‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 127 sur 153 · Mémoires, tome XVII, p · texte numérisé non relu

Mémoires, tome XVII, p

La Fontaine, i l

CLXxviii NOTICE BIOGRAPHIQUE

n'avons garde de mettre Chaulieu en un rang qui le rapproche de la Fontaine : la distance est infinie ; et cependant, par sa facilité aimable et sa verve brillante, il était fait pour lui plaire. Il a mérité que Voltaire, dans le Temple du goût^ l'ait nommé le premier des poètes négligés,

La lettre en vers que la Fontaine, en septembre 1689, écrivait au duc de Vendôme, nous en apprend plus que nous ne voudrions savoir sur les appels qu'il adressait à la bonne volonté du dispensateur de ses largesses et sur l'emploi qu'il se vantait de faire de celles-ci :

. D'un soin obligeant L'abbé m'a promis quelque argent, Âmen, et le ciel le conserve !

Il veut accroître ma chevance.

Sur cet espoir, j'ai, par avance, Quelques louis au vent jetés, Dont je rends grâce à vos bontés.

Le reste ira, ne vous déplaise,

En vins, en joie, et cetera.

Ce mot-ci s'interprétera

Des Jeannetons; car les Clymènes

Aux vieilles gens sont inliumaiues.

Non que j'assemble tous les jours Barbe fleurie et les Amours.

Il ne faut peut-être pas prendre trop au sérieux la plaisanterie; car il est permis de croire qu'il ne faisait là que chercher celle qui flattait le goût de son Mécène; mais, comme sous la plaisanterie il y avait bien quelque vérité, nous comprenons le blâme sévère, pourvu que ce ne soit pas celui de Voltaire, élevé lui-même dans la société du Temple, et qui avait su y profiter des bonnes leçons. Il a fait choix des expressions les plus crues pour en accabler impitoyablement la Fontaine, qui demande « quelques pistoles au duc de Vendôme et au paillard Chaulieu, pour attendrir en sa faveur des héroïnes du Pont-Neuf; » et il s'est étonné que d'Olivet ait pu imprimer des « pièces de la Fontaine écrites de ce misé-

SUR LA FONTAINE. clxxix

rablc style, par Icscjuelles il demande l'auraône pour avoir des filles*. » Il dit ne plus y reconnaître celui qui a dit :

J'ai qiicI(jiic'fois aimé. Je n'aïuois pas alors.... etc.'.

Comment le souvenir de ces vers, (pii lui a fourni sa frappante antithèse, ne lui a-t-il pas inspiré un peu d'indulgence pour nu poote qui, au milieu de ses faiblesses sensuelles, trouvait des accents si vrais de sensibilité? Il eût été juste de faire remarquer qu'il y eut en lui deux hommes, dont l'un n'appartenait pas à ce monde auquel il se trouva malheureusement mêlé. Ne nions pas cependant que dans cette demande d'argent, si étrangement motivée, il n'y ait, même en y admettant beaucoup de mauvais badinage, quelque chose de misérable ; mais dans le style, non pas, quoi qu'en dise Voltaire.

La même lettre de la Fontaine contient d'autres confessions qui, malgré le mérite de la franchise, ne sont pas beaucoup plus à sa gloire. Nous les citerons parce qu'elles offrent un tableau de ces orgies du Temple, honorées quelquefois de la présence de Mme de Bouillon et de son frère, le duc de Nevers, égayées aussi par la Fare, qui y avait reçu le surnom significatif de la Cochonnière^ et parce qu'elles nous montrent la part qu'y prenait la Fontaine, sans y faire d'ailleurs figure de parasite, de flatteur, demandant, comme on a dit, l'aumône :

Pour nouvelles de par deçà Nous faisons au Temple merveilles.

L'autre jour on but vingt bouteilles.

Renier ' en fut l'architriclin.

La nuit étant sur son déclin,

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