‹ Notice des monuments exposés dans la salle des antiquités américainesChapitre 2 sur 33 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'Amérique, ce monâe relativeineAt nouveau pour les Européens , |i096ède de noiid>reiix et ^teédiéu mcmuments d'un passé presque entièrement ÎDeonitu. Les grands édifices, les statues colossales, \m pjrainide» iiamenses qui existent au Mexique, dans le Yucatan et au Pérou, sont autant de témoins d'une ciTilisation ^tancée , quoique d'une essence particulière.

Les traditions recueillies de bonne heure par les Espa* gnols, après la conquête de ces trois contrées, et, pour le Mexique seulement , les manuscrits figurés et hiéroglyphiques, nous ont conservé la mention d'un certain nombre de faits historiques qui semblent irrécusables. En effet, on a pu s'assurer que les événements astronomiques consignés dans ces annales élémentaires apparaissent à la place exacte où la science les range.

Malheureusement les Aztèques et les Quichuas, ces tribus puissantes qui occupaient au xvv siècle les trônes du Mexique ou Anahuac et du Pérou , ne nous ont laissé que des notions bien imparfaites sur l'histoire américaine antérieurement au xii*" siècle, époque de leur établissement dans ces riions.

Les Aztèques, il est vrai , reconnaissaient qu'ils avaient dépossédé les Toltèques, peuple déjà très civilisé dont

Thistoire commence au yi* siècle ; mais les Péruviens prétendent que, lorsque leur législateur Manco-Gapac vint du lac Tchuquito pour leur révéler ses doctrines , la population était plongée dans l'état de barbarie sauvage le plus complet.

Quelques auteurs modernes n'accordent que deux siècles de durée à l'empire des Incas depuis Manco-Capac jusqu'à la conquête espagnole (1531) ; cependant, il est difficile de croire qu'un temps si court eût suffi aux peuples du Pérou pour acquérir les connaissances dont les Européens les trouvèrent en possession. Il n'a fallu que peu de siècles aux Grecs y il est vrai, pour parvenir à la perfection en toutes choses; mais cette race exceptionnellement douée avait profité de la vieille expérience asiatique. Quant aux Uexicains et aux Péruviens, s'ils reçurent quelques modèles d'un art étranger, ils se contentèrent probablement d'ea reproduire certains détails d'ornementation; et il semble que leur

organisation même leur ait interdit la recherche du beau qui seule amène }e progrès. Dans l'impossibiirté où ils furent d'entrevoir la nature sous son aspect le plus noble , ils s'ingénièrent à créer des combinaisons bizarres » et , à cet égard , ils se sont trouvés , fortuitement peut-être , en communauté de style avec les populations de Textrême Orient. On doit reconnaître que la transmission des notions d'art est tout-à-fait indépendante des rapports de race. Les Grecs ont imité les œuvres, d'un peuple sémitique. Cette réserve faite , il sera permis de faire remarquer ici que les motifs principaux de l'ornementation des Mexicains et des Péruviens se retrouvent identiquement sur les vases de bronze que les Chinois fabriquèrent à une époque voisine de l'ère chrétienne.

Le Musée du Louvre possédait depuis longtemps un^ certain nombre de moDuments. américains , rapportés du Mexique par M. Séguin, parle dessinateur Franck ^ et du Pérou par M. Angrand, consul de France à Lima, qui a fait don de vases, d'étoffes et d'armes recueillis par luimême dans les tombeaux. Des vases et quelques figurines avaient été achetés à la vente du cabinet Denon; mais la plus grande partie de ces objets n'avait pas été exposée.

L'acquisition d'une importante collection de sculptures mexicaines, réalisée au commencement de 1850, a enfin permis à la Direction des musées de présenter au public un intéressant échantillon de l'antiquité américaine. Cette collection, qui se compose de plus de quarante morceaux de sculpture, outre beaucoup de figurines, d'armes, etc., avait été formée au Mexique par M. Latour-Allard, qui tenta vainement plusieurs fois de la faire acheter par les gouvernements français et anglais, mais à un prit qui ne permettait pas d'accepter ses propositions. Cependant M. Augustin Aglio, qui, grâce à la libéralité de lord Kingsborough, publiait à Londres un magnifique ouvrage sur le Mexique, inséra dans son quatrième volume une suite de lithographies exécutées d'après les principaux monuments rapportés par notre compatriote. Cette publication, à laquelle il manque un texte, contribua toutefois à la réputation des antiquités de M. Latour-Allard, qui sont conflues dans toute l'Europe savante. Il suffit de dire qu'elles ont été appréciées très favorablement par M. deHumboldt. On trouvera dans notre Notice des renvois aux planches de M. Aglio.

11 a paru à diverses époques des ouvrages considérables sur les antiquités du Mexique ; mais en général les des-

nïM ^i les accompagnent sooC forts médiocres et i« des* cription des monuments laisse beaucoup à désira ma point de Yu.e archéologique. On attend encore pour le Mexique et Ile Pârou des recueils comparables àm admird>les . pUndies consacrées par €atherwood à la reproduction des grands monuments du Yucatan.

Quant aux figurines , aux armes , aux ustensiles , on manque âft^solument de guide pour 4es classer suivant leur signification, leur usage, ou leur date. Nul ne 8*est occupé de rechercher à quelles conceptions mythologiques ou à quels personnages historiques ponvaient se rapporter les nombreuses statuettes de pierre, de métal» ou de terre cuite restituées par le sol de Palenqué ou de Tcholula. Nul n'a cherché, en tenant compte des provenances, en étudiant les caractère^ du gisement, à déterminer Tâge relatif de toutes ces petites images d'argile parmi les^ quelles le panthéon mexicain reste eonfondu avec les figures royales, et que les voyageurs nous livrent en bloc sous la dénomination très vague de fénaUi.

H ne faut' pas oroîre cependant que l'attribution de noms myttiologiqueâ à la plupart de ces figurines constitue un trafvall impossible. En examinant arec soin les peii>* tures des manuscrits mexicains (les bcaut fac-simtîlc de lord Kingsborough rendent cette tâche facile), on trouvera la signification symbolique des attributs qui caractérisent chaque personnage; attributs qui ont quelquefois un sens tropique, mais qui bien souvent se rapportent directement au nom. Les noms mexicains, en effet, sont toujours des mots, simples ou composés, pour l'intelUgence desquels il n'est pas même nécessaire d'avoir recours a.ux interprétutions étymolcgtques.

La conniteance de ia langue aztâque et des autres dtaiectes de l'Aàahuac est donc un âéinent indispensable pour 4a dàssîficatiôli des monuments mexicains. Malheureusement l'existence de onze grammaires aztèques, imprimées à diterses époques» n*apas eu pour effet de répandre parmi les antiquaires français le goût des études américaines ; et cependant pour tirer des manuscrits mexicains le parti qui vient d'être indiqué , la philologie seule serait iosufiOsante. La pratique de l'archéologie apprend à apprécier dans ses justes limites la différence qui doit toujours exister chez uq même peuple entre les couYres de la peinture et celles de la sculpture. Les conditions matérielles qu'impose Tapplication de ces arts modifie nécessairement l'attitude et le mouvement des figures, le nombre et le développement des attributs. Que l'on ccmipare les dieux de l'Egypte r^résefntés par la peîntui^ avec les statuettes modelées en terre vernissée, les soènes de la mythologie grecque conservées par la c^mogtaphie avec les figures de ronde-bosse qui ont rapport aux mêmes fdtsy les fresques de Pompeï avec les statues de Rome , les divinités de l'Inde et de la Chine tracées par Jo f^iqoeau «veç leurs images de marbre ou de porcelaine, et l'on se.formera alors une. exacte idée de tout ce que la soulpture est forcée d'abstraire en fait de détails et d'action. Lorsque dans le courant de cette notice on rencontrera quelques attributi(His basées sur l'examen des manuscrits, il faudra tenir compte des considérations qui viennent d*étre succinctement exposées. Ces attributions sont nécessairement peu nombreuses; le court espace de temps alloué à la rédaction du catalogue et au placement des monuments dans une salle spécide, n'a pas permis de faire plus en ce moment. L'essentiel était de livrer sans retard au public

studieux ce que le Louvre possède d'antiquités américaines. La vue de ces objets fixera sans doute l'attention des érudits qui nous rendront la tâche plus facile par la publication d'observations nouvelles.

Lorsque, en 1826, ChampolUon imprimait le catalogue du Musée égyptien, la connaissance des écrituries hiéroglyphiques n'avait pas atteint là hauteur où elle est aujourd'hui parvenue, et il n*est pas douteux que l'exposition des monuments pharaoniques de la galerie Charles X a contribué à Tavancement de la science. Assurément, les antiquités de r Amérique n'offrent pas le puissant intérêt que les monuments de l'Egypte doivent à leur liaison intime avec notre histoire sacrée; elles ne sont pas encore classiques (bien que l'illustre Visconti n'ait pas dédaigné de s'en occuper) et n'ont pas excité le zèle de collecteurs nombreux, puisqu'on ne pourrait citer à Paris que les cabinets de M. Jomard, membre de l'Institut, et de M. Allier, représentant à l'Assemblée nationale, où l'on trouve rassanblés avec soin les débris de lii civilisation transatlantique. Toutefois, ceux-là même que lés recherchés ethnographiques ne préoccupent point, et qui ne sont pas captivés par l'attrait inexprimable lidiérj^pt aijx sujets mystérieux, considéreront sans doute enpore avec curiosité ces œuvres d'un grand peuple qui , par SQQ. entrée dans rUnion-Américaine , se trouve appelé à jouer un rôle si important dans l'histoipe à venir.

25 mai 1850.

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