Les pèlerins d'Emmaûs
H. 2, 90 - L. 4, 48 . - T. - Fig. de gr. nat.
Dans un vestibule orné de colonnes cannelées, le Christ assis devant une table, entre les deux disciples, lève les
CALIARI.
yeux au ciel et bénit le pain ; derrière le Christ, à gauche, trois domestiques apportant des plats. Paul Véronèse s'est représenté, dit-on , dans ce tableau avec une partie de sa famille. A droite, sa femme, debout, tient un petitenfant dans ses bras. Deux de ses fils sont auprès d'elle; l'un paraît vouloir se cacher derrière son manteau, tandis que l'autre, agenouillé, cherche à retenir dans ses mains un petit chien épagneul. Au milieu de la composition et au premier plan, deux petites filles vêtues de damas blanc y. fieurs d'or, jouent devant la table avec un gros chien. Dans le fond, à gauche, une ville et la campagne; les pèlerins et le Christ dans l'éloignement. On lit sur ce tableau, en lettres d'or : Paolo Veronese.
Gravé par Thomassin. — Landon, t. 8, pL 48.
Collection de Louis XÏV. —Félibien dit que ce chef-d'œuvre était placé dans le grand cabinet du roi, aux Tuileries, vis-à-vis de la famille de Darius, tableau de L'i Brun, qui se trouve aussi au Musée maintenant. — Sauvai {Antiquités de Paris, t. Il, p. 169), parle très longuement de ce tableau et nousapprend qu'il se voyait dans le grand cabinet du Palais-Cardinal (depuis Palais-Royal), avant que la régente Anne d'Autriche ne le fît transporter dans son appartement à Fontainebleau avec d'autres peintures originales qui furent remplacées par des copies. Il n'y a pas lieu de douter de l'exactitude de ce renseignement, mais Sauvai nous semble être dans l'erreur lorsqu'il ajoute (p 1^1) : « Ce tableau n'était pas commencé quand Vasari mit au jour sa Vie des peintres illustres, aussi n'en dit- il rien; mais Ridolfi, qui l'a vu plusieurs fois et bien examiné dans le cabinet des seigneurs Muselli, en parle comme de la plus belle histoire, etc. « La description faite par Ridolfi des Pèlerins d'Emmaiis, possédés par les Muselli, n'est guère applicable au tableau inscrit sous ce numéro. Outre la grande dimension dont il aurait sans doute parlé , il ne signale qu'une petite fille jouant avec un petit chien. Cette description nous paraît beaucoup mieux convenir au petit tableau des Pèlerins, possédé par le duc d'Orléans, gravé par Duflos et acheté 200guinées, en Angleterre, par le comte Gower.
107 his, Jupiter foudroyant les Crimes.
H. 5, 61. — L. 3, 30. — T. forme ovale. — Fig. plus grandes
que nature.
La Rébellion, la Trahison, la Luxure, la Concussion, ' crimes punis par le Conseil des Dix, tombent renversés à la Yue de Jupiter armé de la foudre et descendant de l'Olympe. Au-dessous du dieu, un génie déployant son vol , tient d'une main le livre des décrets du tribunal
CALIAR!.
suprênie, et de Tautre un fouet avec lequel il chasse les Crimes. Son visage est irrité et les boucles de sa blonde chevelure, agitée par le vent, indiquent la rapidité de sa course.
Gravé par Maccham en 1593 —Landon, t. 8, pl. 54.
Musée Napoléon. — La salle où se trouvait celle peinture fut disposée pour les séances du Conseil des Dix en 1507. On l'appelait (en vénitien) \hCheha, c'esl-à dire \diGabbia ou cage, par mét;iphore pour prison, parce que les questions sur lesquelles on y délibérait devaient rester secrètes. On ne pensa à la décorer qu'en 1540 (ou 1551). Le dessin du plafond fut confié à Daniele Baibaro, personnage Irèscompétent en architecture, élu ensuite piUriarctie d'Aquilée. On donna les peintures des comparliments à Ciaiiibaiista ponchino, dit \e Bozzato, qui, sentant l'entreprise trop considérable pour ses forces, appela Paul Véronèse à son aide. Bientôt après, ayant
fjerdu sa femme, il laissa à Paolo le soin de terminer les travaux c|ui ui avaient été confiés, et retourna à Castel-Franco, sa patrict, où il prit les ordres. Giambatista Zelolti, condisciple de Paul Véronèse chez Badile, travailla aussi à la décoration de ce plafond. Dans cette magnifique peinture, exécutée après le voyage de Caliari à Rome, on remarque finfluence de l'antique et de Michel-Ange. Ridolii rapporte que dans la tète du Jupiter, l'artiste avait imité celle du Laocoon, et dans les autres figures celles d'Alexandre et d'une des Amazones, dont il conservait les plâtres à son atelier. — Ce tableau vint en France en 1797 , figura au Musée Napoléon jusqu'en 1810, puis fut placé à Versailles dans la chambre à coucher de Louis XIV. Le 18 août 1858, un violent ouragan enleva l'abri de planches qu'on avait mis pour remplacer la toiture momentanément en réparation, précisément au-dessus de la chambre de Louis XIV. La pluie ayant traversé la toile de P. Véronèse, on transporta celte peinture pour remédier à un si fâcheux nccident. S. M. l'Empereur, sur un rapport du Directeur généraldesmusées, décida que ce tableau resterait exposé au Louvre, et qu'on rétablirait le plnfond de la chambre deLouis XIV tel qu'il était à l'époque de la mort du Roi. Il n'es pas inutile de faire remarquer ici qu<' pour ajuster la toile de Paul Véronèse dans le compartiment du plafond de la pièce de Versailles, il avait fallu agrandir ses dimensions. Dans ce but, on n'hésita pas à couper la toile en trois morceaux formant trois groupes, et Ton peignit un ciel afin de combler les lacunes formées entre des personnages qui auparavant se louchaient. On ajouia également tout autour une large bande de ciel. La peinture de Paul Véronèse était du reste parfaitement conservée, et les inqualifiables additions faites à son chef-d'œuvre ont été enlevées.