Notice des peintures murales exécutées à la Chambre de Commerce d'Anvers
On connaît assez généralement ces assemblées ou conseils institués dans les principales villes commerçantes de la France et de la Belgique, sous le nom de Chambres de commerce. On sait aussi que ces assemblées sont appelées à délibérer sur les intérêts commerciaux du pays, comme sur le développement de l’industrie.
L’utilité de ces institutions fut déjà reconnue par les négociants d’Anvers depuis la fin du XVe siècle. En effet, la corporation ou association de commerçants qui se forma en notre ville en 1485, n’eut d’autre but que de protéger cl de favoriser le commerce. Ce fut cette corporation qui, par ses réclamations auprès du duc de Bourgogne sur les exactions que nos négociants avaient à souffrir en Angleterre, obtint le mémorable Traité (T Intercours , conclu en 1495 entre Philippe-le-Bel et Henri VII, traité qui établit l égalité des droits réciproques entre les deux nations. Cette institution était donc une véritable Chambre de commerce.
Mais la Chambre avec les attributions que nous lui connaissons aujourd’hui, ne date que de 1803.
Le lieu de réunion des représentants du commerce devint une des principales dépendances de la Bourse. Une salle de l’aile ouest du bâtiment fut désignée et appropriée pour y tenir les séances.
Cependant ce local resta dans sa
simplicité primitive
jusqu’au jour où la coupole admirable, qui couvre aujourd’hui la cour de la Bourse, fut achevée.
Alors le conseil communal résolut de décorer la Chambre de manière à la rendre digne de la métropole du commerce. Les commissions des travaux, du commerce et des beaux-arts, adjointes au collège échevinal et présidées par notre Bourgmestre M. Loos, proposèrent, par leur rapport au conseil du 19 mai 1855, la peinture murale comme décoration à la fois artistique et d’un caractère sévère, et, pour nous servir des termes du rapport, telle qu’autrefois en notre ville non-seulement la riche corporation des commercants, mais en général tous les corps de métiers en faisaient réaliser, à l’envi les uns des autres, dans les lieux de leurs réunions. Ces fresques devaient représenter les principaux épisodes de l’histoire du commerce d’Anvers; et c'est en suite de celte proposition que les sujets, dont nous donnons la description succincte, furent confiés au pinceau de MM. G. Guffens et J. Swerts. Deux jeunes artistes, MM. F. Claes, d’Anvers, et N. Otto Schwertgeburt , de Weimar, les aidèrent dans Fexécution avec beaucoup d’intelligence et de talent. La partie décorative fut confiée à M. P. De Wit.
Les sujets des compositions qui ornent les six panneaux de la salle ont été choisis dans l’histoire spéciale du commerce d’Anvers. Dans ce choix nous sommes remontés, autant que les renseignements historiques nous l’ont permis, aux premiers événements de nos relations avec les nations étrangères; aux sources de la prospérité sans cesse croissante de notre ville, jusqu’au milieu du XVIe siècle.
PEIiNTl res.
a ville d’Anvers faisait déjà partie de la Hanse en 1515, et c’est probablement vers cette époque que les membres de cette célèbre confédération déposèrent leurs chartes et privilèges aux archives de l’abbaye de S‘-Michel.
Il est certain qu’un siècle plus lard les religieux de ce couvent en étaient les dépositaires de temps immémorial , comme nous l’apprend un document conservé dans le carlulaire du couvent et qui a fourni
Les doyens et négociants de la Hanse
déposèrent leurs chartes et privilèges aux a rchives de l’abbaye de St-Michel.
(Guffens.)
le sujet du tableau. A l’occasion, notamment, d une contestation qui s’était élevée en 1425 entre nos magistrats et les Hanséatiques, au sujet des privilèges de ces derniers, les échevins de la ville s’étant rendus à l’abbaye, y avaient fait ouvrir le coffre pour prendre inspection des documents. Les religieux dressèrent acte de protestation de cette visite et rendirent la ville responsable des conséquences que pourrait avoir le fait exécuté par ses ordres.
C’est le moment où les doyens et négociants de la Hanse remettent sollennellement leurs chartes aux mains des religieux réunis, qui a été choisi pour sujet du tableau.
Lan 1324.
Deux envoyés de la république de Venise, Dardo Bembo el Giovanni Georgi, débarquèrent au quai du Werf, où les magistrats (l’Anvers leur firent une réception solennelle au milieu du concours de la population.
(SWERÎS.)
Nos chroniques font mention des premières galères vénitiennes qui visitèrent notre port, l'année 1318, et ces arrivages continuèrent ensuite d’année en année vers l’époque de nos célèbres foires d’été. Chaque fois les capitaines de ces navires furent accueillis avec des démonstrations de joie par toute la population aussi bien que par les magistrats, qui entrevirent déjà les immenses avantages que la place pourrait recueillir des relations avec la république célèbre, qui tenait alors le sceptre de la mer. Ces relations datent donc de six années antérieurement à l’époque que nous avons choisie pour en perpétuer le souvenir. La visite des deux envoyés cités dans l’inscription nous a paru trop remarquable pour ne pas lui donner la préférence sur la représentation des arrivages qui la précédèrent. Nos magistrats aussi accueillirent les personnages avec des égards extraordinaires, fis leur offrirent le vin d’honneur avec toute la solennité usitée dans ces circonstances, leur donnèrent des guides pour
les accompagner dans leur tournées à Bruxelles et dans d’autres villes du Brabant et finirent par leur remettre des lettres adressées au Doge de la république dont ils étaient les représentants.
Lorsqu’Édouard III entreprit sa première expédition contre Phili ppe-de-V alois , il choisit Anvers pour centre de ses opérations militaires et de ses combinaisons diplomatiques. 11 signa à Anvers un grand nombre de chartes et de privilèges et y contracta des emprunts considérables. Il y fit battre monnaie d’or et d’argent et y avait fait diriger, pour être réalisés par nos négociants, les 20,000 sacs de laine que le Parlement lui avait accordés pour subside. Ces actes et opérations nous montrent que le monarque anglais, pendant son séjour en notre ville (1358-1540), fut en relation très-active, non seulement avec le duc de Brabant et ses alliés, mais encore avec nos négociants et banquiers ainsi qu’avec nos magistrats.
Édouard débarqua au bourg d’Anvers le 22 juillet 1558. La maison où il avait pris son logement prit feu le soir même de son arrivée. Cependant les religieux de l’abbaye de S^Michel lui avaient fait préparer dans leur monastère les appartements convenables, et deux ou trois jours après il alla occuper les vastes bâtiments que les moines avaient mis à sa disposition.
Le monarque anglais n’avait que vingt-cinq aus lorsqu’il vint à Anvers. Il est représenté en audience avec les magistrats et les négociants de la ville, dans une des salles du couvent que nous venons de citer.
Edouard!!!, roi d’Angleterre , pendant son séjour à Anvers consulte les principaux négociants sur ses projets financiers.
(Swerts.)
Lan 1451.
Les magistrats d’Anvers ofl'rirent le vin d’honneur aux négociants de France.
(Goffess.)
Le sujet du tableau qui rappelle nos plus anciennes relations commerciales avec la France nous reporte à une époque bien antérieure à la scène que les artistes ont essayé de traduire.
En 1451 les négociants anversois se rendant à la foire de Paris, comme ils fesaient tous les ans depuis un temps immémorial, virent leurs chariots arrêtés à Bapaume et à Péronne, où les agents du lise prétendirent leur faire payer certains droits d’entrée ou de passage; il s’ensuivit un procès. Nos négociants produisirent à celte occasion des documents par lesquels ils prouvèrent que déjà en 1202 ils étaient en possession des franchises comme habitants d une ville libre de l’Empire; ils obtinrent gain de cause et leurs anciens privilèges furent confirmés. Depuis cette époque les magistrats d’Anvers accueillirent annuellement, à l’approche de la foire de Paris, les fonctionnaires et négociants français et leur offrirent le vin d’honneur pour perpétuer le souvenir des anciens privilèges des Anversois, et maintenir la bonne entente entre les deux nations.
L’an 1525.
Marguerite d’Autriche reçut à Anvers la première ambassade de Perse.
(Gfffens.)
Les chroniques d’Anvers mentionnent comme un événement remarquable l’arrivée d’un ambassadeur persan envoyé par le Sofi Ismaël. Ce fut le 26 mai de l’an 1525.
A celle époque Marguerite d’Autriche se trouvait en notre ville et était logée à l’abbaye de S1 Michel, séjour ordinaire des souverains qui visitaient Anvers. C’est dans une des salles de la partie du couvent dite la Cour des Princes , que la gouvernante reçoit en audience l’envoyé du monarque persan. On ignore le but de la mission.
Mais l’arrivée d une ambassade venant du centre de l’Asie à l’époque où la renommée avait porté le nom d’Anvers chez les nations les plus éloignées, est certes un événement digne d’ètre rappelé parmi les monuments de nos anciennes relations commerciales.
Le XVIe siècle, comme le remarque le savant Altmeyer, fut le commencement des ambassades aux grandes cours des souverains de l’Europe. Nous venons de citer la visite à Anvers d’un envoyé persan; l’année après, le 22 décembre 1 524 , on vit arriver dans nos murs une ambassade non moins remarquable, envoyée par le Grand-Duc moscovite Vassali Iwanowitscb , célèbre dans l’histoire de Russie et que l’on peut regarder comme le fondateur de ce grand empire.
Entre les fenêtres sont représentées sur fond d’or la géographie, l’hydrographie et les découvertes cosmographiques, qui par leurs progrès contribuèrent puissamment au développement du commerce au XVIe siècle.
Au milieu, Christophe Colomh debout, sur le pont de son navire, la main gauche appuyée sur le gouvernail et tenant de la droite l’astrolahe. (Guffens.)
A gauche, Abraham Ortelius, le célèbre géographe anversois. (Swerts.)
A droite, le géographe Gérard Mercalor, célèbre par son invention de la carte hydrographique dressée suivant la projection qui porte son nom. (Guffens.)
L'an 1S24.
Les magistrats d'Anvers reçurent les premiers envoyés moscovites.
(Swerts.)