‹ Notice biographique sur JouffroyChapitre 6 sur 12 · N'a eu jusqu'ici (juin 1861) qu'une édition · texte numérisé non relu

N'a eu jusqu'ici (juin 1861) qu'une édition

3. Essai premier, chapitres v et vi intitulés : Des vrais moyens de

possibilité (Tune science psychologique , et indiqué les moyens à employer pour constituer cette science. L'écrivain écossais s'est même mieux tenu que le philosophe français dans les termes d'une exacte vérité , en ce que, tout en décrivant les moyens de connaître les opérations de l'esprit , il n'a pas craint de montrer, et même dans toute leur étendue, les difficultés attachées à cette étude. Quoi qu'il en soit, il serait injuste de méconnaître le talent et la vigueur avec lesquels Jouffroy, dans la Pré' face dont nous parlons, a soutenu, contre les prétentions d'un physiologisme exclusif, la possibilité d'une science psychologique. Il commence par démontrer, en faisant appel à la conscience individuelle de chacun de nous et à la conscience générale de l'humanité, qu'il y a toute une variété de phénomènes qui se passent dans le for intérieur, tels que nos idées, nos volontés, nos sensations, et que ces faits internes, dont nous avons conscience, sont d'une réalité tout aussi certaine que les choses que notre œil voit et que notre main touche. S'il y a ainsi deux vues , l'une sur le dehors par les sens , l'autre sur le dedans par le sens intime, il y a donc aussi deux sortes d'observations, l'observation sensible et l'observation interne. De même que c'est par une attention persévérante et soutenue que le naturaliste dépasse la connaissance vague et imparfaite que le commun des hommes a des choses extérieures et parvient ainsi à une connaissance plus distincte et plus complète de la nature , de même c'est par la considération attentive des phénomènes intérieurs que le psychologue peut élever à l'exactitude d'une

connaître les opérations dé l'esprit. — Delà difficulté d'étudier les opérations de l'esprit.

notion scientifique l'idée vague de ce qui se passe en nous. On peut donc constater d'une manière scientifique les lois des phénomènes intérieurs, et en tirer des inductions par le raisonnement; et, à cet égard, la science des faits internes est placée dans les mêmes conditions que celle des faits extérieurs. Mais cette science est-elle susceptible de transmission et de démonstration ? Ce second point est résolu par Jouffroy non moins péremptoirement que le premier. Rien ne se passe en nous dont nous n'ayons conscience. Il n'est donc pas un seul phénomène intérieur, parmi les faits constitutifs de notre nature morale, que le dernier paysan, comme le plus grand philosophe, n'ait éprouvé et senti plusieurs fois. Seulement, le philosophe, qui a observé ces phénomènes, en a une idée précise , tandis que la plupart des hommes, qui n'étudient pas ce qui se passe en eux, n'en ont qu'une idée vague , et par là qu'un souvenir confus. Eh bien , c'est à cette idée vague, c'est à ce souvenir confus, que s'adresse le philosophe. Il aide ses auditeurs ou ses lecteurs à en faire l'analyse et à en remarquer successivement tous les éléments. Telle est la manière dont Jouffroy estime que peut se transmettre la notion des faits de conscience. Si donc, d'une part, il est possible d'observer et d'étudier en nous les phénomènes du monde intérieur, et si , d'autre part, il est possible de transmettre à autrui la notion ainsi acquise de ces phénomènes , la psychologie mérite de prendre place parmi les sciences positives; et que deviennent alors les dédains des naturalistes exclusifs, pour qui la science de l'homme se ramène tout entière à la seule étude des fonctions physiologiques? Jouffroy a pris soin, du reste, de poser d'une manière bien nette la limite qui sépare la psychologie d'avec la physiolo-

gie'.Le monde interne lui paraît de tous points limité par la conscience, et, avec lui, la psychologie, dont l'objet est d'éclaircir ce que la conscience sait du for intérieur. Le corps est donc exclu de l'objet de la psychologie : « Chose singulière, dit Joufïroy ", si le corps était l'homme! Mais le moi ne se reconnaît pas dans cette masse solide , figurée, étendue , et perpétuellement changeante, qui l'enveloppe, et qu'il nomme lui-même le corps. Non-seulement il ne s'y trouve pas, mais il la regarde comme une chose extérieure à lui, qui , à la vérité agit sur lui , et sur laquelle il agit, mais qui, malgré ces rapports d'action réciproque , ne se confond pas plus avec lui que les planètes qui gravitent dans les deux. »

Jouflroy s'est moins attaché dans ses écrits à résoudre des questions psychologiques, sauf cependant plusieurs questions de psychologie morale', qu'à déterminer avec précision l'objet, la certitude, le point de départ et la circonscription de la psychologie. Toutefois, on rencontre dans ses premiers et dans ses nouveaux Mélanges, plusieurs pages sur V Amour de soi, sur Y Amitié, surla Sympathie, qui sont autant de formes de la sensibilité, et notamment une étude sur les Facultés de Vdme humaine. À l'exemple de Laromiguière *, Jouflroy ne veut pas que l'on confonde les facultés avec les simples capacités. L'homme seul lui parait posséder de véritables facultés, parce que chez l'homme seul le pouvoir personnel intervient dans

1. Voir indépendamment de la Préface des Esquisses, l'article intitulé De la science psychologique , dans les Mélanges philosophiques.

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