ÉMAUX PEINTS
Toujours est-il qu'il nous a été impossible, à nous et à M. Ph. Burty qui nous accompagnait dans notre visite à la Ferté-Bernard, de distinguer rien qui, dans ces vitraux, se rapprochât, par le style, le dessin et la couleur, des émaux, non pas de P. Gourteys (IJ, le nom de cet émailleur n'est point cité, mais de Jean Courteys, dont le nom, à rorthographe près, se trouve dans les documents publiés par M. Léopold Charles.
En outre, il faut se rappeler que c'est en 1534 que le verrier Jehan Gourtoys travaille à La Ferté-Bernard, tandis que Jean Courteys, ou plutôt que Fémailleur qui a signé 1. G. , et auquel on donne ce nom, appartient surtout à la seconde moitié du xvi® siècle.
En résumé, s'il y a des liens de parenté entre les Courtoys de la Ferlé-Bernard et les Courteys de Limoges, nous sommes convaincu qu'il ne faut point confondre les verriers de Tune avec les émaillenrs de rautre» malgré la similitude des prénoms et des noms.
Pierre Coorteys*
Pierre Courteys a signé ses émaux le plus souvent des initiales P. G. ou P. C. T. (n° D. 538), mais quelquefois de son nom, qu'il écrit de plusieurs façons différentes : P. Corteys , Courteys , Gortoys, Courtoys, Gourteu, qui toutes devaient sonner Courtois. Mais comme dans tous les actes visés par M. Maurice Ardant l'orthographe est Courteys, c'est cette orthographe qiie nous adoptons. Les membres de la même famille aujourd'hui vivants signent Gourteix (2].
On ignore la date de sa naissance, mais M. H. Ardant pense, à tort, que c'est de lui qu'il s'agit en 1529, dans un acte qui parle d'un Pierre Gour^ys le Petit.
(1) Comte ]>K LABomDE. Notice det émaux, p. 2^3, note 2.
(2) Maurice AEDINT. Lci Cptiriflyt, QmrtH de Cowti, lB«S de 41 pages. Limoges 1860.
PIBRRS GOURTBYS.
En effet, le sujet comme la date do ses éinnnx indiqnent un artiste appartenant surtout à la secoude moilif' du XVi^ siècle, et, si c'est à lui (|ue s"a|,[)li(jno rnrlicle d'un Yô> de 1602, il nous semble l»ien diHiciU' (r;i(h)|)(er 1 ot>inion de M. M. Ardant. Ku admettant (jiic V. Cuurteys n'ait en que vingt ans en 1529, il en aurait eu quatre-vingt-treize en 1602, et ce serait une fois de plus le cas de s'éLonner de la longévité des émailleurs limousins.
Quoi qu'il en soit, les plus anciennes dates que Ton ait trouvées sur les émaux de P. Courleyssont celles de 1545 et de 1548, suivant M. Maurice Ardant. La collection Brunet-Denon en possédait un daté de 1550, et c'est en 1559 qu'il exécuta les grands émaux drroratifs incrustés jadis dans les façades du château de Madrid, et conservés aujourd'hui au Musée de l'Hôtel de Cluny. Ces émaux ovales, qui représentent des divinités de rOlyiupe presque de la grandeur de la nature» mesurent 1 métré 65 cent, de hauteur sur 1 métré environ de largeur, et sont formés de quatre plaques de cuivre dont la réunion eât dissimulée sous des bracelets, des ceintures et les détails des vêtements. Les figures sont exécutées sur des reliefs obtenus au marteau, qui en épousent à peu près les formes, et dessinées avec une certaine exagéralion dans les contours; elles sont égalemenl colorccs avec quelque brutalité; les carnations étant entièrement saumonnées, et le tout étant modelé par de larges hachures de bislre sur fond lilaiu , giaré d'émaux, colorés. Mais dans ces émaux, placés à une certaine bailleur, les exagérallons du dessin et de la couleur devaient disparaître dans un elïet d'ensemble destiné h s'bariiioiiiser avec les noinhieux motifs en fayence cmaillée dont les iayadcs étaient en outre décorées.
L'année suivante, il exécutait le plat ovale de la collecfion du Louvre (n^ D. 512), et en 1568 le plat circulaire [iV" 1). 513). Cette date est la dernière que Ton ait jusqu'ici trouvée sur ses émaux.
En cette même année, il demeurait rue Manigne.
Eaûû, comme nous l'avons dit plus haut, un Pierre
ÇUAUX PEINTS.
Coui leys est rayé du rôle de la taille, en 1602, sans
que nous sachions si celui qui y était soumis est bien Témailleur qui nous intéresse.
Pierre Courteys nous semble sorti de l alelier de P.Reymond. Du moins esl-il assez difficile de distinguer les émaux de rnn de ceux de Taulre, surtout lorsqulls sont cxécutésen appriH sur fond blanc, comme le n° D. 516, par exemple. Nous inclinerions môme à penser que les émaux de cette espèce, oii rimitation est flagrante, sont des commencements de P. Courteys, qui, plus tard, étant dOTcnu maître de lui-même, a montré d'autres allures dans le dessin et une couleur plus puissante.
Nous possédons trop peu de pièces que P. Courteys ait datées, et les dates que ces pièces nous donnent sont trop rapprochées, pour qu'il nous soit possible d'essayer, comme nous Favons fait jusqu'ici pour d'autres, un classement chronologique des œuvres de cet ^»mailleur. Cependant, l'étude des sujets qu'il a copiés, ou dont il s'est inspiré, pourrait, suivant que leurs auteurs sont plus ou moins avancés vers la fin du xvi^ siècle, servira essayer un classement sommaire. Toujours estil que les émaux datés de 1560 et de 1508 présentent une physionomie bien tranchée.
Sa main, un peu lourde, accuse par un trait épais le dessin de ses figures énergiques et d'une musculature puissante. Les profils tendent vers cette acuité que nous avons déjà signalée. Ses chairs» généralement saumonnées, sont exécutées sur préparation violette ou bleue, el, dans les grisailles, sont modelées avec un gris foncé très-fumeux. Le violet, dans les nuages et les eaux, soutient ces colorations puissantes et s'harmonise avec les verts intenses éclairés de quelques touches blanches nageant dans Témail.
Mais il serait possible qu'il fallût attribuer plusieurs de ces pièces à Martial Courteys, dont nous avons vu, riiez M. Spitzer, un plat ovale, reproduisant en grisaille le sujet des Niobides du n° 1). 515 et signé M. C.
Le trait est plus lourd, les iigureâ âont plus grima-
PISRRB GOUBTBTS.
çanLes, le revers est moins simple que dans les œuvres de Pierre Gourteys.
Martial Gourteys apparaît dans les registres de la confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Pierre du Queyroix aux années 1579 et 1580, pour des modèles d'un candélabre et de pannonceaux.
D. ^M. — Plat imU.
Le repas des Dieux, imitation arrnrirrdc de !a composition de Raphaël pour Thistoire de Psyché, a la Faraesine.
Au bas un écu c de gueules aux trois fers de moulin d'argent > dans une couronne verio.
Marly orné de rinceaux d'or.
Bord, chargé de bail entrelacs de lanières séparés par des fleurons, quatre conpreDant des camayeux d'or, un
liSe^P^ C0-R.TEY5 A
rrrisaille, dessinée et modelée par enlevage snr fond noir; carnations rehaussées de couleur par places. Quelques re-
baïusd'or.
Revers. Un grand cartouche ovale formé de quatre cuirs opposés deux à deux, encadrant soit un masque, soit une tôt© de lion, relies par des grappes de fruits, et enroules autour de deux zones d'oves. Au centre de cet encadrement , un fleure est couché à terre, appuyé sur une urne. Sous le bord, un ranç d'oves.
GnsaïUes à carnations teintées, sur un fond noir.
Ancienne collection, ii UO.
N° 379 de U Notice des émaux, par u. te comie L. de Laborde.
D. St3. — Plat à ombilic,
Ombilic. Une femme demi nue, écrit sur un livre. Devant
elle est accroupie et entièrement couverte d'une robe à capuchon, une fî^mre dont on n'aperçoit que le pied nu. Un lion et une chèvre sont placés comme accessoires. Deux tores sé-
ÉMAUX PEINTS
purés par UDescotie relient l'ombilic au fond dn plat. Les deux tores sont ornés de torsades interrompues par des bijoux figurés. La scotîe est ornée de quatre médaillons unis entourés d'un cartoucbe, séparés deux à deux par une corne d^abondance.
Pond. La Terre et la Mer, La Terra est figurée par une femme, coiffée d'une couronne que surmonte une tour, assise sur le sol, allaitant un enfant et une chèvre avec deux de ses quatre mamelles, et portant \me nacelle. Un loup passe sous ses jambes : un lion, uu cerf et un ours sont places derrière elle. Deux arbres la séparent de l'autre sujet. La Mer est figurée pcir x\eptune debout sur une coquille traînée par quatre hippocampes. Un triton sonnant de la conque le preeôde. A gauche est un fleuve, barbu, tenant une corne d abondance, les jambes drapées, un bras appuyé sur son « urne
âui penche » assis au milieu des roseaux : Adroite un autre euve, plus jeune, appuyé sur un gouvernail et sur son Urne, et porté par les eaux.
Harly marqué par une torsade.
Bord. Quatre camayeux bleus, représentant des animaux terrestres du côté de Éa Terre ; des oiseaux d'eau et une divinité sur un char traîné par trois dauphins du côté de la Mer. Un mascaron de satyre accompagné de grands cartouches en lanières sépare et encadre les camayeux.
Revers. Sous renfoncemeul de i umbiiic, cette inscription en noir rechampi d'or.