‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 101 sur 153 · I. Deux volumes in · texte numérisé non relu

I. Deux volumes in

a. Le titre, qui n'est pas le même que celui du tome le"", porte : Traduction des Philippiques de Démosthènes , d'une des terrines de Cicéron^ avec l'Eutiphron, VHippias^ du Beau, et tEuthydemus de Platon, par M. de Maucroix.

SUR LA FONTAINE. cxxxiu

patience : nous touchons aux pages où elle devient d'un plus grand intérêt. Le Discours à Mme tic la Sablière^ tout rempli de sages résolutions, précède immédiatement, comme pour ne pas éluder la diOicuIté, les contes de la Clochette, du Fleuve Scamandre^ de la Confidente sans le savoir, du Remède et des Aveux indiscrets. Le tout finit par les Filles de Minée^ Y Inscription tirée de Boissard, et le Remerciement à l'Académie^ lequel vient là comme la plaisante conclusion d'un volume si bien fait pour répondre aux espérances données, il y avait un an, ;\ la Compagnie par le nouveau confrère.

On pourra trouver là un exemple et de cette franchise, qui était une des vertus de la Fontaine, et de sa naïveté. Nous voulons bien qu'il ait été naïf; mais, avec cet air de bonhomme distrait, inattentif aux inconséquences, ne paraissant pas s'en douter, c'était un ingénu bien malin, et hardiment malin. Nous le voyons saluer très-humblement ceux qui l'avaient prêché, et, cette cérémonie faite, aller son train. Cela ne rappelle-t-il pas la profonde révérence que, dans les Mémoires de Mme de Caylus ', Louis XIV et Mme de Montespan font aux respectables dames qu'ils avaient prises pour témoins et comme pour cautions de leurs bonnes résolutions, et qui les voient passer tous deux ensemble dans une autre chambre ?

Au début du conte de la Clochette, le premier de la v® partie, la Fontaine avoue sans détour sa faiblesse :

Oh ! combien l'homme est inconstant, divers,

Foible, léger, tenant mal sa parole !

J'avois juré, même en assez beaux vers,

De renoncer à tout conte frivole \

Et quand juré ? c'est ce qui me confond :

Depuis deux jours j'ai fait cette promesse.

Puis fiez- vous à rimeur qui répond

D'un seul moment! Dieu ne fit la sagesse

Pour les cerveaux qui hantent les neuf Sœurs.

Trop bien ont-lis quelque art qui vous peut plaire,

Quelque jargon plein d'assez de douceurs ;

Mais d'être sûrs, ce n'est là leur affaire.

I. Souvenirs de Mme de Caylus^ édition Michaud et Poujoulat, 3' série, tome VIII, p. 484.

cxxxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

Puis, sa conscience, peu exigeante, espère avoir trouvé un tempérament en réparant par la forme la faute qu'il a faite encore une fois pour le fond et la matière. Il suÉBra peut-être à ce qu'il pensait, que, dans ses vers, il ait affaibli de son mieux un sel qui n'était pas celui dont on a pu faire le symbole de la sagesse. Il commence ainsi le Fleuve Scamandre :

Me voilà prêt à conter de plus belle : Amour le veut, et rit de mon serment.

J'ai désormais besoin, en le chantant, De traits moins forts et déguisant la chose; Car, après tout, je ne veux être cause D'aucun abus : que plutôt mes écrits Manquent de sel, et ne soient d'aucun prix!

Malgré cette petite concession, faite aux scrupules, le Roi ne dut pas être content, ni l'abbé de la Chambre, ni même Mme de la Sablière. Elle fut probablement la plus indulgente, connaissant bien son léger poète. La Fontaine l'aimait trop pour n'avoir pas quelque regret de l'affliger ; mais elle lui inspirait beaucoup moins de crainte que de confiance. Quoique ne vivant plus sous ses yeux, il voulait qu'elle fût toujours la confidente de ses écrits. Lorsque, en 1686, il envoyait de Château-Thierry à Racine, avec sa jolie chanson à la jeune Paule, quelques vers d'une lettre à Conti, il avait soin de lui dire : « Je vous en prie, ne montrez ces derniers vers à personne ; car Mme de la Sablière ne les a pas encore vus^ » Il ne se dissimulait cependant pas qu'entre les frivolités peu sages de sa Muse et l'austérité de son amie il y avait maintenant une barrière. C'est ce qu'il fait bien comprendre dans une lettre qu'il écrivait à M. de Bonrepaux le 3i août 1687 :

J'ai vu le temps qu'Iris, et c'étoit l'âge d'or

Pour nous autres gens du bas monde, J'ai vu, dis-je, le temps qu'Iris goûtoit encor. Non cet encens commun dont le Parnasse abonde.,.;

Mais la louange délicate

Avoit auprès d'elle son prix.

Elle traite aujourd'hui cet art de bagatelle,

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