‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 56 sur 125 · MÉDAILLONS ET ARABESQUES. COU · texte numérisé non relu

MÉDAILLONS ET ARABESQUES. COU

vercle de sucrier en émaux de couleurs sur fond noir, détails dorés. — Diamètre, 0,095.

Des inscriptions désignent chacune des figures peintes dans les médaillons : Tempérance, Pnidance, Justice, Force. Les arabesques sont en émail blanc et détails dorés. Le bouton en est orné. Sur le bord inférieur on trouve écrit en lettres d'or : BAP. KOVA ILLIER. Le contre-émail esl blanc. — '^Collection Durand, n<' 2-2/2441.)

BERNART NOUAILHER.

Encore un Nouailher, ce qui ne veut pas dire une nouvelle manière ni pins de talent. Une plaque entourée de ces ornements, en émail blanc pointillé en noir, qui furent de mode au commencement du dernier siècle, représente au centre un évêque à genoux, en costume de moine, ayant sa crosse près de lui. 11 joint les mains et il élève ses regards vers la Vierge qui lui apparaît assise sur les nuages et entourée de chérubins. Le vêtement du saint évêque est bleu, d'un ton d'ardoise; la robe de la Vierge est rouge, d'un ton criard, et il y a des parties de jaune vif qui n'ajoutent rien à l'harmonie des couleurs. On lit au revers, en lettres d'or sur fond d'émail bleu mêlé de gris : Bernart. Nouailher. Kene. Lenneue. f. Hauteur, 0,160; largeur, 0,120 environ. Les Nouailher faisaient si peu de cas de l'orthographe qu'il esl permis, sans plaisanter, de traduire ainsi cette inscription : Bernard. Nouailher. qui est né. l'aine, fecit.

NOËL LAUDIN.

Frère aîné de Jean Laudin (1), et membre d'une famille

(1) Il signe Laudin l'aisné.

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(lëmailleurs de Limoges qui seinbleraitiiinombrable, si l'on vouiaii déterminer le nombre des Laudin parleur immense production, Noél Laudin était un peintre médiocre, qui chercha son refuge dans les émaux, et y trouva une cerlaine répulalionavecderaisance. Leducd'Orléans, depuis régent, voulant, dit-on, se rendre compte du procédé de l'émail, le lit travailler devant lui ; on en a conclu trop vite qu'il avait été son maîlre de dessin (1). La seule chose qui soit vraie dans CCS traditions, c'est que ce prince, dont l'esprit était ouvert sur toutes choses, a désiré connaître la manière de peindre en émail, et qu'à la fin du XYIL siècle il ne pouvait s'adresser à un homme plus habile dans la technique de cet art. En effet, Noël Laudin, malgré la sécheresse et la froideur de son pinceau, avait appor;é dans le maniement des émaux une rare habileté; il s'efforçait, probablement stimulé par les efforts de Toulin , de fondre ses émaux et d'arriver au modèle coloré par le moyen du poinlillage, qui rapproche la peinture en émail de la peinture en miniature. L'ancienne province du Limousin est remplie de ses productions, ei l'on a d'autant plus droit de s'étonner d'une si grande fécondité, que la plupart de ses ouvrages sont exécutés avec beaucoup de soin.

Sa manière. La mauvaise influence de Miguard, je la dislingue de la bonne, se retrouve dans le dessin, dans la composition, dans la couleur même de cet émailleur; quelquefois il imite Philippe de Champagne; mais, dégagé de ces influences et considéré en lui-mén»e, il est froid, sec, vide, et par-dessus tout sans esprit. On reconnaît ses émaux au lisse de leur surface, à la sécheresse de leurs contours, les grisailles au ton laiteux de leurs blancs, les peintures d'éniail en couleur à l'usage d'un rouge brique et d'un jaune vif qui crient quand ils se rencoutrent, et ils se rencontrent toujours. Noël Laudin est un des premiers peutêtre, après Jacques Nouailher,qui ont fait usage, sur la bordure des plaques , «l'orncmenls en relief pointillés en noir et reliaussés d'or. Il appliqua a tous les ustensiles de la vie son émail et ses piuceaux : les tasses [2] et les sucriers, formant ce qu'on appelle un déjeuner, les bourses

(1) M. Texicr Olivier, Statistique du département de la Haute- Vienne. Paris, 1808, page H7.

(2) ^l. Didier Petit avait un de ces déjeuners complets dans sa collection, n"' 61 à 1!\. Muscle du l-ouvre, n^'Slô h 539.

et les râpes à labac (1), les cuillers (2) et les encriers (3) pour la table, les vases d'église, les burettes et les bénitiers, tout enfin, enira dans son domaine. Il ne sut même pas en exclure des produits de la plus déplorable médiocrité; c'est que son atelier était devenu une fabrique et sa signature une raison commerciale. Ces émaux de pacotille, travaillés encore avec une sorte de finesse routinière, prennent l'apparence de faïences de village, tant les tons des couleurs qui les ornent sont faux et criards.

Il a signé le plus grand nombre de ses ouvrages de son monograinme JT quelquefois N, Laudin l'aîné. Nous avons vaine •*'^M ment cherché Noël Lamlin, qui est cej)endant la bonne lecture, puisqu'on le trouve inscrit de cette manière dans un livre de la taille de Limooes.

JEAN LAUDIN.

Ce peintre émailleur a travaillé à la fin du XVlIe siècle cl dans les premières années du XVIII'-. Deux émaux que Je vais décrire sont datés de 1693 et ils appartiennent à une technique si avancée qu'il est à supposer qu'ils sont au moins de son âge mûr. Une trop grande production lui a attiré, comme à t'ierre P»aymond, une sorte de déconsidération. L'estime de son talent a été influencée par l'échelle décroissante de ses prix. On rejette un Laudin avant de l'avoir regardé, et souvent, après avoir considéré attentivement la précision de ses contours, le fondu de ses grisailles, on se reproche des préventions peut-êlre trop sévères et l'on soutient les enchères (i). Des recherches ultérieures me permettront de constater l'existence de deux (imailleurs signant de la même manière, travaillant dans les mêmes errements, mais se distinguant cej)endant par

(1) musée de ciiiny, n"' 1135, 1136.

(2) Ciollection soret. Deux cuillers montées sur manche d'ébène orné d'argent.

(3) Musée de Ciuuy. collections pourtalés, i&attier, etc., etc.

(4) L'intérieur d'une pharmacie de moines a été acheté à la vente de M. Didier Petit (n" 6 de son catalogue) au prix respectable de 1,001 fr. Il y a des pièces qui tiennent un bon rang dans les cabinets. collection Yisconti. L'histoire du bon Samaritain, suite de grandes plaques d'une exécution assez fine. La première porte au bas, comme

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une nuance dans le talent ou dans la médioorilé : l'un serait le père, l'autre le fils, frère cadet de îSoèl Laudin. En attendant un dofuinent aulhcntique qui autorise la distinction, celte séparation se rapportera, dans le premier cas, à ce qui est médiocre; dans le second cas, à ce qui est par trop mauvais. Je vais décrire et réunir tout ensemble les Laudin: leur uniformité autorise cette confusion, mais j'aurai soin d'indiquer à la fin de chaque article les signatures de leurs auteurs.

Sa manière. Les p;risailles ont plus particulièrement occupé Jean Laudin. Il avait trouvé le moyen de produire un très beau noir sur lequel il apposait ses blancs avec beaucoup d'adresse en différentes épaisseurs et quelquefois presque en relief. Ces blancs laiteux et ce noir profond produisent des effets tranchés qui donnent à ses émaux l'apparence de camaïeux gravés en bois. L'opposition du blanc au noir est si heurtéequ'elle fait froid : on croit avoir sous les yeux des effets de neige. Le dessin est médiocre et tourmenté, les expressions sont nulles et affectées, les copies des maîtres faites sans esprit. Quand il emploie les émaux de couleurs, et c'est ass^z rarement, il manque de vigueur (i). Quand il décore eu couleur les tasses et autres pièces du ménage, ses émaux sont à un objet d'art ce qu'est la faïence de nos campagnes à la plus belle porcelaine de Sèvres. 11 a répété à satiété, et pour ainsi dire à

les autres, son explication : Un Iwniwc des brigands fut pris et for blesse. 9iusC>6 de Ciuuy, n"* 1104 et 1105. La Chasse et la Pêche, Masée de oijon, n" 825 du Catalogue. Les quatre heures du jour. Le matin est accompagnée de celte inscription et de celte signature :

Dès la pointe du iovr ie sors de mon village Povr porter av marché des vollailles et frvittagc.

Ces quatre plaques émaillécs en grisaille, avec filets dorés, sont très fines. Hauteur, 0,1^9; largeur, 0,180.

(1) Musée de Dijcu, n" 823 du Catalogue. Saint Martin partage son manteau avec un pauvre. A la gauche du tableau, le donateur, en coslume ecclésiastique, est à genoux en prière. C'est un excellent portrait, et cet émail de couleur fait tout ensemble un si bon effet, qu'il prouve que Laudin aurait pu émaillcr en couleur avec succès, si la grisaille ne lui avait pas été plus facile et plus expéditive. Hauteur, 0,170; largeur, 0,230. Je citerai un autre émail en couleur d'assez grande dimension : collection .%. i.e Carpentier. Diane, entourée de ses nymphes, surprise par Actéon ; à droite, au bas, IL.; sur le revers^ l'adresse de Laudin. Hauteur, 0,195; largeur, 0,240.

la mécanique, les douze Césars, les scènes de la vie chaiiipêtre, les élénienls, les sens, etc., etc. Tout cela se débitait comme de nos jours les gravures et les lithographies qu'on vend encadrées pour décorer les appartemenis.

Tl signait Jean Laudin, J. Laudin (1) et plus souvent de ses initiales 1 L (2), en mettant au revers ses noms, litres et adresse, avec le soin de suivre une direction contraire au sujet peint, afin qu'en retournant la plaque celle signature se trouvât naturellement dans le sens de la lecture, ainsi qu'on l'observe sur les monnaies. Les émaux avaient pris uncaractèretellementmercantile que l'acheteur exigeait ces facilités. Quoique le monogramme de Jean Laudin soit le même que celui de Jean Limosin, on ne peut confondre les ouvrages de ces deux émailleurs. Leur manière d'employer les émaux est très différente. Jean Laudin n'a fait aucun usage du paillon, il n'a pas rehaussé son travail d'un minutieux pointillé d'or, il n'a pas cet air brillante: il est médiocre d'une autre manière.

4^4. — Triomphe de César, imité de Jules Romain. — Plaque en grisaille sur fond noir, détails dorés. — Hauteur, 0465; largeur, 0,235.

Jules César esl assis sur un char orné que traînent deux chevaux confluils à la main. Sur un second plan sont placés des hommes tenant des palmes , d'autres portant des A'ascs, et des guerriers armés de lances ; derrière le char, des vaincus sont conduits par des soldats. Au bas, à droite, on a écrit; / ^ Lecontre-émail

est noir. .. * loQ**" (Collection

4'5 5. — Sac d'une ville , imité, de Jules Romain. — Plaque en grisaille sur fond noir, détails dorés. — Hauteur, 0,165; largeur, 0,235.

Un guerrier, accourant au galop de son cheval , intervient pour porter secours à une femme que des soldats arrachent des bras de son père. D'autres soldats, qui écoutent les ordres de leur chef, suivent la direction qu'il leur donne. A droite, un édifice, et du même côté, au-dessous du guerrier à cheval, on lit : /. Laudin, émailleur à Limoges iG9.i. Le conlre- »minil est noir. — (Collection Durand, n" 68/233 i.

(1) Mu<i.^c du i^ouvre, voyez les descriptions.

(2) ]«iu8«e du i^ouvre, idem.

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