Notice biographique sur M. Alfred Malherbe
On peut dire que l’amour de l’étude dé la nature suppose deux qualités qui paraissent opposées; les grandes vues d’un génie ardent qui embrasse tout d’un coup d’œil, et les petites attentions d’un instinct laborieux qui ne s’attache qu’à un seul point....
On doit commencer par voir beaucoup et revoir souvent.
Buffon, Discours sur la manière d’étudier - et de traiter l’histoire naturelle.
Messieurs,
M. Malherbe, dont je viens vous entretenir, a été le zélateur et l’ouvrier de la science ; nul ne pourrait nous dire jusqu’à quel point l’ardeur avec laquelle il l’a servie a abrégé les jours que Dieu lui avait mesurés ; du moins, l’une n’a pas été plus ingrate que les efforts et le dévouement de l’autre n’ont été stériles, et s’il a fait beaucoup pour elle, elle a, de bonne heure, attaché à son nom un lustre qu’elle fera durer et qui le préservera de l’oubli. Le bref récit de la vie de notre confrère et
l’exposé sommaire de ses travaux justifieront, je l’espère, les espérances que nous osons fonder, pour lui, sur le jugement de la postérité.
M. Alfred Malherbe est né au Fort-Louis (Ile-de-France), le 14 juillet 1804, au sein d’une famille qui était originaire de Metz, et qu’avait conduite dans cette colonie lointaine l’exercice de fonctions qui tenaient à son gouvernement. La terre qui avait été son berceau ne devait pas rester sa patrie ; les événements l’avaient fait tomber entre les mains de l’Angleterre ; ses parents l’abandonnèrent les premiers pour regagner la France, laissant leur fils entre les mains de son aïeule, pour ne pas rendre trop pénible à cette femme désolée, en lui ravissant deux générations d’enfants à la fois, le séjour de cette terre devenue désormais, pour eux tous, étrangère. Mais bientôt une mort prématurée l’enleva elle-même à sa famille ; Alfred Malherbe dut rejoindre son père, sa mère et la France ; il était, d’ailleurs, parvenu à un âge où, d’habitude, les jeunes créoles viennent en Europe recevoir, dans le giron de la mère patrie, une instruction que. ne sauraient leur offrir les colonies, et fortifier, sous nos climats tempérés, une enfance qu’ont souvent énervée, en la faisant croître trop rapidement, les ardeurs hâtives des tropiques. Il fut placé dans une institution de Paris et fit avec succès ses études classiques au collège Bourbon. Il passa, en changeant de quartier, de ce collège à l’école de droit et y reçut la licence. Il vint enfin s’asseoir au foyer de sa famille ; il prêta, le serment d avocat devant la Cour de Metz et fut admis au stage à son barreau. La magistrature ne tarda pas à lui ouvrir ses rangs ; le 16 février 1827, il était pommé juge auditeur au Tribunal de Sedan, et, le 26 septembre 1830, substitut près de celui de Briev. Deux ans après, il était appelé au même titre au Tribunal de Metz. Il ne quitta
plus cette résidence, gravit sur place les divers degrés de la hiérarchie et s’éleva, en passant successivement par les fonctions de juge d’instruction et de vice-président au siège où il remplissait celles du parquet, aux fonctions de conseiller à la Cour impériale de cette ville. Chacun de ces postes devenait, pour lui, une épreuve nouvelle dont il sortait à la satisfaction de la justice, et était une récompense qu’il méritait par la valeur non moins que par la durée de ses services. En montant sur le siège, il y apporta l’aptitude et le savoir ; il ne tarda pas à y ajouter l’expérience: officier du ministère public et juge, conseiller de cour et président d’assises, dans toutes les conditions et sous tous les régimes, il honora la justice qui l’avait appelé à la servir, en pratiquant, avec une inviolable fidélité, la religion dii devoir, c’est-à-dire celle du droit et de l’équité, s’efforçant, dans l’application de la loi, de s’en donner la saine intelligence par l’étude, mettant son attention et son scrupule à l’accomplissement de tous ses actes, joignant la rectitude de l’esprit à la droiture des intentions, et tempérant sans cesse, par l’indulgente modération de l’homme, la rigide fermeté du magistrat.
Bien peu fui ont fait une part aussi large de leur temps et de leurs efforts ; M. Malherbe n’en fit pas une moindre à la science: elle eut tout ses loisirs, il y ajouta encore, en prélevant sur ses nuits des heures que réclamait, chez lui, la constitution. Vous l’avez vu, Messieurs, il est né sous ce climat enchanté des tropiques que nous avons tous rêvé depuis que Bernardin de Saint-Pierre nous en a rendu les vives impressions dans ses délicieuses peintures. Ses yeux se sont ouverts à la lumière au milieu des tableaux qu’y étale partout une nature luxuriante : en contemplant ces merveilles il s’en éprit : leur vue éveilla chez l’enfant la vocation, et il n’en avait encore
abordé aucune autre que leur étude était déjà devenue sa passion. Aussi heureusement doué du côté de l’intelligence que de l’imagination, il joignait aux facultés qui font l’artiste, celles qui constituent l’observateur, et devait, quand le temps en serait venu, montrer l’un et l’autre réunis dans le naturaliste. Sous ce ciel où il avait commencé à voir et à étudier, deux règnes étalent avec une égale profusion leurs richesses: on put croire, et ses travaux nous en laissent la preuve, qu’il hésita d’abord entre la botanique et la zoologie, ou qu’il inclina à les embrasser toutes les deux à la fois ; mais ses goûts ne restèrent pas longtemps incertains; il s’occupa de Tune par occasion, mais il se voua sans réserve au service de l’autre. Il sut encore, mettant le pied dans l’immense domaine de la zoologie, pour les rendre plus productifs, cantonner ses travaux dans cette portion large encore, mais limitée, qui constitue le domaine propre de l’ornithologie. Peut-être l’enfant s’était-il laissé prendre à l’attrait des magnifiques couleurs dont la nature a peint, sous les tropiques, ces variétés infinies d’oiseaux dont la terre y est peuplée; mais l’observateur attentif et sérieux s’était décidé par des considérations que Buffon avait livrées aux méditations de ses successeurs pour diriger leurs recherches. Le grand naturaliste avait reconnu que les quadrupèdes, se réduisant à un nombre d’espèces relativement borné, leur histoire n’était pas au-dessus des forces d’un seul; mais en abordant celle des oiseaux, et bien qu’il s’associât, pour l’entreprendre, le concours de collaborateurs dont il ne méconnaissait pas la valeur, il avouait en même temps qu’il y laisserait encore beaucoup à faire après lui. Aussi, lorsqu’il en fut à certaines parties de son œuvre, ne fit-il qu’en tracer les lignes principales et qu’ouvrir, sur cet immense horizon, de larges perspectives à ses successeurs. M. Malherbe fut
donc bien inspiré quand il se résolut à reprendre une tâche que, quelque loin qu’ils la conduisissent, ils devaient néanmoins, par quelques côtés, laisser encore inachevée; en les continuant il y travaillait, pour ainsi dire, avec eux, et il méritait, quoique en venant à si longue distance après ces premiers élèves, qu’on dît que le maître avait trouvé un nouveau collaborateur dans celte partie de la France qui lui avait déjà donné Daubenton, Guéneau de Montbéliard et Bexon. Toutefois, quoiqu’il appliquât ses études et ses recherches à l’ensemble du domaine propre de l’ornithologie, il les porta particulièrement sur ce coin que Bufîon avait tout au plus touché sans l’explorer complètement, et qui est occupé par les Picidées ou Grimpeurs. Il ne tarda pas à y marquer ses pas par des découvertes, à la fin elles devinrent si nombreuses et devaient communiquer à cette branche de la science un aspect si nouveau que, cédant aux instances des savants et à celles de ses amis, il se décida à écrire une histoire de cette famille d’oiseaux. Il avait employé une partie de sa vie à en amasser les matériaux, il consacra l’autre à les mettre en œuvre de cette façon.
Les académies sont nées des besoins de la science; elles ont été instituées pour la servir; souvent même on ne peut guère la cultiver sans leur appartenir : M. Malherbe fut donc son homme, mais il fut aussi le leur. Toutefois les titres n’Ont pas été pour lui un vain luxe et une frivole décoration; l’affiliation aux sociétés savantes lui offrait l’occasion ou le moyen de se mettre en rapport avec les hommes qui savent ou qui ont besoin d’apprendre, pour en obtenir quelque chose ou le leur apporter. Il fut membre de la plupart de celles qui, en Europe et même en Amérique, s’occupent de l’avancement de l’histoire naturelle. Ce fut à votre Compagnie, Messieurs, et à la Société d’histoire naturelle de Metz,
que la qualité de membre titulaire le rattachait plus étroitement; c’est aussi à cette Société et à vous qu’il fit ces communications dont vos Mémoires ont conservé le souvenir et qui jalonnent, d’avance, le terrain sur lequel il va bientôt entreprendre son œuvre et la poursuivre. C’est ainsi que, dès 1842, il dressait pour vous la Faune ornithologique de la Sicile; pour la Société d’histoire naturelle de Metz 1 le Catalogue des oiseaux de l’Algérie et divers suppléments à ce catalogue; et, à la demande de l’administration de notre département, la Faune de la Moselle. Mais les Picidées étaient sa principale occupation ; ils furent le sujet d’une série de notes, d’essais et de descriptions qu’il communiqua à la Société d’histoire naturelle de Metz, et qui marquent, pour ainsi dire, jour par jour, les progrès qu’il faisait dans leur étude. Pour asseoir plus solidement les travaux qu’il avait entrepris sur cette matière et s’y aider du concours de tout le monde, en appelant l’examen et la critique dès savants sur ses idées, il se décida à publier, en 1850, sous le titre de- Classification des Picidés ou Pics, un livre dans lequel il présentait ses vues sur l’ensemble du sujet et proposait la méthode à suivre pour le traiter scientifiquement. Mais ces communications, soit avec les autres sociétés dont il faisait partie, soit avec vous, ne se bornaient pas à l’objet spécial de ses études ; tout en cherchant partout des espèces ou des variétés nouvelles de picidées, ou sur ces oiseaux des choses qui n’étaient pas encore connues, chemin faisant, il lui arrivait parfois,
1 II a écrit aussi pour elle, entre autres opuscules-, une Notice sur le genre Dinornis, une autre sur les espèces d’oiseaux observées pour la première fois dans le département de la Moselle, et la. Revue des collections composant, en 1857, le muséum d’histoire naturelle de Metz.
de rencontrer des sujets qui parlaient aux goûts de l’artiste et sollicitaient son attention ; il ne se refusait pas à ces distractions dont la science pouvait encore profiler. C’est ainsi que, s’adressant au public en votre nom et choisissant pour sujets des discours qu’il devait faire entendre, comme Président de votre Compagnie, dans vos séances publiques annuelles, il l’entretint du rôle des oiseaux chez les anciens et chez les modernes, de l’origine des principales sociétés savantes, de la musique chez les anciens, et de l’état des mœurs et des sciences dans le dix-neuvième siècle. Ami passionné des arts qu’il cultivait avec bonheur et non sans succès, il devenait le patron de ceux qui avaient trouvé dans leur pratique une profession d’accord avec leur vocation. L’un des promoteurs les plus ardents de la Société des amis des arts de la Moselle, il était l’un de ses hommes d’action les plus intelligents et les plus dévoués, et mettait la main à tout dans ses expositions.
Qui dit naturaliste, dit voyageur; Buffon seul a pu, sans courir le globe, et grâce aux yeux que sa renommée universelle y tenait ouverts pour lui, sur tous les points, y voir partout, y tout découvrir, ou y attirer à lui tout ce qui s’y découvrait : à sa mort, comme à celle d’Alexandre, l’empire qu’il avait conquis sur la nature s’est divisé, et chacun de ses successeurs s’en est attribué un débris : Cuvier et Geoffroy-Saint-Hilaire, après l’avoir un instant reconstitué en se le partageant, ont pu prévoir qu’il se diviserait encore, quand ils ne seraient plus, 'et la plus grande renomméé qui se soit élevée, pour remplacer la leur, est celle de cet américain Audubon qui, après être venu se former en France auprès de nos savants et de nos artistes, retourna dans le nouveau monde pour le parcourir, l’étudier et le décrire, et qui ne manque jamais, en nous montrant la nature, d’y
mellre en scène les animaux, et d’y peindre en même temps, des couleurs les plus vives et les plus pittoresques, le théâtre et les acteurs.
M. Malherbe fut donc aussi voyageur et voyageur infatigable; il fut une époque de sa vie où, plein de force et d’ardeur, possédé de l’amour de la science, impatient d’apprendre et pressé de tout savoir, il embrassait dans ses recherches et dans ses études toutes les sciences à la fois, *où il comptait ses voyages par ses années et n’en passait pas une sans parcourir une contrée quelconque de l’Europe ; il est des pays qu’il visita plusieurs fois, il en est même qu’il visita si souvent, qu’il semblait y avoir acquis droit de cité. Rien, dans ces courses ; n’échappait à ses investigations, je ne dis pas de ce qui se rapportait à l’objet spécial de ses travaux scientifiques, mais de ce qui pouvait simplement éveiller la curiosité d’un ami des arts ou de la science. Il ne voyait pas superficiellement ni pour lui seul ; il voyait de près et de façon à pouvoir associer les autres à ses plaisirs, en leur rendant compte de ses observations. Nous devons à une excursion, qu’il fit, en 1839, dans le midi delà France, une notice sur quelques espèces de chêne et particulièrement sur le chêne-liége, et sur l’industrie qui est née de l’emploi si varié de son écorce; à un premier voyage qu’il ht, en 1840, dans la Sicile, une autre notice sur le papyrus qu’il y avait observé et cueilli sur place; et à un nouveau voyage, qu’il fit plus lard dans le même pays, le récit plein d’intérêt d’une ascension au mont Etna. Il avait si souvent èt si bien visité l’Italie que, pour aider ceux qui la visiteraient après lui, à faire avec elle une connaissance plus facile et plus complète, en même temps qu’il Iraçail pour eux, un itinéraire raisonné à travers un pays où les arts ont déposé partout leurs monuments, il avait publié, pour leur usage, un
recueil de renseignements qui devait leur faire gagner beaucoup de temps et même d’argent, en leur épargnant des marches inutiles et en les affranchissant de la ruineuse domination des guides.
M. Malherbe ne s’était pas contenté de ses voyages pour recueillir par lui-même les documents avec lesquels il devait travailler à l’avancement de la science ; nous l’avons vu, l’affiliation l’avait mis, de bonne heure, en communication avec les sociétés dans le sein desquelles on s’en occupe le plus activement : il n’avait pas non plus négligé d’entrer en relation avec les hommes qui avaient, comme lui, voué leur intelligence, leur temps et leurs efforts à l’histoire naturelle ; leur renommée l’attirait, sa notoriété toujours croissante les faisait aller à lui. Je ne dis rien de trop, croyez-1 e bien, quand j’ose affirmer devant vous qu’il comptait dans le monde, lorsqu’il s’agissait d’ornithologie; M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, qui a accru l’illustration de son père, en y ajoutant la sienne, et le prince Charles de Canino, qui a conquis lui-même dans la science une illustration qui ne se perd point dans celle qui lui est venue de son nom, quelque grande qu’elle soit, tenaient notre confrère en très-haute estime, et je puis ajouter que quand il correspondait avec des hommes comme M. Pucheran, à Paris; M. Harllaub, à Brême; M. Temminck, à Leyde; M. Mérian, à Bâle; M. Sundevall, à Stockholm; M. Lichtenstein, à Berlin; M; Nalterer, à Vienne; M. Rüppel, à Francfort; M. Brand, à Saint-Pétersbourg; MM. J. Ed. Gray, G. R. Gray, Horsfield, Striekland, Selater, Gould, Leadbeater, à Londres; Blyth, à Calcutta; Thomas Wilson, à Philadelphie, Cailliaud, à Nantes; Lesson, à Rochefort; Abeillé, à Bordeaux, il communiquait avec ses pareils.
Un fait bien simple, et que sa simplicité même ne saurait me faire renoncer à rappeler, vous en apprendra plus
que mes paroles sur le erédil dont, grâce à la valeur de ses travaux, M. Malherbe jouissait à l’étranger. Sans cesse en quête d’espèces nouvelles ou inconnues de Picidées, il avait appris, par ses correspondants, qu’il se trouvait au muséum de Stockholm un individu qui pouvait bien être l’exemplaire unique d’une espèce qui aurait jusqu’alors échappé à ses recherches et à son examen ; il en demande donc la description exacte au conservateur de cet établissement ; il ose même en réclamer, s’il peut la lui fournir, la représentation figurée par le dessin; on sait ce qu’il est et on fait plus qu’il ne demande. Sur la garantie de son nom, on lui offre de lui envoyer celte pièce précieuse; la diplomatie s’y prête ; l’oiseau, voyageant sous le couvert des ambassadeurs et des ministres de deux puissances, vient en personne, du pays de Linné; trouver à Metz le savant qui veut le décrire, et retourne ensuite à Stockholm reprendre sa place au muséum, après avoir enrichi la science d’une espèce nouvelle, et avoir rempli dans ses classifications une lacune d’autant plus fâcheuse, pour elle, que de longtemps peut-être elle n’aurait été remarquée ni comblée.
Indépendamment des connaissances sans nombre qu’exige de l’homme l’histoire naturelle pour qu’il puisse l’étudier avec profit, lorsqu’il aborde l’ornithologie, il faut qu’il en possède qui deviennent, chez lui, de véritables aptitudes et de précieuses qualités. Elles ont par elles-mêmes leur valeur, mais elles en acquièrent une incalculable par les services qu’elles lui rendent. M. Malherbe ne manquait à aucune de ces difficiles conditions: à la connaissance des langues anciennes qu’il tenait de ses études classiques, il joignait celle de l’anglais, de l’allemand et de l’italien; dessinateur et peintre de talent, il était devenu, dans ce genre spécial de peinture et de dessin que réclame la zoologie, un artiste consommé;
c’était un anatomiste et un préparateur habile, mais avant tout un classificateur aussi sagace et aussi exercé qu’ingénieux et sûr.
Des supériorités si diverses lui avaient fait une réputation propre, et el]e s’étendait loin, non-seulement dans notre pays, mais encore dans les pays étrangers. Laissezm’en citer encore une preuve aussi simple que celle que je vous administrais tout à l’heure et non moins irrécusable. Dans le cours d’un voyage en Allemagne, M. Malherbe était arrivé à Vienne, au moment où le Muséum d’Jtiistoire naturelle de celte ville venait de recevoir un envoi considérable d’exemplaires d’oiseaux appartenant à des espèces rares ou nouvelles et* par conséquent, peu connues. Les administrateurs de l’établissement pouvaient les mettre en ordre, mais ils éprouvaient beaucoup de peine à en déterminer le plus grand nombre ; ils s’empressèrent donc de consulter à ce sujet M. Malherbe; à la vue des pièces, il résolut si promptement et si sûrement leurs hésitations qu’ils lui, remirent le précieux envoi et le chargèrent d’en classer le contenu. En aidant à tirer parti du butin, il avait mérité de partager les fruits de la conquête; les doubles récompensèrent le service qu’il avait rendu et vinrent, comme des dépouilles, volontairement offertes, enrichir sa collection et notre musée. C’était pour la seconde fois qu’un homme de nos contrées prêtait ses bons offices aux musées de Vienne, et M. Malherbe faisait pour leurs collections ornithologiques ce que Jameray Duval avait fait, dans le siècle précédent, pour leur cabinet de médailles.
En France, où il l’avait pour ainsi dire sous la main, le muséum national d’histoire naturelle mit à profit son savoir, en recourant à ses lumières pour établir le classement et le catalogue d’une portion considérable de ses immenses collections d’oiseaux. M. Isidore Geoffroy-
Saint-Hilaire le reconnaît en des termes qui sont un véritable titre de gloire: et M. Malherbe, qui s’occupe d’une manière spéciale des Picidées et qui a porté si loin la connaissance de ces Zygodactiles, dit-il dans Y Introduction du catalogue méthodique de la collection des mammifères et des oiseaux du muséum de Paris, a déjà préparé, pour celte famille, un catalogue de nos espèces et de nos principaux individus. »
M. Malherbe possédait une riche collection d’oiseaux; il la devait, pour certaines espèces, à ses recherches personnelles presque autant qu’à ses acquisitions ; remarquable par le nombre et la rareté des sujets, elle l’était surtout par l’ordre que son heureux propriétaire y avait établi, grâce à une savante et méthodique classification.
Le muséum d’histoire naturelle de Metz compte parmi les plus considérables de ceux qu’ont formés les départements; commencé d’abord par les offrandes de quelquesuns, chacun lui faisant ensuite hommage de ses propres conquêtes, il s’est bientôt accru par les largesses de tous ; les trois branches de l’histoire de la nature qui répondent à ses trois règnes se sont appliquées, comme à l’envi l’une de l’autre, à ajouter à ce fonds commun, et telle a été la généreuse émulation de ceux qui les cultivent qu’il serait maintenant difficile de décider laquelle des diverses sections de ce muséum renferme le plus de richesses. Je n’oserais dire, de crainte de faire violence à leur modestie, ce qu’y ont fait pour la minéralogie, la géologie, la botanique, l’entomologie, les mollusques el les zoophytes, des savants qui nous appartiennent encore ou qui ne me permettraient pas de les louer de leur vivant; mais je dois rappeler ici ce que la zoologie, en général, et particulièrement l’ornithologie, y doivent à la sollicitude, aux soins continuels, aux travaux patients et aux efforts sans
relâche de M. Malherbe. Elles étaient sa passion véritable et sa préoccupation; leur pensée le suivait partout; il n’allait nulle part qu’il ne leur en rapportât quelque chose, et rien ne lui coûtait lorsqu’il s’agissait d’elles et de leurs intérêts. Chargé par l’administration municipale de l’arrangement, c’est-à-dire de la réorganisation et du classement de cette partie du muséum, pendant des années M. Malherbe s’y consacra tout entier, remaniant les collections anciennes, en créant de nouvelles et introduisant, de concert avec les autres administrateurs de l’établissement, dans ses dispositions générales et dans ses dispositions particulières; cet ordre qui, comme dans les œuvres vivantes de la nature, en fait mieux sentir l’harmonie, et conduit l’observateur le moins attentif, par une gradation raisonnée, du commencement à la fin de la création, et le fait ainsi remonter, en suivant degré par degré l’échelle des êtres, des œuvres à l’artisan suprême et de la matière brute à Dieu lui-même. Mais ce ne fut pas tout : arranger, exhiber, étaler, ce n’était travailler que pour les yeux du vulgaire ; il songea à cette élite des curieux qui savent ou qui veulent apprendre, et travailla surtout pour eux. .S’il n’avait dans l’établissement le titre officiel, il avait au moins, du consentement de tous, le crédit, je dirais volontiers l’autorité d’un surintendant: il en usa pour proposer et faire adopter, en ce qui concernait les collections zoologiques, un genre de classement qui, en modifiant un peu l’ancien sans le troubler, le faisait bénéficier des améliorations apportées dans la science par les méthodes nouvelles ; chaque exemplaire y eut, comme autrefois, son étiquette, mais elle portait une synonymie qui, sans l’assujettir exclusivement à aucune, la mettait en relation avec, les diverses méthodes proposées ou adoptées par Linnée, par Cuvier et par les autres naturalistes modernes, offrait aux moins
exercés les moyens de saisir leurs rapports de conformité ou de dissemblance, et forçait, pour ainsi dire, chaque objet de répondre, de quelque nom qu’on l’appelât. Cet étal de choses, qui était le passé, exactement réglé, pour marquer le point de départ de l’avenir, il le constata, en ce qui concernait les animaux vertébrés, dans une sorte de Compte rendu qu’il publia, en 1857, sous le titre de Revue des collections composant le muséum d’histoire naturelle de la ville de Metz. Bref et substantiel, comme le résumé d’un inventaire, cet opuscule fait ressortir, en même temps que la richesse des collections, le savoir et l’habileté de l’homme qui les a coordonnées.
Mais le temps était venu où M. Malherbe devait songer sérieusement à lui-même ; il avait abusé de ses forces en travaillant à tant de choses, et le mal lui avait donné dés avertissements. D’ailleurs, en amassant pour la science et la postérité, il avait mis l’ordre dans ces inappréciables richesses; il ne s’agissait donc plus que d’établir la forme dans laquelle il voulait, non les leur léguer après lui, mais les leur livrer de son vivant.
On pensera peut-être que son œuvre était, en quelque sorte, laite et qu’il ne lui restait plus qu’à l’écrire, car il semble naturel de croire que pour l’exécuter, il n’avait qu’à traduire par le langage ce qu’il avait méthodiquement disposé dans ses collections ; mais, en réalité, après l’avoir faite, il avait encore à la refaire, car il avait, d’un bout à l’autre, écrit son livre une première fois ; mais on avait tant découvert, il avait lui-même tant appris et acquis depuis qu’il avait arrêté et jeté sur le papier celte première rédaction, la réflexion avait en quelques points de son sujet si profondément modifié ses idées, qu’à ses yeux, une refonte totale de ce texte était devenue nécessaire. 11 ne recula pas devant les peines et les fatigues
inséparables d’une entreprise pareille, et l’entreprit résolûment à cette époque de la vie, où les facultés de l’esprit le plus ferme ont déjà perdu quelque chose de leur souplesse et de leur énergie. Une fois remis à l’œuvre, il poursuivit cette seconde tâche avec la même ardeur que la première et sans y prendre d’autre-relâche que celui que lui imposa plus d’une fois, hélas! la maladie. Après le classement matériel dont il ne détachait jamais la vue tant qu’il était à l’ouvrage, il y avait encore à exécuter le double travail du peintre qui montre les choses, en en plaçant l’image sous nos yeux, et de l’écrivain qui les rend sensibles à notre pensée, en les décrivant. Jour par jour, à mesure qu’il avait dans le cours de ses recherches étudié une espèce ou une variété, il avait dessiné et peint de sa main, dans leur grandeur naturelle, leurs attitudes propres et leurs exactes couleurs, les sujets qui les représentaient, le mâle à côté de la femelle et l’adulte fait auprès du jeune oiseau, si l’un pouvait notablement différer de l’autre. L’artiste n’eut donc plus qu’à le copier, quand le livre dût offrir ces représentations au public. M. Malherbe a écrit pour tout le monde, et le plaisir que l’esprit trouve à la lecture de son livre en est la preuve : mais il écrivait surtout pour les adeptes avoués et les fervents sectateurs de la science; il l’a assez montré par la forme qu’il a adoptée pour son ouvrage. Ce qui importait dans cette œuvre, c’était la méthode adoptée par le maître pour déterminer et caractériser la matière qui devait en faire l’objet, et le plan qu’il suivrait pour en présenter ensuite les développements. Tout sera dit sur ce premier point, quand j’aurai rappelé que le classement, qu’après de longues études et de profondes méditations, il a proposé pour présenter le tableau de la classe d’oiseaux dont il fait l’histoire, paraît avoir été approuvé ou suivi par les savants qui l’ont examiné ou qui ont écrit
après lui. La famille ries Picidées est son sujet; voilà le nom ou la dénomination qu’il lui assigne en tête de son œuvre: il la divise ensuite en trois sous-familles : 1° celle des Picinés, en latin Picinæ; 2° celle des Picumninés, en latin Picumninæ; 3° celle des Yuncinés, en latin Yuncinæ. Il subdivise ensuite la sous-famille des Picinés en dix-neuf sections ou genres; celle des Picumninés en deux; celle des Yuncinés reste dans son genre unique. Enfin les genres se répartissent encore en espèces et en variétés. Les Picidées sont une classe d’oiseaux vulgairement connus sous la désignation de grimpeurs, qui leur vient de l’habitude de grimper le long des arbres ou de leurs branches, en en becquetant ou en en perçant l’écorce pour en faire sortir les insectes dont ils se nourrissent. Ce fait suffit pour les distinguer vivants des autres oiseaux; mais, morts et devenus sujets d’études et de description, ils doivent se faire reconnaître à d’autres signes, et il en faut de permanents, d’organiques et de susceptibles d’être anatomiquement constatés pour établir entre eux et les autres espèces des différences caractéristiques. M. Malherbe discute ceux qui ont été, avec des variations nombreuses, proposés et adoptés par les naturalistes qui l’ont précédé; il montre pourquoi il ne peut les accepter comme eux; puis il propose les siens : il ne les prend pas dans les couleurs dont est peint le plumage de ces oiseaux ; on sait combien d’accidents, même à L’état libre, peuvent le modifier chez les individus, sans pour cela créer des espèces : les signes qu’il adopte sont pris des organes nécessaires à l’exercice de cette double fonction de cheminer le long des troncs et des branches des arbres en grimpant, et d’en perforer l’écorce et même le bois qu’elle recouvre qui est propre aux Picidées, c’est-à-dire du nombre et de la conformation des doigts des pieds de l’oiseau, du plus ou moins
de saillie et de développement de l’arête qui est située au-dessus de ses narines, et qui sert de base ou de point d’appui à son bec. On le voit, les caractères sur lesquels repose cette classification ne sont point des signes arbitrairement attachés aux individus pour les faire rentrer dans une énumération, mais des liens créés par la nature même pour enchaîner les unes aux autres les parties du tout et en composer un ensemble harmonique.
L’ouvrage se divise naturellement en deux grandes parties. M. Malherbe consacre la première à l’exposé des généralités du sujet, c’est-à-dire de tout ce qui est commun à la grande famille des Picidées: dans une série de neuf chapitres, il y traite de ses origines mythologiques, de ses mœurs, de ses instincts, de ses habitudes, de sa manière de vivre et de ses conditions de reproduction; de sa physiologie; de son anatomie; de son plumage; du nombre et de la variété de ses espèces; enfin de leur répartition géographique sur le globe. C’est dans les deux derniers chapitres de celte première partie qu’il expose ses critiques sur les divers systèmes de classification des Picidées proposés avant lui, et ses idées sur celui qu’il convient de leur préférer.
La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à l’histoire proprement dite des divers genres et espèces qui composent les trois sous-familles de la famille principale des Picidées. La description développée de chaque espèce est précédée de sa description sommaire en latin, de sa synonymie latine, de sa synonymie française, de sa synonymie dans diverses autres langues vivantes, de l’indication des collections dans lesquelles se trouve le sujet décrit et de celle des auteurs et des ouvrages qui en ont traité ou parlé. J’ajoute, pour compléter l’idée que je voudrais vous donner de l’étendue et de l’importance de cette seconde partie de l’ouvrage de M. Malherbe, que sur
deux cent quatre-vingt-une espèces de Picidés que l’auteur a décrites, les espèces nouvelles sont au nombre de plus de cent quarante, qu’il a lui-même découvertes ou déterminées et souvent nommées.
Son livre est un monument que, grâce à l’intelligent et habile concours de la typographie, il a élevé à l’honneur de la science, et que les lettres elles-mêmes ne désavoueront pas : quoique les mérites d’exécution ne soient que des accessoires de l’œuvre, ils donnent à celui qu’elle lient de sa substance intime un tel relief que je vous laisserais ignorer une partie de ce qu’elle vaut, si je ne les relevais attentivement ici. Le livre, tiré à cent vingt exemplaires seulement, et imprimé à Metz dans le format in-folio et en caractères d’une netteté et d’une beauté merveilleuses, %st un chef-d’œuvre d’exécution, et suffirait pour illustrer les presses de l’imprimeur-éditeur, M.Verronnais, dont il est sorti. Il est accompagné de céht quarante planches du même format, dessinées, gravées et coloriées parles meilleurs artistes du genre, représentant tous les sujets décrits, les représentant de grandeur naturelle, quand ils appartiennent à des espèces nouvelles, et reproduisant le plus souvent, à eôté du sujet et dans leurs proportions réelles, ses remiges ou les grandes plumes de ses ailes.
Quoique M. Malherbe semble, dans son livre, ne se préoccuper que du fond, il n’y a pas cependant négligé la forme, et chez lui celle-ci ne le cède pas en mérite à celui-là. Il veut avant tout instruire; le soin et l’attention qu’il y met lui suffisent encore pour plaire. Il a le style élégant et net, ferme et précis. Il expose avee méthode, mais il ne s’ingénie pas à raconter avec art pour intéresser davantage; en décrivant,il n’affecte pas de peindre; mais il a beau rejeter la couleur, le crayon qui lui reste accentue le trait, et met les ebjets en relief. Jugez-en
par cette brève description du vol propre à cette famille d’oiseaux dont il a si bien étudié la vie.
« Le vol des Picinés, dit-il, varie selon les genres, l’étendue de leurs ailes et leurs mœurs. Ainsi le megapicus principalis et ses congénères ont le vol gracieux, quoique rarement prolongé d’un seul trait à plus de cinquante à cent mètres, à moins qu’ils n’aient à traverser un grand fleuve. Leur vol s’effectue alors en étendant entièrement les ailes qu’ils replient pour s’éprouver et se donner une nouvelle impulsion. S’agit-il seulement de se rendre d’un arbre-sur un autre? Si la distance n’excède pas trente à quarante mètres environ, l’oiseau donne un simple coup d’aile et semble se balancer mollement d’un arbre à l’autre, en décrivant une courbe élégante et en étalant tout l’éclat de son plumage »
Cette description ne prend pas les allures pittoresques du vol de l’hirondelle sous la plume de Guéneau de Montbéliard; elle est courte, mais elle se mesure sur le champ restreint du vol qu’elle représente à l’esprit. Sa vérité vous saisit, et quand vous l’avez lue, elle vous a si bien rendu les choses que vous croyez les avoir vues ; l’oiseau a passé sous vos yeux, ils l’ont suivi, et son aile n’a pas été plus rapide que la parole de l’écrivain.
Il y a dans les mœurs des Picidés des traits qui révèlent un instinct auquel nous nous intéressons et dont nous sommes charmés. M. Malherbe aime à nous les raconter; il emprunte même aux autres naturalistes de curieux détails pour les mettre d’une façon plus saisissante en action dans la vie de ces oiseaux. Certains Picidés ne le cèdent ni aux fourmis, ni aux abeilles, ni même au chathuant de La Fontaine, en prévoyance et en habileté. M. Malherbe se complaît à nous montrer, tantôt par
' Première partie, chap. I, vol.
quelles ruses ils échappent à l’ennemi qui les guetle ; tantôt avec quelle intelligence ils choisissent l’arbre dans le tronc duquel ils enserrent des vivres pour le temps de l’année où ils n’en trouveront plus, avec quelle précision ils y creusent les greniers destinés à les recevoir et avec quelle opportunité ils y emmagasinent leurs provisions; tantôt avec quelle adresse et à l’aide de quels procédés ingénieux ils les en retirent et dépouillent ces fruits de leur enveloppe pour les manger.
Rien, on peut le dire sans crainte de faire douter de la vérité en l’exagérant, n’a manqué à l’œuvre de M. Malherbe pour atteindre la perfection dont elle était susceptible. Il avait passé la plus grande partie de sa vie à amasser les matériaux avec lesquels il devait.la construire, il a donné ses vingt dernières années à leur emploi. Mais quelle que fût son ardeur, il dut plus d’une fois interrompre son travail, il dut même, vous le savez, le recommencer. Difficile à lui-même et exigeant pour les autres, après avoir fait son livre de manière à les contenter, il avait voulu le refaire pour donner satisfaction à ses propres critiques, et mettre à profit les acquisitions nouvelles de la science. Mais il avait trop présumé de ses forces; en en usant sans ménagement, il en avait longtemps abusé, et l’excès du travail avait fini par faire sentir la fatigue à une constitution qui semblait pouvoir toujours la défier. D’ailleurs, des heures trop nombreuses données de jour comme de nuit, et d’une façon trop continue, à l’étude et aux autres travaux de l’esprit, au milieu de collections ornithologiques sans cesse maniées pour être classées ou décrites, et dans une atmosphère que devaient parfois vicier les substances employées pour les conserver, avaient insensiblement aggravé la fatigue de périls d’un autre genre et amené la maladie. En éclatant, elle obligea M. Malherbe à interrompre ses travaux. 11 retrouva la
sanlé et les reprit; mais la compagne de sa vie dut les partager pour l’aider à les poursuivre, et lui prêter une assistance qui semblait la faire vivre pour lui, en lui épargnant les charges et les difficultés de l’existence. L’œuvre nouvelle suivait son cours malgré ces cruelles traverses; intérieurement, cependant, l’homme s’épuisait en la continuant: bientôt, hélas! on s’aperçut que tous deux marchaient d’un pas également rapide vers leur fin, et plus d’une fois l’on put craindre que l’un ne devançât : l’autre. L’écrivain conserva, néanmoins, l’avantage sur sa tâche; mais, quand il l’eut amenée à son terme, il touchait au sien. Toutefois, bénissons-en la Providence, avant qu’il ne l’atteignît, elle lui permit de contempler dans sa perfection cette œuvre de si longue haleine, et il put, en l’offrant à la science, se dire avec cette satisfaction intime qui vient de la conscience des efforts et de leur utilité, qu’il lui avait élevé un monument digne d’elle. Il lui fut alors donné de goûter quelques instants de repos et de jouir du fruit de ses travaux, en entendant les hommes les plus capables de juger son livre, le louer comme il n’aurait jamais osé l’espérer. Après ces jours sereins, il en eut de tristes et de douloureux; jusqu’à leur dernière heure, le dévouement conjugal en adoucit toutes les amertumes, et aida le mourant à soutenir la lutte contre la souffrance et à supporter la suprême épreuve avec courage.
On Ta.dit, l’histoire naturelle est un édifice qui ne sera jamais terminé; les ouvriers les plus habiles et les plus puissants n’ont fait qu’en poser les principales assises ou l’élever tout au plus de quelques étages; mais quelque immense qu’il soit, rien ne sera oublié, rien ne sera perdu pour leur gloire des efforts de ceux qui ont osé, à leur tour, y travailler. M. Malherbe est venu aussi y déposer sa pierre ; l’Académie ne se laissera donc pas
égarer par une illusion, en espérant que le temps n’effacera pas le nom qu’y ont inscrit le savant et l’écrivain.