Plaque rectangulaire
Le lion de saînl Marc. — Le lion, nimbé, ailé, de profil à gauche, une des paltes antérieures posi'e sur le livre^ sur un fond d^ornements, dans une bordure eu zig-za^.
ÉMAUX GLOibOiNliÉS. 7
émaux employés : le vert, le bleu lapis et le pourpre trans* lucides; le blanc, le bleu lapis, le bleu turquoise et le rouge opaques.
Même fabrication que le D. 1.
Trésor de Saint-Denii. — Ancienne coUecCion, n* 349. H* 96 da Catalogue des émaux, par H. le comte L. de Laborde.
5 à 12. — Huit médaillons triangulaires curvilignes,
H. de 0,024 à 0,030. — L. de 0,050 à 0,05âb
Sur quatre de ces médaillons, rornement est cordiforme» fonué par des bouquets symétriques de feuillagfes émaillés,
else détache sur un fond tfor ; sur les quatre autres, rornemenl est formô p ir le fond d'or, qui » d^ tache sur un fond émaillé monochrome orné de légns rinceaux d'or.
Kmaiix employés : le veri trauslucidoi le blanc, le bleu lapii et le rouge opaques.
Trésor de SaioUDenis. ^ Ancienne collection, nf* Si9. X** 09 & 100 du Catalogue des émaux, par U • le comte de Laborde.
13 à 22. — Dix petiti médaillons incrustés dans t archivolte de rare qui domine la Crucifixion.
Cinq circulaires, D. 0,012. — Cinq carrés, côté 0,oio.
reniement est tantôt formé d'ua bouquet de feuillages symétriques, tantôt de rosaces d'un dessin varié.
Ém.'iiix employés : le vert, le bleu lo chamois et le poui pre translucides ; le bl^nc, le bleu turquoise et le rouge opaques.
Trésor de Sniut-Dcnis. — Ancienne collection, n" 349, 107 à IIG du Catalogue des émaux, par M, le comte L, de Lai>orde,
23 et 24« » Deux petits médaUkms triangulaires,
Srrlis comme pierres fines dans la bordure. ÊiiKiux employés : le vert, le pourpre translucides; le blanc «-'lie bleu lupis opaques.
Trésor de Saint-Denis, ^ Ancienne coUecliou, W Zk9*
8 ÉMAUX CUAMPLBVéS.
ÉMAUX CUAMPLËVÉS.
Dès que la pratique de rémaillerie cloisonnée se fut introduite en Occident, Tespril de rénovalion qui emportait rarchiteclure dans la voie nouvelle qui devait aboutir au style ogival , transfoiii.a également cet arl, que les Grecs laissiiieiiL périr enli'c leurs mains.
Pt)ur décorer les églises qui sYlevaient à Tenvi ea Franco et en Allemagne dès le xii*^ siècle; pour réjuniilre à la variété des peintures répandues sur les murs, au l'eu des vitraux, au vernis des pavages, au diapré des vêtements de soie que portait le clcigé, il faillait recourir à l'émail . Mais les procédés bysantins étaient lon/is et coûteux et demandaient, de plus, une grande lialiilelé. Lorsque l'on abandonnait l'or, comme tiop dispendieux, pour se servir du cuivre, il fallait employer celni-ei en lames plus épaisses, moins llexi- Mes, par consojuont, sous la main de l'ouvrier, et le dessin, déjà si dillicile à exécuter avec l'or si malléable, devenait presque barbare. Témoin la plaque représentant saint Théodore, qui est passée de la colleciion Portâtes dans celle de M. Basilewski (1).
L'idée vint alors de réserver dans le cuivre luimême les filets que Ton était obligé de rapporter dans les émaux cloisonné? , et de parfondre les émaux dans les cavités ainsi ménagées entre les réserves de métal. C'était un retour lucouscient à i'anc enne émaiiierie
(1) N'^^ 392 de rLxiHJailiou icUo^peclivc de 1865.
iMAUX GHAlin.SViS.
gallo-romaine en même temps qu'une imitation écono«> miqae des anciens émaux bysantins.
Nous pensons qae c'est en Allemagne que s'opéra cette transformation.
C'est là, en effet, que nous assistons, à Taide des croix d'Essen, à la transformation des anciens procédés de Vèmaillerie cloisonnée de la main des Bysantins à celle des Allemands , et que nous voyons sur la croix de Théophanie (1041 + 1054)« bien que celle-ci soit en or, TalUance du procédé primitif du cloisonné avec le procédé renouvelé ou nouveau du champlevé. De même sur les émaux champlevés allemands les plus anciens, c'est-à-dire sur ceux qui s'essayent à imiter les procédés du cloisonnage en ne laissant voir de métal que ce qu'il en est nécessaire pour former les traits du (fessiû, Von rencontre souvent des parties rapportées : pratique qui subsista longtemps dans les ateliers des bords du Rhin pour exécuter certaines parties secondaires des émaux, comme les frises qui ornent les corniches des châsses ou qui garnissent la bordure des reliures en oi févreric {iV I) 77).
Dans cette alliance des deux: procédés, soit que le chara|)levé s'allie au cloisonne dans les émaux où celuici domine, soit que le cloisonné intervienne encore dans ceux où c'est le champlevé qui est prosijue exclusivement employé , nous croyons voir, en Tabsence de toutes dates et de tous documents précis, une preuve de l'antériorité des émaux allemands sur ceux de Limoges, qui fut le grand centre de fabrication pendant le Moyen Age.
Un lait important semble venir corroborer celte opinion.
Lorsque Suger voulut, de 1137 à 1144, décorer do pièces d orfévrerie l'église de l'abbaye de Saint-Denis, qu'il venait de reconstruire , il fit venir des ouvriers de Lorraine {aurifahros Lotiiaringos)^ qui exécutèrent les travaux d'émaiiierie qu'il y eut à faire (l). Or la
(1) Voir une restiiuUon de ces travniix dans VHiitoirê du artttndi»triei$s.,., de M. J« LalNurte, t. U, p. 2U e< passim.
ÈSikm GHAMPLBVtiS.
Lorraine, au xii*' siècle, comprenait Cologne et Verdun, qui possédèrent des ateliers d'émaillerie pendant ce siècle et le suivant.
Pour Cologne, en outre des châsses nombreuses et de même facture que possèdent encore les églises de cette Tille et de ses environs, il existe au Musée de Hanovre une châsse en forme d'église bysantine à coupole qui porte cette inscription : « EUbertus Cdonknr sis me feciL »
Des mêmes ateliers doit être sortie la belle châsse de saint Héribert, de Deutz, probablement fabriquée lors de la levée du corps de saint, en 1147.
Quant à Verdun , il y existait des ateliers d'orfèvrerie oit H. J. Labarte voudrait que Richard, abbé de Saint- Victor, eût fait des colonnes d'émail champlevé avant Tannée 1046 (Il II est plus certain que maître Nicolas y exécuta, en 1205, la châsse de Notre-Dame conservée encore aujourd'hui à Tournai (2], et le magnifique antependium de Klosterneuburg , daté de 1181 et transformé postérieurement en rétable (3).
On réclame en faveur de Limoges la belle plaque qui passe pour représenter Geolïroy de Planlagenet. Fixée jadis sur Tun des piliers du cbœur de la cathédrale du Mans, elle est conservée aujourd'hui dans le Musée de la mémo ville.
M. F. Hucher (4) prétend que cet émail fut exécuté par Tordre de l'évêque Guillaume de Passavent, pour le tombeau préparé pour Geoffroy Plantagenet et avant sa mort; ce qui est peu dans Tordre ordinaire des choses, le duc d'Anjou étant mort jeune et par accident, comme le remarque fort judicieusement M. J.
(1) Dnœ column^ ct eicctro purissi'iyw cum ba$ihus argenfeit arte fuiili et anaglifo prodttctœ. J. Labarte, Mittoire des arts industriels, p. lU, p. 005. ^
(2) B. du MORTisH, JSfttde sur tes principaux mofUMMnte â» Tournai, . C6. Tournai, 1802.
(3) Alfred DARCEt, Les arts indunlrieh du moyen âge en AUrmngne^ p. 30. ^ A« Caineâiaa, Dos nieilo-antependiùm iu klostermuburg.
{U) BtUletin monumental ^ t. XXVl, p. et pMiim* Hacher, L'imaU de Geoffroy PlwUagenet,
éMÂUX GHAUPLSViS.
Labarte (1). D'après cette hypolhèsc, cet émail aurait été fabriqué entre l'année 1142, époque de Favénement âe Guillaume de Passavent au siège épiscopal du Mans, et Tannée 1151, date de la mort de Geoffroy. Mais, soit qu'il faille le reporter après cette mort et avant celle de révèqne, c'est-à-dire entre les années 1151 et 1186, soit enfin que cet émail ne représente que Henri de Pianlagenet, comme le veut M. J. Labarte (2), peu nous importe, car nous ne croyons pas que cet émail soit ilmousin. Pour nous , il appartient à un art intermédiaire entre celui de Cologne et celui de Limoges , et pourrait, par conséquent, se rapprocher de l'école de Verdun. Il serait toujours d'un pays aujourd'hui français, mais français de plus fraîche date.
Les tons verts et jaunes dominent , en effet, dans Témail du Mans comme dans ceux de TAllemagne, tandis que ce senties bleus lapis, qui signalent surtout les émaux de fabrique limousine. De plus, les deux Ters, non pas léonins, mais dont les terminaisons riment ensemble , qui sont gravés au-dessus de TelOgie de Geoffroy, appartiennent beaucoup plus aux habitudes dél ateliers érudits des bords du Rhin qu'à celles des artisans sans instruction des bords de la Vienne.
Cet émail enfin, fût-il de Limoges, militerait à nos yeux en faveur d'une influence allemande sur les origines de cet atelier si important plus tard.
L'on a voulu faire remonter jusqu'au temps de saint Eloi lexistenre des aleliers d'émail lerie de Limoges, et la gravure, faite au xvir' siècle, d'un calice conservé jadis à l'abbaye de Chelles, et qui passait pour avoir été fabriqué par le ministre de Dagobert, a servi d'argument pour cette opinion. M. E. Grésy (3) s'en est fait le promoteur; mais M. Charles de Liaas (4), dans
(1) J. Laharte, L'Hiêtoire det arts indtutrielSt t. III, p. 062 à 077,
(2) Idem-Ibidem.
(S) E. Grésy, Le Calice de Chelles ^ in-S" avec gravure; exuaii des Kfmoim de ia Société ûet ÀnHqmiret de Prùnee, u XXXVU.
M Ch. de LiNAS, Lee OBuvree de saint Êloi, i vol. in-S* avec ^ravurest -ttdroD. PatiB^ 186ft.
12 ÂMAUX CHAMPLEVéS.
un remarquable travail sur Forfévrcric mérovingienne, nous semble avoir |)roLivé pcrlinemment que ce calice n'était décore que de feuilles de veiTC pourpre, blanc et vert enrbâssées dans l'or, comme celles qui décorant les bijoux gr» et mérovingiens.
L'on a égalemenl tiré un argument d'un aniieau trouvé dans la tombe de Gérard , évéque de Limoges, mort en 1022. Cet anneau, décoré de lilels Irès-minces remplis d'une matière que Ton a cru ôlre de Témail bleu, pourrait bien n élre que niellé, comme le sont d'autres anneaux presque de la même époque trouvés en An.L^îeterre. Mais Témail eût-il élé enqiloyé, qu'il y aurait loin encoie de ce timide enqiloi, (jui aurait pu se conserver comme une tradition des anciens émaux cliauqilevés gallo-romains, aux applications si abonda nies que Ton Ul de ce genre de décor à partir du xii^ siècle.
M. TabbéTexier, en outre, avait atliibué à Guinamundus, 1 auteur du tombeau de saint Fiont exécuté à Périgueux en 1077, un émail signé dont il a reconnu plus tard la fausseté. Il faut arriver au second tiers du xii'' siècle pour ti ou ver des témoignages écrits de l'existence à Limoges d'ateliers qui, étant déjà connus, devaient certainement dater d'un certain nombre d'années.
Ainsi en 1170, et non en 1060, comme Fa très-bien prouvéM. J. Labarte (1), un moine de Tabbaye de Saint- SSalyre , qui accompagnait Tbomas Becquet, lequel retournait en Angleterre, écrivant à Richard, prieur de l'abbaye Saint-Victor de Paris, lui rappelait une couverture d'évangéliaire en « œuvre de Limoges » qu'il lui avait montrée et qu'il destinait au monastère de Wulgh. Celte expression d' « œuvre de Limoges, » devenue fréquente à partir de cette époque, sert à caractériser certainement les émaux.
Parmi les nombreux documents réunis par Ducange dans son Glossaire, et par M. Albert Way dans VAr-
(1) J. Labarte, Uisloire des arls industrùlSy t. ni, p» C;0, et pacsiin.
ÂlfAUX GIIAMPLBVKS. . 13
«Aeolo^û^ljrotimcil^l), nous en trouTons un de 1197 relatif à renvoi de « deux tables de cuivre doré de rœiivre de Limoges » [duos tabulas œneassuperauratas
de labore Limogiœ] à Tabbaye de Sainte-Marguerite de Veglia, en Apulie; document que nous citons parce que, en même temps que le nom, il donne la désiguation de la chose.
Nous ne pouvons , à propos des origines de Tart de rémaillerie champlcvée a Linioges, nous empêcher de noter un fait singulier dont nous ne prétendons point tirer de conséquences trop rigoureuses, mais qui ne laisse pas nue d'avoir une certaine importance. Il s'agit des relalions qui existaient entre les moines de l'abbaye de Grandmonl, en Limousin, et celle deSieburg, dans le diocèse de Cologne, monastères remarquables, tous deux, par les pièces de leurs trésor en partie conservées.
Ainsi, en rannéc 1181 (2), un abbé de Sieburg étant allé à Grandniont, deux moines et deux frères convers de Grandmontse rendirentà Siehnrg, où il lut convenu qu un service serait célébré, chaque année, dans les deux mnnri^lèns pour le repos de l'âme des frères de l'une et du l autre abbaye. Après leur séjour à Siehurg et à Bonn, les moines limousins restèrent plus d^me semaine à Cologne, visitant les écrli'^es et les abbayes, parmi lesquelles celle de Saint-Héi'il)ert, de Deutz, qui possédait déjà une magniiique châsse émaillée de son patron. Ils rapportèrent, dans des bouteilles de verre (lagenas), de nonilireuses reliques dont la mention se trouve dans les inventaires du trésor de Grandniont.
Or l'église de Sieburg possède encore quatre grandes châsses de travail allemand , malheureusement fort mutilées, de môme style que celles de saint Héribert, de Deutz et de saint Pantaléon, de Cologne, ainsi qu'un coffret tout en émail champlevé très-barbare et datant
(1) L*abbé lexier, Dictionnaire d'orfci'rerii\ \). 4143, noie "/^l.
(2) L'abbé Teiier, Manuel d épigraphie,*, du Limousin, riécesjustificalives, p.- 318 «1 pauim.
ÉMAUX GHAMPLëVëS.
certainement des origines de cet art (1), et il est impossible que les moines de Grandmont n'aient pas vti ces œuvres dans Tabbaye à laquelle elles appartenaient. Il serait également permis de supposer qu'ils commandèrent, à Cologne, quelque châsse, comme celles qu'ils avaient vues, pour enfermer quelques-unes des reliques qu'ils emportaient, et que Tétude de ces émaux colonais ait aidé au développement de i émaii^ • erie limousine.
Précisémeijt, nous trouvons dans 1 un des inventaires de Grandmonl la description d'une cliâsse contenant les reliques des deux compagnes de sainte Ursule, décorée d'émaux représentant la légende de la sainte et des images de Girard, abbé de Sieburg, et de Philippe, arcbevêque de Cologne, avec celte inscription :
HlDUO Vini BEDERUNT HAS DUAS VIRGIKES ECCLESL^^ GRANDIMONTIS : GUiARDUS ÂBBAS SIBERGIE : PHILIPPIS ARCHÎEPISCOPUS COLONIENSIS. S. ALBINA VIKGO KT MARTYR., SCA ESSENTIA. FRATER REGINALDUS ME FE- CIT (2).
Or il nous semble bien difficile que « ces deux hommes » ici représentés ne soient pas les donateurs de la châsse, et que ce soit à Grandmont rî^von les ait figurés sur une châsse qulis n'auraient point fait exécuter.
Par un gracieux échange, les Tuoines de Grandmont auraient pu envoyer à ceux de Sn^lnirg des châsses de Limoges, dont deux d'une excellente exécution et d'une certaine importance, sont encore conservées dans l'église paroissiale de la ville.
Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, deux plaques du Musée de l'hôtel de Cluny nous montrent ce qu'était l'art de Témaillerie à Limoges vers la fin du xii* siècle. L'une d'elles représente TAdoration des rois, Pautre un
(1) Alfiréd DABCS&, BuetmnUm artiêtiqiÊê m AUemanm^ p. iM«
(2) L*alil>é Teubr, Manud d^ipigrapkU. , • «f» Umou$inf p. lOS.
EMAUX GHAMPLBViS.
sujet tout à fait topique pour le Limousin. Une légende expluative en patois du pays, p:ravt^o sur celle-ci, prouve que ces émaux ne peuvent avoir clé fabriqués autre part qu'à Limoges. Biais à quelle époque?
A cause de saint Etienne de Muret, dont les disciples fondèrent Tabbaye de Grandmont, qui y est figuré sans nimbe, Tabbé Texier voulait que ces plaques provinssent de l'autel de l'abbaye, consacré en 1165, avant la canonisation d'Étienne; autel émaillé, si c'est à celuilà que se rapportent les descriptions des inventaires des xvi^ et xvii^ siècles. M. J. Labarte rapporte, au contraire, cet ( inail aux années qui suivirent cette canonisation, lorsque le corps de saint Etienne, ayant été levé de terre, fut distribué dans des châsses. Grandmont en possédait précisément une qui était émaillée. Par des motifs tirés de Texécution de ces émaux, nous nous rapprochons plus de la seconde opinion que la première.
Un des plus beaux spécimens de rémaillerie authenliquement limousine est le ciboire du Musée (n^D.125), qui porte cette inscription gravée au fond de sa coupe : kagiter : G : Alpais : me fecit : kmovicarum : On avait voulu trouver une origine grecque au nom d'Alpais, que Ton prononçait comme s'il eût été écrit avec un tréma sur I t; mais nous pensons qu'eu égard aux anciennes traditions de la prononciation française, dont Tortographe du mot magister (sans s] est une preuve dansTinscription ci-dessus, il fautfaire sonner la fin du nom du vieil émailleur limousin comme nous faisons de Gervais (1). D'ailleurs, d'autres nomslimou* sins à même désinence ont été trouvés dans des actes contemporains, et celui d Alpais n'est plus isolé, comme on Tavait cru d'abord.
Il faut franchir un long intervalle d'années pour trouver une seconde pièce authentique. C'est un chef de saint Féréol découvert par H. de Jules Verneilh dans
'1) Annaff^f ftrrhf'olngifueê, t. JUY, — Altmle» DÈACELf L$ Ciboire d Alpait. — lu âge à pai L
iMkUX GHAMPLSVéS.
rÉglisc de Nexon, publié et gravé par lui (1), qui est décoré de quelques rm;iiix et porte une inscription constatant ciu il a été fabriqué à Limoges en 1346. Mais il est permis de combler en parlic la lacune au moyen . de la plaque de consécration de l autel de l église de Genouiliac (2) qui fait partie de la collection de M. Germenu. Cette plaque émaillée, datée de 1247, est certainement de fabrication limousine , cdv l'église d'où elle pi'ovient est voisine de Limoges; ni<iis, pour elle comme pour tous bs émaux cb:implevés que possède encore le pays ou qni en proviennent, on ne peut procéder que [»ar conjectures.
En dcbors des ateliers de Limoges, qui semblent surtout s'être livrés à l émaillerie sur cuivre à bon marché, il a dû en exister d'autres partout oii il y avait des orfèvres. Ceux-ci exerçaient leiir industrie sur les métaux |-»récieux , servant' d'auxiliaires aux ouvriers qui transformaient en bijoux et en vaisselles émaillés lesricbesses mobilières des rois et des nobles. Le Lirrr (1rs mcstiers, d Estienne Boiliaue, ne contient point les statuts des émailleurs de Paris, qui étaient peut-être en trop petit nombre pour s'être constitués en corps d'état à l'époque où les coutumes des corporations furent enregistrées, c'est-à-dire de 1258 à 1269. Mais, dans le rôle de la taille de Paris, en 1292 (3) , nous trouvons cinq émailleurs mentionnés. Deux demeuraient sur le pont au Cban'2(\ liabiié également par les orfèvres. L'un , dont la boutique est rue des Déchargeurs , habitée par une colonie d'at^istes, est ainsi désigné : « Ricbardin resmailléeur,de Londres. »
C'est de l'un de ces ateliers parisiens que sont sortis • probablement les émaux qui décorent la boîte qui sert de socle à la statue de la Vierge donnée, en 1339, à
(1) Bulletin momtmenfaî, t. XXTX.— F. be VbbueilB. £ef ^fiMni« /Vtmçatt et le» émaux iHrnnqpr$. — Tin»gc à part.
(2) No 649 de rExposiUuii icii o^pective de 1865.
{3) U. Géracd, Paris solu Philippe le Bel, dons la Collection des Doeum$nti inédiii, Paris, 19S7.
£maux cbamplkvés. 17
rAl)ba\e de Saint-Denis par la reine Joanne d'Evreux, et conservée aujourdliui au Musée des beuverains (1).
L'Angleterre, où nous avons trouvé des émaux datant du temps de la conquête romaine , fabriqua-t-elle des émaux champlevés pendant le moyen âge , avant répoquemème où Ton en voit sur le continent? L'on a présenté, à Tappui de l'affirmative, Tanneau du roi anglo-saxon Ethelvulf conservé au British-Museum (2| , et celui d'AIhstan, évéque de Sherborne (817 -|- 867). Mais H. A. Francks considère comme étant du nielle les pâles qui décorent ces bijoux [3].
Une pièce fort postérieure, puisqu'elle parait èlre du XII® siècle, a été également attribuée à Tart anglais. C'est un disque formé par la réunion de deux plaques $(emi-circulaires et légèrement concaves, conservé au Brilish-Museum. Un évôque nommé Henri y est représenté, et cet évêque est certainement anglais , puisque l'inscription en vers léonins qui circonscrit cet émail fait des vœux j»our TA nglelcrre. Cet évéque, qui oOi e une représentation du disque sur lequel il est luimême li-iiié, est, croit-on, Henri de Rlois, assis sur le siège de Wjiiciiester de 1129 à 1171. jlais, par suite de certaines considérations liistorisques,M. A.-W. Fraucks croit pouvoir assigner à la fabrication de cet émail l'intervalle compris entre les années 1139 et 1146, ce gui nous semble un peu vieillir celui-ci, dans lequel il est impossible de ne point reconnaître une main allemande. Anssi M. A. W. Francks ne le revendique point pour l Anglelerre.
Les ducumenls que nous avons cités plus haut prouvent surabondamment, du reste, que TAnglelerrc ou ne fabriquait point d'émaux ou avait recours à Limoges pour les olijels onlinaires du culte ainsi que pour les grandes pièces. En elïet, les exécuteurs testamentaires
(1) 38 de la iVbItee du Mmie du Shmoerainê, j^r M. H. Sarbet de Jouf,
(2) II. Shaw, Dresses and decoralions, t. l.
(3} A.-W. FBAMC&s, Obtervationt on glass and enamuL
ÉMAUX CHAMPLEVÉS.
de Gauthier de Merton, évèqnede Rochester, payent, en 1277» à an certain Jean de Limoges, la somme de xl Iîy. V s. VI d. pour Texécotion et le transport de la tombe dttdit évèque de Limoges à Rochester ; celle de xl s. VIII d. à celui gui était allé faire la commande et surveiller rexécution, et enfin une dernière somme de X s. vin d. à un gardon {gardoni] qui était allé chercher la tombe une fois fabriquée, et qui Tavait apportée en compagnie de maître Jean de Limoges (1).
A défaut de celle tombe, aujourd hui délruite, il existe, dans l'une des chapelles absidales de l'abbaye de Westminster, celle de Avmar de Valence, comte de Pembrokc, de la lainille française des Lusit^nan, qui peut nous donner une ulée de ce que Liiuuges fabriquait pour TAnglclerre au xiii^ siècle (2).
L'efflgie lumulaire que nous avons étudiée en compagnie de M. F. de Ycrneilh, qui Ta décrite (3), est formée de plaques de cuivre repoussé el doré, émaillé par places, nolamment dans les détails du costume militaire; plaques assemblées avec beaucoup d adresse sur une àme en bois. Le socle sur lequel est couchée la statue, revêtu de même, simule une arcalure sous laquelle sont suspendus des écussons émaillés. Plusieurs plaques étant enlevées, on trouve sur le buis des signes de repère pour faciliter le montaj2e après que le monument, ayant été ajusté une première fois à Limoges, avait été divisé par morceaux pour les facilités du transport.
Mais à supposer que l'Angleterre n'ait point possédé d'ateliers montés pour faire faire de si grandes pièces, il est probable quïl y exislait rependant des .ouvriers pour les œuvres d'orfèvrerie i maillée que les rois et les princes aciietaient aux marciiands de Londres pendant
(t) Alb. Wày, The archeological Journal^ t. U, p. 17i, cité par Pabbé Texier,dans son Dieiionnaire d'orfèvrerie^ iioïc IZU.
(2) Stotbavd, Th» monumêntal êf/igiei ofGreçit BrUain, pl. 44«t 45.
(S) Buihiin moniwmnial, t. XXIX. Let émaux français eihs'imaux éêrangers.
le xiv^ siècle, et pour les armoiries nécessaires dans cer* tains cas. Ainsi la chapelle du ctiâteau de Windsor, où se réanissaientles chevaliers (le Tordre de la Jarretière, fondé par Edouard III en 1350, montre, au dossier de chacune de ses stalles, lesarmoiries de ceux des membres de Tordre qni s'y sont sjiccédé. Les plus anciennes sont exécutées en émaux cbampleyés de fabrique anglaise, irés-certainement ; les plus modernes, même quand ce sont celles d'empereurs et de rois, ne sont c|ue peintes sur cuivre; ce qui est quelque peu humiliant pour notre époque.
En Italie , Témaillerie champlevée réussit difficilement à se faire adoi)ter, ayant à subir, dés le corn* mencemient du xiv^ siècle, une redoutable concurrence de la part d'émaux d'un autre genre, qui étaient d'un bien autre éclat et qui , au lieu de ne donner qu'une image plate, permettaient toutes les finesses du modelé. Aussi ne trouTe-t-on guère d'émaux italiens champlevés qae par petites plaques, parfois en argent, destinées à être appliquées sur les croix ou sur le bouton des calices ou des ciboires, parfois en cuivre, comme le n® D. 165. Quelquefois ces émaux sont faits sur les ustensiles en cuivre eux-mêmes, et Ton en rencontre fréquemment sur lu couvercle des navelles à encens. Mais ces émaux ne sont, le plus souvent, que ce qu on appelle des émaux de niellure, sans aucune de ces combinaisons de tons et de couleurs que l'on rencontre sur les émaux rhénans et limousins.
Nous avons dit que les émaux cbamplevés avaient été imaginés pour suppléer les émaux cloisonnés faits à la façon des bysantins. En eiïet, les émaux qui présentent le caractère le plus ancien n'offrent de nuHal sur toute leur sui face que dans les traits du dessin. Toul le reste, carnations, vêtements, accessoii'es et fonds, esl ('inaillé. Les carnations sont ou blanches ou légèrement rosées, et les rouges sont granuleux et semi-transparents ; ce qui confirme le dire du moine Théopliile , qui indique que, de son temps, les émail-
EMAUX CimiPLEVES.
leurs employaient les cubes en verre rouge prorenant des anciennes mosaïques.
Parfois, comme dans les émaux cloisonnés, le fond est en métal plein. Telle est la plaque quadrilobée (n^ D. 81), qui représente saint François d'Assise recevant les stigmates. Comme la figure du fondateur de Tordre des Franciscains est ornée du nimbe, cet émail doit avoir été fabriqué à Limoges, postérieurement à Tannée 1228, date de la canonisation de saint François.
Mais, à moins d'apporter de Irès-grands soins dans le tracé du dessin el dans Tenlevage des fonds, ce procédé ne donne, le plus souvent, que des produits médiocrement salisfaisants et d'un aspect un peu barbare. Aussi trouva-t-on plus simple, d'abord, de réserver les carnations seules sur le fond et d'en exprimer le dessin par la gravure; puis d'étendre celte méthode à toute la figure et d'émail 1er seulement le fond , qui souvent fut couvert d'un riche semis de fleurs et de rinceaux en partie réservés, en partie émaillés avec d'autres couleurs que le champ de la pièce. Les deux systèmes coexistent pendant un certain temps et sont destinés à faire valoirleurs produits par opposition, comme dans le n**r).73. La châsse de saint Héribert de Oeutzestle plus considérable et le plus magnifique exempie de remploi des deux procédés.
Parfois les traits île la gravure sont trés-acrentués et très-profonds el ivinplis, surtout aux xii*' et xui^ siècles, d un émail bleu noir, que l'on a appelé émail de niellure. Au siècle, où les figures sont toujours réservées, la gravui'e est plus superficielle et rarement remplie d'émalL
Au lieu d'une simple gravure, il arrive que les figures sont ciselées eri creux, de manière à produire un trèsléger bas-relief (n"" D. 82), dont les saillies affleurent la surface de la plaque. Pour ajouter à Fillusion, les tètes des personnages, fondues et ciselées la plupart du temps avec soin, sont quelquefois rapportées en relief. (Le ciboire n° D. 125).
Il est arrivé également que la place des personnages
BMAUX CHAM{»LËY£S.
ait élé réservée sur le fond et que ceux-ci aient été rapportés en relief. Parfois ces personnages sont une infornae poupée grossièrement fabriquée, avec uiin tête en cuivre éclairée d"yeux en émail noir, el un corps lisse en émail iiiuianl le cloisonné. — Tels sont ceux de la châsse n** D. 102 à 111. Parfois ces (igurcs sont en cuivre fondu el ciselé avec un faible relief. Cela s'est lait surtout pour les plaffues destinées à entrer dans les reliures des évangéliaires et qui représentent généralement la crucifixion, n*"" I). 83 et 84. Enfin ce sont des ligures en cuivre repoussé, ciselé et doré, d'un relief très-prononcé et la plui)art du temps (Vwn gi nnd raractère, que Ton rapporte sur un fond ciselé. C/est de la vraie statuaire que l'on combine avec de l émail et qui, faisant saillie sur des plaques destinées pour la plupart à garnir les arcalures d"une châsse, sont accompagnées et justiiiées par l'architecture qui les (Micadre. Tantôt on fait asseoir une statue sur l'image plate dim siège figuré en réserve dans une plaque d'émail couvei lc de rinreaux dont les tiges métalliques s"é|)anouisseut en lleurons émaillés. Tantôt la liaison est moins intime et les (igures sont simplement appliquées sur le fond d'émail, comme au n^ D. 120. Ces différents genres d'émaux, ou plutôt dorfévrerie émalllée, employés au xii"* et au xiu' siècles, sont presque abandonnés au xiv^ siècle, et dans les commencements du xv^ siècle, où Ton ne voit plus que des figures en réserve et superficiellement gravées sur uûifond émailléen rouge ou en blea. Le plus souvent, des motifs empruntés à Tarchitecture circonscrivent et accidentent ces fonds, où l'on ne rencontre plus les capricieuses végétalions des époques précédentes*
Les émaux allemands et les émaux limousins se transforment parallèlement , chacun de leur côté , en restant toujours dissemblables. Les différences consistentdans le dessin, dans la couleur et dans Térudiiion qui est fort inégale des deux côtés. On dirait que c'est surtout daos le milieu savant des cloîtres que travail-
ÈHJkm GlULllH.HVéS.
laîenl les orfèvres de Cologne ou do Verdun, s'appliquant à des œuvres de choix. Les scènes qu'ils représentent sont presque toujours inspirées par un symbolisme raffiné puisé dans la comparaison de Tancienne et de la noavelle loi , et expliquées par de ion* * gués inscriptions en vers léonins. Les émailleurs de Limoges sont, au contraire , d'humbles artisans sans hninanités, travaillant dans leur boutique, produisant de tout et le plus économiquement possible , et incapables, la plupart du temps, de copier les inscriptions qu'on leur donne à graver sur les l eliquaires de commande, et, à plus forte raison» d'en composer pour ceux qu'ils font à la douzaine. Partout où un émail fera montre d'érudition, l'on peut être certain que Ton a affaire à une œuvre de Cologne ou de Verdup.
Le dessin est généralement plus habile et soumis à une influence plus bysantine sur les bords de la Meuse et du Rhin, bien que les airs de la tète et les attitudes
{montrent quelque chose de plus farouche que sur les ords de la Vienne.
Enfin le ton de Témail est d'un grand secours pour distinguer les œuvres des deux centres.
Le bleu lapis domine à Limoges ; à Cologne, c'est le bleu turquoise. Ainsi que le font nos miniaturistes, nos émailleurs enluminent vivement leurs sujets ou leurs ornements en prenant le bleu pour dominante. De même, les miniaturistes et les émailleurs allemands procèdent par tons rompus et adoptent la tonalité verte. La gamme décroissante des tons juxtaposés dont on se sert pour nuancer les dra| crics cl les tleurons sera, en France, une trace de luage, le bleu lapis, le bleu clair et le blanc. Eu Allemagne, ce sera une trace de bleu lapis, le bleu turquoise, le vcrl et le jaune. Certes, cela n'est point absolu, et, dans les émaux des deux pays, on trouvera plus au moins moditiées les échelles de tons que nous venons d'indiquer ; mais en définitive, dans notre pays, ce qui frappe tout d'abord c'est la tonalité qui a le bleu lapis pour base, tandis que, chez nos > oisins, c'est celle qui est surtout luUuencée par le vert.
ÉMAUX GHAMPLEVâS. 23
En Italie, avons-nuus dit, l'on ne rencontre guère d'émaux cliampievés , (^t co\\\ I on rcnronlre sont généralement de peliles tUiiieiisions et ilu genre de ceux qu'un appelle émaux de uiellure. La figure gi'avée et incrustée d émail noir bleu se détaciie sur un fond sombre. Le stvie du dessin , tout italien et souvent d'un très-beau caractère, fait facilement distinguer ces pièces, ainsi que le Ion foncé des couleurs employées.
Jamais le revers des émaux champlevés u'est émàilié.
fabrique: hhénanu
D.S^. — Plaque circulaire,
XII* siècle. D. 0,115.
L'Adoration des Rois. — Au centre, la Vierge est assise de fac^, nimbée de bleu, coilïée d'un voile Llimc qui entoure lo col, vèlue d'un manteau vert, d'une robe bleue pardessus une autre robe turquoise, et chaussée. Elle tient de la maiu ih uite une tige verte fleuronnee, et soutient de la gauche l Eufaut- Jésus, à nimbe bleu crolsetë de .blanc, v6la d*un manteau tur-
guoise i^rdessus une robe blanrbe. Le siège est un escabeau leu à siège jaune, portant un coussin blanc. Saint Joseph, nimbé de turquoise, avec un manteau bleuet une robe verte, se lient debout, à droite, derrière la Vierge. A ^'■nuche sont h^s rois mages couronnés, vêtus : le premier, qui esi le plus vieux, d'un manteau liu'q noise sur une tunique J-'leue, et de Vraies vertes ; le second, d'un manteau vert et d'une tuniqin; bleue; le troisième, d'un manteau vert. Sur le fond, et au-dessus des per.«onna<res, ont été gravés eu lettres capitales romaines, le G excepté, les noms des personnages : MA61. SGA« VARU. JOSEPH. U si^et est entouré d^une
Î4 EMAUX CHÀMPLEYÉS.
zone bleue chargée d*an chapelet de perles turquoises entre
deux filets b'ancs.
Costumes, nimbes et trône émaillés; carnations réservées, gravées et émailiéesde noir. Fond réservé.
Rîîgne de Charles X. — Collection Révoil, n» 252. h" 2 de la KoUce des émauX} par M. ie comte L* de Laborde.
D. à SB. — Plaques décorant le reliquaire du bras de Charleimgne [u'' D. 712).
Xii^ si<}cle.
M à 33. — Huit phques triangulaires, à âeuœ côtés
curvilignes, formant l^a tympans des arcs qui dtcorent les flancs.
Un fleuron symétrique en émail sur un fond réservé, encadré dans un filet triangulaire curviligne. Les émaux sont dégradés suivniii les gammes : bleu, vert et jaune ; — bleu et blanc, avecmiervenliondu lOUîjc.
34 à 37. — Qiia're plaques d^encoignnre, semblablfs aux précédentes, mais repliées à angle droite suivant ta ligne médiane garnie <f ttn perléf emme Varchivotte intérieure,
H. 0,OftO. — L, 0,104.
Mômes émaux, du même système que les précédents.
38 à 48. — Onze bandes garnissant en partie les faces verticales du socle et de la corniclie.