V. les ouvrages de MM. Ed. de Barthélémy et Cousin
2. L'auteur de la Clélie introduit les deux époux, sous les noms de Scaurus et Lyriane, dans le temple de la Fortune, pour interroger l'oracle sur leurs destinées. — Portrait de M""" Scarron. — La belle Lyriane, introduite auprès de l'oracle, ne veut rien demander. « Car enfin, dil-elle au sacrificateur, si je dois être heureuse, je le serai infailliblement, et s'il doit m'arriver quelque mallieur, je le saurai toujours assez tôt. — Ce que vous dites est si bien dit, reprit le sacrificateur, que je ne doute pas que vous ne soyez un jour aussi heureuse que vous méritez de l'èlre. v
M^x^ Scarron, dit la Beaumelle, avait vingt quatre ans, quand ISfUe de Scudéry fit cette prédiction. Les deux époux furent reconnaissants. Scarron dit dans son Épilre chayrine à iV"^ de Scudéry :
Vous donnez donc ainsi de l'immoitalité,
Par un pur mouvement de libéralité,
Et de votre Scaurus l'agréable peinture
M'affranchit donc ainsi des lois de la nature !
Celle par qui le ciel soulage mon malheur,
Digne d'un autre époux comme d'un sort meilleur,
lyriane en un mot vous est fort obligée.
Et non IXVam'e, comme portent toutes les éditions des Œuvres de Scarron.
d'austères personnages, ainsi que nous le verrons bientôt, n'étaient pas insensibles à l'ambition de figurer dans cette galerie romanesque. La plume de Sapho faisait concurrence au pinceau de Philippe de Champagne aussi bien qu'à celui de ]Mignard ou de Petitot.
Mais il y a dans la Clélie un genre d'intérêt particulier qui la distingue des autres romans publiés sous le nom de Georges, et qui achève d'en révéler le véritable auteur. La femme s'y montre de plus en plus, avec ses vertus comme avec ses foiblesses. Nous ne voulons pas seulement parler ici de la Carte de Tendre qui se trouve au tome P', et que l'auteur n'a jamais entendu donner que comme une plaisanterie de société '. Ce mélange d'allégories galantes et de descriptions imaginaires, sans remonter ici jusqu'au Roman de la Rose, à la géographie fantastique de Y Utopie et du Pantagruel, avait été, si l'on en croit l'abbé d'Aubignac, mis en œuvre dans sa Relation du royaume de Coquetterie, composée longtemps avant l'apparition du premier volume de Clélie, quoique publiée seulement pendant le cours de la même année 1654. Dans la
1. Celer conte à la princesse des Léontins que Clélie s'étant amusée un jour à supposer qu'il y avait un pays de Tendre, dans lequel on pouvait voyager, on lui en demanda la carte, qu'elle traça et dessina comme on le voit dans le roman. Clélie, t. I, p. 399-iiOl.
Mais plus loin, p. kll, elle proteste contre la publicité donnée malgré elle à cette bagatelle, « qui éloit faite pour n'être vue que de cinq ou six personnes d'esprit, et non de deux mille qui n'en ont guères, ou qui l'ont mal tourné. »
Lettre d'Ân'ste â Cléonte\ il nous apprend que « pour le brouiller avec l'illustre Sapho^ certaines personnes, jalouses peut-être de ce que, par l'occasion du voisinage, il avoit depuis quelque temps renoué son ancienne connoissance avec elle, avoient représenté sa Carte et sa Description du royaume de Coquetterie comme une imitation, sinon comme un larcin de celles du Pays de Tendre. »
Quoi qu'il en soit de cette question, pour nous assez indifférente, de savoir si la création de l'abbé est antérieure, ou même, comme le veut Furetière, supérieure à celle de M"* de Scudéry, d'Aubignac, dans son apologie, en prend occasion de nous raconter, sur ses rapports avec elle et avec son frère, quelques détails qui trouveront bien ici leur place. « Elle ne sauroit avoir perdu le souvenir que, dès la première fois qu'elle me montra son Pays de Tendre, je lui dis que j'avois dès longtemps fait une description de la vie de ces femmes extravagantes que l'on nomme Coquettes, mais que ma profession présente m'empêchoit de faire voir de quel air je les avois traitées. Elle s'efforça même de me relever de ce scrupule par des considérations que son frère soutintd'une manière fort obligeante, et nous en parlâmes trop longtemps pour avoir oublié cet entretien qui doit fermer la bouche à tous les autres ^ w
Des termes dont se sert d'Aubignac, et de l'af-