‹ Notice biographique sur M. BaumèsChapitre 3 sur 7 · IO · texte numérisé non relu

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talent, et forcé de renoncer à l’espoir certain de l’accroître dans les concours proposés par la société qui flattait le plus son ambition, il continua, avec le meme zèle, de se livrer au travail, et légua à la postérité des ouvrages du plus haut intérêt sur divers sujets de médecine.

Le bruit de la réputation du savant médecin de Nismes était répandu à Montpellier, et ce fut à une époque où la Faculté de cette ville comptait plusieurs praticiens illustres, qu’il fut invité à se rendre auprès d’un malade distingué par son rang, pour réunir ses conseils à ceux du célèbre Fouquet.

En 1790, les chaires de MM. Sabatier et de Grimaud devinrent vacantes dans la Faculté de médecine de cette ville. C’est dans cette occasion qu’il donna des preuves d’un courage qu’on ne peut rencontrer que dans l’homme qui possède de vrais talens. L’élève ici osa se mesurer avec Fouquet, son maître, que la renommée avait placé alors au rang des médecins les plus célèbres; mais soit par la crainte qu’inspirait le mérite de ce jeune et redoutable athlète, soit par une faveur spéciale à laquelle l’homme illustré par des travaux utiles, peut seul avoir des droits, Fouquet ne fut point exposé au danger de lui disputer la victoire : son âge, son expérience, son mérite et sa célé-

brité, décidèrent le Roi à autoriser ce savant antagoniste à se retirer du concours et à lui accorder l une des chaires. Dans un second concours, que la réunion des talens les plus éminens rendait si imposant, Ru mis remporta avec éclat sur ses valeureux adversaires. Désigner parmi ceux-là Lafabrie , Dumas, Jaubert , Dorthes, Bertlie , Goguet , etc. , n’est-ce pas donner la plus haute idée de l’étendue et de la profondeur de son savoir et de son noble courage? 11 fournit dans ce concours la preuve d’un génie vaste, d’une imagination vive et brillante, d’un jugement prompt et sûr et de l’esprit le plus agréable. Sa Majesté Louis XVI le nomma à la chaire de M. Sabatier, le iq janvier 1791.

Des envieux 11e lui pardonnèrent pas son triomphe; mais il sut les confondre par ses succès dans l’art difficile de l’enseignement. Son savoir applanissait toutes les difficultés, son éloquence rendait tous les détails intéressans, et il frappa d’étonnement ses détracteurs, autant que ses partisans, par la rapidité, l’abondance, la facilité et la beauté de son élocution. L envie fit d’inutiles efforts pour déprimer son mérite dans l’art professoral : Baumes fut compté, en peu de temps, au rang des plus célèbres professeurs de l’Europe.

Ce savant suivit toujours, dans les travaux d’une science qu’il aimait et qu’il honorait , la pénible route de l’expérience, et la réputation qu’il avait acquise comme praticien, lui valut la place de médecin en chel , pour la division militaire de l’hôpital SZ-Éloi de Montpellier; il en prit possession le 11 germinal an 2 de la République (1794)- Baumes, convaincu depuis long-temps des services immenses que renseignement pratique, dans les écoles étrangères , avait rendus à l’instruction des élèves et aux progrès de la science , résolut d’établir dans cet hôpital un institut clinique, le premier qui ait été fondé en France, C’est en vain que d’injustes apologistes, pour ravir ce titre honorable à M. Baumes et à la Faculté célèbre à laquelle il appartenait , ont osé écrire que Corvisart est le premier qui , en France, ait professé la Clinique; mais le médecin de Paris vint après le professeur de Montpellier, et déjà la Clinique existait dans notre Faculté. On a le témoignage incontestable de. cette vérité et de la priorité de M. Baumes dans cet enseignement , dans l’ouvrage qu’il publia en l’an 2 , et qui a pour titre: Méthode de guérir les maladies , suivant qu ’ elles paraissent dans le cours de Vannée médicinale y et Observations sur les maladies aiguës et chro -

niques y accompagnées de i ouverture des cadavres , faites dans V hôpital civil et militaire de Montpellier. Si la conscience de quelques adulateurs du siècle ne peut être touchée par cette preuve irréfragable, l'impartialité de la postérité réparera le tort qu’on a voulu faire, à ce sujet, à la gloire du professeur Baumes.

La cause que nous défendons a un double but. Elle montre d’abord le professeur Baumes ayant , le premier en France et dans notre Faculté, enseigné la Clinique, et elle prouve aussi la mauvaise foi des contempteurs de notre doctrine , qui nous reprochent effrontément d'avoir éloigné l'anatomie pathologique des moyens d'investigation invoqués pour les progrès de la science des maladies Le livre du professeur Baumes confond, à ce sujet, ce parti et ses fauteurs. La doctrine de notre École s’appuie sur des faits, elle les cherche partout et les utilise sans cesse. Ennemie des doctrines exclusives , elle ne condamne point l’usage, mais elle proscrit les abus. Maintenant, dirons-nous aux partisans exclusifs de la doctrine anatomico-pathologique , ouvrez le livre du professeur Baumes, vous y verrez qu’il a toujours cherché, dans les dépouilles des morts, les moyens de conserver les vivans. Mais vous y verrez aussi qu’en interrogeant les entrailles

des cadavres , il s’est livré à ces recherches autant pour confirmer à ses nombreux élèves ce qu’il avait prédit , que pour tâcher de découvrir les causes des affections dont là nature et le siège étaient incertains, douteux ou inconnus , et qu’on cherche souvent sans pouvoir les trouver. D’ailleurs ses vastes connaissances d ans l’art difficile du diagnostic et du pronostic, avaient rarement besoin de ce secours trop souvent infidèle, quand les symptômes et tous nos moyens d’investigation sont insuffisans pour éclairer sur la nature de la lésion vitale et organique qui constitue l’état morbide, et sur le mode de terminaison qu’il doit avoir. Le professeur Baumes a souvent justifié à ce sujet, par l’ouverture des cadavres, la solidité de son profond savoir.

Bientôt après la création de cet établissement clinique, que des talens supérieurs dans la science des maladies avaient rendu si florissant , l’école de santé fut organisée. L’éclat et l’utilité de cet enseignement firent sentir la nécessité de l’incorporer dans les écoles de santé qui furent créées en l’an 3. Appelé alors dans le sein de cette école, il fut attaché à la chaire de nosologie , de pathologie et de météorologie. Mais par une de ces fatalités dont les grands hommes sont si souvent l’objet,

il se vit à regret arraché à une institution , à la création de laquelle il attachait tant de prix; et de gloire. Il obéit à l’autorité. Toutefois la perte de cet enseignement (pii convenait tant à ses goûts et à ses talens , et dans lequel il servait à la lois l'humanité et la science, l'aurait découragé , si sa philanthropie et son amour pour l’art pour lequel la nature l’avait doué des plus heureuses dispositions , ne l’avaient emporté sur les passions que réveillent les menées de l'intrigue et l'injustice des hommes.

Il est presque inutile de dire quel lut le sort de cette nouvelle chaire, pour l’honneur de la Faculté et l’instruction médicale. On sent bien que le savant professeur qui , dans l'enseignement clinique, avait réuni avec tant d habileté la théorie à l’expérience , dut faire des leçons qui ne laissaient rien à désirer, autant par l’exactitude de leurs principes que par la justesse de l’application de ceux-ci. 11 attirait les élèves par sa réputation, fixait leur attention par la pureté et l’élégance de son élocution , et les persuadait par la solidité et la force de ses raisonnemens ; il avait , en un mot, le rare talent de plaire , de convaincre et d’instruire.

Sa réputation médicale attirait auprès, de

lui , de toutes les parties du monde , des ma» lades pour lesquels les secours de la médecine étaient pendant long-temps restés impuissans, et Baumes prouvait souvent, par son génie, qu’il est des ressources dans l’art pour celui qui connaît toute l’étendue de son pouvoir.

11 s’était fait remarquer dans une infinité de cas difficiles et obscurs, par une si grande force de tête, que ses conseils étaient considérés par ses concitoyens et ses confrères comme les oracles de la médecine. Les uns y trouvaient toujours l’espoir si heureux de la guérison et les autres un auxiliaire puissant ou une sauve-garde contre leur réputation.

L’expérience avait convaincu Baumes de l’influence utile qu’exercent les Sociétés de médecine sur le perfectionnement et l’agrandissement de la science. Pénétré de cette idée, et inspiré par le plus noble enthousiasme pour les progrès de sa profession, il posa les fondemens de la Société de médecine-pratique , dont il fut fait le secrétaire perpétuel, et dont la splendeur, à cette époque, l’a disputé pendant long-temps aux réunions académiques les plus distinguées. Les savans articles qu’il a consignés dans le Journal , et les actes publiés par cette Société, dont il était le rédacteur général, sont si nombreux et si importans, que l’on a de

la | )oine à concevoir que Baumes , professeur zélé et praticien répandu, ait pu avoir une part aussi active et aussi utile à une entreprise qui, seule, devait absorber tout le temps qu’il est permis à l’homme de consacrer au travail. Mais doué d’une activité prodigieuse, et doublant son existence par ses veilles, ce savant suffisait à tout.

La fertilité de l’esprit de B u mi s paraîtra encore plus étonnante , si , à ces prodiges de l'intelligence humaine , on le montre cherchant des délassemens dans la culture des belleslettres , et ajoutant à sa gloire médicale des productions dignes des littérateurs les plus célèbres. Lorsque, dans ses ouvrages de haute poésie dramatique , la justice des hommes aurait dù trouver de nouveaux titres pour honorer l’universalité de ses connaissances , la méchanceté de l’envie qui empoisonne tout, n’y trouvait qu’un prétexte pour ternir les

grandes qualités du médecin.

*Si l’on considère Bu mis dans les hommages qu’il a rendus à la science, on se convaincra, par les écrits qu’il a publiés, qu’il est peu de médecins qui méritent une plus grande part au souvenir de ses contemporains et au respect de la postérité.

C’est en vain que dans Baumes, nosologiste,

on chercherait à atténuer le mérite du savant pathologiste. Quoiqu’il ait emprunté à une des sciences accessoires à la médecine , les bases de sa classification des maladies, notre célèbre professeur savait que la chimie des corps vivans n’est pas celle de nos laboratoires. Dans ses livres ? comme dans ses leçons, il professait essentiellement la doctrine de l’illustre chancelier de l’Université de Montpellier , dont il fut le disciple et l’admirateur. Partout on le voit le ministre fidèle et prudent de la nature , appréciant avec sagacité son pouvoir dans les maladies aiguës , et son insuffisance dans les maladies chroniques ; interprétant toujours , avec habileté , les lois dirigent ses opérations dans les unes et les autres; réprimant, respectant ou aidant son action , selon qu’elle était ou trop intense , ou suffisante , ou trop faible ; s affranchissant librement des préjugés et dé la routine ; éclairant de son expérience les idées fausses qu’on avait sur la nature et le traitement d’un grand nombre de maladies, appuyant sans cesse ses opinions sur des faits; défendant enfin, la doctrine physiologique du vitalisme , la seule qui soit d’accord avec les faits et la meilleure méthode de philosopher , et qui soit capable d’aider la solution des problèmes difficiles d’un art où l’on décide de la

santé , du bonheur et de la vie des hommes. Tel a été le professeur Baumes, malgré l'apparence de ses vues systématiques en nosologie. Aussi, fort de l'excellence de sa doctrine , il était peu inquiet de lopinion que la postérité concevrait de sa philosophie, et il a gardé le plus profond silence sur la critique de ses contemporains.

Bai mj s s acquit en peu de temps, par le nombre et la variété de ses écrits , une réputation si brillante, que , dès l'aurore de sa Me medicale , les Academies les plus célébrés semblaient accroiti*e leur splendeur en le comptant au nombre de leurs associés. 11 était membre de toutes les Académies ou Sociétés de médecine de la France, et d’un très-grand nombre d’étrangères.

Lest dans la lecture des ouvrages du professeur Baumes , qu’on verra les titres qu’il a pour être rangé parmi les écrivains les plus célèbres :

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