ISAAC MARTIN
Loin de chercher à augmenter le nombre des émailleurs et à grossir leur liste, on a vu que j'ai relranciié plusieurs noms qui m'ont semblé faiblement autorisés. Isaac Martin était éliminé dans mon premier travail. J'avais pensé que la plaque qui porte son nom venait d'une confrérie de Saint-Roch et désignait, en grosses lettres d'or, non pas l'émailleur, mais le membre de la confrérie qui avait acheté cet émail pour orner sa bannière. Depuis, j'ai réfléchi que
(1) collection Albert oeconibe. Cette suite a dû se composer de douze plaques. M. Albert n'en a recueilli que dix. Elles sont bien conservées; leur revers est translucide. Hauteur, 0,185 ; largeur, 0,130.
ces enseignesde confrérie nous seraient parvenues en plus grand nombre, s'il avait été d'usage de les faire en émail, et en examinant le travail de cette plaque, je l'ai trouvé particulier, original et étranger au faire des autres émailleurs. Force m'était donc d'admettre Isaac Martin.
Sa manière. — Il appartient à la grande pléiade des imitateurs (1) de Léonard Limosin. Il se distingue de son modèle par des défauts. Son dessin est pitoyable. Dans une plaque qui représente saint Roch, un ange et le chien, le saint a les pieds beaucoup plus petits que les mains, et l'ange a les bras bien plus longs que les jambes. Ses nuances d'émaux tiennent du ton des émaux de Léonard, mais les blancs sont sales, la juxtaposition des couleurs est criante, et les rehauts d'or sont YZAAC posés au pinceau avec une lourdeur et une maladresse qui d'un pointillé font une e'cla- X/ ARTîM boussure. Il signe ainsi (2) : iVi/li\l 11"
L'Allemagne revendique cet émailleur, parce qu'il a écrit son nom de Raymond sous la forme de Rexmon, dont on peut faire Rexmann etReichsmann (3). Mais, à ce compte,
(1) Parmi ces copistes plus ou moins adroits, il faut ranger l'auteur d'une suite de douze plaques émaillées dont je ne fais pas un article à part, parce que ces productions ont quelque rapport avec les émaux d'Isaac Martin, eollectionuéricartde Tiiiary. Douze sujets de la Passion, émaux de couleurs avec rehauts d'or. Compositions empruntées aux gravures d'Albert Diirer, figures longues, physionomies insignifiantes. La scène où Jésus-Christ est représenté conduit devant Anne, beau-père de Caïphe, au moment du reniement de saint Pierre, a été distinguée de celle où l'artiste a figuré Jésus-Christ devant Pilate, par les noms d'Anne et de Pilate inscrits en or sur les marches. Hauteur, 0,195; largeur, 0,155.
(2) collection Daugny. Saint Roch. Au haut, cette inscription : S. Roche ; à gauche , le nom d'Isaac Martin également tracé en or, et ainsi que le montre le fac-similé donné plus haut. Hauteur, 0,170 ; largeur, 0,123. Cet émail portait le n° 37 dans la coUectloo âe m. Didier petit.
(3) Fr. Kugler, Kunstgeschichte, p. 793 : Pierre Rexmon^ un allc^ mand dont le nom doit s'écrire Rexmann. C'est une supposition qui n'est pas encore confirmée, bien que M. Didier Pei.it cite cette signature dans l'introduction de son catalogue , page 26. M. Brulliot se
l'Italie, l'Angleterre, ou toute autre nation pourraient nous enlever nos enfants les plus légiiimes; car ce qu'ils savaient le moins, c'était d'écrire régulièrement leurs noms ; ce qu'ils semblent avoir pris à tâche, c'est de les défigurer. L'indifférence qu'ils apportaient à leurs signatures doit nous donner la mesure de l'importance que nous pouvons y attacher. S'il s'agissait de prouver que Pierre Raymond est Allemand, je n'appuierais pas beaucoup sur la forme capricieuse d'un nom ; je m'attacherais à établir que ses premiers émaux trahissent des prédilections pour les compositions allemandes (1), que son exécution est portée vers la précision jusqu'à la sécheresse; je montrerais que s'il a modifié plus tard sa manière sous l'influence italienne (2), c'est encore lui qui se rapproche, avec le plus de succès, des petits maîtres allemands, eux-mêmes un peu italianisés; enfin je signalerais ses relations d'afi'aires avec l'Allemagne, puisque c'est à Inique les grandes familles de Nuremberg et de Wurzburg adressent leurs commandes. Toutes ces circonstances conviennent, il est vrai, tout autant à la famille des Pénicaud et à d'autres émailleurs limousins, mais enfin ce sont de meilleures raisons que l'orthographe d'un nom dont les variantes sont infinies. J'attache peu d'importance à ces questions de nationalité, et j'attendrai patiemment qu'un document authentique nous enlève un artiste que Limoges a fait ce qu'il a été.
Pierre Raymond a signé le plus grand nombre de ses émaux, et, selon l'occurrence, il a multiplié ses signatures
trompe en quaiiGant P. Raymond de peintre en Mojolika, mais il ajoute, avec plus de raison : c'était probablement un artiste français. Dict. des monog., tome II, n° 2312.
(1) collection Sauvageot. Le portement de croix et la sainte Véronique. Grisailles sur fond et terrain bleuâtres ; les carnations légèrement teintées. La composition est entièrement dans les données d'Albert Durer ; le dessin est net, précis, propre ; on dirait l'œuvre d'un orfèvre graveur. Médaillon. Diamètre, 0,115. Cet émail n'est pas signé, mais il est de la même main que le suivant : Le berger défend ses brebis contre le lion et autres animaux carnassiers. Trois grands cartels sont remplis d'inscriptions françaises faisant une allusion morale à la scène. Fuycr, fuyer cnaullrc part ours, lyon et loux ravis' xant» Après cette inscription, qui occupe le coin gauche supérieur de l'émail, on lit : LAM-1541'PR. Hauteur, 0,135; largeur, 0,105. M. Soret et d'autres amateurs ont recueilli des émaux qui appartiennent à ces suites.
(2) Cette modiOcation est sensible à partir de 1544.
jusqu'à trois cl quatre fois sur la même pièce (1). On y lit: Pierre Raymô (2), Reymon, Remon, Rexmon (3), et plus souvent encore son chiffre P. R., quelquefois surmonté de la couronne qu'emploient Pénicaud et Léonard (4). Le livre des comptes de la confrérie du Saint-Sacrement de Limoges écrit son nom : Pierre Raymond , ce qui établit déjà une sorte de naturalisation. Nous verrons son fils Martial accepter cette orthographe. Ce même livre nous apprend qu'il fut chargé par la confrérie de quelques dessins sans importance (o), de IbSo à 1582, et c'est là tout ce que nous savons d'une vie qui a dû être bien occupée, à en juger par ses nombreuses productions. Celles-ci sont datées à partir de lo3i (6), et dès lo38 l'artiste était dans la plénitude de
(1) collection Andrew Fonntaine. Deux belles coupes de la plus parfaite conservation, l'une signée quatre fois du chiffre PR., l'autre datée de l'année 1553.
(2) collection Brunet-oenou. Celte signature, avec le trait sur l'o pour indiquer l'absence de Vn, se voyait sur la coupe décrite dans le catalogue imprimé pour la vente, sous le n° 350.
(3) collection Sauvagcot. Une coupe, peinte en grisailles encadrées dans des rameaux verts. Sur le couvercle quatre médaillons, et sur les montanls qui les séparent : P. REXMON d'un côté et 1544 de l'autre, collection Soltikoff. Une coupe : Didon recevant le jeune Astianax. P. REXMON et 1546. collection ducale de C^oilia : un plat de grande dimension ; on lit d'un côté P. REXMON, de l'autre son monogramme. Enfin un grand vase dont le couvercle portait P REXMON 1562, et la panse PR 1558, se trouvait à Nurnberg, en 1833, dans la famille des Tiicher.
(4) collection Albert oecombe. Une belle coupe. Dans le fond le sujet si souvent répété d'Astianax. Le pied a été refait en émail avec beaucoup de talent, par M. Meycr, de la manufacture de Sèvres. Elle est datée de 1538, et le chiffre P. R. est sous une couronne. Diamètre, 0,195. — collection çuedcville. Une salière. La date 1541 est placée 60US une couronne.
(5) Il fut chargé de rappeler en fugitifs croquis, sur le livre de comptes de la confrérie du Saint-Sacrement, les travaux exécutés aux frais de l'association : 1555, à Pierre Raymond pour avoir faict le paiiriraict de ladite lisire de la cène au prisent livre, 3 liv. il s. — 1557 Item pour le pourtraicl de la navette que a eu Pierre Raymond, 8 .y, 6</. — 1574 Pour un bourdon d'argent fait par Jehan Yvcrt, orfeuvre, dorure et façon réunis, 61 liv. 18 .v. — Pour le portraict du mcsmc, à Pierre Raymond, 3 liv. — 1582 Paye à Pierre Raymond, peindre, > pour ymage au commencement des eslaluts, 1 liv. 10 s.
(6) M. Maurice Ardent mentionne une coupe signée P R 1534.
MERRE RAYBIOND. 213
son laleut; elles finissent en 1578 (1), et Temail qui porte cette date n'est pas sans doute son dernier ouvrage. Sou activité immense embrassa depuis l'email microscopique (2) jusqu'aux émaux de très grande dimension (3), et suffit aux commandes innombrables de la France et de l'étranger (4). Samanièrc. — Il y a deux hommes dans Pierre Raymond, l'artiste et le fabricant, et l'un éclipse l'aulre; malheureusement c'est le fabricant qui domine. Considéré dans quelques rares et bonnes productions, comme le triptyque de saint Jean (o), comme l'aiguière de 1oo4 (G), comme les salières des travaux d'Hercule (7), c'est un artiste de talent,
(1) ccHSecîion i»ourtalès. Une aiguière datée de 1572. Lcn°298 du Louvre porte la date de 1578.
(2) On a recueilli dans diverses coileclions les médaillons de sa petite Passion. Ils sont g4ands comme des pièces de cinq francs et remplis de personnages. Diamètre, 0,040. CoHocîioii Sauvageoî. Le Lavement ties pieds, qui esi signé P K; c'est le n' 9 de la suile, qui se composait de douze scènes.
(3) collection PourtaîOs. N° 192 du catalogue de M. Dubois, grand triptyque aux armes de Philippe de Bourbon. Les figures sont très grandes. Ces émaux prouvent mieux que toute autre de ses productions, que Pierre Raymond était un artiste de talent auquel sa prodigieuse fécondité a seule fait du tort. Hauteur du tableau entier, 0,A90; hauteur des plaques sans la partie supérieure, 0,285. collrciioa EEéricarî de Tliary. Il a répété celte même bisloire de saint J^an- Eaptiste. Deux plaques server.t à la prédication, une au baptême, la quatrième à la décollation. La composition de la prédication est très remarquable. Ces grisailles ont quelque chose du blanc laiteux de Jean Laudin et de sa pi'écision un peu sèche. Hauteur, 0,305; largeur, 0,155.
(/j) Les derniers descendants de la famille célèbre des de Tiicher de Nuremberg possédaient encore, en 1833, sept pièces émaillées par lui pour un de ses membres, de 1558 à 1562. Un grand vase, haut de un pied deux pouces, ayant un pied quatre pouces de diamètre. Le couvercle signé : P. Rexmon, J562; le vase, P. R. 1558; six coupes, dont deux avec leurs couvercles. Toutes ces pièces sont revêtues des armes de la famille des de Tiicher. Voyez une description dans le Kunstblatt de 1833, n"'' 19 et 20. On trouve des ouvrages de Raymond partout, mais ce quia quelque signification, c'est qu'on les rencontre, cojume d'ancienne provenance, dans les collections des souverains, à Dresde, à Berlin, à Gotha, à Wcimar, à Munich, etc., etc.
(5) coiloction i>ourtalès. Voyez note 3 ci-dessus.
(6) musce dn l^ouvrc, n" 322.
(7) Musée du i.ouvrc, n° 324. taust^e de Berlin et collection* «oltikoff, Sauvageot, Qucdcville, etc. , etc.
qui, dans la grisaille teintée, sait disposer son effet, mélanger ses travaux et donner à un dessin, sinon irréprochable, au moins supportable, un grand charme et beaucoup d'attrait; mais sur vingt émaux signés par lui, un seul peutêtre aura ces qualités, du ressort de l'artiste ; les dix-neuf autres brilleront par d'autres mérites qui appartiennent au fabricant. Celui-ci, homme fécond, plein de ressource, d'imagination et de facilité de main, exécutera vingt plats différents par leurs arabesques, par la variété des compositions et les combinaisons des revers, et ces vingt plats modèles, il les fera répéter chacun dix fois, dans son atelier, par des mains, tantôt habiles jusqu'à une parfaite imitation, tantôt maladroites et grossières jusqu'au grotesque. Originaux et copies, bien ou mal réussis, portent indifféremment et uniformément le chiffre P. R que Pierre Raymond apposait sur tous les produits de son atelier, comme si ces lettres, signe magique, avaient pu transformer en œuvres d'art des travaux mécaniques. Elles sont loin d'avoir obtenu ce résultat, et cette raison commerciale, cette véritable marque de fabrique n'a fait et ne fera que compromettre la réputation de l'arliste. Leur ton froid, leur aspect noir, leur absence d'effet, les nuaâces brunes et sales des carnations, la dureté des contours et le travail trop multiplié des hachures noires, qui leur donne un air insipide de gravures sur bois transportées sur l'émail , tous ces caractères de médiocrité et de hâte industrielle que ne relèvent aucune habileté de composition, aucune originalité de touche, aucune finesse d'expression, rangent ces produits dans la classe des banalités qui se soutiennent dans le commerce par leur rareté comparative et par une certaine séduction d'émaux éclatants dont la vogue n'est pas épuisée.
Pierre Raymond a principalement pratiqué les émaux en grisaille, aux carnations teintées, et quand il a employé par hasard des émaux de couleur, il n'est parvenu à faire que des grisailles coloriées dans lesquelles le paillon et les rehauts d'or jouent un rôle beaucoup trop grand (1). Il a essayé
(i) iCTusCe du a.ouvre , n"' 301 à 306. En disant qu'il n'est parvenu qu'à faire des grisailles coloriées, je veux remarquer qu'il lui manquait ce sentiment de la réalité dans l'harmonie qui constitue le peintre, collection Acbille seiliOres. Grand plat rond à support d'aiguière ; au centre, sur le support, un portrait de femme se détachant sur fond bleu ; autour, des scènes de l'histoire de Psyché. On lit au
de repousser en relief certaines parties de ses pièces de cuivre et de lesémailler ensuite (1). Le succès n'a pas couronné cette tentative, dans laquelle Jean de Court (I. D. C.) a si bien réussi. J'ai dit que ses compositions n'avaient rien d'original ; elles sont puisées dans les gravures des maîtres de toutes les écoles, et plus particulièrementdans celles des petits maîtres, y compris Holbein et de Laune.
Une fois l'atelier formé et la fabrique montée, une fois la vogue venant en aide à l'entreprise, il fallut trouver le moyen de varier la production et de sortir des plats, des aiguières et des plaques, sortes de tableaux peints. Pierre Raymond imita l'orfèvrerie et transforma en cuivre émaillé tout ce qu'elle faisait en or et en argent. Les chandeliers (2), les salières, les petites coupes couvertes et les grandes coupes sans couvercles, les assiettes en quantités innombrables (3), enfin tous les ustensiles de la vie privée, allèrent couvrir les tables et les dressoirs; et cette extension donnée à l'émail fut si bien accueillie, qu'on exécuta ces services non-seulement sur commande, en les armoriant aux écus-
bas : LAMOVR DE CVPIDO ET DE PSICHE MERE DE VOLVTE. PR. Diamètre, 0,452. C'est du coloriage plutôt que de la couleur ; mais l'effet, comme décoration, est satisfaisant, et c'est sans aucun doute une des œuvres importantes de ce fécond émailleur. roUectioa carrand. Trois plaques, détachées d'une suite de douze scènes de la Passion, copiées de la petite Passion d'Albert Durer. Le Lavemei>t des mains de Pilate, le Portement de Croix, la Mise au Tombeau, la signature PR est tracée en or sur l'émail brun translucide du tombeau. Hauteur, 0,115; largeur, 0,083. Collection Ciermeaa. Même suite, la Déposition de la Croix.
(1) collection Visconti. Un plat rond, grisailles. Le Jugement de Paris. Sur les bords, des arabesques et quatre têtes de lion repoussées en relief. Diamètre, 0,375. On connaît dans ce même genre des coupes et des chandeliers à godrons repoussés en relief.
(2) collection Andrew Fountaine. Deux chandeliers ornés, sur le fût, de figures allégoriques, et sur la base de sujets bibliques, avec le chiffre P. R. et la date 1556 tracée en rouge. Hauteur, 0,307.
(3) On va trouver sous les numéros 315 à 317 trois assiettes peintes en émail pour le président Séguier (Pierre I), dont elles portent les armes. Elles appartiennent à une série d'assiettes des douze mois, disséminées un peu partout, et qui se rencontrent dans le commerce avec une autre série traitée avec plus de soin, armoriée de même et signée P.R. 1566. Il faut croire que le président commanda plusieurs douzaines d'assiettes émaillées , et qu'on répéta les mêmes compositions.
«ons de ceux qui les demandaient, mais à l'avance et en nombre. J'ai déjà dit mon opinion sur ce développement sans bornes donné à l'émail ; Limoges l'a dû à Léonard Limosin, et plus encore peut-être, au moins sous le rapport de la fécondité, à Pierre Raymond.
996. — La Gène. — Plat de forme ovale, en grisaille sur fond noir ; les chairs colorées; quelques détails dorés. — Longueur, 0,510; largeur, 0,375.
Les douze apôtres entourent une table garnie d'une nappe et que rceouvrent des pains et du vin ; l'agneau pascal est sur un plat au centre ; Jésus, occupant le fond et le milieu de la composition, tient contre lui révangélisîe saint Jean endormi. On reconnaît Judas Iscariote dans le personnage de gauche, en avant, par le sac d'argent qu'il tient dans la main droite. Il est un des quatre apôlres qui, placés au premier plan et vus de dos, sont assis sur des sièges de formes variées; deux grandes aiguières séparent Judas de l'un d eux ; sur Tune d'elles on lit le monogramme P R. et sur le sol. au-dessous, la date 1585. On remarque, dans le fond à gauche, la tcle d'un quatorzième personnage, qui ne peut être que l'hôte ou le serviteur de la maison. Le fond représenlo les paroi» d'une chambre. percées, dans la partie qui est derrière le Christ, de deux fenêtres accouplées. Une vignette dorée entoure la composition. Le rebord est semblable à celui d'un bassin du même maî're, dont la description suit celle-ci. et qui est daté de 1569. Sur un écusson de la frise 3ui le décore, on voit trois fleurs de lis d'or, mais cet écusson et ces ours de lis sont de restauration moderne. Le revers est orné d'un cartouche que décorent deux tètes d'ange ailées et de deux masques coifiTé» de draperie, les uns et les autres en tons de chair. Une couronne de fruits est contenue dans les enroulements qui la cachent en partie; une lète d'homme, vue de profil, en ton de chair, occupe le centre sur un fond noir pointillé d'or; et une frise en grisaille, ornée de rosaces et d'un médaillon ovale, sur lequel est peint un enfant nu. termine le décor. — (Collection Durand, n» 40/2455.)
Sd^'* — JÉTHRO AU CAMP DE MoïsE. — Bassin circulaire, ayant une ouverture au centre ; grisaille sur fond noir; les chairs colorées; quelques détails dorés. — Diamètre, 0,465.
« Jéthro, beau-père de Mo'ise, ayant appris comment l'Eternel avait retiré Israël de l'Egypte, prit Séphôra . femme de Moïse, et les deux fils de cette femme , etvint a Moïse où il était campé , en la montagne de Dieu. Il arriva comme Moïse siégeait pour juger le peuple. " {Exode, rhap. XVIII.) Moïse est assis ; deux cornes dorées le caractérisent; il lient en main un sceptre d'or, et est représenté parlant à Jéthro assis sur des degrés non loin de lui. Vlw vieillard, deux soldats, un homme que l'on ne voit que de dos, tenant embrassé le tronc d'un arbre, sont debout du côté droit; à gauche est figuré Jéthro arrivant dans le camp de Moïse, dont ^es tentes occupent le fond ; il est suivi d'un jeune homme qui tient •n livre, et Séphora^ femme de Moïse, est assise sur un tertre de gazon,
au pied d'un arbre, ayant un jeune enfant dans ses bras, et un plus âge, que l'on ne voit que de dos, assis au-dessous d'elle. Un vieillard et un jeune homme sont placés derrière l'arbre, l'un parlant, l'autre écoutant. L'autre portion de la composition est occupée par une scène dont trois femmes forment le centre ; deux, étranglement coiffées, sont assises sur une large pierre ; deux hommes en costume militaire prennent part à cette scène ; en arrière d'eux et plus à gauche, deux hommes coiflés du bonnet phrygien cheminent en conversant ; à la droite des trois femmes, un homme isolé, vu de profil. On voit dans le fond des tentes à des plans dilTérents, et sous la plus rapprochée on aperçoit, à travers l'ouverture que forment les rideaux soulevés, deux femmes assises à terre, dont une a un enfant nu sur les genoux. Sur la partie de l'estrade où posent les pieds de Moïse, on lit en lettres noires : EXODE XVIII, et sous les pieds du vieillard debout à droite de Jéthro, le monogramme P. R cl la date 4569. Une vignette dorée sur fond noir entoure la composition, et une semblable, mais de moindres proportions, le vide central. Le rebord est décoré dune frise non interrompue, formée par des animaux naturels ou fantastiques; des satyres, quelques figures d'enfants reliés les uns aux autres , portés sur des chars que les uns traînent, que les autres poussent. Dans un écusson correspondant à la partie du bassin où est placé Moïse, on retrouve le monogramme P R, déjà cité, en lettres d'or. Le revers est orné d'un large cariouche circulaire, décoré de quatre tètes d'ange ailées et de deux figures capricieuses ; l'une est une harpie portant .sur la tète une corbeille de fruits, 1 autre un monstre à tète humaine, qui se termine en une uouble queue de dauphin. Les enroulements du cartouche supportent une couronne de fruits, qu'ils laissent apercevoir et cachent tour à tour ; cette couronne est coupée en deux places qui se correspondent par deux forts masques en tons de chair, entourés de draperies el surmontés d'un croissant. Le fond noir est orné d'arabesques d'or. Une frise en ornements de grisaille, mêlée à de légers détails dorés, complète et termine la décoration.— Ancienne collection, n» a. Notice des émaux de la galerie d" Apollon , année 1820, n» 633.)
Î^B^. — SaPIIAN LISANT DEVANT JOSIAS LE LIVRE
DE LA LOI. — Plat de forme ovale, grisaille sur fond noiry les chairs colorées, quelques détails dorés. — Long., 0,515; larg., 0,395. — Les deux figures debout dans le fond sont empruntées à Raphaël et tirées de la mort d'Ananias, sujet d'un des cartons con- .servés à Hamptoncourt. Le revers est pris dans la gravure d'Etienne de Laune.
• El il arriva qu'aussitôt que le roi eut entendu les paroles du livre de la loi. il déchira ses vêlements et il commanda au sacrificateur, Hilkija, et à Ahikam, fils de Saphan, et à Hacbor, fils de Micaja , et à Saphan, le secrétaire, et à Hasaja , serviteur du roi, en disant: Allez consulter l'Eternel louchant les paroles de ce livre.» iRois, chap. XXIL) Josias esl à gauche, assis sur un irône qui est placé entre deux colonnes et élevé ?ur deux degrés. Le roi juif lient en main un sceptre fleurdelisé, el le turban qui le coiffe esl surmonté d'une couronne à pointes. Devant lui et au pied du trône, Saphan esl représente à genoux et lisant dans un grand
livre qu'il tient des deux mains et qui est posé sur un pupitre élevé. Sur les feuillets du livre, on lit ces lignes écrites en lettres noires : « La sainte Loi au livre côserve e lue et devant Josias, roi puissant, qui veut de fait quelle soit observée^ Tdt il se rend à Diev obéissant. » Un autre livre fermé est à terre, près du genou de Saphan. Les deux personnage? qui occupent le premier rang du groupe du fond, et dont les gestes paraissent répondre à ceux du roi, sont le sacrificateur Hilkija et Hasaja, serviteur du roi ; de même que les deux jeunes gens inclinés à droite, derrière Saphan, ne sauraient être autres que Ahikam, fils de celui-ci, et Hacbor. fils de Micaja ; derrière eux sont deux figures de vieillards. Sur Teslrade du trône on lit en lettres noires : IlII. Rois. XXII. 1578, ei vers la droite de la composition le monogramme P R. Une vignette dorée forme lencadrement. Le rebord est semblable à celui du bassin du même maître portant le no 297. Dans un écusson on retrouve en chiffres dorés la date 1578. Le revers, décoré sur la longueur du plat, contrairement au sens de la composition de la face, représente la déesse Minerve, debout, la tête coiffée d'un casque, tenant d'une main un drapeau et de l'autre soutenant un bouclier sur lequel est figurée la tète de Méduse. Autour de la figure de Minerve, on lit en chiflres et lettres d'or : 1578. Minerve, mère de tous lesarz. Une vignette dorée forme autour un premier cadre, et une frise en grisaille d'un large dessin , entremêlée de brindilles d'or, en forme un second qui termine le décor. Dans un écusson allongé de cette frise, on lit en lettres noires : iuillet. 1578. P. R. — (Collectioït Durand, n» U/2419.)
909* — Joseph expliquant les songes de Pharaon. — Plat, de forme ovale, en grisaille sur fond noir, les chairs colorées, quelques détails dorés. — Longueur, 0,500; largeur, 0,385. — Le revers est emprunté à l'œuvre gravée d'Etienne de Laune.
La droite de la composition est occupée par le roi Pharaon, qui, assif sur un trône élevé de deux marches, tient de la main gauche un sceptre; sa tête est coiffée d'un turban ceint d'une couronne à pointes ; ses pieds croisés reposent sur un coussin ; au-dessus de lui est un dais à baldaquin d'où pendent des rideaux ; deux vieillards sont debout sur les marches du trône. Au milieu du tableau est Joseph , debout devant Pharaon , les deux mains étendues vers le roi comme pour appuyer sur l'explication qu'il donne. En arrière de Joseph, et remplissant la gauche, un groupe d'hommes diversement coiffés; le plus remarquable par son costume est vu de dos ; de son turban s jrt une longue queue qui se termine par une houppe, et ses épaules sont couvertes d'un camail orné d'arabesques dorées. Le fond d'architecture s'ouvre en une arcade à travers laquelle on aperçoit la campagne; les songes de Pharaon y sont figurés au Her plan par des vaches grasses et des vaches maigres ; à l'arrière-plan, par deux groupes «iépis dorés. Sur les marches du trône on lit en lettres rouges : Pharaon, (ienèse, XLl. La vignette dorée qui entoure la composition est semblable a celle du bassin placé sous le n» 300. 11 en est de même du décor du rebord, qui ne diffère que par l'adjonction d'un écu armorié qui est de gueules au chevron cousu d'azur, chargé de trois croisetles d'or, appointé d'un croissant d'argent, accompagné de trois quintcfeuilles du même. Le revers est également décoré comme celui du plat susdit, à l'exception de la figure principale placée sous le dais, qui, dans le premier, est une femme en costume français du XVIe siècle , et dans celui-ci un guerrier casqué, enveloppé dans un manteau et tenant une lance en main. Le*
ijualre colonnctles qui soutiennent le dais ofifrent une légère variante; on en remarque une également sur le baldaquin. La frise qui termine la décoration est la même dans les deux plats.— [Ane. collection, no io.)
300* — Le jugement de Salomon. — Plat de forme ovale, grisaille sur fond noir, les chairs colorées, détails dorés. — Longueur, 0,500; largeur, 0,385. — Le revers est emprunté à l'œuvre gravée d'Etienne de Laune, à l'exception de la figure centrale. ^
Salomon, assis sur un trône élevé, occupe le centre de la composition; sur sa tète est une couronne, et dans sa main gauche un sceptre fleurdelisé ; devant lui et vu de dos, un soldat, la tête découverte, d'une main tient par le pied un enfant nu qui s'attache contre sa cuisse, et de l'autre un glaive. Les deux mères sont placées de chaque côté ; l'une , à droite , à genoux, est vue de dos et tend les bras vers l'enfant ; et celle de gauche est vue de face ; ses bras sont ouverts et retombent. Un enfant mort est étendu sur un hnge contre le premier degré du trône, et un chien s'en approche. Sur les trois degrés de l'estrade, comme sur des lignes qui se suivent, sont tracés ces mots, en lettres noires : Date (inquit) huic infantem vivitm, quando quidemhec est mater ejus, et timuerunt omnes regem. 3. reg. 3. Les spectateurs de cette scène sont nombreux, les uns placés dans Tintérieur de la salle, trois à gauche, trois à droite; les autres vus à l'extérieur, dans des entrecolonneinents , séparés des personnages déjà désignés par un mur d'appui, et entre eux par les colonnes et la d'raperie qui servent de fond au trône de Salomon; ils forment deux groupes: celui de droite est de cinq tigurcs, celui do gauche de six ; on y distingue un jeune homme qui, monté sur le mur d'appui, tient embrassée une colonne ; au bas de la composition , vers la droite , se trouve le monogramme PR. en lettres noires. Une vignette dorée forme encadrement. Le rebord est orné d'arabesques en grisaille. Le revers, décoré sur la longueur du plat, contrairement au sens de la composition de face, ofl're un ajustement tout parliculier. Une femme en costume français du XVIe siècle, ayant les deux mains dans un petit manchon, est debout sous un dais en baldaquin supporté par quatre colonnettes. Une tète d'enfant ailée, que surmonte une corbeille de fruits , et ajustée dans un enroulement, sert de couronnement au dais, dont les angles supportent deux vases d'où s'échappent des flammes. Les pieds de la femme posent sur un mince support. Cette composition légère se détache en grisaille, avec tons de chair colorés, sur un fond noir orné de très légers courants de feuillages en or. Une vignette dorée entoure le motif principal du revers, et une frise en grisaille, d'un large dessin entremêlé à des brindilles d'or, termine le décor. — (Collection Durand, n» \2/-2H7.)
30t« — Suzanne au bain. — Assiette en émaux de couleurs rehaussés d'or sur fond hleu. — Diamètre, 0,195.
Elle est représentée dans un bassin qui reçoil l'eau d une fontaine occupant la gauche; les deux vieillards sont dans le coin de droite, eu partie
cachés par le tronc d'un arbre chargé de fruits. Le fond est rempli par un parterre qui est séparé par une barrière en treillis d'une prairie où sont deux figures vues dans l'éloignement, et à l'arrière-plan par un pavillon à trois étages qui se termine en pignon. Le ciel est parsemé d'étoiles dorées. Au bas de la pierre du bassin on lit, en lettres d'or, le monogramme PR. Une petite vignette dorée entoure la composition. Le rebord est décoré d'une frise dans laquelle des tètes d'ange ailées , en tons de chair, alternent avec des vases peints en camaïeu, et en sont séparées par de» arabesques que terminent des bustes de femme en tons de chair. Le revers, émaillé de noir, est semblable à celui des assiettes nos 307 à 31 5, à l'exception de la frise qui, au lieud'élre en grisaille et or, est ici formée d'arabesques dorées. — (Collection Durand, n» 18/2423.)
309* — Suzanne surprise par les vieillards,
d'après Jules Romain. — Assiette en émaux de couleurs rehaussés d'or sur fond bleu. — Diam., 0,195.
Suzanne occupe le centre de la composition. Elle est nue, ses pieds sont cachés par l'eau du bassin sur le bord duquel elle est assise. L'un des vieillards approche ses lèvres du corps de Suzanne, et dune main entoure ïa taille ; le second, placé en arrière d'elle, retient son bras gauche. Des arbres occupent la partie de droite où sont les vieillards, une fontaine langle ga^uche; un vivier sur lequel nagent des canards est placé en arriére des personnages ; plus loin deux rangs de treillis, et une maison dans le fond. Le ciel est parsemé d'étoiles dorées. Le monogramme PR est tracé en lettres d'or sur la dalle du bassin. La vignette, le rebord et le revers sont semblables à ceux de l'assiette n» 301. — (Collection Durand, n» 18/2428.)
303« — Suzanne TRAÎNÉE devant les juges. — Assiette en émaux de couleurs rehaussés d'or sur fond bleu. — Diamètre, 0,195.
Deux soldats placés à la droite, l'un d'eux tenant une corde en main, poussent devant eux Suzanne dont les bras sont croisés sur la poitrine. Deux vieillards, qui sont ses juges, sont assis sur un banc vers la gauche. Un arbre couvert de fruits occupe le centre, et l'on voit deux lentes sur la prairie qui remplit le fond. Le ciel est parsemé d'étoiles dorées. Le monogramme PR, en lettres dor, se trouve près du pied d'un des vieillards à gauche. La vignette, le rebord et le revers sont semblables à ceux du no 301. — (Collection Durand, no 18/2424.)
304. — Suzanne conduite au supplice. — Assiette en émaux de couleurs rehaussés d'or sur fond bleu. — Diamètre, 0,195.
Suzanne occupe le milieu de la composition, et est représentée marchant ; cinq hommes d'armes l'entourent, quatre d'entre eux ont des casques, et trois portent des boucliers. En avant du groujjtf et lui faisant face, est le jeune Daniel, debout, étendant vers Suzanne le bras gauche, et portant du droit un sceptre doré. Le fond est rempli par des prairies. Le monogramme PR. en lettres d'or, se trouve à droite près des pieds des soldats. La vignette, le rebord cl le revers sont semblables à ceux du n» 301 . ar (Collection Durand, no 18/2423,)