux fondateur de notre église. Ah ! c'est qu'il nous était donné de contempler ce chef vénérable, où étaient venues
s'abriter tant de nobles et de grandes pensées ! Dieu Tavait si bien rempli de aagease et d* intelligence ! Implevi eum sapientia et intelligentia (Exod , xxxi. 3.) ! Là, près de ces ossements, nous pensions entendre palpiter ce cœur où les sentiments les plus généreux comme les plus forts s'étaient donné un si fidèle rendez- vous 1 Et ce cœur semblait se ranimer et nous redire à tous les paroles du psalmiste : Reprenez UTie nouvelle énergie pour la sainte cau&e du bien ; agissez avec courage : viriliter âge et covfortetur cor tuutn (Ps. xxvi. 14.). Oh !
qu'ils nous paraissaient beaux encore les pieds de l'Apôtre du Canada, de celui qui était venu annoncer la paix sur les rives de notre patrie, porter la bonne nouvelle, prêcher le salut et dire à une autre Sion encore barbare : Votre Dieu va régner !
Quampulcliri pedes annuntiantis bonum, dicentis Sio7i : Regnabit Deus tuus (Isaie, liii : 7.). Et le prophète élevait de nouveau la voix pour consoler ces ossements arides, en leur prédisant un avenir plein de gloire : vos os niémes reprendront une seconde vie et refleuriront comme la plante des jar-
dins: casa t;««^ra gueui herba germiauirluht (tsaîe, Ixvî. 14).
•' Heureuse Téglise du Canada, mille fois heureuse d'avoir eu pour fondateur un éyéque tel que le désiraient les fondateurs dç l'Église universelle! N'est-ce pas, en çjâfet, sçn portrait quençus retrace saint Paul, dans ses épîtres à Titç et à Timothée ?"
Et Mgr Tasohereau, expliquant le texte du grand apôtre, démontre que Mgr de j^val a été irrépréhensible, prudent, hospitalier, plein de douceur et de mansuétude, détaché des biens de la terre ; irreprehensibilerriy prudentem, hospitalemy non percussorem, non turpis lucri cupidum. Puis continuant : " Que l'apôtre ajoute après cela:
" L'évêque doit être saint, sanctuvi (Tite, i. 8.), et nous ne serons pas effrayés do l'obligation imposée à Mgr de Laval. Sans doute, à l'Église seule il appartient de déposer l'auréole sur le front des héros chrétiens qu'elle veut nous voir honorer d'un culte public, et nous ne prétendons pas ici devancer son jugement. Mais, N. T. C. F.,
sî, pour avoir la qualité exigée par saint Paul, il suffit d avoir pratiqué une humilité; une mortification, une charité qui, aux yeux des contemporains, ne le cédaient en rien à l'héroïsme des premiers siècles; s'il suffit d'un zèle à toute épreuve ; s'il suffit d'avoir fondé et gouverné une vaste Église avec tant de grâce et de lumière que son successeur immédiat ait pu dire : " Ma plus " grande peine est de trouver une Église où " il ne nous paraît plus rien y avoir à f3,ire " pour exercer mon zèle ; " s'il suffit d'avoir été fils dévoué du Saint-Siège, prêt à accueillir tous ses enseignements, malgré les exemples qui lui venaient de la France ; si, en un mot, pour être saint, il suffit d'avoir voué à tous ses devoirs une inviolable fidélité : nous en avons la ferme conviction, Mgr de Laval ne s'est pias. éloigné de l'idéal tracé par saint Paul, et il en demeurera ^ jamais une des plus parfaites réalisations."
L'archevêque termine ce magnifique panégyrique de Mgr de Laval, en convoquant les fidèles à la translation solennelle de ses restes, le 23 mai 1878, et il les invite à
adresser au ciel leurs ferventes prières, pour que l'Église daigne un jour glorifier ce grand serviteur de Dieu.
Les circonstances étaient favorables ; rien ne devait manquera Téclat de cette fête de la reconnaissance et de la piété filiale.
L'Église et l'État y figurèrent dans la personne de leurs plus dignes représentants :
les archevêques et évêques au nombre de neuf, plus de quatre cents prêtres, le lieutenant-gouverneurdelaprovincedeQuébec, plusieurs ministres locaux et fédéraux, l'Université Laval, les diflRérents corps religieux et civils, enfin une foule immense accourue pour rendre hommage au fondateur de l'église du Canada. Un étranger était là aussi, témoin illustre, représentant le Père de toutes les églises du monde; cet étranger, c'était le regretté Mgr Conroy, délégué apostolique au Canada.
Comme au jour de ses premières funérailles, Mgr de Laval traversa les rues de son cher Québec, s'arrêtant comme autrefois dans chacune des églises de la Haute- Ville et des
chapelles des communautés religieuses. Ca fut renvoyé du Pape qui reçut, à la porte de la basilique, le brillant cortège, et Mgr Taschere&u chanta le service. La voix éloquente de Mgr Antoine Racine se fit de nouveau entendre, pour rappeler à Timmense auditoire les vertus de celui dont le tombeau était déjà si glorieux, et démontrer la fécondité de son apostolat et la durée de ses œuvres,
A peine les cérémonies de ce grand jour étaient-elles terminées et les restes de Mgr de Laval étaient-ils déposés dans la chapelle de son séminaire, que l'on songea de suite à lui préparer un triomphe plus éclatant : celui qu'accorde l'Église aux saints canonisés. Mgr Taschereau avait déjà fait connaître ses intentions par son mandement, et, de concert avec ses collègues, il signa une supplique pour que le Saint-Siège autorisât au plus tôt le procès préliminaire de canonisation. Ses vœux furent exaucés, son travail couronné de succès ; le procès fut fait, approuvé à Rome ; et déjà le premier évêque de Québec a été proclamé
Vénérable 1 ce sera là sans doute Tune des plus grandes joies qu'aura goûtées Son Éminenee le cardinal pendant toute sa carrière épiscopale, disons pendant toute sa vie.
CHAPITEE VI
Mgr Conroy.-^Mgr Smeulders.T-Le premier oardimil canadien. — Les fêtes cardinalices. — Discount de S. E. le cardinal Taschereau. — Voyage à Rome pour recevoir le c'iapeau.
Deux délégués ont été envoyés de Rome au Canada, depuis que Mgr Taschereau occupe le siège épiscopal de Québec. Le premier, on la vu, fut Mgr Conroy, évêque d'Ardagh. Il débarqua à Québec, en mai 1877, et fut reçu avec toute la pompe et la solennité dues à son rang. Après avoir été, pendant quelque temps, Thôte de l'archevêque de Québec, il habita uue .iBf^^i^pn
située sur le chemin Saint-Louis ; mais il fut obligé, à cause de la multiplicité des aflkires qui lui arrivaient, à tout instant, des États-Unis et du Canada, de s'absenter souvent, et surtout de travailler plus que ne le permettait l'état de sa santé. Quelque soit le jugement que Ton porte sur les résultats d'une mission qu'au reste il n'eut pas le temps de terminer, Mgr Conroy a laissé le souvenir impérissable de sa science ecclésiastique, de son tact, et de son éloquence. Il ne cachait pas la haute estime qu'il avait conçue des lumières et des connaissances approfondies de l'Archevêque de Québec, de ses vertus solides et de sa droiture d'intention. Il lui donnait, nous en avons été le témoin, de nombreuses marques du profond respect qu'il avait pour lui. Il l'aimait véritablement et le regardait avec raison comme son ami. Fatigué par de nombreux voyages et plus encore par les soucis inhérents à sa délicate mission, le prélat fut bientôt à bout de forces, et, le 28 juin 1878, se trouvant alors à Halifax, il écrivait à l'archevêque de Québec:
" Je suis accablé par le pesant f ardeaii dont on a chargé mes faibles épaules. Je souffre de mon isolement, et souvent je désirerais être près de vous pour confier à votre bienveillance le trop plein de mon cœur. J ai besoin de vos prières et de vos sympathies, afin que je puisse souffrir mes petites épreuves pour le service de TÉgli
ise.
La tâche était trop lourde pour Mgr Conroy, et bientôt après avoir écrit cette lettre, il mourut à Saint-Jean de Terreneuve. En apprenant cette mort aussi soudaine que lamentable, Tévêque de Portland écrivit de suite à Mgr Taschereau, pour lui offrir ses condoléances. " Il (Mgr Conroy) m'a honoré, dit-il, de son amitié et en quelque chose de sa confiance. Et c'est par cette connaissance intime, Monseigneur, que j ai su en quelle estime et affec-
1 "I am vcry weaiy of the heavy load laiden on my weak shouklers. I feel my solitariness ver>' rnuch, and I ofteu wisli I were near you to open my lieart to your kindness. I hâve need of your prayers and ot" your aympathy, that J rnay snffer my little trials for the sake of the Churoh. "
tîtm il TOUS regardait, et quelle considération il attachait aux vues et aux désirs de Votre Grandeur. Vous avez perdu un ami dévoué, Monseigneur, et l'église du Canada a perdu un grand appui. "
Mgr Smeulders fut le second représentant du Saint-Siège en Canada. C'était un moine cistercien demeurant à Rome.
Comme il ne parlait le français qu'avec 4i£culté et ne savait pas l'anglais, il ne put jouer le rôle brillant de son illustre prédécesseur. Arrivé le 21 octobre 1883, il quitta définitivement le pays le 29 décembre de l'année suivante, après avoir séjourné tantôt à Québec, où il était l'hôte des RE. PP. Rédemptoristes, tantôt à Montréal, où il logeait chez les RR. PP. Oblats.
Ce fut cette même année 1884, que Mgr Taschereau fit, comme évêque, un second voyage à Rome où il demeura pondant sept mois. Son premier pèlerinage au tombeau des apôtres avait eu lieu en 1872, Tannée qui suivit celle de sa consécration épiscopale.
Comme tous ceux qui ont vu et connu l'archevlque Taschereau, Mgr Smeulders
ne manqua pas d'être frappé par cette noble figure, et, convaincu de ses hautes capacités et de son mérite, il alla jusqu'à recommander à la Propagande de Télever à la dignité de cardinal.
Les vœux du commissaire apostolique furent exaucés deux ans plus tard, et, le 7 juin 1886, Sa Sainteté fit entrer Mgr Taschereau dans les rangs du Sacré Collège.
*' Avoùons-le, dît la notice publiée dans Le 'premier cardinal canadien, si le Canada pouvait avoir quelque prétention à l'insigne honneur que vient de lui faire le Souverain Pontife, les circonstances étaient singulièrement favorables, puisque le siège métropolitain de Québec était occupé par un homme dont la vaste intelligence, la science profonde et la vertu solide offraient au choix du Saint-Père, un sujet tout à fait digne de revêtir la pourpre cardinalice, cette haute dignité n'étant que la récompense d'une vie pleine de mérite. "
Nous n'avons pas besoin de dire combien fut grande l'allégresse produite dans tout ïe:pays parla nouvelle de<}dttd x&amin&tion.
Protestants comme Catholiques n'eurent qu'une voix pour applaudir au décret pontifical et pour faire l'éloge de Son Émînence le cardinal Taschereau.
Le Moming Chronicle de Québec écrivait, dès le 11 mars :
" Nous croyons tenir de bonne source que Sa Grâce TArchevêque Taschereau, de ce diocèse, va être élevé au rang de Cardinal — Prince de l'Église — par Sa Sainteté le Pape. Cette, nomination ne peut manquer de plaire à tout le pays, et elle est bien méritée. Protestants et catholiques sont unanimes dans leurs sentiments de sympathie envers le noble Archevêque, dont les talents, la science et l'habileté administrative sont connus et appréciés dans le Dominion.
Cette promotion est en même temps un insigne hommage au Canada, et nous prions Son Éminence de vouloir bien agréer nos félicitations. Espérons qu'il vivra longtemps pour jouir de l'honneur et de la dignité de sa haute position." , "C'est, disait de son côté le Budget, une heureuse rencontre que le premier
ecclésiastique canadien, choisi pour une si éminente position, soit un homme d'un aussi irréprochable passé et d'une aussi grande largeur de vue que Sa Grâce de Québec . . . Qu'il nous suffise d'ajouter que, s'il a souffert, sa récompense est comparativement d'autant plus grande. Aussi le pays tout entier, sans dictînction de races ou de croyances, s'en réjouit-il de tout cœur.
Administrateur sage et prudent de son diocèse, homme d'un caractère inattaquable, doux quoique ferme, d'un aspect sévère, et cependant aussi sensible qu'un enfant, l'absence chez lui de tout fanatisme en même temps que ses idées larges en face du progrès du siècle, l'ont rendu cher à toutes les classes et ont fait respecter son nom d'un bout à l'autre de la confédération. "
On comprend la jubilation des catholiques, lorsque les protestants eux-mêmes se réjouissaient de la sorte et faisaient de Son Éminence un portrait si élogieux et en même temps si fidèle. Aussi les fêtes cardinalices furent-elles les plus belles et les plus enthousiastes qu'aient jamais célébrées
la ville de Champlain et le Canada toat entier, plus belles que la fête du deuxième centenaire, plus belles que la fête de la translation des restes de Mgr de Laval, plus belles que la fêté de la Saint-Jean- Baptîste en 1880, alors que toutes les sociétés canadiennes du pay« et de l'étranger étaient convoquées à un congrès solennel dans la vieille cité de Québec.
H a fallu un long volume pour en donner un compte-rendu ; ce volume est intitulé : Le premier cardinal canadien, et il est le digne couronnement de toutes les démonstrations et cérémonies qui eurent lieu pendant ces jours d'universelles réjouissances. Il a porté au loin Técho de notre joie, il a dit éloquemment à Léon XIII notre éternelle reconnaissance. C'est dans ce livre, qu'il faut lire les magnifiques et importantes adresses présentées à Son Éminence par les deux Chambres de la Législature provinciale, par le clergé, la Société de St-Jean-Baptiste, les zouaves Pontifi.caux, etc., et les éloquentes réponses du premier cardinal canadien.
Le comte. Charles Gazzoli, garde noble, et délégué officiel du Saint-Siège^, vint remettre la calotte à Son Érainence. Mgr Henry O'Brien, camérier secret du Page, fut,, après lui, porteur de la barrette rouge ;, et Mgr Lynch, qui avait donné Tonctiou épiscopale à Mgr Taschereau, lui remit aussi, le 21 juillet, Tinsigne de la dignité cardinalice. Un grand banquet suivit Tauguste cérémonie qui venait d'avoir ïîeu dans la basilique de Québec et plusieurs discours y furent prononcés. Celui du cardinal fut, sans contredit, lo plus remarquable ; nous le citons presque entier ; ô'îl terminait admirablement ce banquet, il terminera encore mieux ce modeste chapitre :
" Au delà de deux siècles se sont écoulés^ depuis que le premier évêque du Canada^ rillustre et saint Monseigneur de Montmorency-Laval, remontait le Saint-Laurent. Pendant un mois entier que dura ce voyage, il eut le loisir de contempler les deux rives de ce fleuve majestueux dont la dtrblime grandeur lui faisait deviner rinx-
mensité du pays qu'il devait évangéliser. Son œil d'apôtre se fixait ardemment et avec anxiété sur ces vastes forêts, abritant d'innombrables peuplades assises à l'oiribre de la mort, et plongées dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie.
" Plus d'une fois, peut-être, un nuage de découragement et de frayeur fit passer une ombre sur cette grande âme que le zèle, la foi et la charité la plus ardente ne pouvaient soustraire à Tinfirmité humaine.
" Permettez-moi de vous dire une histoire, dont je ne garantis point l'authenticité, mais pour laquelle je réclame cependant une foi absolue.
" Un jour donc que Mgr de Laval avait longtemps prié, pour attirer les bénédictions célestes sur lui-même, sur ses missionnaires et sur cette innombrable multitude d'âmes au salut desquelles il s'était généreusement dévoué, un sommeil profond vint le surprendre.
" Tout à coup lui apparaît un homme portant un vêtement fait de poil de chalu^u et une ceinture de cuir, tel que
rÉvangile nous dépeint le précurseur du Messie. (Matth., iii, 4.)
" Ne crains point, dit-il à Tapôtre du Canada ; je suis Jean-Baptiste, le patron des Canadiens ; je suis envoyé vers toi pour te montrer ce que deviendra ce pays.
" Ouvre les yeux et porte tes regards sur les rives de ce grand fleuve. Vois-tu ces champs fertiles qui ont remplacé les forêts dont le sombre aspect t'effrayait tout, à l'heure ?
" Les maisons échelonnées sur les rives, abritent des familles nombreuses et contentes de leur sort."
" Regarde ces villages rapprochés les uns des autres, entourant le temple où le Sauveur du monde reçoit les hommages des fidèles et verse sur eux les trésors de sa miséricorde et de son amour. Entre dans cette église de campagne, et admire le sentiment profond de piété de ces hommes dont la générosité n'a pas de borne, quand il s'agit de contribuer à la magnificence de la maison de Dieu.
" Dans quelques instants apparaîtra cetto
ville fïâifisânte où le vicaire de Jésiis-Chrisi a placé le siège épiscopal que tu dois occuper. C'est là que, pendant un demi-siècle d'épîseopat, tu travailleras à la vigne du Seigneur.
" Compte, si tu peux, les provinces et lesdiocèses qui sur ce vaste continent regarderont l'église de Québec comme leur mère.
^ Regarde ces rochers couronnés par une citadelle imprenable ; vois ce que sera dans deux siècles cette cité où doivent reposer tes cendres; ces nombreux asiles de la piété et de la science. Vois-tu ces immenses constructions ? ce sont ton Séminaire et l'Université qui se glorifiera de porter ton nom. Écoute les accents de la joie universelle qui, dans deux siècles, retentiront dans tout le Canada, parce que ton quinzième successeur aura été revêtu de la.
pourpre. Prends paiii avec moi à cette réjouissance. Vois-tu assis autour de lui dans un banquet, les représentants de Tautorité civile, de nombreux prélats, une armée de ministres du Seigneur, des convives de toutes nationalités et de toutes croyances, levant les yeux et les mains au ciel pour le
remercier d'un honneur qui rajaillit sur tout le Canada ?
" Le Canada si petit aujourd'hui et qui compte à peine quelques centaines de Français, le Canada s'étendra alors d'un océan à l'autre, et ces océans seront reliés par un chemin de fer sur lequel rouleront des palais emportés paT le feu et l'eau. Sans être une nation indépendante, il en aura tous les privilèges, et l'immortel Pontife qui occupera alors le siège de Pierre, fera tomber sur cette nation un rayon de lumière céleste, et la reconnaîtra comme telle, en appelant un de ses enfants à partager avec lui la sollicitude de toutes les églises. A cette occasion, il déclarera solennellement qu'il a voulu récompenser la foi de cette jeune nation destinée à de grandes chps!e9 et son attachement au Saint-Siège. Tels seront alors les fruits de cette vigne que tu vas planter et cultiver. Tes sueurs » auront donc pus été stériles.
" A la vérité, tes successeurs, comme toimême, auront des fatigues à endurer, des combats à livrer, des jours d'angoisse, des
tentations de découragement: il y aura des guerres, des luttes intestines, toutes les misères de cette vallée de larmes . . . Maïs Tor s'éprouve et se purifie par le feu, et les pensées de Dieu qui permet ces épreuves, sont trop profondes pour être toujours comprises par Tintelligence humaine.
" Un siècle après ton arrivée, il y aura une guerre terrible entre les deux plus grandes puissances du temps. Voisines sur ce continent nouveau comme sur lancien, elles y transporteront leurs querelles Européennes, et le Canada, après une résistance héroïque, passera sous la domination de l'Angleterre. Il y aura grande désolation dans toute la famille canadienne-française.
Pour tout cœur bien né, c est une agonie que d'être séparé d'une mère chérie. Console-toi, pauvre famille orpheline, la Providence veille sur toi, et ce sera précisément cette douloureuse séparation qui fera ton salut et ton bonheur. La France sera bouleversée de fond en comble, elle sera comme une ville bâtie sur un volcan toujours prêt k l'anéantir. Pendant ce temps, la famille
canadienne aura sans doute ses jours d'épreuves et de luttes, mais à la tempête succédera le calme, elle grandira avec une rapidité étonnante ; elle envahira pacifiquement ses immenses forêts, puis se répandra peu à peu d'un océan à lautre, et jusque dans une grande république voisine ; et tout cela, parce que, sous l'égide de la puissante Angleterre, elle jouira de toute la liberté religieuse et politique qu'il est possible de désirer. Elle vivra en profonde paix avec les autres familles de diverses origines et de différentes croyances, et participera aux avantages que l'union et la concorde produisent infailliblement. Ce sera juste le moment que l'habile Pontife qui gouverne l'Église, choisira, pour lui donner une marque solennelle de son affection, et acquitter une dette de reconnaissance pour les courageux défenseurs que cette nation lui aura envoyés dans les jours de péril.
" En ce temps-là, l'Empire Britannique, sur lequel le soleil ne se couchera point, sera gouverné par une Souveraine dont les vertus feront l'admiration et l'édification
de ses innombrables sujets, en même temps que sa justice et sa bonté la leur rendront chère comme une mère à ses enfants.
" Que Dieu la conserve longtemps à leur affection !
" A peine saint Jean-Baptiste, le plus canadien des canadiens, avait-il prononcé ces paroles de loyauté vraiment canadiennes, qu'un coup de canon annonce Tentrée au port. Mgr de Laval se réveille tout consolé et émerveillé de cette vision, et se prépare à prendre possession de cette terro qui est devenue sa patrie.
J'ai fini mon histoire.
" A vous de la juger.
" A moi de vous remercier de la bienveillance avec laquelle vous lavez écoutée "
Les fêtes étaient à peîne terminées à Québec, qu'elles se continuaient à Montréal, puis à Ottawa, où le cardinal se rendit pour remettre le Palliitm aux seigneurs Fabre et Duhamel, dont les sièges venaient d'être érigés en archevêchés. Ces magnifiques fiér^moiaied ont été les premiers actes splen-
nels de Son Éminence, qui reçut dans les deux villes les témoignages les plus éclatants du respect et de la vénération du clergé et du peuple.
Il ne restait plus au cardinal Taschereau qu'à recevoir le dernier insigne du cardinalat. Il partit pour Rome, le 26 janvier , 1887, et, le 17 mars suivant. Sa Sainteté , Léon XIII lui remit le chapeau, et lui assigna pour titulaire l'église de Notre-Dame de la Victoire. Son Éminence en prit possession deux jours après, et se hâta de revenir dans sa ville épiscopale. Ce voyage à Rome, était le troisième que le cardinal eût fait depuis sa consécration.