IV. Monuments historiques
Ce que j'ai dit du soin que les Egyptiens prenaient de tout ce qui touche à la conservation des corps peut se répéter des monuments qui ont l'histoire en vue. Aucun peuple n'a eu plus de souci de la postérité, aucun peuple n’a plus travaillé pour transmettre à l’avenir d’ineffaçables traces de son passé. Les temples ne sont pas seulement des édifices religieux; les tableaux de batailles, les poèmes composés en l’honneur de certains héros, les récits de campagnes y prennent place, et ils deviennent ainsi des monuments que l’histoire réclame. Dans les tombes ellesmêmes, à côté des formules d'invocation aux divinités funèbres, apparaissent tout-à-coup des récits plus ou moins longs où le mort prend la parole et fait son autobiographie. A ces usages, nous devons une multitude de monuments qu'il serait trop long d’énumérer. Les obélisques, les colosses, les stèles monumentales, des parois entières de certains temples , sont des monuments historiques. Quoi de plus connu que les grands bas-reliefs de Medinet-Abou , le mur numérique de Karnak, les longues scènes de combats qui couvrent les parois des souterrains d'Ibsamboul, de Derr et de Beit-Oually? Qui n’a présent à la mémoire le tombeau d’El-Kab et le beau mémoire que M. de Rougé a consacré à l'analyse des inscriptions où Ahmès, chef des nautoniers, raconte les expéditions aux-
quelles il prit part et qui eurent pour résultat l'expulsion des Hycsos ?
Les monuments historiques les plus nombreux, sinon les plus précieux pour la science, sont les statues de rois qu'on trouve dans les temples. Il est naturel de penser que les rois les y consacraient eux-mêmes pour embellir le lieu saint et s’attirer ainsi la protection des dieux. 11 résulterait cependant d'un passage de l'inscription de Rosette que les statues royales dont les édifices religieux conservent tant de restes ont pu y être déposées en vertu d'un décret de consécration promulgué par les prêtres. Comme je l’ai dit plus haut et comme en témoigne la pierre de Rosette, chaque statue devait avoir ainsi son service particulier et ses jours d’offrandes. Ces grandes scènes historico-religieuses qui nous montrent les Pharaons immolant devant les dieux les captifs ennemis, peuvent elles-mêmes, comme les statues, n'être que le résultat de l'admiration et de la reconnaissance plus ou moins spontanées des prêtres.
Le Musée de Roulaq, inférieur au Musée Britannique pour les papyrus historiques, rivalise avec tous les autres y compris le Musée de Turin, pour les monuments royaux de grandes dimensions. C'est lui, en effet, qui possède ces stèles de reines et ces beaux sarcophages de granit des princes de l’Ancien-Empire ; c'est lui surtout qui peut montrer, comme un admirable specimen de l'art à ces époques si prodigieusement reculées, la statue de Chéphren chef-d’œuvre qu’aucun autre temps n’a surpassé (voy. Salle /lu Centre, 578). La XIImc et la XIII,ne dynasties y sont aussi représentées par des statues colossales dignes de la grandeur de ces illustres familles royales (voy. Grand Vestibule, 19, Appendice, Tanis et Abydos). Les Hycsos eux-mêmes se révèlent pour la première fois au Musée de Roulaq par des monuments qui nous font connaître la race et la civilisation de ces Asiatiques (vo}. Cour, 1 , 2. Magasin n° 5 , 869
et Appendice, Tanis, 11, 12, 13). Sous la XVIIIme dynastie sc montrent les sphinx et les bustes de Tlioutmès III (voy. Cour , 3, 4, Magasin n° 5, 871). Au même roi appartient aussi la stèle déjà célèbre sur laquelle est gravé tout un chant poétique composé en l’honneur des victoires de ceconqué rant (voy. Grand Vestibule, G3). Viennent ensuite les grandes stèles de granit rose, ofliciellement déposées dans le temple de San en souvenir d’événements dont le règne de Ramsès II fut le témoin, et parmi ces stèles on notera comme un monument unique celle qui est datée de l'an 400 d’un roi Pasteur encore inconnu (voy. Appendice , Tanis , 16). Enfin, parmi les morceaux remarquables du Musée qui se classent dans la division des monuments historiques, n’oublions pas la slatuc d’albâtre oriental qui représente la reine Améniritis, épouse de l’un des rois éthiopiens de la XXVme dynastie (voy. Salle des bijoux , 866).
A côté de ces monuments, que leur origine nous force à regarder comme des monuments essentiellement historiques, prennent place d’autres objets qui appartiennent à l’histoire parles détails qu’on y trouve consignés. Ceux-ci, comme les monuments civ ils, proviennent presque toujours des tombes : si précieux qu’ils puissent être, les renseignements historiques qu’on y puise n’y ont été déposés qu’accidentellement. Notre Musée en possède une collection choisie. Tels sont certains scarabées, quelques armes portant des cartouches, des vases ornés de noms royaux, des stèles relatant, à propos de la mort d’un personnage, la date d’un règne. Les bijoux dont le roi Amosis couvrit la momie de la reine Aah-hotep sont le type de ces monuments qui, originairement funéraires, deviennent pour nous des monuments historiques.
Du reste, à ces quatre divisions principales de notre catalogue, correspondent dans le Musée quatre grandes cages occupant les quatre angles de la Salle du Centre, et
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contenant un choix de monuments religieux, de monuments funéraires, de monuments civils et enfin de monuments historiques. J'y renvoie le visiteur qui voudra avoir de plus amples détails sur toutes les questions que je viens d'efileurer.