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LES LIMOSIN

L'histoire de Léonard Limosin, le plus grand et le plus célèbre des émailleurs de l^imo^es, et celle de ses successeurs, présente une foule (rohscui ités que u oui pu enlièrement éclaircir les recherches patientes auxqui Iles s'est livré M. Maurice Ardant parmi les archives de la Haute-Vienne [1).

A Taide de ces documents, éhiciclés par une patiente critique, M. J. Labarte a dressé à grancl'peine la généa-

(1) Maurif <' \pn\M , ryn))nr<( Limosin, émailleur, îd-So de 20 pages» Liitiogcs^ CltaiMjuiuiil tr., sans claie.

Leê Itmoftii, in-s* de 27 pages, Limoges, CbaponUurd fr., sans date.

LEONARD LiMOSlN. 133

logie siHvaate, et assez probable, des membres de celle laniille (1).

François Limosïn Courlier et aubergiste.

Léonard I.'émaillour,

Dé Tersl505-|- avant lô77«

llartin, émailleury

+ vers 1571.

Jean I

né vers 1528 -f- vers lôlO.

Léonard il, émaiileiir,

né Ters 1550 vers 1625

Fille mariée à François Limosin

François II, cmailL,

uéavaat 1554-1-1646.

Jeanli,émailleur,

né vers 1561 4- aprto iOM.

Jean III»

émailleur,

vlvail ea 1679.

LéonardIII. Joseph»

émailleiir, né de 1606 à 1615,

vivait en 1000.

Pat-mi les onze membres de la IVnnillp Tjmosin, sept se sont livrés à Tart do rémailieric, mais il n'y en a .encre que trois qui soient connus; ce sont Léonard I, Jean 11 et François II. Esquissons leur biographie en n'en citant que les faits principaux.

Il était fils d'un courtier-aubergiste» comme on Tient de le voir. On suppose qu'il naquit en 1505, et qu'en 1528 ilquitta sa proyince pour entrer dans Técole de Fontainebleau» sans remarquer que la réunion d'artistes, dirigée par le Rosso et le Primatice, n'existait point alors. En effet, la transformation du château de Fontainebleau ne fut commencée qu'en 1527, sous la direction de Gilles le Breton : le Rosso ne vint d'Italie que vers 1530, le Primatice en 1531, et Kiccolo del Abbale en 1552.

;i) J. LABABTK, BisUdr$ du arU fiMl«f<rte/»....M 1. 111, p. 129.

ÉMAUX FISmTd.

D'ailleurs, dans ses premiers travaux, Léonard Limosiû s'inspira des maîtres ailemands.

La plus ancienne date que Ton ait trouvée sur ses émaux est celle de 1532, que l'on voit sur une suite de dix-huit plaques représenlant la Passion, d'après Albrechl Durer, qui faisaient partie de la coileclion Debruge-Dumcsnil (n° 696); mais dès Tannée 1535 il commença de copier les estampes du « maître au dé, » d'après les compositions de Raphaël représenlant Thistoire de Psyché : suite qu'il reproduisit souvent. La pl trino du Musée (n** D. 248) porte la signature L. L* 1535. Il se laisse dès-lors influencer par Técole italienne et par les maîtres qui, appelés par François I**"^ pour décorer Fontainebleau, lui fournirent de nombreux modèles pour ses émaux.

En 1541, nous avons la preuve qu'il était établi à Limoges avec son frère Martial, car tous deux sont qualifiés d'émailleurs, et ils paient ensemble les redevances auxquelles sont sujettes les maisons de la rue des Grandes-Pousses et de la rue Hanigne, qui communiquaient par leurs derrières; Tune d'elles étant dans la famille des Limosin dés Tannée 1510.

En 1514, suivant Robert-Dumesnil, il grava quatre esUnipes d'api es ses propres compositions ; travail qui devait lui être facile, il ai)rès ce que nous avons dit du procédé employé pour préparer les grisailles.

En 1545, il reçut la commande des douze apôtres, dont les patrons furent louniis par Michel Rochetel, ainsi qu il appert des comptes des bâtiments, publics par M. le comte L. de Laborde (1).

Ces émaux, dont Tun porte la date de 1547, décorèrent la chapelle du château d'Anet, puis furent

(1) A Michel rioclirlel, peintre, pour avoir pnr luy fait dou/c tableaux de paiature Ue couilems sur pappier, ciàacun de deux picU& ei deiny, et en chacnudMceux paiiu la figareae Vun des apostres, qui sont les douze aposues de Notre Sei{,'nL'ur, et une bordure aussy de paiiiiuie, au i)ourlourde chacun tableau, pour servir de patrons à l'esuiailleur de Lymuges, esmailïeiir ])our le roT. pour laire sur iceux patrons, douze tableaux d'esmail. (L. de Labori>£, Compiei det bâtimenttt 1540-15S0.)

LLU.\AKi> LiMOSiN. i3o

donnés, lors de la révolution» au département d'Eureet-Loire, dont Tadministration les attribua, lors du

concordat, en 1802, à l'église Saint-Père, de Chartres, où ils sont aujoiii d hui garnissant la chapelle ahsidale.

Une autre suite fut sans doute commencée quel((ue temps après, car le 3lusée possède deux tableaux semblables à ceux de Cli<ii 1res, qui proviennent des Feuillantines, de Paris, et qui portent dans leurs bordures les emblèmes de Henri H.

En 1548, suivant M. Maurice Ardanl, Léonanl fut pourvu de l'office de valet de chambre du roi, et, en 1550, ou le trouve faisant vendre en justice les biens d'un créancier.

Rayé en 1551 de lelat des ofTicicrs du roi, il signa cepLiulant et data : Leo^akd. Limosïn. esmaillevr.

PEINTRE. VALET DE CHAMBRE DU ROY. 1551, UU tablcaU

de Y Incrédulité de saint Thomas, que possède le musée de Limoges et qui, servant de rétable à Téglise de Saint- Pierre du Queyroix en 1765, était complété par deux volets qui en faisaient un triptyque. Ce tableau, dans lequel les personnages sont de grandeur nalurelle et d'un style un peu maniéré, indique une main très^habile, quoi qu'il soit peint d'une touche un peu mince, comme le faisait l'école française à cette époque.

Les tableaux de la Sainte-Cbapelle (n''' D. 282 à 304 et 305 à 327) se placent à Tannée 1553, où Léonard Limosin les a signés avec sa qualité de peintre ordinaire de la chambre du roi. Il prend celle de « serviteur de la chambre du roy nostre syre et son maître esmailleur, » claB$ un acte de constitution de rente de Tannée 1554, dans celui de l'achat d'une vigne, en 1555, et dans un autre acte de constitution de renie daté de 1558.

C'est en cette qualité « d'èuiailleur du feu roy » que l'nnnéù suivante il reçoit « sept aulnes et demye » (1) pour porter sans doule le deuil de Henry II, mort le iiijuilleL

(1) Conite L. de L^oade, ^oUce det émaux du Louvre^ ^ m.

iMATnC PEIKTS.

Il conserve son titre sous le roi François II et est ainsi porté sur V Estai des officiers domestiques du roy pour l'année commencée le \lk juillet 1559 et fin y e le 31 décembre 1560 : « à Léonard Tjniosin, esmailieur ordinaire diidict seigneur, 80 livres » (1).

Nous avons vu que les travaux de Témaillerie n'empêchaient point Léonard Limosin de se livrer à la peinture ; maintenant, nous allons le voir arpentear et dressant à ce titre « une figure... de lieux et tenues..* » par ordre du président de la chambre des requôtes au parlement de Bordeaux, plan daté de novembre 1561, et conservé aux archives delà Haute-Vienne (2). * Plus tard, en 1571» il illustre de dessins représentant des joyaux le registre de la confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Pierre-du -Queroix, sa paroisse, et reçoit 10 testons, 14 sous, 6 deniers, pour quatre panonceaux peints pour la même paroisse.

En cette même année, il dut perdre son frère Martial Limosin, car un acte constate qu'il paye seul, à partir de cette époque, le cens de la maison qui lui était commune avec son frère.

En cette racMno année encore, il est nommé consul avec Jehan Pénicaud,qui doit cire l'émailleur Jean III.

11 serait intéressant de savoir quels étaient les goûts des artistes dont le renom est venu jusqu'à nous, et si, comme Albrecht Durer, Rembrandt, par exemple, et ceux de notre temps, ilsaimaientà s entourer de choses curieuses et pittoresques. Pour Léonard Limosin, nous avons un indice, c'est la relation qu écrivit un certain André Thevet, d'Angouléme, dans sa Cosmugrapine universelle, de la visite qu'il fit, en 1572, en la maison de Léonard, où il tiwva « une petite idole (3) de Mercure, massive de cuivre, ayant des yeux, d'argent

laquelle avait été trouvée en fossoyant quelques vieux murs de la ville. »

(1) Coniio L. i)K Laborde, Notice des émnv.v du LouLTCffi, 18.

(2) Maurire Ar.DANT, TJonard Limosin^ p. IG,

(3) idem-Ibidem. — Ce Mercure apparlierU aujourd'hui au Cabiuul des ÀDiique» et des Médailles, auqml il a été cédé par M. M. Ardaiit.

LéONABD Ulcosm

Les derniers émaux, que nous connaissons, où Léonard Llmosin ait inscrit une date, portent celle de l'année 1574. Ces^t une plaque représentant Catherine de Médicisen Vénus» et faisant suite à deux autres, dont Tune est signée et datée LL 1573, qui représentent Henri III en Jupiter et Charles IX en Apollon (1) .

Ân commencement de 1575 il vivait encore, car il figure en un contrat avec ses qualités ordinaires ; on place d'habitude sa mort en cette année, mais, ce qu'il fade certain, c'est qu'il n'existait plus en 1577, car un acte du 10 février fait mention des « hoirs de feu Léonard Limosin esmailleur. v

Léonard Limosin nous semble être, de tous les émailleurs de Limoges, celui qui a le mieux su allier tous les procMés d'exôrution connus et pratiqués isolément avant lai. Dans une môme coiiiposition, il réunit tous les genres et sail les fondre, avec une adresse qui révèle un praticien consommé cl un savant coloriste.

Ainsi, la peinture en apprêt sur fond blanc, sur le métal lui-môme et sur paillon, se marie, dans certaines de ses pièces, avec la grisaille dessinée et modelée pai* enleva.L^e, et avec le modelé par hachures ou au pointillé pliis spécial au portrait. Mais les couleurs des émaux sont choisies, suivant In nature du fond, de façon à former une gamme conLiniir\ (jui ménage les transitions entre les tons les pluséclalanls et les ombres les plus intenses. Ainsi, ce sont les bleus, les verls et les pourpres des draperies qui recouvrent d'habitude les paillons, lesquels en avivent Téclat, tandis que les bruns de diverses nuances et les violets reçoivent un éclat moindre du métal ou du fond blanc sous-jacenl. Pais, dans ces couleurs transparentes flottent quelques nuages d'émail blanc, qui forment les lumières et qui ootiear écho dans les carnations, les animaux et les accessoires, modelés par les procédés ordinaires de la grisaille. De telle sorte que ce sont les couleurs inter-

fll ( olU-ction de M. le baron J. de «oUiscUîld. W«» 2058, 2/i59 et 2^01 Uu Uulogac da Musée rétrospectif de 1805#

138 tlUm PSINTS.

médiaires, couchées sur le métal ou le fond blanc, qui, d'un côté, se lient, par leur transparence, avec les vives clartés des émaux sur paillon, et, de Paulre, avec les grisailles par les louches d'émjil blanc qui y sont parfondues. Enfin quelques portraits, ceux des donateurs, par exemple, où la ressemblance doit être cherchée, sont modelés au pointillé. Les tableaux de la Sainle- GhapeUe présentent le plus magnifique et le plus complet exemple de la réunion de tous ces genres.

Parfois Léonard Limosin se contente de dessiner en bistre au pinceau sur un fond préparé en blanc, et de glacer les diverses parties du sujet en émaux colorés seulement du côté de Tombre. Telles sont les figures des apôtres (n^^ D. 341 à 349 et 350 à 358) et la grande scène champêtre, où l'on croit voir une allusion à Diane de Poitiers au château d'Ânet (n^ D. 366).

Aimant avant tout les couleurs éclatantes et gaies, nageant dans une surabondance de fondants, Léoiiai ,1 Limosin réveille parfois les grisailles sur fond noir [lar quelques glacis turquoise couchés du cùlé des uaibrus ; mais à la lin de sa carrière surtout, il iiréféra exécuter ces dernières sur un fond bleu d'un aspect moins sévère et d'un Ion plus chaud que le dessous noir usité d'Ordinaire par les autres émailleurs.

Il lui est arrivé parfois de peindre en pfrisaille sur une pla»jue dont les premiers plans étaieni, au [iréalable, repousses en bosse. Il eu redessiuaiL les contours par un trait noir, en accentuait les onil»res par nn léger glacis coloré, et prolongeait la composition dans les fonds en plate peinture, exécutée par les procédés ordinaires de la irrisaille [\].

Son dessin, nous l avoiis dit, est celui de l'école de Fontainebleau, maniéré par l'exagération de la musculature, la tinesse des attaches et rallongement des proportions. Même lorsqu'il s'astreint à copier Raphaël,

(!) Plaque circulaire représentant un Combat de cavaliers. Signée LI, IS.Vj Uaus la collecliuu du pnuce Gzartorislu, 203 du CaUilugue de lu salle polonaisf. Exposition rétrospecifve de 1805.

LÉONARD UVOfllN. 139

il le fait avec une liberté (rallure telle que la copie devient presque son œuvre propre.

Cependant ce style, si indépendant et si libre dans les compositions , se transforme et se dissimule quand il s'agit de peindre un de ces portraits, qui Foccupèrenl depuis Tannée 1536 jusqu'à la fin de son existence. Alors il devient sincère et naïf, et s'étudie à copier fidèlement les crayons qu'il devait recevoir des personnages dont il devait rendre Timage impérissable en la flxant sur le cuivre au moyen de couleurs vitrifiées.

Bien qu'il fût un dessinateur fort habile» nous ne croyons pas que L. Limosin ait exécuté en émail beauroup de ses propres compositions. Ainsi, les modèles de la suite des douze Apôtres ont été fournis par Michel Rochelel, ceux des anges des tableaux de la Sainte- Gbapelle sont de Nicolo del TAbbate (1), et nous devons présumer que le reste doit avoir eu les dessins du même maître pour modèle. Le slyle de Nicolo se retrouve dans d'autres compoéitiuus,' cl l'on connaît les gravures italiennes d "après lesquelles certaines autres on! éié peiiiLes. Pour les émaux de ia lin de sa carrière, L. Limosin s'inspire d'Étienne De Lauine. Quant à ses portraits, nous savons que le Musée de Limo,a:es conserve le carton de relui du conntHable de Montmorency possédé par le Louvre, n"^ I). 330 à 338.

Pendant une carrière si longue, que les œuvres datées seules la font aller <!o l'année 1535 à Tannée 1574, Léonard Limosin proihiisil, surtout dans sa vieillesse, bien des émaux indignes de son talent. Comme tous il ressentit les atteintes de Lâ^^^e. mais les œuvres de sa force et de la plénitude de son talent le placent en lù(e des émailleurs de Limoges, tant par lenr abondance et leur variété que par les qualités du dessin, la merveilleuse entente des ressources de Lémail et Taisance de Lexécution.

dlCililiMtde M. £iiilteO«lichfm.

BHAUX PEINTS,

Hiuptiii Um€»sin«

Tout ce que Von sait de Martin Limosin, c'est qu'as* sociô et copropriétaire des biens qu'il possède avec Léonard, son frère, il figure en même temps que lui, et avec le titre d'émailleur, dans tous les actes où celuici intervient. £n 1571, il disparaît.

On suppose que c'est lui qui, dans Tatelier commun, était plus spécialement chargé de l'exécution matérielle des émaux que peignait son frère. Il peut aussi être Fauteur de quelques pièces qui sortent évidemment de leur boutique, mais qui sont indignes de Léonard.

D, ^48. — Plaque rectangulaire.

1535 . lï. 0,182. ' L. 0,240.

Pnficy emportée par ZppMr , — (Va près une composition Raphaël, pravôe par le « maître au »

Au centre. Psyché ondorniîo au piod de rorfi^rs i\ y\c : Aii-dossns, est portée siii' les nuages, d ou sort<MU les tètes de quelques zéphirs. En arrière plan, à droite, Psyché est reçue par trois feînmes à la porte d iiii palais.

Fond d'arbres... sur le rocher contre leiiuel s'appuie Psyché» le monogramme et la date L« L., 1535 en noir.

Au-dessus du sujet, daos un listel qui en occape toute la largeur, les huit vers suivants sont tracés en noir sur six lignes divisées trois par trois :

Zephir le gonfia corne vêUi in nave

La veste et pùnla in un pian dietro ai mante

Onde,dormito un sonne aeeai\$mvp), A unpelagione vien presse à una fonte Cui mentre mira rt gran meraviqUa have, S''ode dit i^n non viste vori ft pronti Cio tuito è tm^ nni tue cheijiuirdi ornai, Lannti et oscred et poscia a cena andrai

(Zépilir gonfle ses habits comme la voile d'un navire et la p<ràe sur une plaine» derrière la montagne, où, après avoir

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