Notice biographique sur M. Baumès
Par M. GOLFIN , professeur de Thérapeutique et de matière médicale , à la meme J'+tculté (i).
Lorsque la mort vient enlever un homme qui , pendant sa vie, a occupé le monde d’une célébrité justement acquise , l’Histoire est avide de recueillir tout ce qui le concerne. Il est donc du devoir de ceux qui l’ont connu particulièrement , de communiquer les détails relatifs à sa vie, et de publier les titres qu’il a aux regrets
(i La difficulté de nous procurer en peu de temps tous les détails historiques de la vie de ce savant , est la cause du retard de la publication de cette notice. Ce n’est que depuis quelques jours que ces détails ont pu nous être fournis.
de son siècle et à l’estime de la postérité. Qui mieux que nous , dont il fut le maître , le protecteur , le collègue et l’ami , pourrait rendre cet hommage à sa mémoire ?
Exposer , en peu de mots, les travaux qui ont rempli sa brillante carrière , est l’unique but de cette notice. Son éloge est réservé à une plume plus éloquente. Pour nous , nous ne pouvons que l’admirer , le regretter et le pleurer. #
Jean-Baptiste-Thymothée Baumes naquit à Lune!, département de l’Hérault, le 20 janvier 17 56, de Baptiste Baumes, négociant, jouissant d’une grande aisance et de l’estime de ses concitoyens.
Ce savant fut élevé successivement dans les collèges de Sorèze , de Nismes et de Montpellier. Ses études préliminaires le firent de bonne heure distinguer par la connaissance exacte de diverses langues mortes et vivantes , des belles lettres et de tout ce qui compose une éducation libérale. Le cours de ses premières études fut troublé par les fréquens dérangemens d’une santé délicate; mais pendant les intervalles que ces indispositions lui laissaient , son caractère passionné pour l’instruction le livrait avec tant de zèle et d’opiniâtreté au travail , qu’il répa-
mit aisément les torts que cette circonstance faisait à son éducation.
Parvenu à cette époque delà vie où l’homms doit faire le choix d'un état, ses connaissances dans les sciences naturelles dirigèrent son esprit vers l'étude de la médecine. Ce fut dans le sein de la Faculté de Montpellier, qu'il alla puiser les élémens d'une science dans laquelle il s’est tant illustré. Tourmenté par le vif désir de s'instruire , son émulation fut si grande , qu’en peu de temps il ne put être devancé par ses rivaux. La rapidité de ses succès étonna autant ses condisciples que ses maîtres.
Baumes fut reçu docteur en médecine le a mai 1777. Mais à peine ses études scolaires étaient terminées , que le sort le plus contraire vint changer la position de sa fortune. Son père, honnête négociant, vit son aisance presqu’entièrement détruite par ces revers si familiers dans l’industrie commerciale. Cet événement renversa le pian du perfectionnement de ses études médicales , et le jeune Baumes fut complètement livré à ses propres ressources. 11 se voua aussitôt à l’exercice de l’art, aux mystères duquel il venait d'être initié. Ce fut à Saint- Gilles, ville marécageuse du département du Gard , qü'il essaya de faire ses premiers pas dans la carrière de la pratique ; il y fixa sa
résidence, en juillet de la meme année , et la confiance qu’il y obtint fut égale au zèle qu’il montra pour la mériter , et à ses succès. Jeune encore , mais doué d’un tact sûr , il observa en maître habile, et publia, en peu de temps, plusieurs faits-pratiques importans , consignés dans le Journal de médecine de Paris (années 1780 et 1781 ). Ce fut aussi à Saint-Gilles qu’il s’engagea dans les liens du mariage.
La renommée ne tarda pas à s’occuper des premiers succès qu’il obtint dans la pratique , et bientôt ses parens , ses amis et ses compatriotes , qui jugèrent sainement les hautes espérances qu’il faisait concevoir , l’appelèrent dans sa patrie. Il céda à leurs sollicitations réitérées , quitta Saint-Gilles , et se rendit à Lunel , où , pendant quelques années de pratique et divers travaux littéraires , il accrut sa réputation.
Des talens supérieurs le firent bientôt placer au-dessus du mérite des médecins de la contrée. Nismes fut jaloux de le posséder. Son amourpropre, son ambition flattés des instances pressantes des principaux habitans de cette ville , le décidèrent à combler leurs vœux. Ce fut là que , placé plus favorablement pour le développement de son génie et de ses talens , il dirigea bientôt vers lui les regards et les sut*
frages d’une cité populeuse , dont il obtint exclusivement la confiance , l’estime et l’admiration.
Baumes commença d’éprouver sur ce nouveau théâtre les chagrins si inséparables des succès. Mais tpie peuvent la haine et les tracasseries de quelques jaloux contre la réputation d’un homme doué d’un vrai méjite ? Rassuré par le sentiment secret de son génie, de ses talens , et la confiance toujours croissante , il trouva dans la comparaison la certitude de sa supériorité et de son triomphe. Les traits envenimés de ses ennemis ne servirent qu'à exciter son amour pour l’étude , à donner plus de courage à son caractère naturellement fort et entreprenant, et à multiplier les écrits , dont la publication successive et rapide, et la haute importance obligèrent ses envieux à une considération publique , mais feinte. Ses antagonistes ne pouvant pas l’égaler n’osèrent plus l’attaquer, et notre jeune savant reçut dans Nismes, sans trouble et sans inquiétude , le juste tribut d’hommages que l’estime et la reconnaissance lui devaient.
Après quelques années consacrées à l’observation des maladies dans les villes où il avait pratiqué , il s’appliqua à recueillir avec soin les matériaux des ouvrages éminemment
classiques , qui contribuèrent fortement aux progrès de Fart , et qui lui méritèrent tant de palmes académiques auprès delà Société royale de médecine, et delà Faculté de médecine de Paris. Les nombreux lauriers qui vinrent ceindre sa tête, lui valurent la place d’associé regnicole de la Société royale de medecine de Paris, qui lui fut notifiée le 22 juin 1786 , par M. le baron de Bréteuil.
Il remporta les prix suivans à la Société royale de médecine de Paris :
r.° Sur les Accidens de la Dentition , le 19 février 1782 ;