LYON
IMPRIBIERie ALF. LOUIS PERRIN ET HARINET
Rue d'Araboise^ 6.
OfoXFORD]
ORIGINE DD IDSËE DE LTOH
Les richesses artistiques de 1 Italie cédées à la France eu vertu du traité de Tolentino en 1797, et les dépouilles des nations vaincues jointes successivement à ce trésor, formèrent en peu d'années, à Paris, le plus magnifique et le plus étonnant assemblage des merveilles de l'art que jamais une nation ait pu réunir.
Mais, à mesure que s'augmentait ce précieux dépôt, le gouvernement avait compris que chaque ville de France ayant contribué par la valeur de ses soldats h ces nouvelles conquêtes, il était juste et naturel que le pays entier pût profiter de ces richesses artistiques* Les disséminer au hasard sur les divers points de la France eût été une faute, car il fallait que ces collections fussent profitables à l'art. Pour cela, elles ne devaient être formées que là où des connaissances déjà acquises pouvaient en faire apprécier la valeur et où une population nombreuse et ses dispositions naturelles feraient présager des succès dans la formalion des élèves. En conséquence, le 14 fructidor
an vni (!•' septembre 4800) , sur le rapport do M. Chaptal, ministre de i'iniérieur, les consuls de la république française rendirent le décret suivant ;
Article i«^ — Il sera nommé une commission pour former quinze collections de tableaux, qui seront mis à la disposition des villes de Lyon, Bordeaux , Strasbourg , Bruxelles , Marseille , Rouen , Nantes, Dijon, Toulouse, Genève, Gaen, Lille, Mayence, Rennes, Nancy.
Art. â. — Ces tableaux seront pris dans le Muséum du Louvre et dans celui de Versailles.
Art. 3. — L'état de ces tableaux sera arrêté par le ministre de l'Intérieur et envoyé aux villes auxquelles ils seront destinés.
Art. 4. — Les tableaux ne seront envoyés qu'après qu'il aura été disposé, aux frais de la commune, une galerie convenable pour les recevoir.
Art. 5. — Le ministre de l'inlérieur est chargé de' Texécution du présent arrélé.
Le premier consul, signé : Bonaparte,
Par le premier consul :
Le secrétaire d'Etal, signé: H.-B. MARETi
On voit par cet arrélé, nommé avec raison par M. Clément de Ris, l'acte de naissance des collections départementales, que Lyon est la première ville inscrite sur la liste formée par le gouvernement. Gela devait être ainsi. La richesse de sa fabrique d'étoffes façonnées, le talent de ses dessinateurs, son école de l'élude du dessin de la fleur qui venait d'être établie
confonnément à rautorisaiion du ministre de Tintérieur datée du 25 messidor an vu (43 juillet 1799), tout donnait alors à notre viile le droit d'être placée au premier rang dans cette distribution d'œuvres artistiques. Le peu de tableaux que Lyon possédait alors ne dépassait par une douzaine déposés dans l'infirmerie de l'ancienne abbaye des dames de Saint> Pierre, monument préservé de sa ruine par M. Cochard, président de l'administration départementale en 4798 (i).
L'art. 4 de l'arrélé^des consuls, portant que les tableaux ne seraient envoyés que lorsqu'une galerie convenable pour les recevoir serait établie aux frais de la commune, le préfet, par un arrêté du !•' pluviôse an % (2i janvier 1802), approuvé parle ministre de l'intérieur le 20 thermidor (8 août) de la même année, donna à l'architecte de la ville, Gay, les ordres nécessaires pour transformer toute l'aile méridionale de l'abbaye des dames de Saint-Pierre, en galerie destinée à recevoir la collection accordée, ce qui fut
(1) A cette époque^ le gouvernement voulait vendre le palais Saint-Pierre pour subvenir aux frais de nos guerres. Il était question de le percer par quatre rues^ de la place des Terreaux à la place^ aujourd'hui rue du Plâtre^ et de la rue Saint-Pierre à la rue Clermont, aujourd'hui rue de l'Hôtel-de-Ville.
M. Cochàrd réclama contre cette mesure par des Mémoires pleins de raison et d'énergie qui furent couronnés de succès. On obtint ainsi la suppression de la vente^ et^ pendant le séjour du premier consul à Lyon, furent consacrés les principes de l'arrêté du 23 germinal an x (13 mars 1802), qui plaça le palais Saint- Pierre sous l'administration municipale et la surveillance du préfet.
exécuté malgré les difficultés que préseulalent la destruction de trois murs de refend et du plancher séparant les deux étages.
La galerie ainsi établie et décorée par le peintre Latila (i), fut prête à recevoir le don de FËtat. La direction du musée naissant fut confiée à quatre citoyens de Lyon^ sous la présidence du maire. Ce furent les citoyens Régny père, Dechazelle, de Boissieu et Moutonnât, qui constituaient ainsi le Conservatoire desarU.
Le premier envoi du gouvernement eut lieu le i3 vent6se an xi (4 mars i803) ; il se composait de trente et un ouvrages de peinture (2).
Un second envoi fut adressé à Lyon le âO fructidor an XIII (7 septembre 1805) ; il consistait en quatorze tableaux.
Par arrêté du maire en date du il vendémiaire an XV (3 octobre 1806), François Artaud, ayant été nommé inspecteur général du Conservatoire des arts et antiquaire de la ville, le musée se trouvant naturellement dans ses attributions et par conséquent sous sa direction, le Conservatoire des arts cessa d'exister.
De nouvelles conquêtes ayant encore augmenté le dépôt des tableaux arrivant à Paris de tous les points de l'Europe, une nouvelle distribution d'œuvres d'art eut lieu en vertu d'un décret de l'empereur Napoléon P', daté du 15 février 1811, et d'une décision du ministre de l'intérieur, en date du 21 mars de la même année. Ce troisième envoi se composait de
(1) C. Mooneret exécuta le médaillon du milieu sur le dessin de P. Révoil.
(2) Voir ci-après aui pièces justificatives.
vij
cinquante-deux tableaux, auxquels vint se joindre celui donné par le cardinal Fesch^ archevêque de Lyou.
Depuis ces envois considérables, le gouvernement n'a jamais cessé de témoigner son intérêt au musée de Lyon, car il ne s'est guère passé d'année où notre collection de tableaux ne se soit enrichie de quelques toiles envoyées par l'Etat (I).
L'étude et la contemplation des œuvres capitales que renfermait le musée de Lyon secondait à merveille l'enseignement de notre nouvelle école des beaux arts réorganisée par le décret Impérial du 25 germinal an xui (15 avril 1805), et dont les cours ne furent bien réellement établis et ouverts qu'en 1807, lorsque les nouveaux désastres de 1815 vinrent porter un coup terrible à notre musée.
Déjà ^ en 1814, le tableau représentant ^a Ville de Lyon relevée de ses ruines par le premier consul, tableau exécuté par P. Révoil, sur la commande du ministre de l'intérieur 5 celui de l'Entrée du premier magistrat de la République à Lyon, par Gallais, et le Portrait da premier Consul, d'après Gros, avaient été lacérés dans la cour du palais, puis brûlés dans une des cheminées du premier étage, lorsqu'en 1815, le 27 septembre, M. Denon, directeur du musée royal, écrivit au préfet du Rhône qne le roi ayant autorisé la restitution des objets d'art enlevés à la Prusse, dans les £tats de Brunswick, de Cassel et deMecklembourg-Schewerin,
(i) Dans la répartition du musée Gampana, en £863, le musée de Lyon reçut sept tableaux. Un autre envoi, décidé en 1869, fut mis k exécution en i873 et 1874. Dans ce dernier, les tableaux envoyés étaient au nombre de dix.
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en i806 et 1807, il venait d'être autorisé par Sa Majesté à lui redemander les tableaux qui avaient été donnés au musée de Lyon par le dernier gouvernement.
Cette remise, si douloureuse pour notre musée, ne se faisant pas assez vile au gré des puissances alliées, des lettres de rappel furent envoyées en même temps que de nouvelles demandes étaient adressées par tous les Etats d'Italie et particulièrement ceux de TËglise. Le tableau de VAscension, par le Pérugin, étant spécialement désigné, Artaud, directeur du musée, fit écrire au pape Pie VII par M. le comte Roger, de Damas, gouverneur de la i9« division militaire, dont le siège était à Lyon (i).
Les réclamations des alliés portaient sur trentequatre tableaux de notre musée. Huit venaient d'être expédiés à Paris 3 on attendait la réponse de Sa Sainteté au sujet de celui du Pérugin, et Artaud, directeur du musée, mettait une lenteur calculée à faire emballer les vingt-cinq autres. Si Tenlèvement avait été effectué de suite, c*en était fait du musée de Lyon. Mais les rumeurs soulevées par le démembrement décidé de plusieurs de nos musées des départements étant enfin parvenues jusqu'au comte de VaublanCy alors ministre de l'intérieur, celui-ci se hâta d'envoyer à M. le comte de Chabrol, préfet du Rhône, la dé* pêche qui suit (2) :
(4) Voir l'article sur le tableau de V Ascension, par le Pérugin, page i2S.
(2) Voir : Enlèvement des tableaux du musée de Lyon en iSl5, par Fortuné Rolle. On trouvera dans cet écrit les pièces justificativea sur lesquelles nous nous sommes appuyé en parlant des réclamations faites an musée de Lyon à cette époque.
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<c 6 mars i816.
« Monsieur le comte,
« Je suis instruit que M. le secrétaire général du musée de Paris a écrit à plusieurs préfets pour demander le renvoi des tableaux qui avaient été donnés précédemment aux départements.
c( Il est possible que vous ayiez reçu une invitation de ce genre, mais je vous prie d'attendre une autorisation de ma part avant de rien entreprendre à ce sujet.
« Les musées des villes du royaume sont dans les attributions de mon ministère, et rien ne doit être distrait sans ma participation. »
Cette note du 6 mars arrivait à temps, car, dans le moment même, le directeur du musée de Lyon prenait, bien malgré lui, ses dernières dispositions pour en* voyer à Paris les tableaux demandés.
« Mais déjà, dit le mémoire de M. Rolle, une opposition sérieuse commençait à se manifester; on était las des exigences des étrangers, et c'est sous Tinfluence de ce réveil imposant de l'esprit public en France, que les prétentions des cours étrangères durent céder, du moins en ce qui touclie l'intégrité de nos musées, et que celui de Lyon, en particulier, dut son salut, sauf quelques pertes regrettables sans doute, mais relativement minimes. »
Quant au célèbre tableau du Pérugin, le don que le pape Pie VU en fit à la ville de Lyon en avril 1816, en assurait la possession.
De i8i5ài820, les produits des élèves de notre école des beaux-arts commencèrent à paraître au salon de la capitale. Dès 18i7, Bonnefond avait exposé
son premier tableau; ses camarades d'éludé Génod, Jacomin, Thierriat^ Magnin, Rey, Chometon, Biard le suivirent bientôt et formèrent ainsi cette nouvelle école lyonnaise due à l'enseignement de P. Révoil, sans le secours de Paris, et qui débuta d'une manière si brillante.
La ville de Lyon, fière de ce succès, s'empressa de se faire honneur des travaux de ses enfants, et bientôt son musée reçut un éclat nouveau en s'enrichissant de leurs œuvres.
En 1830, le musée de Lyon s'était considérablenient augmenté. Des dons avaient été faits et les œuvres de nos Jeunes peintres lyonnais avaient largement contribué à cette augmentation de richesses. Artaud s'étant retiré en Provence, son pays natal, pour des motifs politiques, ce fut Thierriat, un de nos artistes lyonnais, déjà professeur de la classe de la fleur à notre école des beaux-arts, qui lui succéda au musée avec le titre de conservateur, et qui garda ce poste jusqu'en avril 1870, que la mort l'enleva à V&ge de quatre-vingt-un ans.
En 1838, le nombre des tableaux était devenu si considérable, qu'il fut créé, dans Fétage supérieur de la partie Est du palais, une galerie nouvelle, dans le dessein d'y installer nos tableaux les plus précieux ; mais ce projet ayant été combattu, il fut décidé que la nouvelle galerie serait consacrée aux œuvres des artistes Lyonnais : c'est ce qui a été exécuté.
Cette galerie lyonnaise , regardée généralement comme une création des plus heureuses , est , par elle-même, fort remarquable. Lyon est certainement la seule ville de France, excepté la capitale, qui ait
pu former un musée spécial aussi considérable composé en entier d'œuvres d'artistes nés dans son sein, et, en général, élevés dans son école. Si un certain nombre sont allés à Paris compléter ou achever leurs études, plusieurs* des plus célèbres les ont terminées à Lyon et ne sont allés dans la capitale que pour y voir couronner leurs œuvres.
En i84i, les collections archéologiques commencées par Artaud en 4806, s'étaient augmentées considérablement et avaient acquis une importance telle qu'il fut Jugé nécessaire de les confier à un homme ayant les connaissances spéciales pour les apprécier et les classer.
En conséquence, depuis ce moment, le musée de peinture et sculpture, et les musées archéologiques, eurent chacun un conservateur spécial, formant ainsi deux services parfaitement distincts et complètement indépendants l'un de l'autre.
A la mort de Thierriat, conservateur du musée de peinture, un arrêté préfectoral, en date du 49 avril 4870, réunit tous les musées des beaux-arts et d'archéologie dans un même service, dont le chef reçut le titre de directeur des musées.
La nouvelle direction s'empressa de dresser un catalogue général des tableaux, statues et bustes, non* seulement de ceux de ces objets installés dans les galeries ouvertes au public, mais de ceux contenus dans les dépôts, qui furent mis en ordre.
Les dessins furent séparés des peintures et catalogués séparément.
Les tableaux divisés par écoles, et tous pourvus d'une étiquette donnant une notice sommaire sur leur auteur et Tindication du sujet.
Le musée des moulages sur l'antique, si utile pour former le goût, fermé depuis huit ans, fut mis en ordre et ouvert au public.
Les musées de la ville de Lyon ont aujourd'hui une importance qui ne le cède qu'à ceux de la capitale. Ils occupent au Palais des Arts un espace considérable. L'épigraphie est placée sous les portiques, la sculpture dans les salles du rez-de-chaussée, ainsi que la collection des bustes installés dans Tancien réfectoire de Tabbaye, restauré habilement par M. Hirsch, architecte de la ville (i).
Au premier étage, les galeries de tableaux, dessins et gravures; le musée Bernard, inauguré en janvier 1876; les galeries des antiquités, Moyen-Age et Renaissance, contenant en même temps le cabinet des médailles, et le musée Lambert légué à la ville en i850.
La galerie des peintres Lyonnais occupe la partie Est du palais au deuxième étage.
Les musées sont ouverts au public les jeudis et dimanches, ainsi que les Jours de fête, de onze heures du matin à quatre heures du soir.
Les autres Jours, MM. les étrangers y sont admis. Il leur est délivré gratuitement par le concierge une carte donnant le détail des différentes collections que renferme le Palais des Arts.
(1) Présentant aujourd'hui l'aspect complet et absolument intact de sa décoration au xvii*' siècle; cette salle est devenue Tune des galeries les plus importantes du Palais des Arts.
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