X NOTICE
de Joachim ; celui-ci n'en fut jamais seigneur' ; il eut pour domaine son lieu natal, ce « petit Lyre » qu'il regrettait si fort pendant son voyage à Rome et qu'il préférait de bonne foi au « mont Palatin * ».
Nous manquons de documents sur Du Bellay, et nous ne savons guère de lui que ce qu'il nous en a dit luimême ; par bonheur, ses poésies latines et françaises nous font connaître ses doctrines, ses passions et parfois jusqu'aux moindres événements de sa vie. Un des premiers en France, sans parti pris, sans propos délibéré, et, au contraire, comme à regret, il s'est adonné instinctivement à ce qu'on a nomméjie nos jours la poésie intime, ét^îFsérait encore à cet égard un excellent modèîeTsi ce genre, purement individuel, comportait l'imitation.
Il a adressé, dans les derniers temps de sa vie, à Jean Morel, d'Embrun, son Pylade , une longue élégie latine qui a été fort utile à ses deux plus consciencieux biographes, Colletet ^ et M. Sainte-Beuve '', et dont nous allons, à notre tour, traduire librement les passages principaux^ :
« Privé, encore tout enfant, de mes parents, je suis, pour mon malheur, abandonné à la merci d'un frère. Sous sa tutelle, ma première jeunesse, qu'il eût fallu occuper par la culture des lettres, est perdue pour moi. Elle fut perdue comme en un vert jardin la fleur que nulle onde n'arrose , que nulle main ne cultive. A la mort de ce frère, lorsque j'étaisparvenu à l'âge d'homme ,