‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 26 sur 125 · ANONYMES A LA SUITE DES PÉNICAID · texte numérisé non relu

ANONYMES A LA SUITE DES PÉNICAID

bruns ou bleus translucides sur paillon , se détachent sans vigueur sur un fond général, où le vert domine. La toison des moutons est poinlillée en blanc d'une façon monotone , les carnations sont pâles et un peu violacées, les figures longues, et l'ensemble de trop peu de mérite pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter plus longtemps.

1.^0. — Le mois de Jvi^ , faisant partie d'une suite gravée par Etienne de Laune. — Assiette en émaux de couleurs sur fond noir, avec emploi de paillons et rehauts dor. — Diamètre, 0,198.

Une femme occupe le centre et est représentée tondant une brebis; un homme, à gauche, s'avance vers elle en portant une seconde brebis sur ses épaules, et un bercer, placé à droite, se baisse pour en soulever une troisième. On voit le troupeau en arrière et au fond un pâtre s'appuyanl sur sa houlette. Le signe de TEcrevisse se détache dans le haut sur un fond d*or, et dans le bas on lit, sur une bande d'émail blanc, le nom du mois, IVING, écrit ainsi en lettres noires. Le rebord est orné de bustes de femmes terminés en arabesques, alternant avec des masques de satyres et des têtes ailées. Le revers est décoré d'une sorte de rosace formée par quatre figures arabesques supportant des coupes et des draperies entre lesquelles sont disposés quatre groupes de chimères à tètes d'homme et de femme. Une vignette en arabesques dorées termine le décor; elle est coupée par quatre niédaillons en grisaille, où sont peintes quatre figures de guerriers morts, en couleur rouge rehaussée d'or. — ^Collection Révoil, no 172.)

A^ONYilIE.

Cet émailleur a pris avec bonheur, dans Pénicaud, ses effets de grisaille pleins de douceur, quoique tranchés. Dans la plaque suivante, qui se distingue par le talent avec lequel est rendu le dessin de Raphaël, c'est dans les têtes que se trahit la faiblesse. Des expressions, nulles quand elles devraient être animées, ou sinistres quand elles pourraient être calmes, prouvent l'inexpérience et la maladresse de l'imitateur.

l^t. — Énée consolant les Troyens, d'après Raphaël. — Plaque en grisaille sur fond noir, les carnations légèrement teintées, quelques détails dorés. La composition fait partie d'une suite de sujets tirés de r Enéide, qui sont réunis dans une flanche que

Marc-Antoine a gravée d'après Raphaël. (Bartsch, Œuvre de Marc-Antoine, n^ 352.)

Énée, debout sur le rivage, la tête nue, s'appuie de la main gauche •ur une pique, et de la droite fait un geste qui semble accompagner les paroles qu'il adresse à un groupe placé du côté droit. Les personnages qui composent ce groupe sont , un liomme coifîé du bonnet troyen , un jeune homme, en avant, tête découverte, un homme portant une pique, et derrière celui-là un autre dont on ne voit que la tète. Un jeune homme, armé d'une pique, est posé à gauche, en arrière d'Enée , dont le nom est écrit en lettres d'or , au-dessus de la tête : ENEAS. On voit une barque sur les flots, près du rivage." Le contre-émail est incolore et très rugueux. — (Collection Durand , no 104/2620.)

A]>Oi>YME.

S'emparer de la forme , des mouvements et des expressions de tête de son maître, imiter avec bonheur ses effets, cela ne suffit pas pour tromper l'œil du connaisseur, que choquent des contours lourds et épais, un dessin peu sûr, et surtout l'absence de cette touche pleine d'esprit et de goût qui distingue Pénicaud.

1^!^. — Trait de piété filiale. — Plaque en grisaille, sur fond noir, les carnations légèrement colorées, détails dorés. — Hauteur, 0,076; largeur, 0,133.

Un homme, qui semble mort, est attaché par des cordes contre le tronc d'un arbre qui occupe le bord de l'émail, sur la gauche; il a le corps percé d'une flèche, les jambes sont enveloppées d'un manteau. Un jeune homme tient un arc tendu et est prêt à décocher une seconde flèche ; un autre jeune homme agenouillé embrasse ses genoux. Du côté droit sont assis deux personnages que leurs insignes indiquent comme les juges de l'action; l'un tient un sceptre et porte sur la tète une couronne à pointes: il est sans barbe ; l'autre, plus âgé , est coifîé d'un turban. Mariette avait recueilli une légende qui doit être le sujet de cette composition : Deux hommes se disputaient l'héritage d'un mort, et chacun, pour se l'attribuer, prétendait être son fils unique. Le juge, embarrassé, ordonna que le corps fût apporté, et déclara que l'héritage appartiendrait à celui des deux prétendants qui le percerait d'une flèche. L'imposteur y consentit; le fils tomba aux genoux du juge, se refusant à accomplir un acte qui lui faisait horreur. — Le revers est incolore. — (Collection Révoil , no 277.)

ANOYilIE.

L'émail dont la description va suivre n'est pas indigne de Léonard, ou de l'un des Pénicaud. Il puise dans la vi-

ANONYMES A LA SLITE DES PÉNICALD. 167

gueur de la composition originale, et dans l'éclat des carnations teintées au milieu de la grisaille, son mérite principal. Il pèche par les extrémités qui manquent de fermeté, par la touche qui est molle, et le modelé qui est vide. L'encadrement sombre est bien entendu pour faire valoir cette grisaille éclatante.

1S3. — Neptune et Amphitrite. — Plaque en grisaille sur fond noir, les chairs colorées, détails dorés et rehauts d'or, encadrement de couleur histre relevée d'or. — Hauteur, 0,195; largeur, 0,270.

Les deux divinités, assises sur un lit , se tiennent enlacées et échangent des baisers ; PAmour, ayant en main le trident de Neptune , les regarde et sourit ; un dauphin est à ses pieds. L'encadrement est orné dans le haut d'une tête de satyre, et sur les côtés de termes et attributs. Le revers est recouvert d'un émail jaunâtre, épais et presque opaque.— (Collection Durand , no 75/2543.)

Je ne sais pas le nom de l'émailleurqui signe ses ouvrages des lettres P. 1. et qui en a daté un de lo34 (1). C'était "un artiste de talent, un chercheur de procédés nouveaux, un de ces hommes qui, avec Léonard Limosin et Pénicaud III, ont porté les émaux de Limoges à ce point de rare perfection qui fit leur vogue.

So manière. Il est difficile de la juger sur un petit nombre d'ouvrages (2) et de faire la part du talent de cet

(1) collection sauvageot. Le pape, tête nue, est vu en buste, de profil et tourné vers la gauche ; il est chauve; il a une longue barbe blanche et porte une chape retenue par un gros fermail et ornée d'un large orfroi brodé en or. Trois sujets, tirés sans doute de la vie de saint Clément, se montrent dans cette broderie et sont touchés avec un art, un esprit, une verve tout à fait remarquables et caractéristiques. On Ht autour : ClemensVIL Pont. Max. 1534. P. L — Diamètre, 0,118.

(2) Misée DE Lyon. Plaque ronde, camaïeu sur fond bleu, diamètre 0,125. Sur une place qui est disposée comme une arène de combat, deu\ hommes, la tète nue, luttent à l'épée; d'autres, armés de longs butons, se tiennent à leurs côtés et semblent les témoins du combat. Une estrade soutenue sur trois colonnes occupe le fond, et

artiste au milieu des insuccès de ses hardies tentatives. Ce qui domine , c'est une finesse de touche , sentie et spirituelle, unie à un rare sentiment de l'effet. Comme Pénicaud, il fait poindre avec peu de chose, avec presque rien, des figures dans l'obscurité des fonds; mieux que lui il donne à ses figures une tournure qui rappelle les meilleures époques de l'art et fait penser à Prudhon. Il a exécuté des émaux de couleurs et des grisailles teintées sur fond bleu. Une couche d'émail très épaisse caractérise ses plaques, qui sont couvertes au revers d'un émail translucide, grenu et un peu sale.

PIERRE PÉMCAUD.

Le dernier venu des Pénicaud était, comme tous les siens, peinlre verrier en même temps que peintre émailleur. En iooo il reçut un à-compte sur le prix qui lui était alloué pour l'exécution d'un grand vitrail de douze mètres carrés. Ce paiement est enregistré, dans le livre des comptes de la confrérie du Saint-Sacrement de Limoges, ainsi qu'il suit : Avons baillé à Pierre Pénicaud et à RcchambauU, qui font la vistre de la Cène , que avons faict marché à six vingt livres, de quoi leur baillâmes comptant, comme appert par la lettre passée par Albin, la somme de 60 livres (1). Pour qu'un travail aussi important lui fût confié, il fallait qu'il fût passé maître et qu'il eût acquis déjà une position dans son métier; lui supposer, à cette date, quarante ans, c'est rester dans les probabilités, c'est le faire naître en 1515.

les personnages qui y sont placés dominent la composition. Le principal, couronné de lauriers, est assis et étend un sceptre sur un homme agenouillé à ses pieds. Au côté droit est une femme debout, qui pourrait être une figure allégorique de la Justice. Au centre du médaillon et de la composition, on lit, tracée en lettres d'or, la signature?. 1. Au revers, une Pallas est assise, tenant la Victoire dans la main. Près d'elle, d'un côté, un trident; de l'autre, l'étendard aux armes impériales. Cette bizarre composition a trait peut-être à la lutte de François I*' et de Charles-Quint. Le personnage couronné qui tient le sceptre a beaucoup de ressemblance avec le roi de France. Cet émail fiùt partie de la collection Lambert, léguée au Musée de Lyon.

(1) Ce précieux manuscrit est conservé à l'hôtel-de-villc de Limoges ; quant au vitrail, il a été détruit en 1770. Nous devons ces renseignements à M. l'abbé Texier.

PIEiiRE PÉ.MCALD. i (i )

Ho Cl' fait rÔMillc une aulrc probnbilile: c'est qu'il n'élail |i;is le (ils, mais le frère de Jean Pénicaiid le Iroisièiue, et (j il ils avaient tous deux pour père Jean Pénicaud jeune.

Sa imnirrr. C'est lexagéralion et un peu la caricalnro (K' Jean Pénicaud le troisième. Il a des tournures «lèliancliées et des tètes accenluèes à efTets, avec une hardiesse hrnlali' qui n'appartient qu'à lui. Je vais chercher les parlicularilés qui distinguent les deux frères. Je dirai tout d'ahord qu'ils ont beaucoup de ressemblance; mais tandis qu'on peut attribuera Pierre un mauvais email de Jean Pè- I icauu, il est impossible de donner un bon email de Pierre Pénicaud à Jean, car le meilleur de ses ouvrages n'atteint jamais les rares qualités de so!> frère. Ce qui le distingue, «e sont les proportions trop longues des tigures, la mollesse cotonneuse et monotone des plis, la froideur des grisailles (ij, les contours durs de ses figures et lesirs yeux rliarbonnès, la dii"ection uniformément droite de ses liacljures qui se croisent rarement par-dessus des hachures grises, le pointillé blanc et niaigre des arbres, l'absence (iu sentiuient de l'art, et la perte de cet instinct de l'effet qui est l'un des mérites de son frère. Il résulte de ses défauts comme de ses qualités des Cfinpositioiis à grand n)ouvemenl, si mal acs cntuées qu'au premier moment l'œil n'embrasse qu'une confusion jr.outonnéc rendue plus uniforme encore par une cui^son fautive qui pique l'émail cl le saupoudre comme d'une poussière blanche.

Il signe ses émaux de son chiffre PP (2). Je n'ai pas encoie reuci.ntré son noîi» en toutes lettres, et je doute qu'il l'ail iriis sur ses O'uvres. En généial elles sont anonymes et faites pour induire en erreur l'acheteur, qui a cru souvent achetei' des émaux de Jean Pénicaud son frère. Les plaques sont frappées au revers de la marque qui a e^ervi à toutes la famille, n)ais qu'on distingue dillicilement sous un émail l'paia et s(;iivoiil gi umcleux.

(1) collection c-RUPUHT. Quatre figures aliégoriquos dcl)Oiil. Grisailles. Hauteur, 0,3/|5; largeur, 0,055. Ces quatre pUiquos sont délaciiéis (l'un collVel, ainsi quf^ df-ux autres r(cuei!ii( s par M. du Sommerard, et qui figurent, seus le n" 1043, dans le Mu!-ée de Clun y.

(2) nkufiûe de ciuny, n° 1025. Ce plat, de forme circulaire, mesure m diamètre 0,/»30. La sgnatttre, tracée en or, est au basa gauche: on trouve celte même signature sur un émail, représentant Orphée, i!u cabinet de M. de Tu'^seau.

i70 NOTICE DES ÉMACX, BIJOUX, ETC.

tS-êo — Le Christ bus au tombeau. — Plaque en grisaille sur fond noir, les chairs colorées, détails dorés. — Hauteur, 0,120; largeur, 0,102.

Joseph d'Arimalhio cl >!COtlcme déposent dans le tombeau le eorps de Jésus,dontles blessures son! s:iiL^nanles;M.irie-Madclcine le soutient; derrière elle sont Marie, mère de Jacques, cl Salomé, cl de chaque côlé. des figures d'apôtres que rémail'.eur a jniroduilesdans celle scène, coniraircîjienl à l:i tradition. Le conîre-ériiail est iiicolore. — Collection Rèvoil. n- 272.)

1^5. — Bataille. — Bouclier circulaire et convexe, en grisaUlc sur fond noir ; quelques détails dorés. — Diamètre, 0,400.

Un cavalier vu de dos, ayant un casque à panache et une cuirasse, et portant un ampJc étendard, occupe le centre de-la composition; sous les pieds du cheval sont étendus un jeune homme et son cheval renversés, un casque, un bouclier. Un cavalier occupe la î^auche, el l'intervalle entre les chevaux est rempli par deux ligures en;j!;a£;ées sous eux. el qui se couvrent de leurs boucliers. Troisguerriers à cheval remplissent la droite; deux se délacheni sur des étendards; le troisième, pose en avant . est armé d'un poignard qu'il dirige contre un combattant renversé sous les pieds des chevaux, el leur opposant son bouclier ; un autre est à terre près de celui-ci, el deux, debout, sont mêlés à l'action. Les fonds sont remplis de comballanls dont on n'aperçoit que les tèies surmontées d'armures et de trophées qu'ils portent au bout de leurs piques. Au haut de la composition est une pelite figure du dieu Mars armé d'un bouclier; il est porté par un nuage, cl se détache sur un fond de rayons dorés. Le contre-émail csl incolore. — (Collection Durand, n« 60/2520.)

l^B» — Combat de cavaliers au bord d'une rivière. — Bouclier circulaire et convexe, en grisaille sur fond noir ; quelques détails dorés. — Diam, 0,400.

Les figures sont nues, sans casques ni armures; plusieurs ont des boucliers, i.a composition ofi'rc une mêlée confuse d'hommes el de ciicvaux, se dirigeant des exirémités vers le centre. On remarque à droite un guerrier tenant par la chevelare un .jeune homme qu'il renverse: un autre à gauche, armé d'un poignard. Au premier plan, enire deux ciicvaux renversés, un jeune homme vu de dos, étendu et posé sur les genoux ; plus à droite, un cadavre sans lè'e enfoncé dans les eaux près d'un bouclier qui surnage. De chaque côlé des étendards surmontent ki scène, des lances el des trophées s'élèvcnl dans les airs. Dans le haut, le dieu Mars armé est porté sur un nuage el se détache sur un fond de rayons dorés. Le contre-émail est ir.colore. Collec'.ion Durand, u" 60/2324.^

t§^ et t^^ Us. — Neptune calmant la tempête , d^iprcs Raphaël. — Coupe avec couvercle en

piehre pémcald. 171

grisaille sur fond noir, délaih dorés. — Haul. , 0,1"0; diam., 0,180. Celte composilion est le sujet jjrincipal d'une planche qui réunit plusieurs scènes de Jl^néide, gravées par 31 arc- Antoine, d'après Raphaël. (Bartsch, tome xiv, n^ 352.)

NcpUine est représenlo au milieu des enux. doboul sur une conque que porienl trois chevaux marins; sa main droite lient un trident, son altitude est animée. Des lèîes de triions sorîent des e:uix près de lui, et. r.u-dessus, trois tètes bouffies perr:uU les nuages, personnitienl les venlF. On remarque sur les llois, à droite, luie embari.aiion à voile, et vers la Sauche les débris d'un vaisseau de la flolle d Eiiée.La silliouelie du rivage se détache sur un fond de ciel doré, ^'extérieur de la coupe est décoré de quatre fij^ures debout portant des !:ii;ces et des boucliers, allernan! avpcdes cartouches ornés; des draperies relevées rattachent les unes aux autres; destrophées d'armes relombent au-dessous des cartouches, eldei feuillages enloucent la base. Le pied est orne de Icles à ailes de papillon , relevant des guirlandes, et soutenant des trophés darnics. Sur le couvercle, six médaillons de forme ovale, alternant avec des Cîrlouches supportés par des lèîes d'enfant ou do satyre. Des tèles d'homme et de femme, vues de profil, sont peintes sur les médaillons, et des sujets dont les figures, de petite proportion, sont dorées, décorent les cartouches. A l'intérieur du couvercle, des lèîes d'homme et de femme, vues de profil, sont peintes dans les cuites qui correspondent aux médaillons de l'extérieur; des termes sont disposés dans les intervalles, et reliés par des arabesques. Le contre-émail est noir.— Collection Durand, no 3o/-24o7.)

Une grande verve dans le genre faux micliel-angelesqne de Goizius , une louclie plus facile que savante, un eliet plus saisissant que juste, mais, en somme, de la fougue et de l'abondance : tel est le caractère d'une suite de grisailles (1) que je suis tcnlc d'attribuer à Pierre I*cnicaud, bien que les draperies soient fermes, tandis que les siennes sont cotonneuses, bien que les bachures soient croisées, tandis qu'il mêle peu ses travaux de pointe; mais il est si difficile de connaître toutes les modificatioiis imposées à la manière d'un émailleur par ses caprices, ses éludes et par les peintures originales placées tous ses yeux, qu'il faut s'abandonner à l'impression produite par l'ensemble, cl d'instinct je crois les ligures que je vais décrire de la ntain de Pierre Pénicaud.

1^^, — Ari.\>«e, d'après Rosso. — Plaque cintrée

(i) Celte suite des dieux de la niylliologie antique a di\ ùUc complète ; elle est aujourd'hui disséminée de lous cClés. collcctiou •wauvageot. On y voit le Vulcaii).

ill NOTICE DES ÉMAIX. BIJOUX, ETC.

et concave, engrùaille sur fondnoir. — Haut.., 0,220; larg., 0,120; faisant partie d'une suite des divinité a de la Fable , gravées en vingt estampes, en 1526, par Jacques CaragJio , d'après les dessins de Rossô. Barisch., tome xv, n« 41/18.)

Elle est nue, debout, vue de face; ses yeux sont baissés, les bras éloi- 25iés du corps. Léinailleur a supprimé une couronue d'étoiles qui, dans la gravure, oruc la tète do l'Ariane. — ^Collection Durand. no92/-2578.)

1 §0.— Jlnon, d'après jRo.s.so. — Plaque cintrée et concave, en grisaille sur fond noir. — Haut., 0,220; larg., 0,120; faisant partie d'une suite des divinités de la Fcdfle, envingl estampes gravées en 1526 par Jact'iues Caraglio, d'après les dessins de Rosso. (Bartscli., l,)!r;e xv, n<^ 274.)

].:i df>csse est i;ue, vue de dos; son bras droit repose sur le eou d'ini p;ioii. le ttanclie iclicnl une draperie lonihaule. — :Collt ction Durand.

L'ciULiilleur ([ui signe ses ouvrages de celle lellre ne pnul <'lie conCondu ni avec les Pënicaud, ni avec les Courlois, l.eurniauiùreest difTërente. J'ai trouvé celle marquer i sur l'une des plaques d'un coffret (l) ; elle est tracée! ^ | en or sur un petit cartel blanc, et elle a tous les caractères d'une signature. Ces émaux représenleiil, en qiîatrc

(1) « olîecifon ssaitser. — La plaque du couvercle est plus grande que les aulres, mais il est iniUile de s'en occuper, puisqu'elle a été refaite pour conq)îélcr ce joli coffret, qui a tn luuiteur 0,0^7, il on largeur 0,0S0. La signature se voit dans le coin de droite, en iianl de la plaque où l'arilàte a ligure la mort de Sanison. Je sais qu'on doit se défier de ces lettres isolées. On voit dans la même cnlkclion uu autre colîrtt orné de treize émaux qui poilent chacun une lellre différente. Ces lettres sont des points de repère pour indiquer au monteur en cuivre l'ordre dans lequel les sujets se ranp;ent; mais le cas est ici durèrent ; une seule des plaques porte une lettre, et elle est placée au milieu d'un cerlel

LÈONAUD LI310SIN. 173

scènes (le cinquième est moderne), riiisloire de Samsou. Les figures sonlun peu longues et la louche manque de cet esprit que Pénicaud apportait dans ses travaux; sans ces défauts je lui aurais attribué ces grisailles.

LÉONARD LÎMOSî^.

tn s'appliijuant à rémaillerie, où les Pénicaud faisaient déjà merveilU', Léonard lui donna, par la souplesse de son lalenl, un essor et un caractère tout nouveaux. Ses niérites furent goûtés par François L-^; ils ont été reconnus et sanctionnés par la postérité.

Il doit, dit-on, le surnom de Limosin au roi de rran( e, qui voulait, en le créant son peintre et son valet de chambre, le distinguer de Léonard de Vinci. Je ne sais sur quelle autorité repose coUe hisiorielle qui m'a toute l'apparence d'un conte, comme il en fourmille dans la biographie des peintres. Il aura été imaginé par quelque flatteur do notre émailleur; car à qui persuadera-t-on ({uon pouvait confondre un personnage et un grand génie comme le Vinci avec un peintre comparativement très secondaire comm" leLimosin ? Il y a plus, dès le mois de mai lol9, Léonard d(^ Vinci était mort, et il est plus que probable qu'à cette date Léonard l'émailleur était un enfant parfaitement inconnu à la cour, et qui s'appelait Limosin par celte habitude de prendre le nom de sa province quand on portait un nom de famille commun, ou lorsqu'on n'avait qu'un nom de baptême, usa.îe assez géiiéral dans le moyen âge, et encore au Wle siècle.

Sorti du fond de sa province vers lo2o, Léonard Limosin entra dans l'école de Fontainebleau, et en 1530 dans l'émaillerie. Son dessin trahit cette origine, et ses premiers émaux sont de lo32. Il a dû travailler jusqu'à la fin de ses jours: car ses ouvrages, qui sont presque tous datés, marquent, par leur décadence, les progrès de sa vieillesse. En lo73et 1574 sa main tremble, ses couleurs palissent, léliiicelle créatrice s'échappe en même temps que les forces l'abandonnent. Si nous plaçons sa naissance en 1505 et sa mort en 1575, nous ne serons pas éloignés de la vérité. Il était donc en 1530 à Limoges (1), et je serais disposé à

(1) Un passa«ïe de la Cosmographie de Tlicvet mérite d'être c'iiv, bien qn'i! n'ait '.rin'érêt que si l'on pouvait lui assigner une date. Le

ftroire qu'il travailla dès lors pour le roi. Il ne faut pas oublier que François L» avait à Paris une nniltitude d'orfèvres habiles et délicats, pour exécuter les bijoux de ses maîtresses, les enseignes qu'il portait à son chapeau et les ai- 1,'uillettes émaillées qui couvraient ses pourpoints; mais sa Jurande affaire n'était pas là*: elle était dans la décoration de Fontainebleau. Une tradition, conservée par l'abbé Guil- J)ert, constate que le Rosso avait introduit dans la galerie de François I*^' , tant au plafond que dans les panneaux, des médaillons d'émail. Et en effet, on voit dans la disposition des encadrements une quantité de places qui semblent réservées à ce genre de décoration. C'était d'ailleurs dans les tendances de l'époque et dans les goûts novateurs du roi, (lui demandait en niéme temps à Jérôme délia Robbia de la sculpture émaillée en couleur. Personne mieux que ï.éonard Limosin n'était capable de rendre les cartons de maître Roux, cl tout me fait croire qu'il en fut chargé. Ces émaux n'existent plus; ils ont été détruits, non parle Primatice, dont on accusait les sentiments jaloux, mais par le temps, qui prend à sa solde les vai'iatioiîs de la mode(l). 11 était dès lors peintre du roi , mais ses occupations officielles n'absorbaient pas tout son temps, de même que SCS appointements n'auraient pas sufli à son existence. Il travaillait pour son compte, et cherchait les moyens les plus assurés de tirer parti de son talent. A cette époque les

célèbre historiographe avait beaucoup voyagé; natif d'Aiigoislêiue, il a (lu, plus d'une fois, passer par Limoges;. et s'il place en 1520 (il écrivait en 1570) la découverte de quelques antiquités dans cette \ille, il ne dit pas dans quelle année il les vit : // n'y a pas cinquanlc ans qu'aux l'ondcnicnis de ccriahtcs vieilles murailles xoisincs de la ville (àeh'imo^es), Ton dcrouvvil plusieurs antiquités , eoiuvic statues, jjîc- (lailles et mcdaillous, et me recorde qu'il me fut -montré, en la maison de l'un des excellents ouvriers en émail qui soit par aventure au monde, une petite idole de Mercure. Cosm., Hv. XIV, p. 458. Paris, 8°, 1571-

(1) Voici comment s'exprime l'abbé Guiîbert dans sa description de rontainebleau , médiocre ouvrage avec lequel il faut pourtant compter : « François 7"' employa te llosso éi cette galerie; il l'orna, outre les tableaux, de quantité d'ouvrai^^cs d'émail dont on voit éc peine quelques restes (p. 80). Deux médaillons en émail représentent à droite -4pollon, et à gaudtc Diane sur leurs chars (p. 87 et en note). Les peintures sur émail étaient fort en réputation sous te régne de François 7e^ Rous (le Rosso) fn avoit fait une grande quantité que saint Martin (le Primatice) délruis't.

LÉONAF.D LIMOSIN. i73''

tableaux de sainlelé elaieiU d'un débit facile, surtout ces suites de la passion ou de la vie de N.-S., dont Albert Durer, par ses gravures, avait propagé le goût, et Marc- Anloine étendu, par ses copies, la popularité. Léonard (•omposa une vie du Christ en dix-huit sujets, et les exécuta en émaux de couleur, les signant de son chiffre L L et de la date 1533 (1). Il était ainsi" à l'affùl des sujets à la mode, et la fable de Psyché, peinte par liaphaél à la fin de sa vie et transportée avec les gravures du maître au dé, un élève de Raimondi, dans l'Europe entière, venait d'enchanter tous les hommes dégoût. Les reproduire en grisailles lui parut, en lo35, une bonne spéculation; ce fut, comme travail, l'affaire de quelques mois (2).

J'ai vu un couvercle de coupe peint par Lc'Onard, signé de son chiffre et daté de l'année 1o36 (3); je décrirai un tablier ^i) et un échiquier, datés de 1537, et qu'il a peints en blanc et en vert, rehaussant les blancs de délicieux camées peints on noir, et les verts de délicates arabesques tracées en or; cette application franche et heureuse de l'émail aux meubles de la vie privée date de l'année 1537 (o), et provoque ces questions : Est-ce à lui que Limoges dut ses premières coupes (6), ses aiguières, ses plats, toute la vaisselle de la table et tous les ustensiles domestiques, fabriques en métal vulgaire, mais revêtus de ce riche vêtement d'éinail, aussi éclatants par l'élégance du dessin que par la variété des couleurs? Doit-on louer l'artiste, autant

(1) collecîion E>?î>r«j-e, n° 696. Hauteur, 0,170; largeur, 0,140.

(2) îiinsf'C du liOuvre, n° 253. Voyez aussi, page 178, dans le tableau des travaux de Léonard, une répétition de ces sujets de l'année 1545.

(3) collection AsMlrew Fountaiiie. Un couvercle de coupe, décoié de quatre médaillons, formé par des guirlandes de feuillages encadrant les buslcs d'Hélène, Ilecîor, Herclmles, Lucrese. Entre les médaillons, des cartels portent les 'cttres LL et la date 1536. Les médaillons dans rintéricur sont dorés à plat, et le dessin est enlevé à la pointe. Diamètre, 0,215.

(4) Voyez ce mol dans le glossaire de la seconde partie.

(5) Musée <îu i.ouvre, n» 265.

(6) Pierre Raymond a exécuté, il est vrai, une coupe en 1534 ; mais il est prol)able i\ne nous n'avons pas, dans le couvercle de coupe peint par Léonard en J536, la plus ancienne de ses applications de l'émail aux meubles de la vie privée.

176 NOTICIÎ DUS ÉMALX, BIJOLX, ETC.

f-iiie la ville iiiduslrieile eut à se louer de ce développcliient donné à l'éniaillerie? Je ne saurais répondre à ces deux questions dune nsanière absolue; je dirai cependant, quant au preniicr point, que les probabilités sont en laveur de Léonard; cl quant à l'utilité de celle extension donnée à l'application des émaux, il faut remarquer qu'elle fut l'avantage de fouinir aux artistes de nouvelles données, une nouvelle carrière, et que d'ailleurs l'hésitation n'était pas permise. Les émailleurs limousins n'auraient pas trouvé un débouché suffisant à leur activité, s'ils l'avaient limitée à la peinture des plaques de triptyques, de coffrets et de reliquaires. Il est vrai que la peinture en émail, poussée dans cette voie, prit bien vile, ou plulôt qu'elle leprit le caractère industriel que donnent aux œuvres la hâtive production, l'imitation sans choix et la répétition des mêmes sujets sans relâche. Elle y fut sollicitée par ses succès et par les commandes qui affluèrent de toutes les parties de la France et des quatre coins de l'Europe. Nous en avons la preuve dans les innombrables émaux armoiliés, c'est-à-dire exécutés sur ordre, pour les personnes dont elles portent les armes, et ces écussons n'appartiennent pas tous à nos rois, à nos princes, à nos seigneurs; beaucoup d'entre eux nous apprennent que les grandes familles allemandes (1), anglaises et hollandaises suivaient la mode, en commandant leur vaisselle de parade à Limoges.

En Jo39, Léonard peignit un Christ sur la croix, d'un ion violacé (2); un Calvaire dont on vante la fine exécution (3), et le portrait de Martin Luther (4), qui était de

fi) Voyez pages 21 1 et 213, noie k, de cette nolicc. On conserve dans Ja Kunsilvainmer de Berlin un plat rond (diamètre, un pied et (ieuii) avec son aiguière n" 255, et une ass'elte n" 256, qui sont ornés des écussons des familles patriciennes d'Augsburg, les Arlzt et Welser.

(2) collection isarnal, à Londres. Cette plaque, haute de 0,260 environ, est signée L. L. 1539.

(3) Émail carré long, de 0,220 de haut sur 0,160 de large, peinture en émaux de couleur sur paillon , signé L* L* 1539, n" 96 du cata- Jogue Didier Petit.

i^\) Journal arcliéologique de Londres. On y lit, tome VII, page 81, que M. Webb a présumé à l'association un portrait de Martin Luther, par Léonard Limosin, signé L. L. 1539. J'ai vu chez M. Webb, mon collègue du jury de I^ondres, ce portrait, peint un peu durement sur fond bleu ; il n'a pas une ressemblance bien décidée avec Luther. Hauîeur, 0,070 environ.

LÉONARD LIMOSIN. -JTT

bonne dcfaile à celle cour de France, où les tendances se portaient avec ardeur vers la réforme. L'année suivanu-, il exécuta une Annonciation en émaux de couleur sur paillon, avec cette hardiesse liàlive qui produit des reuvrc^s îàcliées, et qui commençait à devenir le signe caractéristique de ses travaux (l). Il avait poussé la grisaille aux dernières limites de la perfection, lorsqu'il répéta pour le roi, en 1343 (2), l'histoire de Psyché. D'autres séries de sujets mythologiques, de plais et de coupes, constatent l'activité <5e Léonard et la fécondité de son atelier, à celle époque de sa vie (3). L'année suivante il songea à reproduire lui-niéme ses compositions par la gravure. Les émaux n'étendaient pas, à son gré, sa renommée assez loin ; m;us il faut croire que ce genre de travail, qui exige de la patience et ne permet pas <lc dissimuler sous l'éclat des couleurs certaines faiblesses de dessin trop évidentes, le rebuta, et qu'il s'en tint à quelques essais (4). On lit ce qui suit dans les comptes des bâtiments royaux, année 1345. a A Michel Rochetei. paialrr, pour avoir i>ar luy fait douze tableaux de paintuvc de coullcurs sur pappicr, chacun de deux pieds et deynjf et eii chacun d'iceux painl la fir/urc de l'un des apostres, qui sont les douze aposlres de iwslre Seigneur, et une bordure, aussr de painture, au pourtour de chacun tableau, pour serrir de patrons à l'esmailUur de Lymofjcs, esmailleur pour le Roi/, pour faire sur iceux patrons douze tableaux d'esmail. » Cet esmailleur pour le Roy n'est autre que Léonard Limosin. Ces douze carions lui furent envoyés à Limoges, et en

(1) J'ai vu un émail daté de celte année chez un marchand. L'anjrc lient une banderole sur laquelle on lit : AYE MARL\ GRACLV PLENA DOMLWS TE. On voit en outre sur le pot d'où sort le lis : L. L. i5/j0. Hauteur, 0,225; largeur, 0,170.

(2) sius^e (lu i^ouvre, n" 2^0. «olloctioii Andrew Fonntamr.

Une coupe, Astiaivix. Les anges qui soutiennent et relèvent les rideaux sont de toute beauté. La signature L. L. iôk'i est tracée en or dans un cartel vert tenu par deux satyres dans un mouvement anime et spirituel. Hauteur, 0,125 ; diamètre, 0,215.

(3) C'oltection du cliûsean de ^varwick. — Un plat orné d'un côté du repas des Dieux, et quatre plaques représentant des sujets mythologiques, signés LL, 1543.

(4) M. Robojt Dumcsnil n'en compfe que quatre, toutes signée» et datées de l'année 1544. Elles sont, dît-il, de la plus insigne rarelc (Le Peintre graveur français, tome V, p. 45); et , en elTet, i'abbé de Marolles, ce grand collectionneur, n'en possédait aucune.

i78 NOTICE DES ÉMALX, BIJOUX, ETC.

loîTii les avait termines; mais quand ils arrivèrent à Paris, le roi François h' venait de mourir, et les émaux suivirent une direction différente de leur destination première. Henri II, monte sur le trône, n'avait rien à refuser à sa maîtresse, et tout ce que les magasins des résidences royales contenaient en ouvrages remarquables prit le chemin du château dAnet (Ij, qui s'élevait alors sous la direction de Philibert Delorme. Les douze apôtres peints en émail furent du nombre; ils décorèient la chapelle (2).

Dans celle même année loio , on lui demanda une nouvelle suile de l'histoire de Psyché peinie par Raphaël. Il se servit des gravures arrangées par Ducerceau d'après celles du maître au dé, et il refit ses giisaiiies de 1334 (3). L'année suivante, il peignit quelques portraits avec cette finesse et ce modelé habile qui leur donnent encore tant de valeur (4).

(1) M. Doubîel de Boislhibault a retrouvé, dans les archives de lu préfecture d'Eurc-el-Loir, le piocès-veibal delà prise de possession du château d'Anet i)ar !a nation. Il est rédigé par un sieur Quevanjje, et date du 23 brumaire an VI (13 noveu'.bre 1797). On y lit : « Une chapclîe « construite en pierre de Vernon, — avec une tribune et une sacristie « boisées, pleines et ornées de douze apôlres en cuivre cmaillc. » Ces douze émaux furent donnés, par la jnéftcture, à l'église de Saint-Père de Chartre?, à l'époque cù elle fut rendue au culte, c'esl-à-dire en ISOf,

(2) Ces douze tableaux d'émail sur cuivre sont exécutés en émaux de couleurs sur fond blanc. Les détails, le!s que nimbes et bordures de vêtements, sont peints en or. Les figures, représentées debout, l)oscnt leurs pieds sui- un sol de verdure. La plaque principale, celle ({n'occupe l'apùtre, est er.tadrée dans un ensemble de placpies qui forment une disposition absolument semblable à colle du saint Thomas et du saint Paul appartenant au Musée du Louvre. La plaque transversale supérieuie est décorée d'un cartouciie flanqué de deux vases, sui- lesquels sont écrit* s en noir les premières lettres du nom del'apôtre. Un cartouche décore éga'ement la plaque transversale inférieure; une salamandre y est figuiée. Les niontants soîU ornés d'arabesques en couleurs sur fond bleu. Entre les deux plaqr.es dont ils se composent, est ]dacé un médaillon ovale en émail, fond bleu, avec la lettre F en or. La plaque principale a en hauteur 0,610 , en largeur 0,270. Sur la l)laque du saint Sim.on, diins l'en des détails des arabesques du moninnt de gauche, est la date 15/i7 en chiffres dorés. Sur la plaque du saint Paul, de toutes la mieux exécutée, on lit le monogramme LL {••acé eu lettres de couleur bistre sur le pommeau de l'épée.

(3) Aiicfenno colleeiion PK-aux. Une des pièces de cette suite porte le chifïVe LL et la date loA5.

(Zi) roîiccticîi Eï42 CzerlerysKa. Portrait en busle, de tiois

LÉONARD LIMOSIN. ili)

Il avait pris fanlaisie au roi François I", à la fin de sou règne, de se faire peindre sous les Irails de saint Thomas, cl les seigneurs de sa cour sous la figure des autres apôtres. Ce caprice, qui, sous l'influence de nos mœurs et dans la direction des idées actuelles, semble peu respectueux, était admis si généralement en Italie, que son introduction eu France ne peut être taxée bien rigoureusement. Léonard peignit ces émaux en même temps que les précédents, et également sur fond blanc, préludant ainsi, dès la première moitié du XYI^ siècle , aux Toutin et aux Pe-titot, qui devaient, chose étrange, devenir les inventeurs de cette invention. L'entourage de ces figures a été complété sous Henri 11, parce que l'ensemble n'était pas terminé à la mort du roi son père, et j'ignore si la suite des douze apôtres fut achevée (1). En effet, le grand roi venait de mourir : Diane de Poitiers régnait; Léonard Limosin l'a représenlée en croupe derrière son royal amant, etromme faisant son entrée triomphale dans le pouvoir. C'était en 1547 (2), il s'agissait pour le peintre en titre d'office de reconquérir la faveur d'un nouveau roi et de se maintenir

quarts, se détachant sur fond bleu. Le personnage a une lonjçue barbe, une toque rouge et un manteau fourré. On lit sur la pHnlhe émaillée d'un ton verdùtre, LL 154G, tracé en or. Hauteur, 0,180; largeur, 0,135.

(1) iB;îseo c!u i^ouvre, n"' 236 et 237. Je lis, dans des papiers ûo M. Alex. Lenoir, une note ainsi conçue : N"8^/c'.s- Feuillantines : dcuAcmaux cxéculis par Léonard de Limoges d'après les dessins de Solurio. La provenance du dépôt des Feuillantines est plus certaine que le nom du peintre.

(2) coHeeticn .îanies EScthscIiiUl. Cet émail, qui fut la propriété de l'Etat, et qui n'a pu perdre ce caractère, figurait sous le \\° Zi60 dans le Mu'^ée des Pctils-Augusliiis. M. Alexandre Lenoir Tu fait graver, de la grandeur do l'originul, pour son grand Recueil, et il l'a fait réduire pour son ouvnige in-S" en huit volumes. Dans le texte qui racconq)agne on lit : « Ce Musée renferme un beau tableau en «émail, où l'on voit Henry II et sa maîtresse montant le même « cheval; — une inscription manuscrite, en stjle et en caractères du •< temps, est placée derrière cette peinture. La voici telle qu'elle est « figurée : le portrait au naturel, du dt?s:n de Rapliail, du roi de « France, Henry II, accompagné de madame Diane de Saint-Vallier, » duchesse de Vaîenlinois, allant à la cliasse ; fait en l'an mil cinq cens « quarante-sept. » (Mu^ée des mon., tome IV, p. 9.) Je n'accepte de cette inscription que le nom de Henry II et la date.

f80 NOTICE DES ÉMAUX, BIJOUX, ETC.

(Ml place (t)î "11 peu d'encens clait nccessaire cl ne cùùlail rien alors à personne. Il en mil dans la composilion, il en mit surloul dans le soin avec lequel il peignil cel émail, un des plus beaux de son œiivre. Il avail alors essayé de loul, et il suivait sans doute sa fanlaisi^! autant que les goùls de sa clientèle, en variant ses grisailles, ici sur fond noir, là sur fond hteu, un jour teintées, un antre pas. En i54î>, il jïéignit riiistoire d'Acléon en gjisailles sur fond bleu du plus piquant effet (2).

Il s'appliqua de bonne heure aux portraits, et, malgré loules les diffîcullés, il les réussit à merveille. En looO, il exécuta celui de Claude de France, fille de Lou s XII el première femme de François I" (3). Comme celle princesse était morte en lo2^, et ([ue tous ceux qui pouvaient s'intéresser à elle l'avaient suivie dans la tombe, il est probable que ce portrait apjiartienl à quelque suite de reines ■ûe France, que Léonard aura été chargé de peindre pour la cour, il fil aussi une suite de portraits d'hommes célèbres dans la robe et dans les lettres, et sans doute beaucoup d'aulfisqui ne nous sont pas parvenus (4). Ce genre de peinture si dilïlcile exige, mérne dans une reproduciion, des éludes el une science de dessin que peu d'émailleurs possédaient; mais Léonard Limosin,en se consacrant à l'émailleri^, n'avait pas abandonné la peinture. Toutefois, nous n'avons conservé, du moins on ne connaît aujourd'hui, qu'un seul de ses tableaux peint à lliuileet de grande di-

Cl) Je lis dans VElal do; o[]lncrs ilomcxliqucs du voy Henry II, })arnn les varlets de chambre : Làmmd Lhuo.shi en 1548, hors en 1551. {resl-à-dire qu'admis au lilre d'officier en 1548, il fut rayé en 155i, el réin'.égré plus tard, ainsi que nous le venons page 184.

(2) Collection Aiîtlrew romUainc. Couvercle d'une coupe avec -sa monture primitive. On lit sur un cartel : J549. Diamètre, 0,220. Dans la même colk-ction une coupe décorée d'un ccusson ; on lit sur une banderole : Ut prositslbi non pareil i;uis. — 1549. Hauteur, 0,125 ;

(3) coîlecîion i^oKikoiT. Ce portrait très fin est si pâle qu'on ne peut attril)uer ce déiaut qu'à un accident dans la cuisson ou à une erreur dans la préparation des émaux. 11 se détache sur un fond bleuresplendissant. Hauteur, 0,186 ; largeur, 0,160.

(4) J'ai eu sous les yeux un Scaliger sur fond bleu , vu de trois ;quai'ls et regardant a gauche. Hauteur, 0,185; largeur, 0,140; signé LT. ; les deu\ lettres, en or, séparées par une fleur de lis. Nous avons un Calvin? n" 25G du Musé:^, un La Tremoillecu d'Armagnac? n" :'55.

LÉONARD LIMOSÏS. 181

mcnsiou. Il avait pris pour sujet de sa composition l'iucré- (iiililé de saint Tlionuis. Ce tableau, il le signa ainsi sur le Il vie que lient un apôtre : Léonard Limoshi, cstnailliur, peintre, valet de chambre du Roy^ 15ol (!}. En niaintcnanl, dans cette circonstance, sa qualité d'emailleur au premier rang, c'était indiquer que la peinture à l'huile n'était plus pour lui qu'un j)asse-lem[)S ou une distraction; et, en effet, dès loo2, nous le retrouvons plus actif que jamais dans son atelier d'émaillwie. Non-seulement il fond ses émaux sur plaque, mais il décore de cette brillante peinture les ustensiles du luxe et de la table que la cour emploie. Une fontaine à jets d'eau (2) , d'une disposition ingénieuse, s'élève sur une base triangulaire en forme de lige de fleurs, et de son calice s'échappent des eaux. Apollon, les Muses, et toute la mythologie, semblent s'être réunis aux croissants, aux chiffres et aux devises royales, pour faire adopter par la mode le cuivre émaillé à l'égal de l'or et de l'argent. C'est en ce jnomcntque Léonard reçut une de ces commandes qui illuminent la vie d'un artiste, parce qu'elle lui donnait l'occasion de marquer son passage, même dans un siècle aussi brillant que le fut le Wl'-. Henri II voulait orner deux petits autels de la Sainte-Chapelle du palais, qu'on avait appliqués à uneboiseiie assez maladroitement disposée en travers de la nef pour former un cliœur. Il demanda à son émailleur eu titre deux tableaux, et voulut que François I*^"^ et Léonore d'Autriche fussent représentés sur l'un, lui-même et Catherine de Médicis sur l'^iutre. Léonard réunit tous les souvenirs de sa carrière d'habile copiste, et toutes les forces de son talent, pourtomposcr ces pré-

(1) Ce ttilil'.'au, point sur bois, est placé dans une des salles delà mairie de Limoges. Il a de hauteur 3,000, et de largeur 1,500. En 1765, il était dans l'église, et M. Desmarets, cité par l'abbé Texier, s'exprimait ainsi : On voit à Saint-Pierre, à gauche, dans un rétable fermé, un tableau peint, en 1551, par un noniuié Léonard Limosin, peinlrc-émaillcur el valet de chambre du roi. C'est un monument de l'ancienne peinture. Il y a de la vérité dans le dessin, mais de la sécheresse dai'.s la louche, ce qui est le défaut de ces anciennes peinture*.

(2) ( oilection <ic la. .Andrew rouiitaine dans le Norfolk. Je décrirai ailleurs ce monument important de rémailleric de Limoges, el je publierai lo dessin que j'en ai fait: je dirai seulement ici que celte fontaine est décorée de grisailles teintées dans ce goût délicat où Léonard se rapproche de Pénicaud. La date 1552, la signatin-e, les rroissan'.s el le chiirre de Henri II se voient dans des cartels sur le j-eni'.aiicnt de la tige. Hauteur lo'ah^ 0,'j55.

cieux et éclatants tableaux (1). En une seule année, celte œuvre fut terminée. Elle forme une réunion de 46 plaques d'émail, et si nous admeUdus qu'il mit plus de soin et consacra plus de temps à ce travail qu'à tout autre ouvrage, si nous multiplions par 40 les 46 émaux de ces deux tableaux, et ce sont les 40 années actives de sa vie, nous trouvons pour toute sa carrière le cbilTre de 'J,8i0 émaux, et, à juger par le nombre qui nous en reste, je ne serais pas éloigné de croire qu'il les ait produits.

Un des plus parfaits ouvrages sortis de l'atelier d'émaillerie de Limoges a été exécuté, l'année suivante, par Léonard. Il représente une jeune femme nue, étendue sur le gazon, et coiflee d'une loque qui recouvre la résille d'or dans laquelle ses cheveux sont retenus (2). Celle même femme, qui n'est autre que Diane de Poitiers, figure avec la même coiffure, et sans plus de vêlements, dans un repas des Dieux, donl le Limosin a pris toute la composition à Eaphaél , transformant les Dieux de la Fable, costumes et lessemblances, en personnages de la cour, (^esl pour le duc de Montmorency qu'il fit, ou que le roi lui commanda de faire, en 1535, ce magnifique plat (3). Arrivé, dès lors, à l'apogée de son talent et de la faveur, il s'efforça de se rendre maître du genre de p» inture qui était le plus en vogue, de la peinturede portraits, et il réussit de manière à satisfaire les exigences les plus grandes. Si, en présence d'un pareil succès, le petit nombre de ses grands portraits étonne, c'est que, d'un côté, on ne se rend pas compte des difficultés de l'émail amené à ces dimensions, à celle perfection surtout, et que, de l'autre, on ignore la fragilité des chefs-d'œuvre de l'art. Voyons ce qui nous reste de ces magnifiques portraits. Tout d'abord, en 1556, l'émailleur du roi peint Léonore d'Autriche (4), Catherine de Médicis (5), Elisabeth

(1) Musée îl!i Louvre, n^^ 190 et 213.

(2) eollecUon ïlu Louvre, n" 2^2.

(3) collection Andrew Fountaine, dans le Norfolkshire.

(4) collection de don valentin Carderera, à Madrid.

(5) J'ai trouvé à Londres, chez M. Seymour, membre du Parlement, cinq portraits admirables de la même dimension , des mêmes émaux encadrés dans le même entourage, portant la même date que le portrait du duc de Montmorency, de la collection du Louvre, qui lui-même fait suite avec le François II, roi de France, elle François de Lorraine, duc de Guise. Tous ces portraits oui été évidemment faits

LÉONARD LIMOSIN. 1«i83

(le France (1), le connétable de Monlniorency (2),el l'année suivanle le roi de France François II (3], Te duc de Guise François de Lorraine (4), Marguerite de Valois (o), le cardinal François de Lorraine (6), et, enfin, Amyot (7). Ces grands portraits, véritable galerie historique inaltérable, furent exécutés pour IJenri II, et décoraient ses résidences ; mais Léonard, lancé dans cette voie, faisait en même temps, pour les particuliers, beaucoup d'autres portraits d'un même mérite, quoique de moindres dimensions (8}. Il les

pour Henry II, et ne sont sortis de France quW l'époque où de tristes désordres survinrent dans les résidences royales à la suite de nos révolutions. Je me suis interdit toute description des émaux qui ne font pas partie du Musée du Louvre ; je ne ferai donc que les citer.

(1) C'olloction seymoîir. Sur le fond bleu adroite on lit : LL 1556, et à gauche : LL 1557.

(2) Musée du i>ouvre, n" 245.

(3) sf usée du i^ouvre, n° 2/14.

(4) Musée du i^ouvre, n" 254.

(5) colleciiou seyniour. ^Marguerite de Valois. Au bas, sur la balustrade à droite , LL 1557. C'est la grande Marguerite, sœur de François P% avec lequel elle avait beaucoup de ressemblance. Léonard suivait les bons portiails du temps, et pour celui-ci quelque original de Janet dont nous n'avons que des répétitions dans les (ollection Suther'and (ancienne collection Alex. Lenoir), Carlisle, Ijibliotlièque Sainlc-Geneviève de Paris, etc. Il a reproduit ce portrait en petit : Collection Cieniieau. Médaillon rond entouré d'un cercle d'émail bleu et noir : la figure de la reine se détache, avec beaucoup de finesse, sur un fond bleu d'azur. La signature LL en or, les deux lettres séparées par une fleur de lis, se voit au bas. Diamètre, 0,110.

(6) collection Sermonr. Il n'est ni signé, ni daté, mais la nature du travail et de Téniail, de même que la disposition de l'encadrement, prouvent qu'il appartient à la mêuîe suite.

(7) Même collection , même remarque que dans la note précédente.

(8) J'en citerai deux qui sont signés, collection Pourtales. Henry d'Albrel, roi de ^avarrc, père de Hciuy IV. Il est décrit sous le n" 703 dans le catalogue de M. Labarte ; il porte une signature et une date tracées sur la bande bleue d'en bas, ains : LL 1556. Hauteur, 0,195 ; largeur, 0,140. collection Rattier. Le même portrait, mais beaucoup ])lus petit et aussi plus (in, plus doux, plus brillant. Il porte au bas ce titre: Henry d'Albret. LL. Hauteur, 0,080; largeur, 0,060. On voit au dos les deux L et une Heur de lis au milieu. Ces deux poi trail» en émail sont faits d'; pris uiic mCnic peinture originale de quoique

184 NOTICE DES iMAlX. BiJOUX. ETC.

rcpélail même plusieurs f<;is, tant leur succès était grami, pour satisfaire aux désirs des parents et des amis (1).

J'ai réservé, pour la seconde partie de cette notice, les preuves écrites, tirées des textes. Je ne puis cependant m'empècher de citer deux passages de comptes et d'inventaires royaux, qui apportent ici des indications utiles. En l>remier lieu, on voit, dans un com])te de Vargentoyc du Roy ])our l'année finye en MVLIX pour le quartier de juillet, aoust et srptem'jre : A Léonard Limousin, esniailleur et peintre du feu roij, sept aulnes et demye. Le feu roi était Henri II, mort de sa blessure le 10 juillet 1559, et je retrouve Léonard sur Vestat des officiers domestiques du Roy pour l année commancéc le i^'^ juillet 1559 et finye le 31 décembre ioGO : A LconirdL^mosin, esmailleur ordinaire dudict seigneur, 80 livres. Ceci prouve que la faveur et sa position n'avaient pas changé, malgré le changement de deux règnes. L'autre ri-nseignement constate que plusieurs émaux exposés aujourd'hui dans les salles du Louvre servaient d'ornement dans les châteaux de nos rois, il y a trois cents ans. Ainsi lit-on dans l'inventaire des meubles du château de Fontainebleau , dressé en 15G0 : N" 795. Une peincture d'esmail de Lymoges^ cerclé d'or, et une autre soulz nnrj cristal cerclé d'or. Une autre de feu roy Françoys deuxicsme. Ung autre de la royne Claude en ung petit cadre d'or. No 79t>. Une autre de la royne Leonor (2).

Le SJiccès enorgueillit l'artiste et devrait lui imposer l'obligation de ne rien produire qui fût indigne de sa réputation; mais, le plus souvent, ce succès l'aveugle au point

1)30 peintre français. Ou'ae les poitia'ts en médaillon, Léonard plaçait aussi des poitrails en pied de personnages agenouillés sur les volets des triptyques, comme dans un émaîl de la collectton ïieaiicousjn : hauteur, 0,237; lar^enr, 0,080; o« au bas des tableaux votifs, comme sur les émaux de la Saiiitc-Chapelle.

(1) CrtHectîon «erme.^u. Une répétition exacte, sauf quelques détails de broderies, du portrait décrit n» 255, mais cette fois accompagné d'un portrait de femme. Celui-ci est de trois quarts, regardant à gaucho. Costume français de velours noir, du milieu du XVI* siècle, avec guimpe plissée et serrée au col; cheveux relevés: la figure se détache sur un fond bleu d'azur et s'appuie sur une plinthe blou vcrdàtre. Hauteur, 0,190; largeur, 0,140.

(2) Voyez la seconde paitie pour d'autres citations tirées de c*^ auèine inventaire. Répertoire, à l'article Emaux de Linw^cs^

LÈÔNAIID LlMOSlN. iSo

do lui faire froire que tout esl bon pour un publie si bien prévenu. Il faut croire que Léonard eut «elle pensée, lor»qu'il signa deux des médaillons qui apparliennent à une suile des douze slalions de la Passion. Ces deux émaux peuvent être tout au plus avoués par lui; niais les autres, et Ir ChrisI sur la eroix en pailieulier, sont tellement inférieurs à son lalenl , que e'esl une honte de les avoir fait vendre sons son non» 1). Je dis fait vendre, parce que l'amoui' du jjain a dû avoir sa part dans ce mépris de la dignité de l'arliste. Lçs quasre aniu-es qui suivirent ne le laissèrent sans doute pas oir/if, mais je n'ai pas rencontré de ses ouvrages jiorlant ces dates, el je suis obligé de descendre jusqu'en l."5«i2 pour retrouver une preuve de son activité. C'est un grand plat rond sur lequel il a représenté le Jugement de Paris, daprès la couiposilion de Kapbaél, en grisailles, ou plutôt en couleur bleu de ciel, génie de camaïeu que les |)einlres en niiiiiature de la rénaissance avaient mis à la mode en ornant les manuscrits. Cette peinture d'émail, assez médiocre, est soutenue par l'original, et le revers du plat trahit seul la hâte et la négligence que Léonard apportait dès lors à ses travaux (2). Une lacune de six autres aniiées se fait, non dans sa fécondité, mais dans mes recherches. J'espère la combler avec le temps. La scène de la manne dans le désert nous reporte en 1368 (3). Cet émail est exécuté dans le genre bâtard des camaïeux bleus qu'il avait misa la njode, et qu'il pratiqua jusqu'à la fin de son a;.live carrière. Il a continué ainsi ses travaux (4) dans

(1) Musée di> Ç'Uiny. ^îts (-onze plaquos d'émail faisaient partie de rancienne coîicclion de M. du Somineiard ; elles sont exposées son^ les 11"» 1028 à 1039. Ilaiileiir, 0,-340 ; largeur, 0,257. Deux de ces plaques sont sigiiéos et daléi s. La Cène, n" 1030; à gauche, sur la bordure de l'étiiail, on lit : Léonard L J557.Pilate se lavant les mains, ij" 1032. On lit :>UY une bandjrole développée au bas de l'émail : Léonard, 1557.

(2) Miisér (io 4 liiity, n" 1027. Le JuRcnient de Paris. Le revcr? «si décoi'é d'un biis;e d ' femme placé de profd dans un encadrement el peint en grisaille : c'est sur ce côté qu'on lit la signature LL, 1562.

(3) «collection soltiUoff. Signé dans un cartel : LEONARD LIMOSIN, 1568. Hauteur, 0,460; largeur, 0,370.

(4) «;oi!ection railly. Médaillon, portrait en bu'ste, appuyé sur une plinliir^ peinte en bleu. Le portrait se détache sur un bel émail bleu. Diamèlre, 0,093, On Ut au revers : Charles ^ roi (k Fiance LL (une

un âge bien avancé, et lorsque la main déjà ne venait plus en aide à la pensée de l'ailisle. L'n émail daté de 1372 (1) a encore la fraîcheur de son coloris, mais il n'a plus rien de cette touche fine, de ce dessin précis, qui distinguait son talent dans sa verdeur; on regrelle la signature qui accompagne cet éniail peu digne de la réputation de Léonard, et en voyant celle dale on s'explique celle décadence. Elle est jdus sensible encore dans un plat peint l'année suivante en émaux de couleurs (2). Une touche lourde, des contours épais et tremblotes, un alFaiblissement général du ton des émaux , prouvent que la volonté luttait péniblement pour ranimer l'éliiicelle éteinte. Elle se réveilla quelque peu lorsqu'il s'agit de p indre les portraits de Charles IX et de sa femme, d'après les originaux de François Clouet (3), puis elle s'éteignit tout à fait, et la défaillance se montre complète dans deux compositions où Charles IX est repré-

llfiM- de lis entre les deux lettres comme sur le petit portrait de Henry d'Albret, cité page 183, note 8), né en 1550. J'ai des doutes sur cette date : la touche et l'émail ne m'ont pas paru être en rapport avec les autres ouvrages produits par Léonard à cette époque de sa vie. Un triptyque placé sur l'autel du sépulcre de saint Martial était daté de l'aïuiée 1571. M. l'abbé Texier a trou\é ce renseignement dans les papiers de l'abhéLegros, et il ajoute: C'était une œuvre, sinon un don en émail du peinii^e Léonard Limcsin. Page 301.

(1) saiisée du ï.oavrc, n° 2^3. On lit sur la table, écrite en lettres rouges, la signature suivante : LL, 1572.

(2) c^ollecîiosî i»îinîoiît. Plat long peint en émaux de couleurs. La manne dans le désert. Sur leprcmier plan, Moïse et les Israélites ; dans le fend, le camp et des montagnes. Au bas, sur une pierre : LEONARD LIMOSIX ; et sur une autre, la date 1573. Au revers, une tête deprofd dans un encadrement. Grisaille sur fond bleu. Longueur 0,475 ; largeur, 0,354. t'oHection Callet. Le même plat copié servilement, mais avec un émail si grossier, si imparfait, qu'on ne sait à quoi et ù qui attribuer une ignorance aussi complète des procédés connus cl appliqués généralement en 1573. Cette copie n'est ni signée, ni datée.

(3) c^olîection ^anzé. Charles IX en pied et debout, tenant de sa main droite le médaillon qui pend à son cou , la gauche ap])uyée sur son épée. Manteau noir, costume de satin bleu brodé. A gauche, un rideau vert rele\é. Fond bleu. Plaque ovale et concave. Hauteur, 0,270 ; largeur, 0,190. Élisabelh d'Autriche debout, près d'une table, coiffée comme dans le portrait du Louvre, tenant de la main droite un éventail à plumes, de la gauche ses gants ; à droite, le rideau vert relevé; sur la table, recouverte d'un drap bleu de ciel, un livre et un vase de fleurs; sur le vase la signature L L. 1573. Mêmes dimensions.

LÉONAUD LIMOSI>:. 187

senlé vêtu à TaïUiquc, assis dans un magnifique char, cl traîné, dans l'un, pai' deux renards (1): dans l'autre, par deux chevaux blancs [2]. L'âge de l'artiste se trahit dans l'absence de ressemblance, dans le dessin et dans l'effet. Ces deux émaux sont signés de la ni^-me date, lo73.

L'année suivante mit un terme à son activité (3), et je suppose que l'année iol'ô aura été la limite extrême de son existence. Les preuves me manquent pour l'allirmer.

Sa manière. Une si longue carrière, une activité aussi féconde, supposent plusieurs manières de peindre et des modifications sensibles dans les procédés. En effet, Léonard Limosin a essayé de tout, et presque tout lui a r('ussi. Je le prendrai en ioo3, à l'apogi-e de son talent, et je l'examinerai dans ses émaux de la Sainte-Chapelle, qui me i»araissent réunir tous ses mérites et tous les progrès que lui doit l'émaillerie. L'effet général est éclatant, clair, harmonieux; il est égayé par des bleus de ciel vifs, par des bleus turquoise, chatoyants sur paillon, et par des teintes bleuâtres adoucies, qui font l'effet de légers glacis. Vn ton jaune serin, employé dans les cheveux, lui est particulier, et des carnations rosées, limpides, ajoutent à la surprise séduisante causée pai- ces émaux, qui ont quelque chose du brillant d'un satin changeant. J'ai dit que Léonard a tout essayé, d'abord pour tout tenter, ensuite pour varier ses effets. Il indi(îua ainsi des voies nouvelles, et Limoges profita de son ardeur pour le piogrès. Personne n'a manié mieux que lui la pointe dans les ombres (4), personne n'a

(1) rollection oebruL^e. n" 7ûZi. Hauteur, 0,180; largeur, 0,230. Le roi est figure en Mars ; le monogramme est tracé sur l'épée, la date sur les nuages.

(2) collection Karnaî, à Londre?. Le portrait n'a aucune ressemblance. Le mot sol est inscrit dans un cartel ; le chiffre LL et la da'.e 1573 sont tracés sur la cuve d'une fontaine. Hauteur, 0,180; lièrgeur, 0,230.

(3) On lit, à l'article de Léonard Limosin, dans le catalogue Didier Petit: Vu nv.aU avec ta date ibl!\, sujd aUci^oriquc , ic voit dans ta cottfclion Dtbriiiic et dans la colUclkm Diticr Petit. Or, OU ne trouve ni dans Tune ni dans l'autre de ces collections un émail portant celte date; il faut donc laisser celle assertion à l'état de supposition.

(4) La pointe s'emploie pour dessiner dans la couche d'émail en poudre appliquée à fioid sur une couche déjà lixée par la cuisson. Elle glisse, au milieu de la poudre d'émail, sur celte surface lisse

i88 NOTICE DÈS ÉMALX. BUOLXj ETC.

tii'é plus de ressource des grisailles sur noir et sur bleu, aussi bien que des grisailles teintées qui s'animent comme des peintures. Quand il colore, c'est dans le goût français, clair, léger, brillant, et les tons de ses émaux sont mieux nuancés que dans les ouvrages de tout autre émailleur. Le paillon, chez lui, fait merveille; il en use abondamment; il n'en abuse pas. L'or, il l'a employé avec grâce et avec esprit d^ns une foule d'ornements, dans des médaillons, camées, et dans des camaïeux sur fond noir, bleu et rouge. 11 a essayé de peindre légèrement sur fond blanc, sans donner d'épaisseur à ses émaux (1), et il s'est tiré de celte innovation avec un te! succès que j'ignore encore ce que Toutin a inventé, eu ce que Peîilot a perfectionné. Quand on examine avec soin les têtes des apôtres saint Thomas cl saint Paul du Musée du Louvre 2), la tête du saint Paul des douze apôtres de Chartres (3), et, mieux encore, les têtes de trois personnages qui sont placés à gauche delà croix dans le grand crucifiement (4), on reconnaît que Léonard n'avait pas seulement découvert le secret de fondre ses teintes, mais qu'il peignait sur pâte d'émail avec des couleurs aussi variées, aussi vraies, qu'aucun de ses successeurs du XVII'' siècle. Il ne lui a manqué, pour développer ce genre d'éuiail-miniature, que d'en avoir le temps, c'est-à-dire d'avoir épuisé la vogue des grands émaux à effet, et il l'épinsa si peu que sa vie active s'est consumée à les produire.

J'ai apprécié le talent de l'émailleur, je pourrais exa-

cnnînic glace, avec la mùme facilité que sur la planche d;' cuivre enduite du vernis Callol, et elle donne un résultat moins maigre qui tient pius du dessin à la plume. Quelquefois Léonard adoucissait ce travail de pointe en étendant par-dessus un glacis d'émail blanc ; l'en ai trouve la preu\edans plusieurs de ses ouvrages et particulièrement dans ce médaillon : «jollectioa visconti : Vénus, debout, pressant ses seins pour en faire jaillir le lait qui nourrit les jeun^ amours dont elle est entourée. Signé sur une urne LL. Diam., 0,270.

(1) Un médaillon ovale, n" 221, delà Kunstkamnier de Berlin. Hauteur, 13 pouces; largeur, 10 pouces. La scène de Rutli et de Booz. M. F. Kugler pense que Léonard a copié un plat de Majolica. (".e n'est pas admissible: la nature de l'éniail fond blanc fait s;uK' l'analogie.

(2) Muste du l^ouvre, n"' 236 et 237.

(3) J'en parle plus liant, page 178, note 2. ('i) ssnscc û\i i^ouvrc, n" 29?},

LÉONARD LIMOSI.N. 189

iiiinei- dans Léonard le lalenl du peinlie, de l'inveu- Jeiir (1), du coloiisle; mais l'espace nie manque pour une élude approfondie. Disons que sorti de l'écoh* de Fonlainehlean il en a les meilleures qualités, qu'il en a aussi les défauts, cl que le plus saillant est l'absence d'originalité. Sa facilité à copier les maîtres, à s'assimiler leur manière, à aujalgamer ses idées el ses léminiscences, ne lui ôle pas positivement les droits à l'invention, mais elle gêne el met vu di-fianee le juge le plus favorablement prévenu, elle donnerait des aimes à la critique.

Il a signé presque tous !tes ouvrages, et le plus grand nombre avec deux LL (2) ^ \i séparées quelquefois

avcr une fleur de lis '5^^ (3; A ou sur-

montées d'une couronne. fSp Sur

d'autres émaux il met •X-I.'I*>^V ^ 1^^'^-

nard L. , d'autres fois L. Limosin. Le Xf ^ plus souvent Léonard Limosin ( 4 ) , et I J exceplionnellenu'nt££^^^j^^en faisant haé Até suivre son nom ^^ .. ^ tous ses titres (o), comme dans

les émaux de -^^/^Uoi/v i-t^jonâriT" i la Sainte- Chai)elle que -^-r E^li^îf^'pr p- J^ ^^^^^

1©0 à ^1^. — Tableau votif de la Saime- (jiAPELLE ; 190. Le Calvaire; 191. Jésus roR- TA>T SA croix; 192. Jésus mis au to3îreau; 193, 19i, 195, 196. Quatre figures d'Anges portant les instruments de la Passion; 197,

<■. (1) Il marqmil sa pvélc nlio'!, ru j)!;î(t';( son droi(, cm sigr.aiU qud- ((iics énuuix : Lioiundus Lcinoiiins iiti ciilor.

(3) xiiisoc ihi i.o;ivro, n°* 243 el 219. (.■>) V030Z page iSo, note 8.

(4) »BusOJ> du i.omt-e, n"» 194 cl 213. Il signait aussi Lconardus l>rniu^icus, cl je \ois dans un cartel, sur un médaillon ovale de la (ollcclion Rallier, représentant les Vendanges, hauteur, 0,350, Jar- SiMir, 0,270, cette signature: LEONAD LIMOSI M. F.

{^) nxi&vc dîs i>oiivre, n» 190,

i90 NOTICE DES ÉMAUX, BIJOUX, ETC.

198, 199, 200. ÉVAXGÉLISTE3 ET APÔTRES; 201.

François P^; 202. Éléonore d'Autricre; 203. Armoiries de France; 204. Devise du roi François 1^^ . 205, 20G, 207, 208. Initiales de François P^ ; 209, 210, 211, 212. Salamandres. — Vingt-trois 'plaques en émaux de couleurs, avec emploi de paillons et rehauts d'or, réunies par des filets dorés y ciuien dessinent les contours et les encadrent. — Dimensions de l'ensemble : haut., 1,010; larg., 0,750.

190. La croix sur laqtielle le Clirist est allaclié occupe le centre delà coinposilion; elle est surinoîilée de l'inscription INRI; une auréole, rayoî-.naiit sur un nimbe doré, entoure la tète du Christ; le mauvais larron est attaché à gauche sur un poteau dont la traverse passe sous ses t'paules. et représenté se tordant sur Tinstrumenldu supplice; le bon larron, du côté droit, est lié de mènu', son altitude affaissée exprimant la résignation. En avant de la croix cl au premier plan, la vierge Marie est étendue sur le soi, sans connaissance ; deux saintes femmes lui prodi^^uent des soins, et une troisième, les mains jointes, est agenouillée devant elle. T'ainle Marie- Wadeieine, vue de dos, tienl embrassé le pied de la croix; à droite, trois hommes à demi vêtus, armés de poignards , se disputent le manteau du Christ; à gauche, une femme essuie ses larmes avec un pan de son voile; on voit prés d'elle l'homme portant le vase rempli de vinaigre et léponge au bout d'une branche d'hysope; de nombreux personnages sont groupés autour de la croix; six sont montés sur des chevaux blaiKS ; l'un d'eux porte une échelle, un autre a dans la main la lance dont il a percé le côlé du Sauveur. On remarque dans le fond un homme monté sur un mulet, plusieurs armés de lances, et vers la droite un guerriir portant un étendard. Les figures se détachent dans le haul sur un fond de nuages de couleur bleue. Au bas de la plaque, vers la droite, on lit linscription suivante . tracée en lettres noires sur un cartel réservé en blanc r LEONARD LÎ3I0SIN ESMAIL- LELR ET PEINCTRE OKDîNAYRE DE LA CHAMBRE DU R0Y.M.F.<553. J'ai donné plus haut un fac-similé exact de ce cartel. — 191. Jésus portant sa croix est riprésenté tombe à terre et s'y appuyant d'ime main; Simon le Cyrénéen soulève en partie la croix, eljim homme frappe avec le pied la poilrinedu Christ; sainte Véronique, agenouillée, lend vers lui le suaire. La vierge Marie, debout, est au premier rang du cortège qui suit Jésus; près d'elle sont deux saintes femmes, et, en arrière, des soldats à pied et à cheval; du côlé opposé, d'autres précèdent le Christ; ils sont ^rmésde lances, et 1 un d'eux porte un étendard. Les figures se détachent

LÉONARD LIM0SIX. 191

sur lc9 murs de la ville, cl deux tèîcs de soldats casqués, placés dans un angle, indiquent que la scène se passe sur une montagne. — 192. Le corps de Jésus-Christ est déposé sur le sépulcre, que rècouvrr f'n partie un linceul ; Joseph dAriuiathie le lient sous les bras. Nicodéme soulève les pieds, la \ ierge soulietit son fils; à la létc du tombeau est un vieillard, un autre personnage en arriére, et vers la droite Marie- Madeleine, (praecouipagnent deux saintes femmes. Les figures se détachent sur un fond de rochers et de verdure. On voit sur le sol, en avant du tombeau, la eouroinic dCpines. et au-dessus, le monogramme LL et ladate 1553.— 193, 194, 195, 196. Les quatre figuresd'anges se rattachent

Par leurs attributs aux scènes de la Passion que nous venons de décrire : une, dont le Iront est orné dun petit croissant doré, porîc les clous d" la Passion, au nombre de trois; sur une pierre placée à ses pieds, on lii : LEONARD LIMOSIN. M. F., et sur une auîre la date 1553. La seconde lient de chaque main un fouet à lanières; à l'angle inférieiir de la plaquo, on lit sur une tablette émailléc de blanc: LEON.VRD LiMOSIN M. F. 1553. La troisième soutient des deux bras une colonne d'ordre ionique ; sur une pierre placée à ses pieds on trouve le monogramme LL. La quatrième lienl. des deux mains, et étendu, le suaire de sainte Véronique, empreint de Timagc du Christ; dans langle inférieur de la plaque est une tablette émaillée de blanc, sur lacjurlle on lit tracé en noir: LEO- NARD LLMOSiN M. F. 155$.— 197, 198, 199, 200. Des figures dapôlres et d'évangélistes, de peliie prop)r'iion. peintes en camaïeu dor sur fond d'émail bleu, décorent les quatre phuj-.ioj curvilignes qui entourent, comme un cadre, le médaillon principal U'^ 190.- 201. Le roi Franeois It. agenouillé, est posé de profil ; sa tète est découverte; il est vêtu dun ample manteau vert lleurdelisé . doublé d'hermine, et porte au cou le collier de Saint-Michel ; ses mains sont jointes, ses genoux posent sur un coussin rouge fleurdelisé; devant lui est un prie-Dieu, sur lefjuel on voit la couronne royale, le sceptre et un livre de prières. La figure se détache sur un fond de muraille; le monogramme LL et la dite 1553 sont tracés sur la base du lambris en lettres et chitTres dorés.- 202. La reine Eléonore, femme de François br, agenouillée sur un coussin, est velue d'un riche costume ; près d elle est un prie-Dieu supportant un livre. La figure se détache sur un fond d appartement, que déc-orenl des colonnes et un tableau de paysage placé vers la gauche.— 203. Les armes de France, dazur à trois Heurs de lis d'or, surmontées de la couronne royale el entourées du grand collier de Saint-Michel, sont peintes en émail b^leu el or sur une plaque fond noir; deux lel'.res F el deux salamandres les accompagnent.— 204. La devisedu roi. MTRISCO ET EXTINGOR, est tracée en letlres noires sur un grand éeusson émaillé de blanc ; on v trouve la date 1553.-205. 206, 207, 208. La lettre F. initiale du nom de François, est répétée sur les (piaire petits médaillons circulaires et tracée en or sur émail bleu.— 209.210,211. 212. Les salamandres placées aux quatre angles sont également peintes en or sur émail bleu. Les revers sont incolores. Ces magnifiques tableaux furent recueillis par M. Alexandre Leiioir, après que la Sainte-Chapelle eut été transformée en un dépôt d'archives; ils ont passé au Louvre en 1816, le Musée des Petits-Augustins étant dissous. Ces vicissitudes pouvaient être l'occasion de graves détériorations, mais celles qu'on remarque leur sont antérieures. Dans plus dun endroit l'émail sesl écaillé ; ce malheur res'e à la charge de Léonard Limosin. Un u.sage trop fréquent ou trop hardi du paillon expose lous «es ouvrages À des accidents de ce genre, car on couiprend que l'émail n'adhérant pas à la plaque, dont il est séparé par une feuille métallique, se meut sous l iniluence de la température, se brise au moindre choc et tombe en écaille, lu crotjuis de ces deux tableaux, exécuté par (iabriel de Saint-Aubin le li juin 1767. m'a été communiciué parM. d« Chennevières; il signale déjà cet é:at fâcheux. L'artiste a écrit en niargw de .son di'Ssin : Fort ccfli/Ze. — f .\ijeicnne collection . n^ 208.)

5^13 à 935* — Tableau votif de la Sainte- Chapelle; 213. JÉSUS sortant du tombeau; 21 i. JÉSUS et Madeleine; 2'.5. Jésus au Jardin des Oliviers; 216, 217, 218, 219. Quatre figures d'anges portant les instruments de la Passion ; 220. Henri II; 221. Catherine de Médîcis; 222. Armoiries de France ; 223. Devise du roi Henri H; 224, 225, 226, 227. Anes et croissants; 228, 229, 230, 231. Chiffres de Henri H; 232, 233. Croissants; 234, 235. Initiales de Henri II. — Vingl-trois plaques en émaux de couleurs , avec emploi de paillons et reliants d'or, réunies par des filets dorés ([ui en dessinent les contours et les encadrent. — Dimension de l'ensemble : haulenr, 1,070; largeur, 0,750.

213. Jésns-Clirisl csl rcprésenlo sorlan' du lombeau ; ses pieds posent encore sur 1,1 dalle du sépulcre ; un de ses bras esl élevé vers le ciel, el. l'aulre supporte un bâlon terminé en croix , auquel esl sus- ])pndue une orillanune ; une ample draperie rouge, foriemenlreliaussée d'or, entoure Je Christ el cache une partie de son corps ; la tôle csl environnée de rayons dorés, et la fiii;ure entière se détache sur une auréole rayonnante. Quatre soldai?

sont placés près'du sépulcre, tous quatre «•ndormis, mais vus sous des aspects différents ; deux au'.rcs sont debout à un plan plus éloiptné, el s >nt armés, Tiin d une lance el l'aulredun bouclier. Les fi^,urcssf ilétacbcnt sur les détails d'une grotte; um ouverture laisse apercevoir les monuments de Jérusalem. Sur une dalle du sépulcre oi. lit ces^raois, tracés en lellres noires : LEONAilO LI.MOSiN M. F. <55;{. — 2\i. Jésus-Christ, tenant une bêche de la main droite, appuie l'aulre Hiain sur le front de la Madeleine agenouillée devant lui. Un petit vase à parfums esl posé près des pieds du Christ. Les deux figures sont placées en avant des plates-bandes d'un jardin entouré d'un mur d'appui qui l;iiss« voir dans le fond des constructions et des monlagnes. On trouve ver» la gauche le monogramme LL cl la date Wirw.—llf». Jésus est agenouillé, tes mains jointes, les regards élevés vers un ange qui lui présente un calico surnaonlé d'une hostie. Les trois ap''>lres endormis occupent le preuiier plan, el l'on voit dans le fond, pré» de la porle du jardin. JuJai

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Icnant une bourse el guidant une troupe de soldats armés de lances ; un homme porte un falot allum»''. A rarri(''rc-plan sont des monuments qui se dessinent dans l'ombre. Près du bras d"un apôire endormi, on trouvr le monogramme LL et la date 1353. — 216, 217. 218. 219. Qnalre an^es: l'un soutient des deux mains la croix de >i.-S. Sous sou pied droit est trace en lettres d'or le monogramme LL. et sur une pierre, en avant, la date 1533 eu chiflres dores, lu autre porte rOclielle du crucifiement ; dans l'angle inférieurde la plaiiue esltni cartel sur leriucl sont tracés en lettres d'or ces mots : LEONARD LIMOSIN PEINTRE DV ROYS. 1352. L<' «roisième porte la couronne d'épines ; un des pieds est posé sur une pierre où l'on trouve le monogranmie LL et la date 1333. Le quatrième, vu à demi de dos. porte la lance el l'éponge placée à l'extrémité d'un bâton; dans l'angle inférieur de la plaque est un petit cartel sur lequel est tracé le monogramme LL avec îa date 1.333. — 220. Le roi Henri II. agenouillé et vu de profil, est dans la même pose, sous le même costume el entouré des mêmes accessoires que le roi François 1er. son père, dans le cadre correspondant. Les variantes sont : la couleur des coussins, qui sont verts; la suppression du scei)!re et l'absence du tableau dans l'angle droit. — 221 La reine Catherine de Médicis, agenouillée el vue de trois quarts, est exactement dans la même pose, sous le même costume el entourée des mêmes accessoires que la figure d'Eléonore d'Autriche, précédemment décrite. Sur la base du lambris ou trouve le monogramme LL el la date 1533, tracés en lettres elchifTres dorés. — 222. Les armes de France, d'azur, à trois fleurs de lis d'or, surmontées de la couronne royale et entourées du grand collier de Saint-Michel , sont peintes en émail lileu et en or sur une plaque fond noir. Deux lettres II el deux croissants les accompagnent.— 223. C est également sur une plaque d'émail noir que recouvre e!i partie un grand éeusson émaillé de blanc , qu'est tracée la devise DONEC TOTU.M IMPLEAT ORBEM el la date 1333. Le cadre qui renferme l'écusson est orné de deux figures d'enfants et surmonté d'un croissant.— 224. 225,226,227. Ce sontaussi des croissants. avec des arcs m.clcs à des feuillages, (jue ion voit sur les quatre plaques curvilignes qui entourent le médaillon central. — 228, 229, 230, 231. Le chifTre de Henri II. répété sur les quatre petites plaques circulaires.— 232. 233. Le croissant, à deux des angles.— 234, 235. El l'initiale du nom du Henri, aux deux autres angles.— ( Ancienne collection, n^ 208 bis, provenant de la Sainte-Chapelle.)

!936« — Saint Thomas , sous les Iraits de François P''. — Plaque en émaux de couleurs sur fond blanc, détaih dorés. — Uauteur, 0,595; largeur, 0,265.

Le saint esl représenté debout, marchant, enveloppé d'un ample manteau rouge qui ne laisse apercevoir (jue la main gauche portant une équerre, le col et le bas de la robe de couleur bleue. Le visage esl de progî, regardant à gauche; les cheveux, la barbe el la moustache sont très mêlés de blanc ; la tète découverte se détache sur un nimbe d'or; les pieds sont nus. De minces baguettes profilées furnient un encadrement divisé en compartiments rectangulaires, (u'i sont enchâssées des plaques d'émail ; deux de ces plaques sont placées horizonlalement au-dessus cl au-desson« de la figure, les autres forment des montants étroits de chaque côté ; toutes sont décorées d'arabesques en couleurs sur fond blanc. Celle du haut porte l'inscription S TIIO. enfermée en un cartouche ; celle du bas. deux croissants enlacés sur un écussou circulaire, el des profils de satyres posés

i94 NOTICE DES ÉMAUX, BIJOUX, ETC.

aux exlrémilùs. Le milieu de chacun des montants est occupé par un médaillon ovale, en émail noir, sur lequel se découpe, en lettres argentées, le chiffre, du roi Henri IL — (Ancienne collection, n» 211.)

^3^« — Saint Paul, sous les traits de l'amiral de Chabot. — Plaque en émaux de couleurs sur fond hlanc , détails dorés. — Hauteur, 0,595 ; largeur, 0,265.

Le saint est représenté debout, enveloppé d'un manteau bleu qu'il relève d'une main , l'autre étant appuyée sur la garde d'une longue épée. Le visage est de trois quarts ; les cheveux, les sourcils et la barbe, celleci très longue, sont blancs. La tête découverte repose sur un nimbe d'or. L'encadrement est semblable à celui de l'émail qui précède ; la dispo- .sition est identique, mais les arabesques offrent quelques variantes ; sur la plaque supérieure, on lit l'inscription S. PAV. en lettres noires; celle inférieure est ornée d'un croissant et de têtes d'enfants posées aux extrémités. Les montants portent le chiffre de Henri II, tracé en lettres argentées. — (Ancienne collection, no 210.)

î®3S. — Henri II, roide France. — Plaque circulaire en grisaille sur fond noir, chairs colorées et emploi de quelques émaux de couleurs, détails dorés. — Diamètre, 0, 280.

ïl est représenté à cheval, vu de profil, la tête découverte, ayant barbe et moustaches. Il tient une palme de la main gauche. La statue équestre de Marc-Aurèle a servi ici de modèle, avec d'autant plus de probabilité que Léonard Limosin avait déjà reproduit en émail ce beau monument de la ville de Rome (1). Le vêtement principal de Henri II se confond avec la couleur du fond ; le justaucorps, qui n'est à découvert qu'au col, aux man"îîhes et sur la cuisse, est blanc avec broderies jaunes. On remarquesur le harnachement du cheval, vers le poitrail, le chiffre du roi, c'est-àdire l'accouplement du C et de l'H qui est en même temps la réunion du D et de l'H. Sur la housse de la selle sont peints des croissants. Lv conire-émail est incolore. — (Ancienne collection, no 1.)

'iSHo — Psyché TRANSPORTÉE PAR ZÉPHiRE,(i'aprè.< Raphaël. — Grisaille sur fond noir, les chairs colorée^, quelques détails dorés. — Hauteur, 0,182; longueur, 0,240. — Cette composition fait partie de la suite de trente-deux pièces gravées d'après Raphaël

(\) «joilcction Vaudoyer. Médaillon. Grisaille. La statue équestre de Marc-Amxle.

par le maître au dé (Bartsch, tome xv, n^ 44/6), dont une reproduction anonyme est comprise en l'œuvre d'Androuet Ducerceau.

Psyché y est représentée, dans un même tableau, portée dans les airs, assise sur la terre et endormie; puis, vers la droite, et à un plan plus éloigné, reçue par trois jeunes filles à la porte d'un palais. Sur un fragment de terrain, vers la gauche, on voit tracés en noir le monogramme LL, et la date 1535. Au-dessous de la composition, les strophes suivantes, écrites en lettres noires sur une bande d'émail blanc partagée en deux cartouches allongés par un mince intervalle doré, sont disposées sur trois lignes qui contiennent quatre vers : « Zephir la gonfla corne vêla in nave, La veste et pon la in un pian dietro al monte Onde dormito un sonno assai (soave) A un palagio ne vien presso a una fonte. » Uinscription du second cartouche étant inintelligible par des lacunes provenant de parties détruites, nous la rétablissons d'après l'estampe : « Cui mientre mira et gran meraviglia hâve s'odc dir da non viste voci et pronti Cio tutto è tuo noi 'ue che guardi omai Lanati et oscrca et poscia a cena andrai. n Zéphire enfle sa robe comme la voile d un navire, et la dépose dans une plaine derrière la montagne, et là, après avoir dormi d'un doux sommeil, elle marche vers un palais proche d'une fontaine ; tandis qu'elle la regarde avec admiration, elle entend des voix invisibles lui dire: Tout ce que tu vois est à toi, nous sommes à toi. reprends tes sens, lève-toi et viens au repas. —Le contre-émail est incolore.— [Ancienne collection, i\o 39.)

2S:0. — Le père de Psyché consultant l'oracle d'Apollon, d'après Raphaël. — Grisaille sur fond noir, les chairs colorées , quelques détails dorés. — Hauteur, 0,113; longueur , 0,230. Cette composition, qui fait partie de la même suite que celle qui précède, a été gravée d'après Raphaël par Augustin Vénitien ( Bartsch, tome xv, n*^ 42/4), et reproduite par un anomjme dans Vœuvre d'Androuet Ducerceau.

Le roi est placé à gauche, proche d'un autel d"où s'échappent de? flammes, en avant de la statue d'Apollon; un sacriflcaieur est à son côté ; d'autres, occupant la droite, entourent un taureau et deux béliers destinés à l'holocauste; au bas du piédestal de la statue sont tracés, en ehiffrcset lettres noirs, la date \^>^'^c\ le monogramme LL, et au-dessous de la composition les strophes suivantes disposées comme dans l'émail précédemment décrit : •; Per queslo il lie sacrifica et partito Chiedc al milesio Dio per la figliuola 11 quai risponde a l'ermo et inculto lito Menala con Ihonor funereo et sola. Lnsciala quivi che mortal mortal marilo llaver non dee ma clii per l'aer vola di velen pieno et con immortal foco disirngge'l monflo et mai non Irova loco." Le roi offre un sacrifice et demande à Apollon un mari pour sa fille ; le dieu de Milet répond : Conduis-l.i seule et avec les honneurs funéraires sur un rivage solitaire et inculte, où lu la laisseras, c-ir elle n'aura pas pour époux un mortel, mais celui

qui vole par les airs, plein de rage, celui dont le feu immortel délruîl le monde el ne connaît pas de repos. — Le conlre-cmail est incolore. Lo cadre est formé par des bandes d'email bleu décoré d'une arabesque d'or, engagées dans des moulures en bois sculpté el doré.— 'Col eclion Révoil n^^ 280.;

!94i.. — La toilette de Psyché, d'après Raphaël. — Grisaille sur fond noir, les chairs colorées^ quelques détails dorés. — Hauteur, 0,173 ; longueur, 0,230. — Cette composition, qui fait partie d s la même suite que les deux qui précèdent, a été gravée d'après Raphaël, par le maUre au dé (Barlsch, îomc XV, u^ 48/10), et reproduite par un anonyme dans r œuvre d'Androuet Ducerceau.

Psyché est représentée demi-nue, assise, déroulant sa chevelure et servie par deux femmes debout à ses côtés ; une troisième, assise à l'angle gauche, s'appuie sur une grande aiguière dont le pied porte le monogramme LL tracé en noir. Les strophes suivantes sont disposées aii-des- SDi:s de la composition de la même manière que dans les deux émaux décrits : " Lenata la Donzella al nono giorno Poi che 1 volante arcicr fuor niosse'l piedi Ha 1 invisibil serve a se d'inlorno Apparecchiate a far quanto ella chiede Chiede ella del suo bel crine aiireo adorno se loscrime ordinato ben procède, et a questo intenta a se medesmadice Psiche chi >'ive piu di le felice. » Le neuvième jour, lorsque l'archer ailé fut parti, la jeune fille est entourée de servantes invisibles prèles à faire tout ce qu'elle demande ; tout ce qu'elle leur demande, c'est de dérouler el peigner sa chevelure d'or, el cependant elle se dit à elle-même : Qui donc au monde est plus heureuse que toi 1 — Le conire-émail est incolore. Le cadre est senib)able à celui de lémail qui précède.— Collection Révoil, II" 281.^

554^. — VÉNUS ET l'Amour. — Plaque de forme ovale en émaux de couleurs sur fond blanc, avec emploi de paillons et rehauts d'or. — Hauteur, 0,200; longueur, 0,265.

Vénus est représentée élcndue sur l'herbe d'une prairie; elle est entièrnmenl nue, et posée sur une draperie bleue rehaussée d'or; elle en rdcve un pli d'une main, tandis que de l'autre elle s'appuie sur un jeune pmour qui la tient embrassée. Les cheveux sont nattés avec des fils d'or. oi la coilTure a la forme d'un chaperon. Le fond du paysage, entièrement vn-l «iur le premier plan, el garni d'arbres, se termine en tons bleus, et fi"ure une ville dont la mer baigne les murailles; un vaisseau se voil &w^ le coin de droite. Un vase d'où sortent des fleurs est placé en arrière - He \^ ligure principale, el un carquois rempli de flèches pose en avant. Vers la gauche, et sur une feuille que surmontent deux brindilles dorées, on lit le monogramme LL, et au-dessous la date 1355. Le con ire -émail es l

incolore (Collecllon Rcvoil. no 274'. — Quelle est la femme assez belle et assez proflifîue de sa beauté, pour se faire représeiUer. en 4555, dans celte nudilc, que sa riche eoiflure rend plus impudique encore. On n-pondra tout d'une voix : c'esl Diane de Poitiers. Cependant ce nezbusquf n'est pas le nez de la duchesse de Valentinois, il s'approcherait plulôL des traits connus de Louise de Savoie ou de Marguerite de Valois; mais comment sonu;er à ces deux femmes, toutes deux mortes en 1355. et qui d'ailleurs, à aucune époque de leur vie. ne s'étaient associées à ces réminiscences antiques qu excusait la passion des arts, que conseillait à la maîtresse du roi le soin de sa dom.ination. La duchesse de Valentinois. il est vrai, avait alors cinquante-cinq ans; mais si le temps altéra .sa beauté. Henri II ne s'en aperçut pas , et Léonard Limosin n'avait aucun intérèl à rendre son maître plus clairvoyant. Il est impossible de s'arrêter à cette absence de ressemblance qui esl du fait de l'émailleur. et dont c'était kdéfaut. J'accepte donc l'opinion générale, qui désigne ici Diane de Pc"itiers Une circonstance intéressante vient d'ailleurs à l'appui de la tradition. Léonard Limosin, en même temps qu'il peignait l'émail du Musée, a exécuté pour le connétable de 3Iontmorency un magnifique plat dans lecjuel il a fait entrer le repas des Dieux, suivant fidèlement la gravure, de Marc-Antoine, avec celte dilTérence, toutefois, que les personnages portent le costume de la cour, et que Juiiiter, remplacé par Henri II. a la loque sur la tète, et tient ses gants de la main droite en se tournant vers Catherine de Médicis, assise à sa gauche, et vèluc d'une robe bleue disposée comme dans le dessin original. A la droite du roi. et complètement nue, mais coififée de la même loque noire à plumes blanches, recouvrant des cheveux blonds serrés en forme de coques dans la même résille d'or, est assise cette même femme dont nous cherchons à connaître le nom; puis autour de la table, les personnages de la cour, Anne de Moniraorency compris, et tous dans les po.ses et dans les costumes que Raphaël a donnés aux divinités de l'Olympe M). La placequi est donnée à Diane de Poitiers, à la droite du roi. le rôle qu'elle joue dans cette scène, les croissants qui l'entourent, tout dans ce tableau s'adresse à la maîtresse du roi, et si c'est elle, c'est bien aussi la duchesse de Valentinois que représente l'émail du Louvre. Jamais la peinture en émail n'a mieux réussi; c'est qu'aussi l'émailleur de Henri II n'avait jamais pris plus d»soin à remplir sa tâche; on sent (ju'il veut satisfaire le caprice le plus cher au cœur de son maître.

943. — Scène de famille. — Plaque ovale et concave, en émaux de couleurs rehaussés d'or. — Hauteur, 0,285; largeur, 0,210.

Une jeune femme est assise devant une vaste cheminée et près d'une

(1) Collection Andrew Fountaine, dans le Norfolkshire. La composition de Raphaël esl disposée dans la largeur du plat, afin de profiler de sa longueur pour placer en hauteur les figures ailées qui répandent des fleurs sur 1^ table des Dieux, et au-dessus d'elles le grand écusson des armes de Montmorency , flanqué des deux épées de connétable, avec des banderoles qui portaient sa devise. Ces armes ont été grattées, on n'en voit plus que la silhouette. L'une des figures ailées a la tète surmontée d'un croissant, et dans la bordure une autre porte le même signe. Les arabesques qui ornent ces bordures, les combats d'enfants qui les remplissent, sont du style le plus pur, de l'invention la plus heureuse, et d'une exécution incomparable. Le revers est d'une belle disposition. On trouve la signature de l'artiste, au bas de la composition, un peu à droite sur les marges : LEONARD LIMOSIN 15.Ï.5. Longueur totale du plat, 0,510; largeur, 0,430. Longueur prise dans le fonU du plat, 0,355.

table sur laquelle est posée une aiguière ; elle tient sur ses genoux un jeune enfant nu qu'elle essuie avec un linge. Derrière elle, et vers la gauche, un homme jeune contemple la scène d'un air calme ; à sa droite et en avant, un vieillard assis fait sécher avec empressement un linge qu'il présente au feu du foyer. Un autre vieillard, penché sur un mur d'appui qui sépare la chambre de la campagne, regarde le jeune enfant. Le fond de paysage, traversé par une rivière, est animé de fabriques, d'arbres et de rochers. Sur la table où est posée l'aiguière, on voit le monogramme LL elle millésime 1572 tracés en rouge. Le contre-émail est incolore.— f Collection Durand, n" 80/2548.)

î^44. — François II, roi de France. — Médaillon de forme ovale , en émaux de couleurs , détails dorés. — Hauteur, 0,447; largeur, 0,316.

Portrait en buste; le visage est posé de trois quarts, les yeux sont bleus, les cheveux châtains ;la tête est couverte d'une toque noire ornée de perles et d'une petite plume blanche, l'oreille percée d'un anneau qui soutient une perle. Le manteau noir est doublé d'hermine. Le pourpoint est blanc, tailladé et rayé de filets d'or. Une mince chaînette, passée en sautoir, suspend sur la poitrine une médaille de Saint-Michel. La figure se détache sur un fond bleu d'azur. Une tablette transversale, de nuance bleue pâle, coupe le buste au-dessous de la ceinture. Le contre-émail est incolore. — (Ancienne collection. )—Jai cité, page 183, un article de Tinventairedes joyaux et meubles de Fontainebleau qui mentionne ce portrait.

^45 à 953, — Montmorency [Anne dé), conné table de France. — Médaillon de forme ovale, en émaux de couleurs, détails dorés. — Hauteur, 0,450 ; largeur, 0,320. — Portrait en buste, fait à Vâge de 63 ans.

245. Le visage est posé de trois quarts ; les yeux sont bleus, les cheveux, la barbe et les moustaches grisonnants. Le costume est entièrement noir : la toque est ornée d'une médaille et de points dorés, le manteau est bordé d'hermine ; le pourpoint, fermé par une ligne de boutons dorés, est garni, sur la poitrine, d'un double rang de dessins arabesques formant un galon qui remonte vers le col. La médaille de l'ordre de Saint- 3Iichel est suspendue à une chaîne très fine, qui se détache en or sur la couleur sombre du pourpoint. Le fond est bleu d'azur, et une tablette transversale, mi-partie bleue et verte , coupe le buste au-dessus de la ceinture. Le cadre en bois doré et sculpté, en forme de cartouche, est divisé en compartiments qui renferment des plaques d'émaux peints en grisaille sur fond noir.— 246 et 247. Deux de ces plaques sont posées sur les côtés ; des satyres, homme et femme, y sont représentés, l'un et l'autre debout, portant un vase sur la tète et mêlés à de jeunes satyres qui jouent à leurs pieds. —248 à 251. Quatre autres plaques, découpées sur le dessin du cartouche et ajustées vers les angles, sont ornées d'arabesques dorées et remarquables par des godrons hémisphériques sur chacun desquels est peint en grisaille un destrochère arme de gantelets, mouvant d'un nuage, tenant, la pointe haute, l'épée du connétable , qu'en-

toure une banderole sur laquelle est écrite la devise d'Anne de 3Iontmorency : APLANOS. De ces quatre plaques, les deux supérieures sont PU outre décorées de fi;;ures d'ornements, et sur celle de droite on lit le monogramme LL et la date 4556, tracés en lettres et chiffres dorés.— 252 et 523. Une tète d'anse et une tête de Méduse, toutes deux emaillées en couleur sur cuivre repoussé, sont appliquées, l'une dans le haut , l'autre dans le bas du cadre. —(Ancienne collection, n'' 3.)

^54. — François de Lorraine, duc de Guise. — Médaillon de forme ovale , eu émaux de couleurs , détails dorés. — Hauteur , 0,462; largeur, 0,315. — Portrait en buste, fait à l'âge de 38 ans.

Le visage est placé presque de face ; les yeux sont bleus, k-s cheveux. la barbe et la moustache de couleur blonde ; le nez porte Tempreinlr d'une blessure dont la direction est oblique. Une toque noire, posée de côté, recouvre la tète ; elle est ornée d'une très petite plume de même couleur et de filets d'or mêlés au galon. Le manteau noir, à collet remonté, est doublé de martre. Le pourpoint est blanc, tailladé et rayé de ganse.»; d'or. La médaille de l'ordre de Saint-Michel est suspendue sur la poitrine parjin mince cordon d'or en sautoir. La figure se détache sur un fond bleu d'azur. Sur une tablette transversale, de couleur bistre rehaussée d'or, qui coupe le buste au-dessus de la ceinture, on trouve vers la droite le monogramme LL et la date 1557, en lettres et chiffres d'or.— (Ancienne collection, n» 2,;— Le contre-émail est incolore. Dans le recueil de Gaignières, tome IX. fol. 24, est un portrait semblable avec cette inscription : François de Lorraine, copié sur son portrait, dont l'original, peint par Janet, est dans le cabinet de M. de Gaignières.

^55. — Portrait d'uomme. — Plaque de forme ovale , en émaux de couleurs sur fond noir, détails dorés, — Hauteur, 0,200; largeur, 0,144. — En buste.

Le visage est posé de trois quarts; les yeux sont bleus, les cheveux blonds et bouclés, les moustaches blondes et très longues ; la barbe, de même couleur, couvrant presque entièrement la poitrine, est partagée eu deu:: pointes vers l'extrémité. Le costume est noir brodé d'or; l'ordre de Saint-Michel est suspendu à un cordon passé en sautoir. La toque noire, à petit bord relevé, est brodée d'or et ornée sur le côté d'une plume blanche. Sur le contre-émail incolore on trouve le monogramme LL surmonté d'une couronne, et la date 1350, en lettres et chiffres noirs. — (Collection Révoil, n» 283.) — M. Révoil, nous ne savons d'après quelle autorité, nomme ce personnage Jean-Philippe Rheingrave, colonel des Allemands au service de Henri II, chevalier de Saint-Michel en 1550 ; il nous a paru avoir une grande ressemblance avec un portrait désigné sou.»; le nom de Louis II de la Tréraoille, qui fait partie de la collection de?: crayons de la Bibliothèque nationale, tome hr, et se trouve reproduii dans le recueil de Gaignières, tome VIII, fo!. 27. D'un autre côté, une répétition exacte de ce "portrait, accompagné d'un portrait de femme qui lui fait pendant, fut trouvé à Cariât, près Aurillac, et comme les D'Arma-

gnac ont occupé le château de Cariât jusqu'à la fin du XYI* siècle, on pourrait supposer que ce portrait nous offre les traits de quelque membre de cette puissante famille. J'ai parlé, page 176, de celte répétition.

9^6. — Calvin? — Plaque en émaux de couleurs sur fond hl eu d'azur. — Hauteur, 0,230; largeur, 0,180. — Portrait en buste.

Le visage est posé de trois quarts ; les yeux sont bruns, les sourcils et les cheveux noirs ; la barbe, courte et taillée en rond, est de couleur châtain, ainsi que la moustache. Le vêtement est enlièreuirMit noir, avec des indications de broderies sur la poitrine. La tôle est couverte d'on bonnet. Le contre-émail est incolore. — ^Collection Révoil, no 282.) — L'attribution est de M. Révoil, et la ressemblance avec les portraits authentiques de Calvin ne l'assure que faiblement.

^^^ et î^58. — Dieu apparaissant a Abraham. — Coupe, avec couvercle, en camaïeu sur fond hleUy les chairs colorées, détails dorés. — Hauteur, 0,195 ; diamètre y 0,180.

Dans l'inlérieur, Dieu , entouré de nuages, occupe le haut de la composition ; il est coiffé d'une tiare. Abraham est vu au-dessous, agenouillé sur le sol et prosterné. A gauche el à un plan plus éloigné , l'on voit , prés d'une tente , un berger assis gardant des moulons, une figure assise, une autre à genoux , el un pasleur debout , portant une houlette. La figure d'Abraham est reproduite dans le fond , au milieu des bergers et des troupeaux. L'extérieur de la coupe est décoré de quatre figures de termes, séparées par des arabesques dorées. Le pied est orné de masques et de draperies , el sur la partie évasée on voit un cerf poursuivi par des chiens. Le couvercle offre quatre médaillons où sont peintes des tête» dhommes et de femmes , vues de profil , en tons de chairs , et les intervalles sont remplis par des termes et des ornements arabesques dorés. Une décoration analogue est reproduite intérieurement. Le contre-émail est bleu. — (Collection Durand , n« 32/24o4.)

959 et 9GO. — NoÉ offrant, après le

DÉLUGE, UN HOLOCAUSTE AU SeIGNEUR. CoUlpC, aVCC

couvercle, camaïeu sur fond bleu, les chairs colorées, détails et ornements dorés. — Hauteur , 0,230 ;

Dans l'intérieur, Noé est représenté à genoux , occupant la gauche de la composition, les mains élevées vers le Seigneur, que l'on voit dans des nuages , se détachant sur un fond d'or rayonnant. Au centre est un autel construit en pierreset surmonté de Hammes ; plusieurs espèces d'animaux sont répandues de tous côtés , et , dans le fond , quatre figures sans vèteinents élèvent des constructions d'une simplicité primitive. L'extérieur

fie la coupe est orné de quatre trophées raUach<-s , par de légers liens . à deux masques allernanl avec deux lèses de béliers; les uns cl les autres relient des draperies, et de légers ornements dorés sont mêlés à ces molils de décoration. Sur le pied, deux léles d'aiifies ailées sont unies par des draperies à des mufles d'animaux. Sur la base sont figurés les génies delà terre , des airs et des eaux ; le premier, assis sur un bouc qu'il tient par les cornes ; le second . volant à la poursuite d'un oiseau ; le troisiémi-. porté par un daupbin et tenant une conque marine. Le couvercle oflr»- . a l'intérieur, quatre médaillons de forme oblongue. où sont peintes alternativement des léles dliommes et de femmes, et, dans les intervalles, des arabesques dorées , dont les motifs principaux sont des sirènes et des termes ailés, et , à linlérieur. des médaillons semblables où sont peintes deux tcles de femmes et deux létes de guerriers casqués . que séparent des ornements dorés. Le conlrc-émail est bleu.— 'Collection Duran«l , n" 33/2455.;

^Gt et ^6^. — 1° Marie, soeur d'Aaroîs- , cÉLÉBRAM LE NAUFRAGE DE Pharaon. Fragments du DÉFI DES Piérides, d'après Rosso (Musée du Louvre, cat. des tableaux, n° 3G9), composition gravée par .Eneas Vkus. 2<^ NoÉ offrant un sacrifice au Seigneur. — Coupe, avec couvercle, en camdieu sur fond bleu, détails et ornements dorés. — Hauteur, 0,200; diamètre, 0,1"9.

1" Sur le couvercle , 31arie , sœur d'Aaron, est représentée debout prés du rivage de la mer, tenant un tambour el des baguettes dont elle sappréte à le frapper. Les Ilots de la mer roulent des naufragés dont on ne voilque la tète ; l'une deces tètes estceinted'unecouronnc à pointes, et un sceptre sort des flots à peu de dislance. L'homme nu. debout sur le rivage opposé , est l'Apollon du tableau du Rosso ; la Muse jouant de la lyre , celle qui est vue de dos . une troisième qui joue d'une sorte de harpe, et la Piéride qui joue du tympanon , sont empruntées au même tableau. L'émaillcur a tiré de lui-même . ou de sources qui nous sont restées inconnues, les quatre figures qui complètent la composition. L'intérieur du couvercle est décoré de quatre médaillons où sont peintes en grisaille des létes dhommes et de femmes vues de profil ; les médaillons sont séparés entre eux par des figures d'enfants nus dont les poses sont animées ; l'un d'eux est à cheval sur un bàlon. De légères arabes(pies dorées sont tracées sur le fond. 2o La composilion (]ui décore l'inférieur tle la roupe est tout à fait semblable à celle précédemment décrite , U" 259. L'extérieur est orné de quatre satyres en grisaille el d'arabesques dorées . se rattachant à des médaillons qui sont décorés de petites figures peintes en rouge sur fond blanc. Le pied est orné de létes d'enfants ailées , allernanl avec des muRes de lions et supportant des draperies. On voit sur la base une femme présenlanl un gâleau à un monstre fabuleux ; neuf figures d'hommes ou de femmes , groupées à l'enlour. se ratlachenl à l'action par leurs poses et leurs gestes ; d'un côté , deux fenunes sonl agenouillées ; de l'autre , on voit un homme à genoux . élevant les bras. Le contre-émail est bleu. — ^Collection Durand . n^ 31/2453.

^03. — Psyché transportée par ZÉnuRE, d'après

Raphaël. — Coupe en grisaille sur fond noir; quelques détails dorés. — Hauteur, 0,071 ; diamètre, 0,222.

La composition est conforme à celle déjà décrite n» 239. On voit Psyché portée dans les airs; au-dessous, assise et endormie, et Acrs la droite et dans l'éloignement, reçue par trois jeunes filles sur le seuil d'un palais. Le revers est décoré de tètes d'anges ailées . alternant avec des têtes do vieillards ; les unes et les autres supportent des draperies qui sont rattachées à des anneaux d'où pendent des médaillons entourés d'arabesque?. Le contre-émail est noir. — '^Collection Durand, no 43/2466.)

)964. — Jdnon et l'Amour. — Coupe en grisaille sur fond noir; les chairs légèrement teintées; quelques détails dorés. — Haut., 0,075; diam., 0,225.

La déesse est assise sur un char porté sur les nuages et attelé de trois paons ; l'Amour est posé dans un nuage au-dessus. Une vignette dorée (^ntoure la composition. Le revers est orné de termes relevant des draperies, de médaillons et d'arabesques dorés. Le conlre-éraail est noir. — (Collection Durand, no 43/2465.)

^©4 Us. — Portrait de Henri IL — Plaque de forme ovale, en grisaille sur fond noir. — Hauteur, 0,152; largeur, 0,115.

Le roi est représenté de profil , la tête nue et ceinte d'une couronne de laurier.*. Il est velu d'une riche armure décorée de divers ornements , parmi lesquels figure le croissant. Le contre-émail est incolore. Les deui. mains et l'épée a'pparlienncnl à la restauration que cet émail a subie.— (Acquisitions nouvelles, n» M\.)

î®@5àî^^4. — Trictrac (1)et ÉCHIQUIER, adosse.s et se repliant sur charnières; les deux tabliers composés de quatre plaques et les entourages de seize [huit pour un coté, huit pour Vautre), peintes en camaïeu sur fond d'émail vert émeraude, et rehaussées de détails et d'arabesques dorés. — Dimensions de Vensemhle : hauteur, 0,467; largeur, 0,471.

2Q5et266.Lc tablier du trictrac: hauteur, 0.310; largeur, 0,io8; ensemble.

(1) L'expression de trictrec est moderne; voyez dans le glossaire delà seconde psrtie, au mot Tablier.

o.3<6. Les compartimenls sont marqués par des pelilcs flèches, qui sont alternativement de couleurs blanche et vert clair; on en compte douze de chaque coté. La zone du centre est décorée de quatre figures en buste, d'hommes et femmes se regardant, peintes en camaïeu et encadrées dans des losanges contre lesquels sont appuyées des arabesques dor. Ce sont également des arabesques très finement touchées en or, et formant vingthuit motifs variés, qui ornent les parties de fond quc^éparent les flèches. On découvre sur une tablette de la cinquième division, à partir de gauche dans le haut, le monogramme LL, et sur un cartouche de la sixième division, à partir de la gauche, mais au rang inférieur, la date 1537. — 267 à 274. Longueur, 0.190; largeur, 0,037; formant une frise d'encadrement autour du trictrac; arabesques en grisaille composées de termes, d'enfants, de têtes barbues, de trophées d"armes et d'instruments de musique,auxquels sont mêlées quelques fines brindilles dorées.— 275et276. Hauteur, 0,310; largeur. 0,157; ensemble, 0,3U; constituant le tablier de l'échiquier, qui est divisé en soixante-quatre cases; trente-deux sontémaillées d'un ton uni vert émeraude; trente-deux sont émaillées de blanc et décorées d'arabesques d'or disposées en rosaces autour d'un même nombre de petits médaillons circulaires dont les sujets rapidement peints, les deux premiers en or, les autres en noir, sont des compositions en partie empruntées aux camées antiques. — 277 à 284. Longueur, 0,190; largeur, 0,037; formant une frise d'encadrement autour du damier; orntinents de même composition et style que ceux de la frise qui entoure le trictrac. — (Acquisitions modernes M. L., n" 428.)

Cette description ferme dignement la liste des œuvres de Léonard, qui, s'il avait plus respecté son nom, ne l'aurait pas accolé aux œuvres médiocres produites dans son atelier; le même sentiment de dignité de l'artiste lui conseillait de détruire des ouvrages altérés par les accidents inévitables de la cuisson et rendus indignes de sa réputation : les quatre émaux dont la description suit sont du nombre.

2^&. — Phèdre (1). — Plaque en émaux de couleurs, avec emploi de paillons. — Haut., 0,300 ; larg.y 0,250.

Elle est représentée en buste ; les yeux sont bleus . les cheveux en partie cachés par une gaze ; un bijou orne le front, un collier entoure hhaut de la robe, qui" est de couleur blanche, et une agrafe attache le manteau. Le contre-émail est transparent et marbre.— (Collection Durand . no 8.1/2353.)

ÎÇ^©. — HiPPOLYTE. — Plaque en émaux de

(1) xia^ée de sèvres. — Une Déjanire, exécutée de même dimension, dans les mêmes tons et avec des défauts semblables, prouve qtie cette suite de portraits imaginaires est nombreuse.

couleurs, avec emploi de paillons et rehauts d'or. — Haut., 0,300; larg., 0,250.

Il est représenté la tête découvorle et ceinte d'un bandeau de pierreries ; SCS yeux sont bleus, ses cheveux blonds ; sa robe, de couleur blanche . est Vayée d'oi» et ornée d'un collier de pierreries; les plis du manteau sont rallnchcs par une agrafe ; sur le fond bleu d'azur est écrit le nom HIPPOLITVS, et dans le bas le monogramme LL. Le contre-émail est transparent et marbré.— (Collection Durand, no 84/2554.)

!5S^. — Portrait d'homme. — Plaque de forme ovale, en émaux de couleurs; détails dorés. — Haut., 0,134; larg., 0,104.

Ce personnage, représenté en buste, m'est inconnu; son visage est posé de trois quarts ; les yeux sont bleus, les cheveux, la moustache et la barbe d'un blond très clair. Il est velu d'un pourpoint de couleur sombre, dont \f collet relevé souîient une petite fraise; une chaîne, dont l'or est effacé, forme deux rangs autour du cou ; la toque, de même couleur que le pourpoint, est ornée dune petite plume blanche qui retombe en arrière. La figure se détache sur un fond bleu. Le contre-émail est incolore. — iColleciion Durand, no giV^.ïSO.)

!ïf^S. — La Création. — Gobelet à pied en camaïeu sur fond hleu; les chairs teintées. — Hauteur, 0,155; diamètre, 0,110.

Ou voit d'un côté Dieu élevant la main sur Adam, étendu devant lui cl encore inanimé, et de l'autre donnant la vie à Eve, qu'il tire du côté d'Adam. Les deux compositions sont réunies par un même fond de paysage, que remplissent diverses espèces d'animaux. Le pied est orné de tètes ailées, de guirlandes et de quatre médaillons, où sont peintes des têtes vues de profil et légèrement colorées. L'intérieur est couvert d'une couche de peinture jaune, qui est une restauration moderne. Le conlrc-émail est noir. — (Collection Durand, n» 22/2M1.)

ANONYME

Plus que tout autre artiste de Limoges , Léonard a eu ses imitateurs. Son active production l'obligeait à se faire aider, et de son atelier sortirent des élèvesqui, sansavoir sou talent, approchèrent de sa manière par la composition des émaux, par leuj ménagement et leur cuisson. Le plus grand nombre fut contemporain de son activité, et si quelques-uns lui survécurent, ils conservèrent quelque chose de ses errements, tout en modifiant leurs manières selon les goûts et la mode. Je range parmi les anonymes contemporains de

ANONYME. 205

Léonard et qui doivent prendre rang immédiatement à sa suite, rémailleur qui a exécuté le triptyque dit de Catherine de Médicis. Musée de Cluny, n° iooî). o Cabinet de a deuil à l'usage de la Reine, aux armes, chiffres et atlri- ((. huis du roi Henry II et de ia reine. Ce cabinet, sorte de « tableau à volets, est un des monuments les plus complets '( en ce genre. La garniture est en cuir imprimé aux chiffres « de Henry II et de Catherine de Médicis. Au-dessus des « chiffres est la couronne de France, et les espaces libres « sont semés de larmes. A l'intérieur est le portrait en pied « de Catherine de Médicis, exécuté en émail : elle estage- H nouillée dans son oratoire, son costume est celui du « deuil. Hauteur, 0,300; largeur, 0,210. Les volets sont <( décorés de quatre médaillons renfermant des sujets tirés « de la vie et de la passion du Christ. Diamètre, 0,117. « Cinq autres médaillons plus petits (hauteur, 0,063; lar- « geur, 0,030) et de forme ovale, complètent la décoration « de ce beau triptyque. L'iulérieur de celte chapelle por- « tative est décoré, comme l'extérieur, des chiffres du roi « et de la reine, avec les insignes du deuil. Tout donne (( lieu de supposer que ce précieux monument a été exécut(' « lors de la mort du roy Henry II de France. » Je n'ai rien à ajouter à cette excellente description de M. du Sommerard fils. Je me suis demandé cependant à quelle époque, dans quelle intention, pour qui et par qui ce triptyque avait pu être fait. Deux dates sont seules admissibles: 1339, année de la mort d'Henri II, et 1389, année de la mort de Catherine de Médicis. La reine avait un peu plus de quarante ans à celte première date, elle en avait soixante -dix à la seconde. Les traits du visage ne permellent pas de s'éloigner de 1339. Évidemment on a voulu rappeler le deuil de Catherine de Médicis; elle est à genoux et en prières dans sa chapelle tendue de noir. Mais pour qui ce douloureux tableau a-t-il été fait? Pour la reine, cela n'est pas admissible : on ne fait pas faire son portrait pour soi-même, et en le commandant pour un autre, on ne lui donne pas cet air de tableau de sainteté. J'en conclus qu'une amie dévouée, un serviteur fidèle, a voulu consacrer ainsi la douleur de sa maîtresse après la mort cruelle de son époux; et son dévouement enthousiasie ne connaissant pas de bornes, il lui a donné la disposition d'un tableau d'autel, tout prêt à transformer son attachement en adoration. A qui attribuer cet émail? Si Léonard Limosin l'avait peint en 1339-60, il se serait rapproché davantage,

dans le Ion, dans la physionomie, dans la manière, du portrait qu'il avait fait de la reine en 1533 ; il l'aurait signé surtout, car il n'a jamais négligé le soin de marquer ses œuvres quand elles avaient d'aussi hautes destinées, et il lui importait, au moment de ce changement de règne , de faire acte de peintre de talent; enfin il n'aurait pas laissé à d'autres mains, et à des mains secondaires, le soin d'exécuter les neuf médaillons qui complètent le monument. Il est plus facile de lui refuser cet ouvrage que de nommer un autre peintre capable de l'avoir exécuté. Considéré en lui-même, cet émail est assez timide quant au portrait, et assez arriéré quant aux procédés.

ANONYME

9^9* — Jules César. — Plaque circulaire, en grisaille sur fond noir, détails et inscriptions dorés. — Diamètre, 0,240.

Posé de profil, tourné vers la droite, couronné de lauriers, avec cette inscription : IULIUS. S. Le revers est incolore. — (Collection Durand ,

no 78/2546.)

^90. — La déesse Cérès. — Plaque circulaire , en grisaille sur fond noir j détails et inscriptions dorés, — Diamètre, 0,240.

Posée de profil, tournée vers la gauche, couronnée d'épis, avec celte inscription : SERES. LA. D. Le revers est incolore.— (Collection Durand, no 78/2347.)

ANONYME

Un tableau, du genre généalogique, peint vers 1366, offre de l'analogie avec les dernières oeuvres de Léonard Limosin, bien que des émaux aussi sombres, aussi ternes et aussi faux de tons, n'aient jamais été employés par lui. Un pointillé sec et maigre, des contours durs, et des physionomies nulles, font le caractère de cet émail. L'inscription fixe approximativement sa date. Elle est antérieure à 1589, puisqu'il n'est pas dit que Catherine de Médicis soit morte; elle est postérieure à 1363, puisqu'on y parle de la seconde fille de Philippe II, roi d'Espagne, et d'Elisabeth, ^ion autre fille, morte en 1568.

ANONYME. 207

991. — Catherine de Médicis. — Plaque en émaux de couleurs sur fond hleu , avec emploi de paillons et rehauts d'or. — Hauteur, 0,300; largeur, 0,370.

La rcinc est vOtuc de noir, assise, à droite du tableau, sur un siège de deuil que recouvre un dais garni de rideaux. Ses armoiries sont placées sur le milieu du dais; ses mains sont ornées de bagues. Devant elle est un homme dont on ne voit que le buste ; il a la lèté découverte, les cheveux blancs comme la barbe cl la moustache ; son vêtement et son manteau sont bleu d'azur, la ceinture de couleur orangée. A gauche, un homme jeune, la tête nue, portant le même vêlement que le premier. Le fond de couleur bleue, sur lequel se détachent ces deux figures, est entièrement couvert par l'inscripiion suivante en lettres dorées : a Cathe- « rine fille de lauran de medicys duc d'Urbin et de magdelaine dv « boUùgne unique héritière des susdites maisons laquelle expousa henn- " secôd roy de franco duql sont yssus fràcoys et chartes roys de frâcè 1 hèry roy de fràto et de pollôgne et môseigneur fràcoys duc dàiou aci corde en mariage a la royne dàgletaire et ung fils dont'le rov de portu- « gai estoit côpere le quel estan ieune deceda plus elle eusl de filles « madame elizabct mariée au roy des espagnes duquel elle a eu deux <i filles plus madame la duchess de lorainc dot et sorti plusieur enfans « plus madame margerite royne de navare et eust encores deux filles « iumelles decedees. n Le contre-émail est incolore.— '^Collection Durand, no 81/2549.)

ANONYME

Quelque élève de Léonard, faisant un essai, a bien pu produire l'émail que je vais décrire, et lui donner une apparence d'ancienneté, qui n'est, en réalité, que de l'inexpérience.

999. — Portrait de femme. — Plaque en émaux de couleurs avec emploi de paillons et rehauts d'or. — Hauteur y 0,100; largeur, 0,085.

Elle lient une fleur de souci surmontée d'un cœur. La robo est routie mT paillons, à manches et collet noirs ; les revers sont blancs, ainsi que le bonnet, la guimpe et les manchettes. Le fond mi-parli bleu et vert, une bordure verte dans le bas, et rencadrement noir sont ornés dtlégères arabesques el vignettes dorées. Le contre-émail est incolore.— (Collection Révoil, n" 2o9.') — Cet émail est inscrit dans le catalogue de M. Revoit sous le nom de Marguerite, sœur de François 1er. Cette attribution n'est motivée que parla fleur placée dans la main do la jeune femme- le costume, el plus encore les traits, la contredisent. '

208 NOTICE DES ÉilAUX, BIJOUX, ETC.

ANONYME

11 y a eu des essais pleins d'inexpérience; il y a en aussi des émailleurs qui, sans positivement manquer de talent, étaient incapables d'avancer et de se frayer une voie. Leurs œuvres ont une naïveté vieillote, une'sorte d'enfance ridée; des procédés arriérés s'y combinent avec une certaine maladresse dans la composition, pour donner à ces émaux une apparence gothique.

^B3. — La Mère de douleurs. — Plaque en émaux de couleurs sur fond noir, détails dorés. — Hauteur, 0,145; largeur, 0425.

La fleure est en buste ; les deux mains pressent une épée qui perce le côté droit; les yeux sont inondes de larmes ; la robe est violette ; un grand manteau bleu couvre à la fois la tète et les épaules ; une auréole d'or entoure la tête. On voit sur le fond des larmes dor , à gauche le monogramme de Marie, la lettre M à droite, et sur Tépaule gauche une étoile dorée. Le contre-émail est incolore.— [Collection Durand, no 105/2622.)

904. — Le Christ sur la croix. — Plaque en émaux de couleurs sur fond noir, détails dorés. — Hauteur, 0,127; largeur, 0,102.

Jésus-Christ est étendu sur la croix; on lit au-dessus de sa tète Tinsrription I.N.R.I. ; la vierge Marie est debout à gauche, et saint Jean derrière elle. Sainte Marie-Madeleine, agenouillée, embrasse le pied de la croix. Près de la Vierge est une femme en pleurs. Du côté droit est Longin. le centurion, sur un cheval blanc, et en arrière de lui des soldat» à cheval. Sur le sol , on voit un vase à parfums, et un petit chien ver» l'angle droit. Dans le fond sont indiqués les murs de Jérusalem ; le ciel est parsemé d'étoiles. Le contre-émail est incolore. — (Collection Durand, no 108/2632.;

995. — Pieta. — Plaque en émaux de couleurs sur fond noir, détails dorés. — Hauteur, 0,127; largeur, 0,102.

Le corps du Christ, dont les plaies sont saignantes, repose sur les genoux de la vierge Marie qui le soutient. Saint Jean est prés de la tête du Seigneur. Marie-Madeleine, agenouillée vers la droite, porte un vase à parfums. On voit dans le haut, à gauche, les trois croix dressées sur le Golgotha ; le fond de ciel est parsemé de larmes dorées. Le contre-émail est incolore.— (Collection Durand, x\° 108/2631.)

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