‹ Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée impérial du Louvre (volume 3)Chapitre 367 sur 528 · La destinée de Marie de Médids · texte numérisé non relu

La destinée de Marie de Médids

H. 3, W. - L. 1. 65. — T. - Fig. gr. nat.

Les trois Parques , assises sur des nuages , filent la destinée de Marie de Médicis. Dans la partie supérieure, Junon , tendrement appuyée sur l'épaule de Jupiter, le prie de la laisser assister à la naissance de la princesse.

Gravé par towii de Chattillon ( Cale, imp,)» — Landtm, t, 3 , pi. 42.

Collection de Louis Xm. — On a vu déjà, dans la biographie de Bubens (page 223), comment et par qui les tableaux de la galerie de Médicis lui furent commandés. A ces détails nous ajouterons les suivants. Les écrivains ne sont pas d'accord sur l'époque précise ob Rubens commença ces peintures et sur l'année oh il les tcrmma ; les uns disent qu'il entreprit cette immense tâche en 1Ô20 et qu'il l'accomplit en deux ans ; d'autres

S rétendent qu'il y consacra trois années. Quant à nous, il nous semble émontré qu'il mit la première main à ce travail en 1621, et qu'il l'acheva au commencement de 1625, ainsi que nous l'avons déjà dit; voici nos preuves. L'accommodement de Marie de Médicis et de Louis xm eut lieu seulement le IS août 1620, à Brissac. Ce ne fut donc qu'après son retour à Paris et à la lin de 1620 que la reine dut penser à la décoration de sa galerie. D'un autre côté , les dates des lettres de Rubens , publiées par MM. Gachard et Emile Cachet, prouvent que le 26 février 1622 Rubens se trouvait à Anvers, mais qu'il avait déjà fait un voyage à Paris. Le 8 juin 1628, il est à Paris; le 12 décembre 1624, il esta Anvers et dit qu'il espère être prêt dans six semaines; le 10 janvier 1625, il habite encore Anvers, mais il a reçu l'ordre de l'abbé de Saint- Ambroise de se trouvera Paris entre le 2 et le A février. Enfin , le 13 mai 1625 , il écrit de Paris à Peiresc et se plaint amèrement du retard qu'on met à tatisfaire tes honoraires pour là galerie déjà placée, n pense que le prochain mariage

RV«ENS. Sdl

de la princesse Henriette avec Charles I*** est la cailse dé ce retard , et il craint de n'être payé qu'après la Pentecôte. Rubens neignit les vingt-une compositions dans son superbe atelier d*Ânvers; mais auparavant il en fit à Paris, sous les yeux de la reine , les esquisses en grisaille , que Depiles vit cheï l'abbé de Saint-Ambroise , aumônier de la reine-mère, grand amateur de peinture, qui fut constamment l'intermédiaire entre Hubens et Marie de Médids pour tout ce qui touchait aux travaux de la galerie. Dix-huit d'entre elles font maintenant partie de la galerie de Munich ; ce sont celles des dix-sept peintures portant les n«« 435-459, 041-450, 452-453 ; plus une qui représente la reine reléguée au château de Blois, et qui n'a pas été exécutée. Surchargé de travaux, Bubens, à partir de 1620, se fit considérablement aider par ses élèves, ne peignant que les parties principales et retouchant le reste avec une immense habileté. Il ne faut pas oublier que les élèves de Rubens étaient alors van Dyck (Il ne dut pas, toutefois travailler beaucoup à la galerie de Médicis, puisqu'il partit pouc Rome le 5 octobre 1621), jrostos iran Egmont, Jakob Jordaens, Pieter van Mol, comelloft ftcbttt» Joban van Hoeck. gUmon de vos, Dcodat Deimont, ivicoias vân der Horst, Snyders, Lucas van Uden, iMomper et 'Wlldens; ces quatre derniers faisaient principalement les animaux et les paysages. C'est à Paris que Rubens mit la dernière main à ces tableaux et aux nombreux portraits qu'ils renferment. Ils furent placés dans une galerie attenante à la chambre de la reine, galerie percée de neuf fenêtres sur la cour et de neuf fenêtres sur le jardin. La Destinée de Marie de Médieit occupait l'espace entre la porte et la première fenêtre du côté du jardin ; les autres compositions couvraient les entre-deux de fenêtres suivant l'ordre oh elles sont classées dans cette Notice. Le Couronnement se trouvait après la neuvième fenêtre; V Apothéose de Henri IV et le Gouvernement de la raine remplissaient la largeur de l'extrémité de la galerie ; puis, en retour et entre les croisées, se déroulait le reste de l'histoire de Marie de Médicis, terminée par le Triomphe de la Vérité» Enfin, au-dessus de la cheminée construite entre les deux portes conduisant dans les appartements de la reine, on voyait son portrait en Bellone (n<* 457), et de chaque côté les portraits de son père et de sa mère (n»» 455 et 456). La galerie immortalisée par le pinceau de Rubens n'existe plus ; elle fut détruite presqu'en partie et remaniée pour faire place à l'escalier d'honneur conduisant au Sénat et à des salles situées à l'extrémité de la terrasse. L'intention de la reine était de construire une deuxième galerie parallèle à la première, oh serait représentée l'histoire de Henri IV. Cette galerie, qu'elle fit conmiencer, mais que ses malheurs l'empêchèrent d'achever . ne fut terminée que plus tard. Elle est maintenant consacrée à l'exposition des ouvrages des artistes français modernes. Bien que Rubens se plaigne à plusieurs reprises, dans ses lettres, du retard apporté au paiement de ses honoraires, et qu'il s'ennuie, dit-il, à cette cour où ih pourrait bien arriver qu'il ne revînt pas facilement si on ne le satisfait pat aussi ponctuellement qu'il Va fait pour le service de la reine^mère, il parait cependant que l'entreprise de la galerie n'avait pas été très onéreuse , comme il l'avance pourtant dans uue autre lettre oh il énumère ses frais de voyage, la perte de son temps et l'oubli d'une récompense extraordinaire, car il avaitaccepté de peindre l'histoire de Henri I V pour la deuxième galerie, et se montra fort préoccupé de la nouvelle qui lui était parvenue qu'un peintre italien devait lui ravir ce travail. La nouvelle n'était pas fausse, comme on essaya de le lui faire croire ensuite ; le peintre italien qu'on voulait opposer à Rubens était le cavalier d'Arpino, et le protecteur le cardinal de Richelieu, qui commandait des tableaux à Rubens afin de le rassurer, pendant qu'il écrivait à la reine une lettre où se trouve ce paragraphe : « Madame, j'ai creu que votre Ms^esté n'aurait pas désagréable que je luy dise que j'estime qu'il seroit à propos qu'elle fit peindre la galerie de son palais par Josepin , qui ne désire que d'avoir l'honneur de la servir et d'entreprendre et parachever cet ouvrage pour le prix que

Rebeiis a eu de l*autre galerie qu'il a peinte.» Après quelques nouvelles politiques: «Vostre Majesté excusera, s'il lui plaist, la hardiesse que je prends de lui envoyer demye douxaine de paires de gands que l'on m'a apporté de Rome. Suze,le 22apvrill629.it Quoi qu'il en soit, Hubens resta définitivement chargé du travail. On voit, par sa correspondance, qu'au mois de février 1626, la reine n'avait pas encore choisi lessiyets; qu'à la fin de l'année ou au commencement du mois de janvier 1627 il avait foit un voyage à Paris, oh ses intérêts autant que la politise devaient l'attirer, et que dans le mois d'octobre ou novembre 1630 il avait déjà mis la main à l'œuvre. La preuve en est fournie par le passage suivant d'une de ses lettres, curieuse à plus d'un titre, car elle est du très petit nombre de celles écrites en français, Rubens employant presque toujours les langues italienne. latine ou flamande. Après les plus chaleureuses protestations de dévouement pour l'abbé de Saint-Ambroise, il ajoute: «Et pour le présent, je ne scay pas qu'il y a aulcun différent entre nous, sinon quelque malentendu touchant les mesures et symmetries de ceste galerie de Henry le Grand. Je vous supplie d'entendre s'il y a rayson en mon endroict, me remettant entièrement à votre jugement. On m'a envoyé les mesures de tous les tableaux dès le commencement, les accompagnant, M. l'abbé, de ses lettres, fort exactement selon la coustume; et, m'ayant gouverné selon ses ordres, et fort avansé quelques pièces des] plus grande» et des j^us importantes, comme le Triumphe du Roy, au fond de la galerie ; depuis, le mesme Mons' l'Abbé de St-Ambroyse me retranche deux pieds de la haulteur des tableaux, et aussi il hausse tous les frontispices sur les huys et portes qui percent en quelques endroits les tableaux que sans remède je suis contrainct d'estropier, gaster et changer quasi tout ce que j'ai faict. Je confesse que je l'ay senti fort, et plaint à Mons. l'Abbé mesme (nul autre) le priant j pour ne couper la teste au Roy am* tur $on chariot triumphal, me faire grâce d'un demy-pied, aussi, luy remonstrant l'incommodité de l'accroysscment des portes susdittes , etc. » L'ébauche de ce Triomphe du roi, ainsi que celle de la bataille d'Ivry, se voient maintenant à la galerie de Florence ; un sujet allégorique relatif à Henri JV, que M. d'Argenville possédait en 1756 dans sa collection ; une esquisse appartenant probablement aussi à cette série et représentant le roi agitant une branche de laurier et emmenant Marie de Médicis sous les auspices de l'Hyménée , qui plane au-dessus de leur tête, esquisse qui appartenait au général Phippes, en Angleterre; enfin, une figure de la France, sous les traits de Mane de Médicis , tenant les balances de la Justice et couronnée par des génies, tableau qui a pu être destiné à figurer dans cette galerie et qui est dans la possession de M. I^uis Lacaze, sont les seuls débris connus de cette galerie que l'exil ne permit pas à la reine d'achever.

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