II. 0, 84. - L. 1, 16. — T. — Fig. de
Trois jeunes hommes, dont un est assis, se reposent à l’ombre d’un grand arbre et parlent à Abraham, qui
GELLÉE
se tient debout, à gauche, devant eux. Plus loin, à droite et à la porte de sa tente , Sara riant de la prédiction du Seigneur. Dans le fond, la campagne. — Signé, à droite : L. Gaufrer, fa bal Romœ 1793.
Musée Napoléon.
GELLÉE ou GILLÉE (Claude), dit le Lorrain, peintre, graveur, né en 1600 au château de Chamagne (sur les bords de la Moselle, dans le diocèse de Toul), mort à Rome le 21 novembre 1682.
La plupart des historié s i apportent que Claude n’ayant rien pu apprendre A l’école oii ses parents l'avaient envoyé, fut mis en apprentissage chez un pâtissier. Baldinucci, qui a écrit la vie du célèbre artiste d’après des notes fourniesparson neveu Joseph Cellée, ne mentionne nullement ce fait, dont l'exactitude est aussi contestable que celle de tant d’anecdotes recueillies trop légèrement par les biographes. Nous nous en tiendrons donc au récit de Baldinucci. Suivant cet auteur, Claude, le troisième des cinq fils de Jean Gelléc, ayant perdu son père et sa mère à l'âge de 12 ans, alla retrouver i Fribourg (en Brisgau) son frère aîné, habile graveur sut bois, qui , pendant une année environ, l’occupa ù dessiner des ornements et des arabesques, il accompagna ensuite à Rome un de ses parents, commerçant en dentelles, cl se livra à l’étude avec ardeur. Bientôt les faibles ressources qu’il recevait de sa famille lui ayant manqué, par suite des guerres avec la Suisse, il passa à Naples et y resta deux ans sous la direction de (ïeofTroy Walle, peintre de Cologne, qui lui enseigna l’architecture, la perspective, et lui apprit à peindre le paysage. 11 retourna ensuite à Rome, entra chez Agostlno Tassl, élève de Paul Bril, et vécut iusqu’à la fin d’avril 1625 dans la maison de cet artiste habile, qui le prit en amitié et lui donna d’excellents conseils. Ayant quitté Tassi, il passa par Iorette, Venise, le Tyrol, la Bavière, arriva dans sa patrie, puis se rendit à Nancy. Un de ses parents lui fit connaître Charles Dervent, peintre du duc Henri de Lorraine, qui, occupé à décorer la voûte de l’église des Carmes, l’employa pendant plus d’une année à peindre l’architecture dans ses compositions. L’accident arrivé à un doreur qui tomba de l’échafaud ob se trouvait Claude, le dégoûta de ce genre de travail, et il prit la résolution de retourner en Italie. 11 passa par Lyon , et rencontra & Marseille Charles Errard, peintre du roi, qui se rendait à Rome avec son père et son frère. Ils arrivèrent dans cette ville en 1627, le jour de la fête de saint I.uc. Claude s’y établit, et deux paysages exécutés par lui pour le cardinal Benlivoglio eurent un tel succès, que nonseulementle cardinal, mais le pape Urbain VIII, à qui il fut présenté, se déclarèrent scs protecteurs. A partir de cette époque, les ouvrages de Claude étaient si recherchés, que plusieurs peintres qui fréquentaient son atelier lui prenaient ses compositions à peine ébauchées, imitaient sa manière et vendaient ces pastiches comme des œuvres du grand paysagiste, avant même que celui-ci eût terminé scs tableaux. On a prétendu que, pour déjouer leurs manœuvres et éviter de se répéter, il prit le parti de faire un dessin exact de chacune de ses peintures, en ayant soin d’y ajouter le nom du possesseur et souvent la date. Ce précieux recueil, qui ne doit certainement pas son origine, comme on l’a dit, i la crainte d’un plagiat ou d’un manque de mémoire, mais qu’il entreprit pour garder un souvenir de ses compositions, ce précieux recueil, disons-
GELLÉE
nous, connu sous le nom de libro di verilà ou d'invenuoni , commencé lorsqu’il travaillait aux tableaux commandés par le roi d’Espagne, composé de 200 dessins lavés au bistre, devait, suivant le testament de Claude, rester toujours la propriété de la famille. I.e cardinal d’Estrécs désira l'acheter à ses petits-fils, qui ne voulurent s’en dessaisir à aucun prix; mais d’autres héritiers moins scrupuleux le cédèrent pour 200 écus à un joaillier qui le revendit en Hollande. Enfin, vers 1770, il fut acquis par un des ducs de Devonshire, et depuis cette époque les descendants du duc le conservent comme un trésor inestimable, il a été gravé à l’aquatinte par Earlon et publié par lîoydell en 1774. Ixs mêmes éditeurs joignirent aux deux premiers volumes un troisième renfermant 100 planches gravées d’après des dessins appartenant à différents amateurs. Comblé d’honneurs et de richesses, Claude Lorrain, quoique souffrant depuis 40 ans de la goutte, travailla l>our ainsi dire jusqu’à sa dernière heure (la reine d'Angleterre possède un dessin de lui tlaté de 1682), mourut à 82 ans, et fut enterré d’abord à l’église de la Trinité-du-Mont. Au mois de juillet 1840, ses restes furent transportés à l’église de Saint-Louis-des-I’rançais. L’application de Claude au travail était extrême; on voit par le Litre de vérité que, dans la seule année de 1644, il fit dix-sept tableaux. I.e nombre de scs peintures est considérable, et ses eaux-fortes, dont la plus ancienne porte la date de 1630, se vendent à des prix très élevés. Les figures qu’il plaçait dans ses paysages lui coûtaient beaucoup de peine à exécuter, aussi en chargeait-il souvent Filippo Lauri, Jacques Courtois, Jan Miel, t rancesco tllcqrlni, etc. On ne peut guère regarder comme élève de Claude que (alovanul-Donienlco Itomano, qu’il prit d’abord comme domestique, et à qui il enseigna ensuite à peindre. La calomnie, qui s’attache à tous les grands hommes, attribua pendant un certain temps à ce jeune homme des tableaux du maitre. Ces succès, dus à l'ignorance ou à l’envie, lui inspirèrent un tel orgueil, qu’après un séjour de vingt-cinq années citez Claude, qui le traitait comme un fils, il le quitta, et se préparait à intenter un procès à son bienfaiteur pour le contraindre à lui payer des gages, qu’il prétendait lui devoir pour le temps passé dans sa maison, lorsque Claude, ennemi de toute contestation, lui fit payer ce qu’il demandait. Domenico mourut quelque temps après, et depuis cette époque, bien qu’il ne refusât jamais ses conseils à ceux qui le consultaient, uaude ne voulut plus prendre d’élève chez lui. Claude le Lorrain a rendu les effets si variés de la lumière avec une perfection inimitable ; nul artiste n’a su donner à ses lignes plus de grandeur, à ses ombres autant de fraîcheur, au soleil un pareil éclat, à ses eaux plus de limpidité. Iajs différentes heures du jour sont représentées avec une vérité d’imitation et une poésie élevée qu’il n’a été accordé à personne de surpasser. La magie de ses dessins égale celle de ses tableaux; avec quelques traits de plume, avec quelques touches de pinceau, il crée des horizons sans bornes, fait naître l’aurore et resplendir le jour. Il a été gravé par D. Barrière, Moriu, Moyreau, Vivarés, Major, Arth. Pond.