Coup de vent du 7 janvier 1831 dans la rade d'Alger
H. 2, 58. - L. 4. 18. - Fig. de 0, 40.
A neuf heures du matin , la frégate la Syréne , de 60 canons, était mouiliée dans la rade d'Alger, entre les batteries du Môle et le cap Matiroux. Elle se disposait à faire voile pour la France; deui chébecks chargés de troupes, commandés par le lieutenant-colonel Carcenac, étaient remorqués vers la frégate. Tout à coup un vent violent agita la mer, un courant fortement établi entraîna à la côte les chaloupes de remorque dont les rameurs faisaient d'inutiles efToris. Cependant la fureur de la mer allait toujours croissant; le commandant delà frégate, M. Charmasson, éprouvant des craintes sérieuses pour les deux chébecks , réussit, non sans peine, à y faire parvenir de fortes amarres, à Taide desquelles ils se halérent jusque prés de la frégate. La vague se soulevait avec tant de violence que plusieurs embarcations furent brisées en s'approchant de son bord. L'état de la mer devenait à chaque instant plus effrayant; l'espoir d'un prochain naufrage attirait déjà vers le fort Matifoux des hordes de Bédouins ; aucun secours ne pouvait être porté aux deux chébecks; le canon d*alarme se faisait entendre par intervalles, mais en vain ; la mer refoulait vers 1c port tout ce qui songeait à en sortir. Dans cette conjoncture critique, on ne pouvait songer qu'à préserver l'équipage de la Syrène et ses passagers des dangers qui les attendaient sur la côte, et pendant trois jours et deux nuits que dura cette tourmente, le général Gausel avait fait garder toute la côte par de l'infanterie et de la cavalerie pour recueillir les naufragés. De son côté, le commandant Charmasson ne quittait pas sa dunette; continuellement il veillait sur le sort des deux chébecks, et plusieurs fois il réussit à leur faire passer des vivres. Pendant ce temps les chébecks et la frégate couraient les plus grands dangers, ils s'entrechoquaient à chaque instant; la Syrène chassait sur ses ancres, rompait ses câbles, brisait sa grande vergue endommagée déjà par une bourrasque éprouvée sous .\lahon, perdait son gouvernail, et, sans son câble eu chaîne qui tiut bon jusqu'au bout, elle eût été
infaîlliblement se perdre à la côte. Le zèle et la constance du commandant de la Syrène , le d(^ouomenl de loiis les ofliciers ei marins soii« ses ordres, par>inrenl à conjurer ce malheur. Sur la fin du troisi'^me jour la mer se calma, tous les passagers furent reçus à bord , et ia Syréne mit à la voile pour Toulon, où elle arriva sur la lin de janvier, après une heureuse traversée.
(Salon de 1835.)
GUÉ (juuEif'MiajEL) , ne à Saint-Domingue en 1789, chevalier de la Léfj ion- d' Honneur en 1834, mort à Paris le 13 décembre 1843.