‹ Notice des dessins de la collection His de la SalleChapitre 1 sur 124 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Né en 1795, M. His de la Salle (Aimé-Charles-Horace) était fils d'un littérateur distingué et de madame Hélène de Nervo, musicienne de grand talent, veuve en premières noces du marquis de Montgeroult.

Mme Vigée-Lebrun a consacré dans ses Mémoires quelques lignes à la mère de M. de la Salle : « Mme de Mongeron (lisez Montgeroult) , quoique très jeune alors , n'en étonna pas moins toute ma société, qui vraiment était fort difficile, par son admirable exécution, et surtout par son expression: elle faisait parler les touches. Depuis et déjà placée au premier rang comme pianiste, vous savez combien Mme de Mongeron s'est distinguée comme compositeur. » (Souvenirs do madame Vigée- Lebrun, 1. 1, p. 62.)

M. de la Salle se trouvait donc tout préparé, par la société habituelle de sa mère, à comprendre et à aimer les arts. Après sa sortie de l'école militaire il entra aux gardes du

corps et suivit, en 1815, le roi Louis XVIII à Gand , Tannée suivante il était nommé lieutenant dans le régiment des cuirassiers de la garde, puis chevalier de la Légion d'honneur. Ses inquiétudes au sujet de la santé de sa mère, déjà profondément atteinte, le déterminèrent, en 1826, à quitter le service. Mme de Montgeroult dut partir pour l'Italie, où elle succomba après un séjour de deux années. Son fils, qui l'avait accompagnée, la fit ensevelir dans le cloître de l'église Sta-Croce, à Florence.

C'est à l'Italie queM.de la Salle doit ses premières et solides connaissances en matière d'art et le goût si élevé qui le distingue entre les amateurs. Ses débuts comme collectionneur datent du temps de son service militaire; il recherchait déjà les estampes et les lithographies ; celles de Charlet et de Géricault eurent d'abord ses préférences.

La vie très simple de M. de la Salle s'est écoulée dans le calme de l'étude; sa préoccupation constante était de voir et de comparer les chefs-d'œuvre de nos musées et de nos bibliothèques, tout en formant, avec un rare discernement, ses collections.

Il se retrouvait fréquemment à la salle des ventes, puis chez les grands marchands de dessins et d'estampes, Guichardot, Defer et Biaisot, avec deux autres amateurs passionnés, MM. Louis Lacaze et Frédéric Reiset. Les rapports affectueux qui s'établirent entre eux par suite de ces rencontres journalières, contribuèrent fortement à la détermination généreuse que devaient prendre MM. Lacaze et de la Salle ; ils savaient, en léguant leurs collections au Louvre, que c'était par les mains de leur ami M. Reiset qu'elles viendraient un jour occuper leur place dans les galeries du Musée.

A l'exception de quelques notes inscrites sur les marges de Ses catalogues, rien ne nous reste des études de M. de la Salle pendant ses voyages en Italie et en Flandre. Sa nature toute primesautière, très vivement portée à l'admiration, lui interdisait les recherches d'érudition et les déductions dictées par le raisonnement. Ses qualités exceptionnelles provenaient d'un goût inné, très pur et entièrement éclectique. Lieutenant aux

gardes du corps, il s'éprend de Gëricault et de la fière attitude de ses cavaliers; amateur d'estampes, il forme cette collection qui comprend les graveurs depuis Marc Antoine jusqu'à Calamalta et Henriqucl; l'antiquité devient ensuite l'objet de sa prédilection ; il recherche les bronzes et les médailles, mais s'attache seulement à la pureté du style sans -tenir compte de la rareté des œuvres. M. de la Salle estimait que l'histoire des arts doit avant tout se transcrire à l'aide de beaux monuments. Chose très exceptionnelle, il ne s'est jamais cantonné dans une période ou dans un genre; il regardait l'antique comme un modèle sans égal ; il s'éprenait ensuite de la Renaissance italienne, tout en dédaignant les imitateurs qui ont surgi au déclin de cette grande époque; et il professait aussi pour le Poussin une admiration enthousiaste; en un mot il plaçait les maîtres secondaires là où ils doivent être placés, n'ayant jamais assimilé à l'égal d'un Poussin ou d'un Lesueur, un Fragonard ou un Moreau.

Nous devons insister sur les qualités de l'homme privé, sur sa générosité poussée à l'excès et son entier désintéressement. M. de la Salle n'a jamais consenti à se dessaisir d'un objet d'art en raison du prix élevé qui lui en était ofïeit. 11 remit au Louvre, en 1851, par l'entremise et sur la demande de M. Reiset, au prix auquel il les avait acquis et pour compléter la salle des maîtres français modernes, neuf précieux dessins de Prudhon, Girodet, Gros et Géricault. En 1866, le Louvre reçut encore une suite d'études pour les Sacrements du Poussin; une large part a été également attribuée à l'École des Beaux-arts, à la Bibliothèque Nationale et aux musées de Dijon et d'Alençon.

Quelques-uns des chefs-d'œuvre que possédait M. de la Salle, des bas-reliefs en marbre et en bronze, prenaient place, de son vivant, dans les salles des sculptures de la Renaissance, au Louvre. Puis, peu de temps avant de mourir, il offrit ses meilleurs tableaux et des dessins de Prudhon, de Géricault, de Léopold Robert et de Marilhat.

Malgré la fatigue que lui . causait tout travail prolongé, M. de

la Salle transcrivit de sa main l'inventaire de sa collection de dessins, et choisit pour l'assister dans le long et dernier examen des objets auxquels il s'était tant intéressé, M. Reisct, directeur des Musées Nationaux, et le marquis de Chennevières, conservateur du Luxembourg, auxquels il voulut bien nous associer. Un seul objet fut réservé par lui, jusqu'à sa mort, le portrait en miniature de sa mère, par R. Cosway.

La collection fut transmise au Louvre le 19 février 1878.

M. de la Sa'le n'imposa jamais de conditions en retour de ses libéralités multiples; à l'exemple de son ami M. Lacaze , il donna simplement et généreusement, sans songera réjlamer quelque salie particulière dans le Louvre ou même une plaque commémorative; il ne voulait pas laisser soupçonner que la vanité eût la moindre influence sur ses déterminations.

Condamné depuis plusieurs années à une réclusion absolue, il s'affaiblit sensiblement à la fin de 1877; néanmoins, il conserva jusqu'à ses derniers instants la force d'accueillir ses amis; il mourut la 28 avril 1878.

M. de la Salle a laissé le souvenir de l'un des hommes les plus courtois et les plus généreux de notre temps; non seulement les amateurs français, mais aussi les étrangers savent avec quel empressement il faisait les honneurs de ses collections. Vivant tout à fait retiré du monde, et sans aucune ostentation, il ne connaissait pas de plus grand plaisir que de se voir entouré de quelques amis qui partageaient son enthousiasme pour les chefs-d'œuvre des arts.

Si son âge et la dignité de son caractère ont inspiré le respect, ses qualités affectueuses lui ont valu en retour de vives amitiés; peu d'hommes ont mérité d'être regrettés aussi sincèrement et aussi profondément que M. His de la Salle.

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