Thèbes.-Karnak. Granit noir
Hauteur 1 80
Largeur 0 75
Ce monument est célèbre dans la science. C'est une stèle érigée sous Tlioutmès III et destinée à être placée dans le temple de Karnak, où effectivement nous l’avons retrouvée. Elle appartient par conséquent à la division des monuments historiques.
Le premier registre a été martelé, en même temps que le commencement de la première ligne où se lisaient le nom et les titres d’Ammon. Ces circonstances donnent à penser que la flétrissure imprimée à notre monument remonte au temps de Khou-en-Aten, dont le fanatisme a laissé tant de traces sur les temples de Thèbes. A une époque postérieure, peut-être sous Ramsès II, si l’on en juge d’après la maigreur des figures, le tableau effacé a été gravé de nouveau en abattant de quelques millimètres le plan de cette partie de la stèle.
Ce premier registre représente, en deux scènes presque identiques, Ammon recevant les hommages de Tlioutmès. Le dieu est appelé, Ammon-Ra, roi des dieux, seigneur du ciel ; Tlioutmès (nom et prénom) a pour titres le dieu bon, seigneur des deux pays , seigneur des diadèmes. Derrière lui apparaît une déesse debout, portant en mains l'arc, les llèches et la hache d'armes. A l’hiéroglyphe symbolique qui forme sa coiffure, on reconnaît la Théba'ide, et peutêtre, par extension, l’Egypte personnifiée.
Le second registre est occupé par un long texte de vingtcinq lignes horizontales gravé avec cette largeur de style qui caractérise le règne de Tlioutmès. C’est un poème composé en souvenir des victoires de ce roi. Ammon-Ra, seigneur des trônes du monde prend la parole :
« Viens à moi et sois réjoui en contemplant ma grâce, û mon
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vengeur, Ra-men-Kheper, vivant à toujours ! Je resplendis par tes vœux. Mon cœur se dilate à ta bienvenue dans mon temple. J'enveloppe les membres de mes bras pour (leur communiquer) le salut et la vie. Aimables sont tes faveurs par l’image que tu m’as établie dans mon sanctuaire. C’est moi qui te récompense. C’est moi qui le donne la force et la victoire sur toutes les nations. C’est moi qui fais que tes esprits et ta crainte sont sur tous les pays , et que ta terreur s'étend jusqu’aux quatre supports du ciel. L'épouvante que lu inspires à tout le monde, je l’agrandis. T accorde que tes cris de guerre pénétrent au milieu des barbares et que les rois de toutes les nations soient réunis sous ta main. Moimême j’étends mes bras. Pour toi je rassemble et ramasse les Nubiens par dix mille et par mille , les peuples du nord par millions.., J’accorde que tu renverses tes ennemis sous tes sandales, et que, selon ce que je t’ai ordonné, tu frappes les chefs des impurs. Le monde dans sa longueur et sa largeur, à l’occident et à l’orient, est sous tes ordres. Tu pénètres chez tous les peuples le cœur en joie, aucun (d'entre eux.) ne foule aux pieds le territoire de ta majesté, mais moi je te guide pour que tu arrives jusqu’à eux. Tu as traversé le grand fleuve de la Mésopotamie en vainqueur et en puissant, comme je t’avais ordonné (de le faire). Tes cris de guerre , ils les entendent retentir jusque dans leurs cavernes ; leurs narines, je les prive du souffle de la vie... »
Les douze premières lignes sont consacrées à ces développements poétiques ; puis, tout-à-coup, le dieu entonne une sorte de chant cadencé où, selon l’usage des littératures orientales, les idées se pondèrent de la manière suivante :
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper les princes de Tahi ;je les précipite sous tes pieds quand tu traverses leurs contrées. Je leur ai j ait voir ta majesté tel qu'un seigneur de lumière ; tu resplendis sur eux comme mon image. »
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper les habitants de l’Asie , de réduire en captivité les chefs du pays des Rotennu. Je leur ai fait voir ta majesté revêtue de la ceinture, saisissant scs armes et combattant sur son char. »
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper le pays de l'est, de pénétrer jusqu’aux villes de la terre sacrée. Je leur ai fait voir ta majesté tel que l'étoile Seschet (Canope? ) , qui projette sa flamme et donne la rosée.
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper le pays de
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l'ouest : Kefa et Asi sont sous ta terreur. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu’au taureau jeune et courageux ; il est orné de cornes , et rien ne lui résiste. »
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper les habitants de tous les districts ; les pays de Maten tremblent de terreur devant toi. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu’un crocodile (?); il est le maître terrible des eaux : personne ne peut rapprocher. »
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper ceux qui sont dans les îles ; les habitants de la mer sont sous (la terreur) de tes cris de guerre. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu’un vengeur qui s’élève sur le dos de sa victime. »
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper les Tahennu; les îles de Tana, les esprits s’en sont emparé. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu’un lion terrible à voir, qui se couche sur leurs cadavres à travers leurs vallées. »
« Je suis venu , et je t’accorde de frapper les districts des eaux : que ceux qui entourent la grande mer soient liés par ta main. Je leur ai fait voir ta majesté comme le roi de l’aile ( qui plane) et saisit de sa vue tout ce qui lui plaît. »
« Je suis venu, et je t’accorde de frapper ceux qui sont
dans leurs , que les Heruscha (les Bicharis actuels)
soient réduits par toi en captivité. Je leur ai fait voir ta majesté comme le chacal du midi, celui qui dans sa marche cachée parcourt le pays. »
« Je suis venu , et je t’accorde de frapper les A nu de Nubie ; que les Remenem soient sous la main. Je leur ai. fait voir ta majesté comme ceux qui sont tes deux frères ;
leurs bras se rassemblent sur toi pour te donner »
Après celte poétique parenthèse, le dieu reprend son discours : C’est moi qui le protège, ô mon fils chéri ! Ilorus, taureau valeureux , régnant dans la Thébaïde.... etc. »
Comme on le voit par ces détails, la slèlc de Thoutmès 111 est la copie sur granit d’une véritable œuvre d’imagination, composée pour glorifier les victoires de ce prince. Le parfum de poésie orientale qui est répandu sur ce bel échantillon de la littérature égyptienne au XVIIme siècle avant notre ère n’échappera à personne.