Dispute de Trissotinetde Vadius
(Femmes tarantes de Molière, act. 3, sc. 5.)
H. 0, 86. — L. 1, 18. — T. — Fig. de 0, S0.
Au milieu de la composition, Vadius et Trissotin assis, se disputant. A gauche, près d’une table supportant un vase de fleurs, des coquilles, et dont le pied est caché en partie par des livres, des sphères, des instruments de physique, Belise assise un éventail à la main; derrière elle, Armande debout. A droite, près d’une fenêtre, Henriette travaillant, et Philaminte, vêtue d’une mante noire, vue de dos. Un chien jappe après les deux pédants.
Collection de Louis-Philippe. — Acquis à la suite du salon de 1831, pour 500 fr.
POUSSIN (Nicolas), né aux Andely., (en Normandie ) au mois de juin 1594, mort à Rome le 19 novembre 1665.
On a prétendu que Jean Poussin , père du fameux artiste, gentilhomme ruiné par les malheurs des guerres civiles, servit dans le régiment de Tavannes sous les règnes de Charles IX, d’Henri UI et d’Henri IV. Des actes signés par Jean Poussin , et où son nom n’est accompagné d’aucune des formules nobiliaires usitées, rendent cette assertion de Bellori et de Félibien fort douteuse. Placé d’abord chez un maître qui devait lui enseigner le latin, le jeune Poussin, au lieu de se livrer à l’étude de cette langue, employait tout son temps à dessiner. Ses croquis attirèrent l’attention de Quentin Tarin, peintre de mérite, né à Beauvais, mais établi alors aux Andelys. A force d’instances, Poussin obtint de son père la permission de se livrer exclusivement à son goût pour la peinture, et d’entrer chez Varin. Après avoir profité des conseils de ce maître ju’qu'à l’âge de 18 ans, il partit pour Paris, sans protectiou et presque saut irgent, peignant, cbe-
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min faisant, des trumeaux et des dessus de portes pour pouvoir continuer sa route. Son premier maître h Paris fut Ferdinand Kilo. Flamand d’origine, dont les portraits étaient estimés; mais il le quitta bientôt pour entrer à l’atelier de l'Allemand , artiste lorrain. Un jeune gentilhomme du Poitou s’intéressa à Poussin, lui prêta de l’argent, le présenta à Courtois, mathématicien du roi, qui possédait une belle collection de gravures et de dessins. Raphaël et Jules llomain furent les maîtres que Poussin copia avec le plus de ferveur. Le départ de son protecteur le força d’interrompre ses études. Il l'accompagna dans le Poitoit;mais reçu et traité par la ntêre du gentilhomme comine un domestique, il abandonna bientôt le château, retourna & Paris, peignant le long de la route pour subvenir à sa dépense. Poussin avait alors un peu plus de 20 ans, et l’histoire a enregistré te souvenir de quelques-unes de ses compositions ii cette époque : ce sont des paysages pour le château de Clisson, une Bacchanale, peinte de 1610 à 1020, dans une espece de loge ou galerie ouverte des deux côtés, proche du château de Clieverny ; un saint François et un saint Charles de Bot romée, pour le chamr des capucins de Blois. Arrivé à Paris, Poussin tomba malade, et, aussitôt qu’il le put, quitta cette ville, afin d’aller respirer Pair natal. 11 resta près d’un an aux Andelys, reprit le chemin de Paris avec le projet de se rendre à Home; mais il tenta vainement ce voyage, et ne dépassa pas Florence. Revenu encore une fois à Paris, il logea au collège de Laon et se lia avec Philippe de Cliampaigne, qui avait été aussi disciple de l’Allemand. Tous deux furent employés par Itiicliesne , artiste tris médiocre, chargé de la direction des travaux de peinture au Luxembourg ; mais lassé de n’étre occupé qu'à des ouvrages sans importance, Poussin essaya de nouveau d’aller à Rome ; faute d’argent, il dut renoncer à ce projet, et fut forcé de s’arrêter à Lyon jusqu’à ce qu’il efit amassé une somme suffisante pour lui permettre de regagner Paris. En 1023, il peignit dans cette dernière ville, au collège des Jésuites, qui voulaient célébrer la canonisation d'Ignace de Loyola et celle de saint François-Xavier, six tableaux en détrempe, qu’il termina clans l’espace de moins d’une semaine. Ces peintures, préférées à celles des autres concurrents, artistes renommés, attirèrent l’attention du cavalier Marini. Il lui donna un logement dans sa maison , l’employa à faire des dessins pour son poème d’Adonis et se déclara son protecteur. Quel que fût le désir de I’oussip d’accompagner le cavalier, qui retournait à Rome, il voulut terminer plusieurs peintures commencées, cntie autres : la Mort de la Vierge, commandée par la corporation des orfèvres, qui offraient chaque année, au 1 er mai, un tableau votif à l'église de Notre-Dame. Au printemps de 162'i, Poussin put enfin rejoindre, à Rome, Marini. Le cavalier le fit recommander par Marcello Sacchctti aux bonnes grâces du cardinal Rarberini, neveu du pape Urbain V11L L'appui de ces deux personnages devait bientôt manquer à Poussin; le premier allait mourir à Naples, et le second partit pour scs légations de France et d’Flspagne. Dénué de nouveau de toute espèce de ressources, le jeune artiste donna ses ouvrages à vil prix : il vendit une Bataille lit écus, et un Prophète moins de 2. C’est à celte époque qu’il se lia avec le sculpteur flamand François Duquesnoy et l’Algarde. Il étudiait assidûment les antiquités de Rome, l’architecture, l’anatomie, la perspective, et recherchait, dans les grands écrivains, les sujets les plus propres h exprimer le caractère moral et les affections de l’âme, la force de l’expression lui paraissant une des qualités les plus recommandables, lise déclara hautement l’admirateur du Dotniniquin , que l’école deGuide, fort en vogue, avait réussi à déconsidérer, et contribua beaucoup à faire reconnaître l’éminent mérite de la Communion de saint Jérôme. La légation du cardinal à la cour de France n’ayant point eu de succès, les Italiens se montrèrent fort hostiles aux Français habitant Rome, et un iour Poussin fut attaqué par des soldats, près de Motite-Cavallo. Il reçut un coup de sabre entre le premier et le second doigt , et à partir de ce momentil piit le costume romain qu’il ne quitta plus. A peine échappé à cet accident, il fit une maladie grave ; recueilli par Jacques Dughet, son
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compatriote, qui lui prodigua les soins les plus empressés, il épousa par reconnaissance, en 1629, une des filles de son hôte, nommée Anna-Maria. 11 n’en eut pas d'enfant et adopta les deux frères de sa femme , Gaspar Dughet, qui devint un habile, paysagiste, et Jean Dughet, graveur. Poussin s’établit sur le Monte-Pincio, près de Claude le lorrain et de Salvator Rosa, et, au retour du cardinal Rarberini, reçut de ce prélat la commande de plusieurs tableaux. Un des plus zélés protecteurs de Poussin fut le commandeur Cassiano del Pozzo de Turin, qui lui ouvrit son cabinet d’antiquités et lui demanda plusieurs compositions, entre autres une suite des sept Sacrements, suite célèbre qui lui lit une immense réputation. Poussin travailla aussi pour le marquis Amédée del Pozzo, la duchesse d’Aiguillon, le maréchal de Créqui. En 162’i, il connut intimement à Rome Jacques Stella, et entretint avec lui une correspondance lorsque cet artiste, peintre du roi, logea au Rouvre. Enfin il fut, pendant près de vingt-huit ans, le correspondant de Paul Eréart de Chantclou , maître d’hôtel de louis XIII, devenu aussi son ami. Les tableaux qu'il exécuta pour eux inspirèrent, en 1639, à SI. de Noyers, secrétaire d’F.lat, surintendant des bâtiments, le désir d’appeler et de fixer Poussin à Paris ; mais Poussin ne pouvait se décider à quitter Rome. Une deuxième lettre du ministre, jointe à une lettre de Louis XIII, lui arracha la promesse d’entreprendre ce voyage. Cependant une année s’écoulait, et Poussin ne s’empressait pas de se rendre & l’invitation du roi; M. de Cliantelou avança une mission projetée à Rome, et emmena en France Poussin ainsi que jean Dughet vers la lin de 1630. Il fut logé dans le jardin des Tuileries, présenté par M. de Noyers au cardinal. et à Saint-Germain au roi, qui l’accueillit avec la plus grande distinction. Le 20 mars 1601, il reçut le brevet do premier peintre ordinaire de Sa Majesté. Outre des tableaux pour les chapelles de Saint-Germain et de Fontainebleau, Poussin fit, dans 1 espace de deux ans, les compositions des Travaux d’Ilercule, destinées à la décoraLion de la grande galerie du Louvre, huit cartons de sujets de l’Ancien-Testament pour des tapisseries, des ouvrages demandés par le cardinal de Richelieu, des frontispices de livres, des dessins d’ornement pour des meubles. Au milieu de ses immenses travaux. Poussin, en butte aux intrigues deVouet, de l euqulères, de l'architecte Mercier, voyant qu’il luttait en vain contre l’envie, demanda an congé et repartit pour Rome avec Dughet, en septembre 1002, après un séjour d’environ deux années en France. La mort du cardinal de Richelieu, celle de Louis XIII, et enfin la retraite de 31.de Noyers, l'affermirent dans la résolution de ne plus quitter l’Italie. C’est alors qu’il fit une nouvelle suite des sept Sacrements pour 31. de Cliantelou, terminée en 1638, et peignit un grand nombre d’ouvrages que nous ne pouvons citer ici, mais dont Félibicn a indiqué une partie. Le célèbre artiste, après une existence aussi laborieuse que modeste, et comparable, par sa noble gravité, à celle des philosophes les plus renommés des temps anciens, mourut à 72 ans, laissant â ses pauvres parents de Normandie une modique somme de 10,000 écus glorieusement acquise; il fut enterré dans l’église de Saint- Laurent in Luririâ. Poussin n’est parvenu qu’assez tard à la maturité de son talent. Exercé dans sa jeunesse à peindre en détrempe, forcé pour vivre d’accepter et d’expédier toute espèce de commandes, sa première manière est généralement un peu sèche d’exécution, mais prompte de touchcetbrillantede couleur ;car alors les écoles vénitiennes et lombardes avaient scs sympathies. Un grand nombre de ses bacchanales (n o, 330et 311), le tableau du Baptême (n” 332), sont de cette époque, dont la Peste (n°021) nous semble le plus complet spécimen. A mesure que Poussin approche de son arrivée en France, son talent s’élève, s’épure; et après son retour à Rome il arrive à son apogée. Le tableau de la Manne (n° 320) pourrait être cité comme œuvre de transition 3 cette seconde manière, caractérisée par la Rébecca (n” 315), les Bergers d’Arcadie (n° 335), le Diogène (n" 353). Enfin, si dans sa vieillesse la main de l’artiste s’alourdit et tremble, si sa couleur est triste, son génie devient plus hardi, plus poétique. La Femme adultère (n" 327), l’Adoration des Mages (n° 323), plusieurs paysages et
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particulièrement les Saisons (n''*îi.'i8 à (i51), ainsi que des dessins tracés d’une main défaillante et conservés au I -ouvre, attestent l’éternelle jeunesse de son esprit. Quoique Poussin ait fait une étude, approfondie et constante de l’antique, il sut rester éminemment original : novateur hardi, il ne se laissa pas séduire par l’art facile de Vouet, dont la vogue à Paris était immense ; et à Rome, où il passa la plus grande partie «le son existence, tout en ne traitant que des sujets de l’Ecriture-Sainte, de l’histoire ou de la fable, pour lesquels il mettait à profit les nombreux monuments de l’Italie ancienne et moderne, il demeura Français par la pensée, par la forme et par l’exécution, l.es ouvrages de Poussin ont été gravés par Pcsne, G. et B. Audran, E. Rousselet, Claudia Stella, E. Baudet, F. Poilly, Pietro del P6, Jean Dughet, Picarl le Romain, Cbatillon, F. Chauveau, G. Château, etc.