‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 129 sur 153 · CLXXX NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

CLXXX NOTICE BIOGRAPHIQUE

Lorsque j'eus vidé mainte coupe, Langeamet', aussi de la troupe, Me ramena dans mon manoir.

Jusqu'au point du jour on chanta, On but, on rit, on disputa, On raisonna sur les nouvelles ; Chacun en dit, et des plus belles.

Le Grand Prieur eut plus d'espri Qu'aucun de nous sans contredit.

J'admirai son sens : il fit rage.

Mais, malgré tout son beau langage, Qu'on étoit ravi d'écouter, Nul ne s'abstint de contester.

Je dois tout respect aux Vendôme Mais j'irois en d'autres royaumes S'il leur falloit en ce moment Céder un ciron seulement.

Voltaire pouvait reprocher à d'Olivet d'avoir donné place à cette lettre dans son édition de 1729, mais non de l'avoir fait connaître. L'indiscrète a été Mme Ulrich, qui l'a publiée dans les OEuvres posthumes. Au reste, pour nous apprendre sur quel ton la Fontaine écrivait au duc de Vendôme et sollicitait ses bienfaits, il nous aurait sufiS de deux épîtres, les seules qui, avec la lettre de septembre 1689, nous restent de toute la prose et de tous les vers qu'il lui adressait.

L'une a pour sujet les inquiétudes qu'avait inspirées une grande maladie (Dieu sait laquelle) de Vendôme.

Il n'est pèlerinage où nous n'ayons songé,

dit le bon pèlerin la Fontaine. S'il n'avait été rassuré par de meilleures nouvelles, il s'en allait peut-être, dans son chagrin,

talents tous ceux d'un convive aimable. Il mourut, en lyaS, chez M. de Vendôme, grand prieur de France, qui lui donnolt un logement, sa table, un carrosse entretenu et mille francs de pension. » Walckenaer a cru que la Fontaine avait parlé de Régnier Desmarais. C'était tout à fait invraisemblable. Son erreur a déjà été relevée par M. Desnoiresterres, dans ses Cours galantes^ tomeI,p, 207. I. Sur ce Breton Langeamet ou Lanjamet, voyez les Mémoires de Saint-Simon, tome VI, p. 8 et 9.

SUR LA FONTAINE. clxxxi

suivre l'exemple de ceux qui, renonçant à toutes les joies de ce monde, se font ermites :

Cet exemple est fort bon à suivre.

J'en sais un meilleur, c'est de vivre; Car est-ce vivre, à votre avis, Que de fuir toutes compagnies, Plaisants repas, menus devis, Bon vin, chansonnettes jolies, En un mot n'avoir goût à rien ?

Dites que non, vous direz bien.

Je veux de plus qu'on se comporte Sans faire mal à son prochain, Qu'on quitte aussi tout mauvais train; Je ne l'entends que de la sorte.

Voilà sans doute une morale trop facile ; mais celle des autres poètes du Temple était pire. Le Bonhomme était encore le plus décent et le meilleur de la compagnie. C'est dans l'autre de ces deux épîtres qu'il parle de nouveau des libéralités dont il a grand besoin et que Chaulieu lui fait espérer :

Je suis et serai

De Votre Altesse humble servant et poëte ', Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite. Ce mot de biens, ce n'est pas un trésor ; Car chacun sait que vous méprisez l'or. J'en fais grand cas....

Grande stérilité

Sur le Parnasse en a toujours été.

Qu'y feroit-on, Seigneur? je me console. Si vers Noël l'abbé me tient parole.

L'épître à Vendôme malade est incontestablement de 1691 : une allusion à la retraite de Fieubet aux Camaldules de Gros- Bois, qui est du mois de juillet de cette année, ne permet aucun doute. L'autre épître a été datée de même, mais non par Mathieu Marais, qui l'a crue écrite en 1693'. La victoire

1. La Fontaine a fait aussi poëte de deux syllabes dans la fable XVI du livre VIII, f Horoscope^ au vers 44*

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